Interview de M. Marc Fesneau, ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, à France Info le 23 août 2022, concernant les mesures gouvernementales face aux conséquences des aléas climatiques sur la production agricole, le débat autour de la consommation de viande et la vie politique .

Texte intégral

CELINE ASSELOT
Bienvenue si vous nous rejoignez à l'instant, on est ensemble pendant une demi-heure pour l'invité du 8.30 sur France Info la radio et sur France Info canal 27, avec comme chaque matin dans le studio Jean-François ACHILLI, bonjour.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Bonjour Céline.

CELINE ASSELOT
Et bonjour à vous Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour.

CELINE ASSELOT
Merci d'avoir accepté notre invitation ce matin, vous êtes le ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, alors on va parler de la rentrée bien sûr, rentrée politique puisque le conseil des ministres de la rentrée aura lieu demain, rentrée sociale également, mais d'abord, si vous le voulez bien, revenons sur l'été qu'on vient de traverser qui a été terrible à bien des égards, la sécheresse, la canicule, les orages, vous avez annoncé hier une première série de mesures pour le secteur agricole. Est-ce que ça n’arrive pas quand même un petit peu tard ?

MARC FESNEAU
Par nature, non puisque pour ce qui est du court terme, la gestion de crise, il faut qu'on soit au moment où on peut distinguer ce que sont les effets de la crise pour essayer de répondre, donc c'est une première série de mesures, je rappelle qu'on parle de productions qui pour un certain nombre d'entre elles n'ont pas été encore récoltées, je pense au maïs, je pense au tournesol…

CELINE ASSELOT
On sait déjà que ça va être en baisse pour…

MARC FESNEAU
On sait qu'on va avoir des difficultés, donc c'est pour ça qu'on a un premier train de mesures, et puis on verra à l'automne, une fois que la saison sera terminée, pour compléter éventuellement les dispositifs qu'il faudra. Quelle est la difficulté principale ? Elle est liée à l'élevage. Pourquoi ? parce que les éleveurs généralement mobilisent plutôt les fourrages ou mobilisent plutôt les prairies, où le maïs qu’ils produisent eux-mêmes, or on a une production de maïs qui est plus faible, et deux on a des prairies, tous ceux qui ont été sur les routes de France cet été l’on vu, qui ressemblent plutôt à des paillassons qu’à des prairies, et donc on a un problème d'alimentation animale et donc une difficulté pour les éleveurs à trouver très rapidement maintenant de l'alimentation, comme ils le font en hiver, sauf que là on est au mois d'août et donc c'est ça la difficulté principale devant laquelle on est.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Marc FESNEAU, ce sont à peu près tous les secteurs, à part peut-être la vigne ou les grandes céréales, ce sont tous les secteurs qui sont impactés par cette sécheresse…

MARC FESNEAU
Par nature oui…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ça veut dire qu’il faut aider tout le monde finalement.

MARC FESNEAU
Il faudra, pièce par pièce si je peux dire, secteur par secteur, regarder les conséquences. La vigne, alors ça n'a pas été la sécheresse pour la vigne, vous l’avez dit, vous avez parlé des orages, ça a été plutôt la grêle, il y a eu encore des épisodes de grêle ou d'orages violents, je pense dans le Gers ou dans le sud de la France, ou en Corse évidemment, et donc secteur par secteur, regardez. Alors, les grandes cultures ça occupe une grande partie de nos surfaces, une partie a pu être récoltée dans des conditions qui sont plutôt correctes, je pense des céréales à paille, donc il faudra regarder l'arboriculture, le maraîchage. Pourquoi ? Parce qu'il y a un sujet d'accès à l'eau et une difficulté pour un certain nombre d'entre eux à avoir une production qui soit au rendez-vous.

CELINE ASSELOT
Mais Marc FESNEAU, juste avant de rentrer dans le détail des mesures secteur par secteur, une vision globale quand même de la gestion de crise, est-ce que vous avez été suffisamment sur le terrain, on a le sentiment qu'on a vu beaucoup Gérald DARMANIN parler des incendies, aller voir les pompiers, s'inquiéter du front des feux de forêt, on a assez peu vu le ministre de l'Agriculture auprès des éleveurs, auprès des cultivateurs, très inquiets par cet été hors norme.

