Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de la transition énergétique, à BFM TV le 16 septembre 2022, sur le plafonnement des prix du gaz et de l'électricité, les aides aux entreprises pour faire face aux dépenses énergétiques et les économies d'énergie.

Texte intégral

PHILIPPE CORBE
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Philippe CORBE.

PHILIPPE CORBE
On va parler dans un instant des mesures d'économies d'énergie qu'on va devoir faire dans les prochains mois, mais pour revenir sur le bouclier tarifaire, ce que vous appelez le bouclier tarifaire, c'est-à-dire c'est ce plafonnement des prix du gaz et d’électricité dont vont bénéficier les Français à partir du début de l'année, enfin je dis bénéficier, les prix du gaz et de l’électricité vont augmenter de 15%. Si vous n'aviez rien fait, si vous aviez laissé faire le marché, ça aurait été plus de 100%. Comment est-ce que vous avez fixé ce chiffre de 15% ? Pourquoi 15 et pas 5 ou 25 ? Quel est le sens de ce niveau de 15% que vous avez décidé ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le sens de ce niveau de prix c'est deux choses. La première chose c'est d'amortir le plus possible l'impact de l'augmentation des prix de l'énergie, pour les Français. C'est ce que nous avons fait en 2022, c'est ce que nous allons continuer à faire en 2023.

PHILIPPE CORBE
C’était 4% en 2022 et là ça va être 15% en 2023.

AGNES PANNIER-RUNACHER
4% pour l'électricité, 0% pour le gaz, mais qui avait connu une augmentation assez importante en 2021, et l’enjeu c'est de faire en sorte que les Français puissent vivre au mieux dans cette situation de crise inédite de l'énergie en Europe et dans le monde, et d'inflation très forte en Europe et dans le monde.

PHILIPPE CORBE
Je vous dis 15%, parce qu’au fond c'était un choix politique de le mettre à 15% plutôt qu'à 5, plutôt qu’à 25. Est-ce qu'il y avait une valeur politique symbolique à ce que, au fond, les Français voient sur leurs factures de gaz et d’électricité, une augmentation pour qu'ils prennent conscience du choc énergétique que nous devons affronter, et qu'au fond qu'ils adaptent leurs comportements et consomment moins d'énergie. Il y avait une dimension symbolique à ce qu'on voit l'augmentation sur la facture ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois qu'il y a aussi un enjeu d‘équilibre en fait de la décision. C'est-à-dire que cette décision que nous prenons, ce bouclier énergétique, il pèse sur les finances publiques, et il faut penser aux générations futures. Donc nous nous étions engagés à tenir une trajectoire de déficit public de 5%, nous devons absolument accompagner les ménages les plus modestes, et il était important de faire aussi des mesures ciblées pour les ménages les plus modestes, et effectivement c'est ce que nous faisons puisque nous renforçons le Chèque énergie pour 40% des ménages. 40% des ménages c'est beaucoup. Et notamment…

PHILIPPE CORBE
Donc 100 ou 200 €.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà, 100 ou 200 €, c'est notamment ceux qui travaillent avec des revenus modestes. Et aujourd'hui effectivement, sur le gaz vous avez une augmentation de 25 € par mois, ce n’est pas rien, mais en face, lorsque vous êtes un ménage modeste, vous avez le Chèque énergie, et cela vous épargne une augmentation de 200 € par mois, donc c’est très important.

PHILIPPE CORBE
C'est important de le voir sur la facture, parce qu’il va falloir faire des efforts en terme de consommation et d'économie d'énergie.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que ça va au-delà de ça, c'est vraiment un équilibre entre préserver les intérêts de la France à moyen terme, c'est-à-dire être conscient que l'argent public a une valeur, est bien dépensé, et protéger les Français et en particulier les plus modestes, ce qui nous permet aujourd'hui encore d'avoir par exemple un prix de l'électricité qui sera probablement en 2023 le plus bas d'Europe, pour les ménages.