MARC FESNEAU
J’ai été à la fois sur le terrain début août, encore la semaine dernière, enfin j'ai été sur le terrain tout l'été, à la fois pour constater et puis essayer d'évaluer les mesures, les mesures que j'ai évoquées hier, que j'ai présentées hier, sont le fruit d'un travail de terrain que j'ai fait avec les équipes du ministère, les équipes des services déconcentrés de l'Etat, donc le sujet c'est à la fois d'être sur le terrain et en même temps de regarder concrètement ce qui est utile pour l’agriculture.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
…Marc FESNEAU, il faut communiquer au maximum ou il faut être discrètement sur le terrain ?

MARC FESNEAU
Il faut les deux, je pense qu’il faut communiquer pour montrer qu'on est au plus proche des difficultés, quand il y a un épisode de grêle, j'étais dans l'Allier, j'étais dans les Alpes-de-Haute-Provence, j'étais dans le Maine-et-Loire l'autre jour, bref il faut à la fois être sur le terrain parce qu'il y a…il faut montrer aussi aux agriculteurs, puisque c’est d’eux dont on parle en l’occurrence, qu'on est au plus proche de leur réalité, qu'on essaie de percevoir ce que sont leurs difficultés, et puis deux, après il faut aller, là plus discrètement, faire un travail de fond qui est un travail de réponses aux enjeux qui sont les leurs.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Parce qu’il y a des attentes du tout de suite, du maintenant sur…

MARC FESNEAU
Oui…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Il y a eu cette conférence hier pour présenter les premières mesures sécheresse, vous allez mobiliser le régime de calamités agricoles, alors ça ne nous concerne pas tout le monde !

MARC FESNEAU
Non. Le régime de calamités agricoles il vient couvrir…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Il y a ceux qui en bénéficient et pas les autres.

MARC FESNEAU
Non, il vient couvrir – oui, bien sûr – mais il vient couvrir les besoins, c'est un régime qui existe depuis très longtemps, il vient couvrir les besoins et les nécessités qui sont des cultures qui ne sont pas assurables, ça c'est un premier élément, et donc c'est principalement les prairies, parfois un certain nombre de cultures, ça peut être aussi, parce qu'on va avoir des conséquences, on le dit trop peu, sur des cultures dites pérennes, je pense à l'arboriculture ou aux petits fruits, le cassis, les framboises, où là c'est le fond qui a un risque de disparaître parce que l'absence d'eau peut faire disparaître et mourir ces plantes-là, et donc le système de calamités va être mobilisé. Deuxième élément, on va mobiliser aussi la capacité, parce que c'est un sujet de trésorerie pour beaucoup d'agriculteurs, c'est la capacité à acheter du fourrage, à acheter des compléments alimentaires pour leurs animaux, et donc on va mobiliser la PAC en disant qu'au fond les versements PAC c’est 50 % qu’on verse le 16 octobre et on va être plutôt à 75%, ce qui permet de remettre dans la machine, si je peux dire, de la trésorerie pour les…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C’est quoi, c’est 1 milliard ?

MARC FESNEAU
1,5 milliard, ça fait 1,5 milliard de plus qui seront versés en avance de phase, qui permettront aux agriculteurs de pouvoir, pour une part d'entre eux, et puis après on va évaluer ce que vous disiez à juste titre, les besoins complémentaires pour regarder ceux qui sont vraiment dans des situations d'impasse pour répondre à leurs besoins et ça, ça se déroule dans les semaines qui viennent.

CELINE ASSELOT
Est-ce qu’il va y avoir des conséquences sur les prix, est-ce que ça on peut déjà le mesurer, sur les prix alimentaires ?

MARC FESNEAU
Les principales conséquences des prix alimentaires, vous l'avez vu, on l’a tous vu, c’est les conséquences de la guerre en Ukraine, puisque le prix des céréales est un prix qui a monté très puissamment à partir… alors, il avait commencé à monter avant, mais qui a monté puissamment à partir de la crise ukrainienne, à date on ne peut pas dire ça parce que c'est un sujet plutôt d'accès et de trésorerie, mais en tout cas il faut être vigilant pour faire en sorte que ne vienne pas se surajouter, à cette question ukrainienne et à l'inflation qui est liée à la crise ukrainienne, une inflation qui soit d’une autre nature.

CELINE ASSELOT
Ça veut dire qu’il pourrait y avoir un mécanisme de compensation si tel était le cas…

MARC FESNEAU
Non mais il y a déjà… ça c’est un autre registre, c’est le registre pouvoir d'achat, c'est le registre inflation, mais à date ce n’est pas ça qui est le sujet principal, le sujet principal dans le milieu agricole c’est que les agriculteurs puissent avoir accès, pour des questions de trésorerie, à de l'alimentation animale.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Est-ce que vous dites aujourd'hui, ce matin Marc FESNEAU, à tous les agriculteurs, les éleveurs qui vous écoutent ce matin, ça va être comme ça, tous les ans, ou il y a une vision des années qui viennent ?