PHILIPPE CORBE
Et donc on a compris que le quoi qu'il en coûte énergétique a pris fin, il n'y aura pas de quoi qu'il en coûte énergétique pour l'année 2023, or on est dans une situation un peu absurde, c'est que là en septembre, depuis 15 jours maintenant, vous subventionnez avec de l'argent public, l'essence, alors même que le prix du baril a baissé, 30 centimes en ce moment, c'était 18 centimes au printemps et ce sera 10 centimes à partir du 1er novembre. Le prix de l'essence est moins cher France que dans beaucoup de pays européens, et d'une certaine manière vous subventionnez avec de l'argent public dont on manque, une ressource fossile qui pollue, alors même que le prix du baril a baissé. Ce n’est pas un peu absurde ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors…

PHILIPPE CORBE
Ou décalé dans le temps ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois qu'il faut regarder le court terme et le moyen terme. Le court terme c'est la situation de beaucoup de Français dans des zones périphériques, dans des zones rurales, qui ne peuvent pas se passer de la voiture. Et ça…

PHILIPPE CORBE
C’est vrai, mais vous n'aviez pas ciblé sur eux ces aides. Ce n'est pas ciblé sur ceux qui n'ont pas d'autre alternative.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, sauf qu’il est compliqué de cibler finalement ces aides sur spécifiquement sur ceux-là. Lorsque vous êtes dans une grande ville et que vous prenez les transports en commun, a fortiori vous n'utilisez pas votre voiture, donc c'est bien ceux qui utilisent leur voiture. Et vous savez que beaucoup de Français ont besoin de leur voiture, ne serait-ce que pour emmener les enfants à l'école, ne serait-ce que pour aller travailler, et on sait l'impact, moi je vis sur un territoire qui est le Bassin minier, dans le Bassin minier…

PHILIPPE CORBE
Du Pas-de-Calais.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Du Pas-de-Calais, dans le Bassin minier c'est compliqué de vivre sans une voiture. Vous avez beau avoir des transports en commun, toutes les zones industrielles ne sont pas desservies par des transports en commun.

PHILIPPE CORBE
Mais vous n’avez pas ciblé cet argent public, cet effort, sur ceux qui travaillent et ceux qui n'ont pas d'autres alternative que la voiture.

AGNES PANNIER-RUNACHER
On le fait en creux, puisque quelque part ce sont ceux qui utilisent leur voiture qui passent à la pompe à essence. Vous voyez, donc ce n’est pas ceux qui ont la chance de bénéficier, comme à Paris, d'un réseau de transports en commun et qui du coup utilisent plutôt leur Pass Navigo. Donc je crois que c'était important de protéger ces Français-là, tout en anticipant la suite, et la suite c'est leur permettre de changer de mode de mobilité, c'est travailler sur les transports en commun, ce que fait Clément BEAUNE, sous l'égide de Christophe BECHU, c'est travailler sur la voiture électrique, ce que je fais également, pour permettre à des Français de changer de mode de transport…

PHILIPPE CORBE
On va en reparler des voitures électriques.

AGNES PANNIER-RUNACHER
… mais cela ne se fait pas en quelques semaines, et donc aujourd'hui il faut prendre en compte le quotidien des Français, et c'est ce que nous faisons.

PHILIPPE CORBE
Donc, le bouclier a été présenté il y a 2 jours, et depuis il y a tel ou tel secteur, tel ou tel groupe, qui dit : attention, il y a un trou ici. Alors par exemple les HLM, les bailleurs sociaux disent : mais nous ne bénéficions pas du bouclier tarifaire, c'est-à-dire que les bailleurs sociaux vont prendre plein pot l'augmentation du prix du gaz et de l'électricité, vont la répercuter sur leurs locataires HLM, qui sont souvent des Français avec des niveaux de vie modeste et des revenus, et je crois qu'il y a 40% des gens dans les HLM…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Sous conditions de ressources, tout à fait.

PHILIPPE CORBE
… qui sont sous le seuil de pauvreté. Alors certes, ils vont bénéficier du Chèque énergie, mais par ailleurs ils vont prendre plein pot l'augmentation du gaz et de l’électricité.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, ce n’est pas exact, Philippe CORBE, et je veux remettre l'église au milieu du village. Les locataires en HLM, bénéficient du bouclier énergétique, ils bénéficient du bouclier gaz, et ils bénéficient du bouclier électrique, à une exception près, ce sont quelques, comment dire, ensembles HLM…

PHILIPPE CORBE
Bailleurs sociaux.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, pas bailleurs sociaux, quelques ensembles HLM, qui ont une consommation électrique très importante, et qui ont été classés comme les entreprises. Et pour celles-là Olivier KLEIN est en train de travailler sur un dispositif pour faire en sorte…

PHILIPPE CORBE
Le ministre en charge de la Ville.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ministre en charge de la Ville et du Logement, pour travailler sur des dispositifs qui permettent d'effacer cet impact. Donc non, les millions de Français…

PHILIPPE CORBE
D’accord, donc ça, ça va être réglé.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Les millions de Français qui sont en HLM, et ils l'ont vu sur leurs factures depuis le début de l'année, sur l'électricité et sur le gaz, bien sûr qu'ils bénéficient du bouclier énergétique.

PHILIPPE CORBE
Donc ça c'est pour les HLM. Autre « trou dans la raquette » ou dans le bouclier qui était avancé hier matin à ce micro de RMC et de BFM TV par Geoffroy ROUX de BEZIEUX, le patron du MEDEF qui était invité d'Apolline de MALHERBE, il vous demande en fait de plafonner le prix de l'électricité pour les entreprises, comme vous le faites pour les ménages, car selon lui certaines risquent de baisser ou d'arrêter leur production. On l'écoute.

GEOFFROY ROUX DE BEZIEUX, PRESIDENT DU MEDEF
Je lance un cri d'alerte. Il faut faire, ce qu'ont fait les Espagnols, ce qu'ont fait les Portugais, qui ont eu l'autorisation de le faire avec l'Europe, c'est-à-dire plafonner le prix de l'électricité. Alors, il y a des projets en Europe, mais il faut aller vite, parce que sinon on parle vraiment d'arrêt de production.

PHILIPPE CORBE
Donc, Geoffroy ROUX de BEZIEUX disait ça hier matin, et ce matin on entendait sur BFM TV, le patron d'une PME dans l'Ariège, une fonderie presque centenaire, ses factures d'électricité vont augmenter, vont être multipliées par 10, et il dit : moi je ne vais pas pouvoir garder mon entreprise ouverte. Qu'est-ce que vous faites pour ces entreprises-là ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, je veux dire à Geoffroy ROUX de BEZIEUX, mais il le sait, qu'on ne l'a pas attendu pour effectivement, au niveau de l'Union européenne, travailler sur un plafonnement. Alors, c'est un plafonnement du prix du gaz qui est utilisé dans les centrales à gaz qui produisent de l'électricité. C'est ce qu'utilisent aujourd'hui le Portugal et l'Espagne. Pourquoi, parce que c'est une plaque qui, en termes d'interconnexion est un peu indépendante du reste de l’Europe.

PHILIPPE CORBE
La péninsule ibérique.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà, la péninsule ibérique, pour des raisons géographiques et d'interconnexions. Donc ça, ce dispositif, il est aujourd'hui sur la table, nous avons demandé à la Commission européenne de nous faire des propositions, des propositions – je ne vais pas rentrer dans la technique, parce qu'elles sont terriblement arides – pour mettre un coup d'arrêt à l'envol des prix du gaz et de l'électricité, de façon à permettre aux entreprises, et vous avez raison de le souligner, et Geoffroy ROUX de BEZIEUX aussi, de faire face à des factures qui se sont envolées. Je veux également dire une chose, et c'est valable d'ailleurs pour les collectivités locales, pour les HLM comme pour les entreprises, c'est d'être extraordinairement vigilant sur la négociation de leurs nouveaux contrats. On voit des nouveaux contrats qui sont appuyés sur des prix de 800 € ou voire parfois plus, ce n’est pas de prix de l'électricité sur le marché aujourd'hui, il a baissé, et donc il faut être très vigilant sur ces contrats, et effectivement ne pas se faire embarquer dans le moment alors que nous travaillons au niveau de l'Union européenne et au niveau national, à refroidir l'augmentation des prix de l'électricité et du gaz.