MARC FESNEAU
Ça c’est le moyen et long terme, mais c’est là-dessus qu’il faut travailler. La vérité, quand vous êtes face à des agriculteurs, quand on est sur le terrain, qui ont eu parfois gel, grêle, sécheresse, le tout… l'impactant [sur une période] qui est de 12 mois, il y a une forme de désespérance avec le sentiment pour le monde agricole que de crise en crise leur capacité productive, et donc au fond la souveraineté qui est la nôtre, elle risque de diminuer, donc on a besoin de travailler sur ce qu’on appelle la résilience, c'est-à-dire la capacité des systèmes à être résonné, à être pensé, dans un dérèglement climatique qui va durer.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est-à-dire quoi, faire des provisions, changer la production ?

MARC FESNEAU
C’est des natures de productions qu'on fait évoluer, par exemple on glose beaucoup sur le maïs, il y a déjà un certain nombre d'agriculteurs qui se sont orientés vers d'autres productions qui permettent de se substituer au maïs, qui est très demandeur en eau…

CELINE ASSELOT
Le sorgho par exemple.

MARC FESNEAU
Oui, par exemple ; il y a d’autres solutions qui peuvent être trouvées. C’est de travailler aussi sur les réserves en eau parce qu'au fond il faut faire, en agriculture ce qu'on conseille à chacun d'entre nous quand on a une maison c'est on récupère l'eau de pluie quand il y en a trop pour pouvoir arroser son jardin, c'est exactement le même système, parce que l'eau en agriculture, pardon de répéter une évidence, sans eau il n'y a pas d'agriculture, c'est un combat multimillénaire le combat du monde agricole pour accéder à l'eau, et donc il va falloir aussi qu'on travaille sur ces sujets-là, et puis les pratiques agricoles, ce qu'on appelle l'agro-écologie en particulier, qui permettent d’avoir des systèmes qui soient plus résistants, si je peux dire, à ces dérèglements climatiques.

CELINE ASSELOT
On va y revenir évidemment à la gestion de l’eau parce que c'est un enjeu primordial à l'avenir de l'agriculture également, avec vous Marc FESNEAU, ministre de l'Agriculture, tout d'abord 8h40, le Fil info, ce qu'il faut retenir de l'actualité de ce mardi.

(…)

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Avec nous Marc FESNEAU, le ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. Marc FESNEAU vous évoquiez la gestion de l'eau, écoutez ce qu'en a dit la présidente de la FNSEA Christiane LAMBERT qui était l'invitée vendredi dernier de nos confrères de France Inter.

CHRISTIANE LAMBERT, PRESIDENTE DE LA FNSEA
Comment se fait-il qu'aujourd'hui les Pays-Bas et le Danemark, qui sont plus au nord que la France, stockent plus d'eau que la France ? Nous avons un blocage idéologique en France sur ce sujet, on a besoin d'eau aujourd'hui, tous les pays qui tiennent leur agriculture ont stocké plus d'eau que nous. En France nous n'utilisons que 1,7% de l'eau de pluie qui tombe du ciel, c'est plus de 20% en Espagne. Face à une eau plus rare, il faut une gestion plus intelligente et une irrigation de résilience.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Marc FESNEAU, donc blocage idéologique nous explique Christiane LAMBERT, les écologistes sont hostiles à l'idée de stocker l'eau pour l’agriculture.

MARC FESNEAU
Oui, alors après il faut simplement regarder la réalité des choses. Je le disais tout à l'heure, sans eau il n’y a pas d'agriculture, ce qu'on mange c'est de l'eau, quand vous mangez une salade, quand vous mangez des tomates, quand vous mangez… on peut multiplier les produits, c'est 90, 95% d’eau, donc il y a besoin d'eau pour faire pousser – pardon d’avoir répété cette évidence. Deux, vous regardez un certain nombre de régions, j'étais donc dans les Alpes-de-Haute-Provence début août, s’il n’y avait pas un certain nombre de réserves en eau, je pense au barrage de Serre-Ponçon et autres qui avaient été créés il y a des dizaines d'années, on se retrouverait dans la situation d'être en pénurie.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
…Nous sommes en retard ?