PHILIPPE CORBE
Et pour des entreprises, des PME, qui ne sont pas aussi consommatrices d'énergie, je pense à un commerçant, par exemple un boulanger, donc qui ne peut pas bénéficier des aides mises en place par Bercy. Vous attendez que…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il y a des aides.

PHILIPPE CORBE
Il y a des aides, mais il faut que…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il y a des aides pour les commerçants, il y a aides pour toutes les entreprises, je veux le dire ici, jusqu'à 2 millions d'euros d'accompagnement pour les entreprises qui consomment plus de 3%…

PHILIPPE CORBE
Voilà.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Plus de 3%, c’est petit, 3% d'énergie dans l'ensemble de leurs dépenses, donc lorsqu'elles consacrent plus de 3% de l'énergie dans leurs dépenses en temps normal, elles peuvent bénéficier, elles peuvent présenter un dossier à la Direction générale des finances publiques, c'est Bruno LE MAIRE qui a effectivement mis en place ce dispositif, ça sera à nouveau activable à partir du 1er octobre, dans des conditions…

PHILIPPE CORBE
Parce que pour l’instant, ça ne fonctionnait pas très bien, il y avait des fonds disponibles mais qui n’étaient pas utilisés…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Les conditions étaient un peu restreintes…

PHILIPPE CORBE
Voilà, ça a été simplifié.

AGNES PANNIER-RUNACHER
On a 3 milliards d’euros pour le faire, et aujourd'hui j'invite vraiment les PME à le faire, parce que pour elles c'est une façon de prendre en charge une partie, 30%, de la facture, c'est très important.

PHILIPPE CORBE
Mais pour les PME qui ne sont pas concernées, qui consomment moins d'énergie, est-ce que vous attendez qu'ils répercutent les prix sur leurs produits, par exemple un boulanger, qu'il augmente le prix de la baguette ? C'est ça la logique au fond pour les entreprises qui ne bénéficient pas d'aides, qu'il y ait une augmentation plus normale, il faut répercuter sur les prix ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, c'est un point d'équilibre. Je crois que la répercussion sur les prix, elle se pose notamment dans les échanges internationaux lorsque vous êtes une entreprise…

PHILIPPE CORBE
Non, mais je parle du petit commerçant dans la rue, en bas de chez nous.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais c'est pour ça que je vous dis qu'il y a un dispositif pour les PME. Je veux insister sur ça. Et je rappelle une chose, Philippe CORBE, les entreprises de moins de 10 salariés, et c'est quand même beaucoup de boulangeries, ont le tarif régulé. Elles ont le tarif régulé, donc elles n'observent par une augmentation massive de leur électricité. Donc nous couvrons les très petites entreprises, les petits commerçants, les petits artisans, et par ailleurs nous avons un dispositif pour les petites et moyennes entreprises, qui va jusqu'à 2 millions d'euros, ce qui n'est pas l'épaisseur du trait pour ces entreprises.

PHILIPPE CORBE
Vous parliez des collectivités locales, il y a donc une sorte de bouclier qui a été mis en place pour la plupart des communes, environ 2 tiers des communes, d’est à dire les plus petites, les moins peuplées, mais les plus peuplées, celles qui ont le plus d'équipements, qui ont le plus de piscines, de médiathèques etc., de lieux pour accueillir un public qu'il faut chauffer, elles, n'en bénéficient pas, les villes moyennes ou les grandes villes. Ce n’est pas un peu absurde, ce sont elles qui vont devoir payer beaucoup plus.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais je crois qu’on est tous à la même enseigne. On a des collectivités locale, l'Etat, les ministères paient de l'électricité, et c'est tous notre rôle de gérer au mieux cette ressource rare, de faire en sorte de mener des plans sobriété, et je veux remercier vraiment la mobilisation à la suite du lancement du plan sobriété par la Première ministre en juin, de l'ensemble des collectivités locales qui remontent, qui reviennent avec des idées innovantes sur l'éclairage, sur le chauffage, et ce sont des idées gagnantes/gagnantes, elles sont gagnantes pour leurs factures, elles sont gagnantes aussi pour le climat et pour la planète, et elles sont gagnantes pour passer l'hiver. Donc on travaille sur ces sujets-là, ça c'est le 1er point. Et deuxièmement effectivement c'est comment on négocie des contrats qui soient des contrats raisonnables, et là aussi on est à la disposition des collectivités locales pour les accompagner.