MARC FESNEAU
Sans doute nous étions d’un pays d’un climat tempéré, donc des régions type Provence-Alpes-Côte-d'Azur avaient développé à l’époque, parce qu’ils avaient déjà cette conscience de risque méditerranéen, au sens de risque de sécheresse, qu'il y avait une difficulté, mais étant un climat plutôt tempéré nous n’étions pas à penser l'eau comme une denrée rare et une denrée à réguler.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Donc vous allez enclencher j’imagine.

MARC FESNEAU
Oui. Alors, ce n’est pas complètement nouveau, parce que pardon de vous dire qu’on a travaillé, mon prédécesseur Julien DENORMANDIE avait beaucoup travaillé ce qu'on a appelé " le Varennes de l'eau ", qui visait à développer trois axes, le premier, le système assurantiel, peut-être qu'on y reviendra, le deuxième, c'était le changement des pratiques, et le troisième c'est la création de réserves en eau. Pourquoi ? Parce qu'en gros le volume d'eau qui tombe chaque année est le même, la difficulté c'est que cette eau ne tombe pas de façon régulière. En gros vous aviez dans un département comme le mien…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Donc il faut stocker.

MARC FESNEAU
Oui, dans un département comme le mien vous aviez en gros 600 millimètres d'eau qui tombaient chaque année, et on pouvait presque diviser par 12, c’était à peu près le volume qui tombait tous les moi, sauf que, par exemple dans mon département, il est tombé, allez, une dizaine de millimètres d'eau depuis le 15 juin, donc on a besoin… et donc à la fin il y aura 600 millimètres, et donc il y a besoin, quand il y a trop d'eau, de pouvoir la stocker pour pouvoir la…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Le Loir-et-Cher !

MARC FESNEAU
Loir-et-Cher ; pour pouvoir la restituer quand il y aura des périodes de pénurie.

CELINE ASSELOT
Vous savez, Marc FESNEAU, toutes les critiques qui sont faites à l'encontre des réserves d'eau qui pourraient, selon les écologistes, favoriser la sécheresse parce que ça empêche l'eau de s'infiltrer dans les sols, parce que ça favorise l'évaporation, parce que ça confisque aussi une denrée commune à des fins particulières, alors certes pour faire pousser de l’aliment, des plantes et donc favoriser l’alimentation, mais en tout cas il y a un choix et qui est une forme de confiscation, disent les opposants à ces réserves d’eau….

MARC FESNEAU
Pardon, je vous ai un peu coupée, mais, premier élément, regardons ce que font les autres pays européens, la présidente LAMBERT a raison de le dire, dans beaucoup de pays européens on travaille sur des questions d'eau sans dogmatisme en essayant d'avancer sur le sujet. Deuxième élément, la souveraineté alimentaire c'est un bien commun, la capacité qu'on a à se nourrir c’est un bien commun, donc quand les agriculteurs prennent de l’eau, ce n’est pas pour eux, c’est pour alimenter des végétaux en eau pour qu'ils puissent pousser. Deuxième élément…

CELINE ASSELOT
Est-ce qu’on pourrait en contrepartie imaginer qu’on favorise des cultures qui soient moins gourmandes en eau ?

MARC FESNEAU
Mais c’est ce que je suis en train de vous dire, on fait les deux, mais il faut… il y a des sujets, quand vous avez 4 mois sans eau du tout, et c'est ce qui s'est passé cet été, c'est sans eau, plus des épisodes caniculaires, ce qui fait du stress hydrique encore plus fort pour les plantes, eh bien tout ça, s'il n’y a pas d'eau, à la fin il n'y a pas de production agricole, donc il faut simplement se le dire et il faut… l'eau qui rentre dans les nappes c'est l'eau quand elle tombe, tranquillement si je peux dire, quand il tombe 100 millimètres, comme il est arrivé, y compris dans des territoires qui n'y étaient pas habitués, en une demi-journée, cette eau-là, elle file directement à la mer, donc cette eau-là elle ne vient pas remplir les nappes, donc il faut prélever ce que sont les éclats d'eau, ce qu'on appelle les éclats d’eau, les excès d'eau, qui viennent désormais parce qu'on a une arythmie de la pluviométrie et une pluviométriques qui est… moi je suis dans un département, la région Centre Val-de-Loire, les Pays de Loire qui sont à côté, vous avez maintenant des pluviométriques dans une journée que nous ne connaissions pas.

CELINE ASSELOT
Donc ça veut dire dans tous les départements il faut favoriser la construction de ces réserves d’eau ?