PHILIPPE CORBE
Donc pas d’aides supplémentaires pour ces grandes villes.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Dernier point, Philippe CORBE, je rappelle que dans le projet de loi de finances rectificative, on a mis 500 millions d'euros d'accompagnement des collectivités locales. Donc oui on les aide, on les accompagne, les situations sont très diverses sur le territoire.

PHILIPPE CORBE
Au cas par cas. Puisque vous parlez de sobriété, juste une question de rythme. Le président de la République, le 14 juillet, a parlé du plan de sobriété, il a fixé un objectif, un cap, qui était une réduction de 10% de notre consommation d'énergie d'ici 2 ans, c'est-à-dire l'été 2024. Et mercredi, moi j'étais un peu surpris en écoutant la Première ministre, voici ce que disait Elisabeth BORNE, on l'écoute.

ELISABETH BORNE, PREMIERE MINISTRE
Notre objectif est de baisser de 10% notre consommation d'énergie, par rapport à l'année dernière, et d'éviter au maximum les pics de consommation.

PHILIPPE CORBE
Donc il y a 2 mois, le président de la République nous dit " on va devoir faire 10% d'économies d'énergie en 2 ans ", l'été 2024, c'est déjà rapide, et là, la Première ministre nous dit " cet hiver, ça va bien se passer, mais il faut qu'on fasse 10% d'économies d'énergie pour passer l'hiver, pour passer les pics de consommation ". Qu'est-ce qui fait qu'en 2 mois on a dû accélérer notre ambition ? Là c'est très rapide quand même, 10% en quelques mois.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, vous l'avez compris, la Première ministre elle ne donne pas de date, elle dit : " nous devons faire une économie de 10% ". Cette économie de 10%…

PHILIPPE CORBE
Ce n’est pas ce qu’avait dit le président au mois de juillet.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, mais le plan sobriété c'est une économie durable de 10% sur 2 ans. D'accord ? Une économie durable de 10% d'ici fin 2024. Maintenant, on ne va pas procrastiner, c'est-à-dire qu’on relève les manches aujourd'hui, pour…

PHILIPPE CORBE
Il faut accélérer.

AGNES PANNIER-RUNACHER
… pour faire le maximum d'économies. Une partie sera probablement pas structurelle…

PHILIPPE CORBE
D’accord.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et l'enjeu que nous avons, c'est que ces 10% c'est pas juste pour passer la crise ukrainienne, c'est pas juste parce qu’il y a une tension sur le marché, c'est parce que c'est notre plan de marche pour permettre à notre pays de faire face au réchauffement climatique, c'est parce que RTE nous dit : d'ici 2050, à usage égal, c'est-à-dire, dans cette pièce, l'électricité, les écrans, la climatisation, il faudra faire 40% d'économies sur toute l’énergie pour faire fonctionner.

PHILIPPE CORBE
Mais, c’est quand même plus rapide que ce que l’on disait il y a 2 mois.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non.

PHILIPPE CORBE
On passe de 10 % en 2 ans…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non non non non. Je vous le redis, Philippe CORBE, le plan sobriété c’est sur 2 ans, mais nous, notre objectif, c'est de faire en sorte de ne pas donner le sentiment qu'on va procrastiner et donc on accélère, et on vérifiera les 10 % dans 2 ans, mais tout ce qui sera pris tout de suite sur les, vers 22, 23, est à prendre.

PHILIPPE CORBE
On parlait donc de la sobriété, notamment avec les collectivités locales, prenons l'exemple de Paris qui a présenté cette semaine, la ville de Paris, un plan d'économies d'énergie, avec cette mesure que certains jugent symbolique, d'autres démagogique ou d'autres au contraire extrêmement importante, c'est l'éclairage des bâtiments municipaux qui va s'arrêter à 22h00 et à 23h45 pour la Tour Eiffel. La plupart des grands bâtiments de Paris, en fait ne dépend pas de la ville de Paris mais de l'Etat, l'Arc de Triomphe, le Louvre, le Musée d'Orsay, l'Opéra etc. Est-ce que l'Etat va suivre, même si c'est d'abord une action symbolique, ou est-ce que c'est démago de penser comme ça ? Elisabeth BORNE, par exemple, a mentionné l'effet que ça pourrait avoir sur le tourisme, l’effet négatif que ça pourrait avoir sur le tourisme. Donc, qu’est-ce que vous allez demander à ces grandes institutions de l’Etat, à Paris ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, d'abord, effectivement, je mentionnais tout à l'heure l'action que nous menons depuis le mois de juin pour que les collectivités locales présentent des plans de sobriété. La collectivité locale de Paris le fait, et je veux remercier les élus locaux, mais j'étais à Dijon samedi dernier, j'ai vu également l'action extrêmement proactive, et ce qui est important c'est que ce plan il soit adapté à chaque situation. On ne va pas régler le problème de l'éclairage de la même manière dans un village en ruralité, dans une grande ville, dans une grande ville touristique.

PHILIPPE CORBE
Paris c’est la ville lumière, c’est la capitale, donc qu’est-ce qu’on fait ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça c'est le 1er point. Le 2 point, c'est que l'Etat mène aussi son plan sobriété. Stanislas GUERINI, le ministre de la Transformation de la Fonction publiques, a motivé, enfin travaille avec l'ensemble des ministères sur ça. La question d'éteindre les monuments à 22h00, n'est probablement pas la source d'économie la plus importante, et nous aurons une situation d'équilibre, c'est-à-dire…

PHILIPPE CORBE
C’est ce que fait la ville de Paris pour ses monuments, à elle.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Elle n’a pas beaucoup de monuments, en réalité, elle a des bâtiments publics mais elle n'a pas beaucoup de monuments, et je pense qu'elle parle surtout de ses bâtiments publics, qui n'ont pas la même importance au regard du tourisme.

PHILIPPE CORBE
Mais il y a une dimension symbolique. Il y a une dimension symbolique, de message pour les Français.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui mais justement, la sobriété ce n'est pas arrêter de vivre, ce n'est pas arrêter de travailler, ce n’est pas arrêter de recevoir des touristes. La sobriété c'est faire les économies qui ont le plus de sens, qui ont le plus de sens en matière de consommation d'énergie. Et donc on aura deux approches, une approche qui est en temps normal comment faisons-nous, et notamment avec une électricité qui est aujourd'hui très décarbonée, donc ça fait du sens, enfin je veux dire, on peut peut-être maintenir à certains endroits les éclairages. Et comment on fait en période de tension, et là en période de tension, nous avons travaillé avec un certain nombre d'acteurs, par exemplaire la RATP…

PHILIPPE CORBE
Pour couper les éclairages.

AGNES PANNIER-RUNACHER
La RATP, sur un signal qui est la fameuse météo de l'électricité, un peu comme le Bison futé, vert, orange, rouge, Ecowatt, c'est un signal, on peut s'y abonner, eh bien lorsqu'on est rouge, on va éteindre un certain nombre d'écrans, de 18h00 à 20h00, et ça, ça sera important parce que ça sera au moment du pic. Donc on distingue bien les deux choses. Il y a des collectivités locales qui vont éteindre toute la nuit, elles nous l'ont dit. Il y a des collectivités locales qui vont éteindre, pas à partir de 01h00 du matin mais à partir de 22h00. Il y a des collectivités locales qui ont plutôt choisi de basculer sur du LED, parce qu’elles ont besoin d'éclairer certains endroits, pour des raisons de sécurité ou pour des raisons d'accueil de visiteurs, et donc je crois que c'est à chacun de définir le meilleur plan pour la suite.