MARC FESNEAU
Il faut combiner les choses, j’essaie de ne pas répondre au dogmatisme par le dogmatisme, il faut combiner les choses, des changements de pratiques, des changements d’assolements, et puis, il y a besoin d'eau et donc il faut, pardon du terme, tranquillement poser les termes du débat. Il y a bien des endroits, d'ailleurs j'étais l'autre jour en Maine-et-Loire, où on voit bien que, agriculteurs, associations environnementales, services de l'Etat et autres usagers, se sont mis autour de la table, et parfois ça a permis de maintenir les étiages. Si la Seine est encore à un niveau d'étiage assez élevé, s’il y a encore de l'eau à ce niveau-là dans la Seine, c'est parce qu'il y a bien des ouvrages qui sont en amont, et qui existent, et qui ont été créés d'ailleurs avec une volonté qui était une volonté de lutter contre les inondations, en particulier en région parisienne, donc il faut aussi développer les multi-usages. Et puis dernier point, pardon d'être long, mais c'est un sujet important, il faut qu'on développe aussi la capacité à mobiliser de l'eau, on est le pays d'Europe, ou l'un des pays d'Europe, qui mobilise le moins l'eau issue des stations de traitement de l'eau, moins de 1 %.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous faites quoi alors, vous allez enclencher tout de suite ou pas ?

MARC FESNEAU
Oui… dans le cadre du " Varennes de l’eau " il y a un certain nombre de projets qui ont été posés sur la table, l'idée maintenant c'est d'accélérer, et c'est ça…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Recycler l’eau, la France est très en retard.

MARC FESNEAU
Non, mais l’eau est recyclée, simplement maintenant il faut la réutiliser en agriculture et donc c’est parfois des contraintes normatives, mais là aussi on trouvera sûrement des âmes bien pensantes qui nous expliqueront que non, on ne peut pas la réutiliser.

CELINE ASSELOT
Les agriculteurs ils sont prêts à ça, à mettre dans leurs champs de l’eau… ?

MARC FESNEAU
Bien sûr qu’ils sont prêts à ça, bien sûr, sur un certain nombre de cultures ça ne pose pas de difficulté particulière, enfin nous ne sommes pas sur une île isolée du reste du monde. En Italie c'est 15 % de l'eau issue des stations qui est réutilisée, en France c’est 1%, que je sache…

CELINE ASSELOT
Il y a des blocages psychologiques aussi.

MARC FESNEAU
Oui, mais essayons de poser tranquillement les débats, de lever les blocages psychologiques et de répondre à la question qui est l'eau est une denrée précieuse, et donc il faut la traiter comme une denrée précieuse, et donc si on peut la réutiliser, par exemple dans ce domaine-là, on le fait, et si on peut la stocker quand il y a des excès de pluviométrie, eh bien on la stocke.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Marc FESNEAU, est-ce qu'il n'y a pas au fond deux visions qui s'affrontent, la question c'est quel est le modèle désormais d'une agriculture résiliente, vous disiez tout à l'heure respectueuse de l'environnement, capable de nourrir en même temps la population, je vous propose d'entendre Sandra REGOL qui est députée Europe Ecologie-Les Verts du Bas-Rhin, elle était sur France Info notre invitée avec Céline ASSELOT, elle a proposé de consommer moins de viande et mieux.

SANDRA REGOL, SECRETAIRE NATIONALE ADJOINTE EELV, DEPUTEE DU BAS-RHIN
Alors, manger moins de viande, mais manger mieux de viande, ça veut dire de la viande qui est produite chez nous par des paysans qui font vivre nos campagnes. Aujourd'hui l'essentiel de cette viande que l'on consomme elle vient de l'autre bout du monde, elle répond à des modes de production qui ne sont pas ceux qu'on voudrait, elles ne produisent pas d'emplois chez nous.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Moins de viande, mieux de viande, dit cette députée écologiste.

MARC FESNEAU
Il y a deux choses. D’abord il y a une inexactitude, ça serait tellement bien dans ce pays qu'on pose les sujets dans la réalité de ce qu'ils sont, l'essentiel de la viande qui est consommée en France ne vient pas de l'étranger, elle vient de France, il faut arrêter de dire des choses qui sont des sornettes. Ne prenons pas de cas minoritaires ou des sujets qui sont mineurs, des sujets majeurs, l'essentiel de la viande… ça c’est factuel, il suffit de vérifier, de voir que l'essentiel de la viande consommée en France est de la viande qui est produite en France.

CELINE ASSELOT
Mais pas forcément nourrie uniquement avec des plantes et des fourrages produits en France !

MARC FESNEAU
Non, non, mais c’est encore un autre sujet, d'ailleurs le plan protéines qu’a voulu développer le président de la République c'est un plan d'autonomie alimentaire parce qu'on a besoin de travailler sur l'alimentation et de sortir effectivement du soja qui a été une alimentation, qui était le produit de la déforestation, et les éleveurs travaillent là-dessus, on n'a pas attendu les uns ou les autres pour le faire, donc premier sujet, essayons de poser les sujets tels qu'ils sont dans la vérité des faits. Et le deuxième sujet, ça c'est assez juste, c’est, comme consommateur, nous-mêmes, qu'est-ce qu'on a, dans l'acte de consommer il y a un consommateur et puis il y a un citoyen, et quand on consomme des produits français, en particulier sur la viande, il faut penser derrière à ce qui est derrière le produit qu'on consomme, et c'est un agriculteur, un éleveur, qui permet d'entretenir le paysage, qui permet d'apporter des choses en termes de biodiversité, qui permet aussi d'éviter parfois, dans certains secteurs, que ça « s’enfriche » et qu'on puisse avoir des feux de forêt, donc nous consommateurs, collectivement, nous avons dans notre acte de consommation quelque chose qui est de l'ordre d'un puissant levier aussi pour l'agriculture en effet.

CELINE ASSELOT
Oui, mais vous savez que la viande bovine c’est sans doute ce qui consomme le plus d'eau dans toutes les cultures animales évidemment, qu'il faut énormément de litres pour produire 1 kilo de viande, donc on peut se poser la question quand même de ce choix-là.

MARC FESNEAU
Tendanciellement on voit bien d'ailleurs qu'on est plutôt sur une décroissance de la consommation de viande, mais assis autour de ce bureau de dire il faut, il n’y a qu’à, il faut qu’on, etc., qu’il y ait une tendance lourde qui soit celle-là. Par ailleurs il y a un sujet central, c'est on ne réussira pas cette transition s'il n’y a pas de recherche du juste prix, c'est-à-dire de rémunération.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Le juste prix d’accord, mais les circuits courts par exemple, c’est la bonne idée.

MARC FESNEAU
Oui, mais les circuits courts ils se développent, ils existent, mais enfin 90% de la consommation ne se fait pas en circuit court, elle se fait dans la grande distribution, et c'est là que nous avons comme consommateurs des choix que nous devons faire… on a eu beaucoup d'espoir au moment de la crise Covid, dans cette crise qui était par ailleurs dramatique, qui était au fond le retour aux circuits courts, un peu forcés que nous étions, du confinement, et puis la nature est revenue au galop, pardon de cette expression, et au fond on est revenu dans les circuits de grande distribution classiques, et donc là aussi comme consommateurs on doit regarder, mais c'est vrai que les circuits courts sont une des voies.

CELINE ASSELOT
Qu’est-ce que vous dites aux consommateurs aujourd'hui, au vu de l'été qu'on vient de traverser qu'est-ce que vous conseillez ?

MARC FESNEAU
J’ai tendance à dire que dans les actes de consommation que nous avons, et je connais les contingences aussi inflation, mais on a essayé de poser un certain nombre de sujets sur la table au Gouvernement, de faire en sorte qu'à chaque fois qu'on produit un acte de consommation on cherche l'agriculteur qui est derrière, et la rémunération qui est derrière, et le juste prix ce n’est pas forcément le bas prix, parce que sinon on incite plutôt à une agriculture qui soit dévalorisée de la qualité.

CELINE ASSELOT
Mais ce n’est pas facile de savoir, quand vous vous baladez dans les rayons d’un supermarché ce n’est pas toujours évident.

MARC FESNEAU
Il y a parfois des étiquetages et vous voyez bien quand c’est produit en France, vous voyez bien quand il y a une rémunération qui est indiquée, enfin il y a un certain nombre d'indicateurs et de premiers indicateurs qui permettent de le faire.

CELINE ASSELOT
8h51 sur France Info, Marc FESNEAU notre invité, ministre de l'Agriculture, on reprend cet entretien dans un instant, tout d'abord ce qu'il faut retenir de l'actualité de ce mardi.