PHILIPPE CORBE
Agnès PANNIER-RUNACHER, deux questions rapides et deux réponses rapides. Au Royaume-Uni, explosion des prix des factures qui dépassent 100%. La nouvelle Première ministre dit : eh bien voilà, il faut qu'on exploite le gaz de schiste, dont on dispose, on va exploiter ce gaz, on avait mis un moratoire, on arrête, on va l'exploiter, on en a besoin. En France on a du gaz de schiste. L'exploitation, l’exploration n'est plus autorisée par la loi, est ce qu'il faut avoir un débat autour de ça ? Est-ce que c'est un débat tabou, est-ce que c'est un débat qu'on mérite, qui mérite d'être posé ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que c'est une très mauvaise idée. Nous savons pertinemment que l'exploitation de gaz de schiste contribue à renforcer le réchauffement climatique. Le rapport du GIEC, les experts du climat nous indiquent que si d'ici 5 ans nous ne sommes pas capables de commencer à baisser nos émissions de gaz à effet de serre, nous allons aller vers des scénarios, qui sont les scénarios du pire. Les scénarios du pire, je vais vous donner un exemple parce que c'est très sérieux Philippe CORBE. Aujourd'hui, au Pakistan, vous avez des épisodes de mousson qui ont mis un tiers de la population sous l’eau. Et donc c’est des sujets…

PHILIPPE CORBE
Ça c’est vrai, mais en même temps…

AGNES PANNIER-RUNACHER
… que nous allons payer extraordinairement cher.

PHILIPPE CORBE
Oui mais regardez, là on achète du gaz américain, on va d’ailleurs renforcer notre capacité pour acheter…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, mais sur des gisements…

PHILIPPE CORBE
Oui mais c’est du gaz de schiste, on achète du gaz de schiste américain.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais, Philippe CORBE, sur des gisements qui existent aujourd'hui.

PHILIPPE CORBE
Oui, d’accord, mais c’est quand même du gaz de schiste.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n’est pas des gisements additionnels. Donc, que l’on substitue un gisement existant à un autre gisement existant, on n'augmente pas l'enveloppe globale, vous voyez bien la différence.

PHILIPPE CORBE
Oui, mais il y a … c’est qu’on achète du gaz de schiste américain.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, je ne crois pas, au contraire. Moi je pense qu’en responsabilité, cette crise énergétique ne doit surtout pas nous faire dévier de la lutte contre le réchauffement climatique, bien au contraire. Les enjeux que nous avons devant nous, c'est comment on accélère la transition énergétique, comment on devient indépendant des énergies fossiles. C'est ça le combat qu'on doit ne mener, le combat sur les énergies renouvelables, toutes les énergies renouvelables, la géothermie, la biomasse, l'éolien. Toutes ces énergies doivent être activées aujourd'hui, et ça doit être un combat absolument essentiel pour collectivement les entreprises, les collectivités locales et l'Etat.

PHILIPPE CORBE
Agnès PANNIER-RUNACHER, il nous reste 10 secondes. Vous savez quand la Première ministre va confirmer que la réforme des retraites va être menée cet automne et passera au Parlement dans le budget de la Sécurité sociale, vous le savez ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vous savez qu'il y a des concertations qui ont lieu, le président de la République…

PHILIPPE CORBE
La concertation, ça va finir au 49.3.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, je n’en suis pas certaine. Vous savez très bien que l'équilibre de nos retraites est menacé, le COR le dit. Ça c'est un sujet qui doit intéresser toutes les jeunes générations, parce que ça veut dire qu'aujourd'hui nous vivons à crédit des plus jeunes. Je crois que ce n’est pas responsable…

PHILIPPE CORBE
Oui, mais concertation, pour finir par un passage sans majorité à l'Assemblée nationale…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et donc nous allons poursuivre les concertations, c'est un objet de dialogue social. Laissons le dialogue social se faire.

PHILIPPE CORBE
Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre de la Transition énergétique, invitée de RMC BFM TV ce matin. Bonne journée.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 19 septembre 2022