(…)

CELINE ASSELOT
Avec toujours dans le studio de France Info Marc FESNEAU, ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. Alors, c'est une forme de rentrée demain, premier Conseil des ministres autour d'Emmanuel MACRON à l'Elysée, on va évoquer évidemment les grands sujets de la rentrée, le budget aussi sans doute, les arbitrages ont été annoncés par Gabriel ATTAL, rallonge de 3,3 milliards pour la transition écologique, et avec à l'intérieur un demi-milliard pour l'agriculture, est-ce que ça veut dire que l'un de vos enjeux pour la rentrée Marc FESNEAU ce sera d'arriver à trouver votre place dans une priorité donnée à la transition écologique ?

MARC FESNEAU
Mais, l'agriculture par nature elle a beaucoup de voies et moyens de trouver des solutions dans les questions de règlement du dérèglement climatique…

CELINE ASSELOT
Il n'y aura pas de tiraillements.

MARC FESNEAU
Il n'y aura pas de tiraillements, parce que je crois que quand vous parlez avec les agriculteurs, d'abord ils sont les premiers à connaître le dérèglement climatique, il suffit de parler aux viticulteurs qui vous montrent les tableaux des dates de vendanges, entre ce qui étaient les tableaux de leurs parents et ce qu'ils ont aujourd'hui. Donc ils savent ce qu'est le dérèglement climatique, parce qu'ils l'ont perçu, physiquement perçu. Et puis deux, ils le vivent aussi comme une crise, on en a parlé, c'est-à-dire qu'en permanence ils sont victimes du dérèglement climatique. Et par ailleurs ils ont des solutions, parce que l'agriculture est un formidable outil, si vous me permettez cette expression, qui permet par exemple le stockage carbone. La forêt aussi, on n'en a pas parlé, mais la forêt qui est aussi dans mon périmètre, c'est un formidable outil pour le stockage carbone. Donc l'agriculture elle est à la fois victime du dérèglement climatique, comme on en a longuement parlé tout à l'heure, et deux, elle porte des solutions qui permettront aussi de lutter contre le dérèglement climatique. Et donc on est au coeur, et ce n’est pas par hasard que dans les budgets qui sont dédiés aux sujets écologiques de transition écologique et de lutte contre le dérèglement climatique, l'agriculture soit au coeur du sujet.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous diriez Marc FESNEAU, par-delà le sujet qui est important, de l'agriculture, que c'est une rentrée inquiète ?

MARC FESNEAU
C'est une rentrée, oui, écoutez quand on regarde ce qu'est le monde actuellement, c'est inquiétant pour plusieurs motifs, d'abord la crise ukrainienne…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C’est un peu le climat qui sous-tend ce Conseil des ministres qui…

MARC FESNEAU
Oui oui, au-delà de ce qu'on a évoqué qui est un climat un peu anxiogène, le climat du dérèglement climatique crée de l’anxiété, donc à nous, au-delà de la réponse à l'immédiateté de dresser des perspectives, ce que j'ai essayé de faire devant vous, de trouver des solutions. La question, ce n’est pas d'être posé sur son siège et dire « y’a qu’à, faut qu’on, il faudrait, il aurait fallu », c'est de faire et c'est ce qu'on fait. On ne le découvre pas cet été, parce puisqu'il y a un certain nombre de mesures que j'évoquais, qui avaient été prises avant. Et puis deuxièmement, ça c'est un sujet d'angoisse, et puis il y a un 2e sujet qui est la crise ukrainienne, qui porte son lot d'angoisse en termes d'inflation, qui porte son lot d'angoisse en termes guerriers, disons les choses, parce que les rodomontades des uns et des autres, en Russie, peuvent être inquiétantes, et globalement le sentiment que la tension internationale est à son comble, dans un dérèglement global du monde. Et puis 3e élément, la crise énergétique produite par la crise ukrainienne elle fait peser de lourdes menaces, y compris sur de grands partenaires européens, pour ne pas dire les premiers, je pense aux Allemands, avec des risques sur l'économie mondiale. Et donc on a… et l'économie européenne, donc évidemment, mais la question n'est pas forcément pour nous quand vous êtes responsable politique de décrire la situation, la question c'est d'essayer de trouver des solutions, ce qu'on a fait dans le premier collectif…

CELINE ASSELOT
Mais est-ce qu’on ne risque pas d'oublier très rapidement justement, avec toutes ces priorités et toutes ces sources d'inquiétude, ce qui s'est passé cet été, qu'on attende finalement l'été prochain, la prochaine sécheresse, les prochains incendies, en disant, l'hiver arrive, on va être tranquille, on aura du répit ?

MARC FESNEAU
Oui, et dès qu’il a plu on aura réglé le problème, ce qui n’est pas le cas à la vérité. On disait tout à l’heure, vous disiez tout à l'heure, l'actualité chaude et puis le travail qu'il faut faire de façon plus discrète, c'est pour ça qu'il faut aussi manier les deux, parce qu'à un moment moi je n'oublie pas, je n'oublierai pas ce qu'on a vécu cet été, et le gouvernement n'oubliera pas ce qu'on a vécu cet été, et donc… mais nous sommes dans une société de l'immédiateté, donc il faut faire des images et montrer des choses, et puis après on oublie un peu trop rapidement, vous avez raison, mais il n'est nulle question pour moi, parce que les effets de ce qui s'est passé cet été… d'abord malheureusement, et je ne dis jamais autre chose aux agriculteurs, ça se multipliera, et donc la nécessité face au dérèglement climatique c'est de s'adapter, donc ça c'est du temps long, et donc il faut qu'on accepte de travailler sur le moyen-long terme, mais c'est la difficulté, y compris pour installer de jeunes agriculteurs, c'est on est sur plusieurs générations qui vont subir le dérèglement climatique, en agriculture comme dans d'autres domaines, et donc notre responsabilité c'est de préparer le terrain pour faire en sorte que dans une ou deux générations on ait essayé de résoudre ce problème-là, mais dans l'intervalle il faut aussi s'adapter, donc c'est les deux pieds sur lesquels il faut travailler.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Marc FESNEAU, vous fûtes ministre des Relations avec le Parlement, ce qui se passe dans l'hémicycle avec les oppositions, qu'elle soit NUPES ou RN, il n'y a pas de dialogue possible ? Je sais qu'il y a cette initiative Renaissance de vouloir préparer en amont, co-construire, supprimer des amendements, raccourcir, non pas les circuits courts, mais raccourcir le débat parlementaire, ça ne marchera pas cette histoire !

MARC FESNEAU
Mais je l’ai dit le lendemain des élections législatives, c'est la responsabilité de chacun. Nous nous gouvernons, nous sommes en situation de responsabilité, donc notre responsabilité c'est de pouvoir réformer, de pouvoir légiférer, parfois il n’y a pas besoin d'ailleurs de légiférer, on peut avancer sans légiférer, on est un pays qui adore légiférer pour avancer, on peut aussi faire des tas de choses sans avoir besoin de produire de la loi, c’est un pays qui est un peu malade de sa propension à essayer de régler en permanence les sujets par la loi quand bien des pays, vous regarderez le nombre de lois qui sont votées dans d’autres pays, bon ! Mais ceci étant il faut voter des lois, il faut voter des lois budgétaires, nous on est… ce n’est pas la question d'être prêt à dialoguer, on est à avancer, on est prêt à réformer, on est prêt à résoudre les problèmes des Français, parce que les Français, ils nous regardent. Tous les députés qui ont été élus au mois de juin ils ont une responsabilité, c'est de résoudre les problèmes des Français, pas d'organiser les querelles, et pas d'organiser son pré-carré pour les élections qui viendront, et donc nous on est prêt à travailler et à réformer. Est-ce que d'autres le sont ? On verra bien. Cet été un certain nombre ont plutôt montré des signes, qui ne sont pas des signes d'ailleurs de collusion, simplement des signes de…

CELINE ASSELOT
Les Républicains, vous pensez aux Républicains ?

MARC FESNEAU
Oui ; parfois certains se sont abstenus côté gauche aussi, c'est la capacité parfois à s'extraire en disant quel est l'intérêt général au-delà de mon intérêt politique immédiat ou particulier. Là aussi il faudrait qu'on sorte du temps court pour penser le temps long. Quand on est sur des sujets qu'on a évoqués, la question de la transition écologique, les questions de grands dérèglements géopolitiques, vous ne croyez pas qu’on pourrait le faire… et quand vous regardez les partenaires européens, ou d'autres pays, à l'extérieur de l'Union européenne, c'est ce qu'on fait quand on se croit ou on s'estime responsable.

CELINE ASSELOT
On termine sur une main tendue, c’est bien ça ?

MARC FESNEAU
Oui mais, Jean-François ACHILLI qui me connaît depuis longtemps sait que depuis longtemps c'est ce que je pense, donc je n'ai pas changé depuis, après la main tendue il faut qu’il y ait deux mains, il faut qu'il y en a une pour la saisir, après les Français seront juge, la vérité c'est ça ce qui se passera.

CELINE ASSELOT
Merci beaucoup Marc FESNEAU d'avoir accepté notre invitation ce matin, ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire.

MARC FESNEAU
Merci à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 24 août 2022