Interview de M. François Braun, ministre de la Santé et de la Prévention à France Inter le 19 septembre 2022, sur la situation du Covid, le grand débat sur le système de santé et la réforme des retraites dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale.

Texte intégral

NICOLAS DEMORAND
Bonjour François BRAUN.

FRANÇOIS BRAUN
Bonjour.

LEA SALAME
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Et merci d'être avec nous ce matin. On va faire un point dans un instant sur la situation du Covid en France et sur le grand débat sur le système de santé que vous avez annoncé ce week-end. Mais d'abord cette petite phrase d'Emmanuel MACRON qui n'en finit pas de faire réagir, il n'exclut pas de présenter une réforme des retraites dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale qui sera examiné à l'automne et à faire passer cette réforme s'il le faut par le 49.3. Vous allez le faire, vous allez présenter une réforme des retraites avant Noël ?

FRANÇOIS BRAUN
Vous savez comme moi que toutes les options sont sur la table aujourd'hui sur cette possible réforme des retraites que la Première ministre y travaille sans relâche et qu'elle fera l'annonce de sa décision quand. Cela sera prêt.

LEA SALAME
Cela sera prêt mais enfin pardon c'est la semaine prochaine que vous présentez en conseil des ministres le PLFSS, le projet de loi de finances de la Sécurité sociale, donc j'entends que vous ne voulez rien dévoiler mais enfin tout de même c'est dans votre portefeuille, le PLFSS, il y a une possibilité qu'il y ait un amendement réforme des retraites dans ce projet de loi ? Il y a à ce stade une possibilité, je ne vous dis pas… est-ce que oui c'est possible ?

FRANÇOIS BRAUN
Je vous le redis, tout est sur la table donc forcément cette possibilité est sur la table comme d'autres d'ailleurs et la Première ministre nous donnera son avis là-dessus.

LEA SALAME
François BAYROU se dit absolument opposé à un passage en force sur les retraites estimant que ça entraînerait une colère sociale qui bloquerait tout le pays, vous en pensez quoi ?

FRANÇOIS BRAUN
Mon caractère est de toujours vouloir que convaincre, vous parliez du PLFSS qui est un enjeu majeur pour la santé de nos concitoyens, on n'imaginerait pas qu'il n'y ait pas de budget pour la sécurité sociale l'année prochaine, donc mon tempérament de médecins c'est de convaincre, toujours de convaincre. Maintenant si je n'ai pas la possibilité de convaincre nos concitoyens, il faudra bien quand même qu'il y ait un budget pour la Sécurité sociale de l'année prochaine, je le répète.

NICOLAS DEMORAND
Venons-en au Covid, jeudi 33 000 nouveaux cas de Covid étaient comptabilisés en France contre près de 20 000 semaine plus tôt, soit un bond de plus de 67 %. Le taux de reproduction, le fameux R, on s'en souvient maintenant est de nouveau supérieur à 1, est-ce le début Monsieur le Ministre de la Santé de la 8e vague, est-ce qu'on y est ?

FRANÇOIS BRAUN
Il est trop tôt pour dire que c'est déjà le début de la 8e vague, par contre vous avez raison nous constatons depuis une semaine, 10 jours, une reprise des indicateurs plutôt à la hausse. alors le nombre de cas par jour n'est pas quelque chose de très fiable parce que plus on va chercher plus on va trouver, par contre comme vous l'avez dit le R, ce taux de réplication est important dès lors qu'il passe au-dessus de 1, ça veut dire qu'une personne en contamine plus d'une, donc c'est surtout cet indicateur qu'il faut surveiller de près, l'incidence également qu'il est aux alentours de 200 pour 100 000 aujourd'hui, donc vous imaginez bien que nous surveillons ça et moi j'ai des chiffres tous les jours pour voir un petit peu ce que ça donne. Nous sommes en vigilance armée par rapport à cette 8e vague qui nous l'ont dit tous les scientifiques va arriver.

LEA SALAME
Mais donc elle n’est pas encore là ce matin 17 (sic) septembre, on n'est pas encore au début de la 8ème vague.

FRANÇOIS BRAUN
Une chose que j'ai apprise, que nous avons tous appris…

LEA SALAME
19 septembre.

FRANÇOIS BRAUN
Dans cette épidémie de Covid, c'est qu'il faut être extrêmement humble par rapport à l'évolution de cette épidémie. Nous savons que nous allons avoir une 8ème vague, nous savons aujourd'hui que le virus qui circule c'est Ba 5 donc que l'on connaît, il n'y a pas de nouvelles formes. Restons très vigilants.

LEA SALAME
Est-ce à dire que nous allons au connaître à nouveau les gestes barrières, les masques dans les transports, c'est ça que vous prévoyez pour le retour de la 8ème vague ?

FRANÇOIS BRAUN
Les gestes barrières dès lors qu'il y a une augmentation de circulation du virus sont nécessaires et je voudrais ici rappeler aussi que les gestes barrières sont très utiles contre la grippe, contre la bronchiolite qui sont aussi des maladies qui tuent et qui pour la bronchiolite touche les plus jeunes enfants.

NICOLAS DEMORAND
François BRAUN, vous avez annoncé en août qu'il y aurait une nouvelle campagne de vaccination, actuellement la 4e dose est autorisée pour les personnes de plus de 60 ans ou les personnes immunodéprimées, avec cette nouvelle campagne de vaccination il s'agira d'ouvrir cette 4e dose à la population générale et de passer à une 5e dose pour les plus fragiles. Dites-nous à quoi ça peut ou ça va ressembler.

FRANÇOIS BRAUN
Non pour l'instant la Haute autorité de santé qui nous guide un petit peu dans les décisions à prendre reste sur une campagne de vaccination qui touchera les mêmes personnes cibles pour l'instant, c'est-à-dire les personnes de plus de 60 ans, les personnes les plus fragiles, les soignants, les personnes qui sont autour de ces personnes les plus fragiles. Donc pour l'instant c'est l'axe, nous sommes prêts à démarrer cette campagne comme nous sommes prêts à élargir si c'était nécessaire et si des scientifiques nous le demandaient.

LEA SALAME
Quels vaccins seront utilisés pour une éventuelle nouvelle campagne de vaccination ? Les nouveaux vaccins qu'on appelle les bivalents qui ciblent à la fois la souche originale du virus et variant omicron doivent être mis en place, est-ce qu'ils vont rendre caduques les autres vaccins ?

FRANÇOIS BRAUN
Alors il y a ces nouveaux vaccins qui arrivent qui ont été validés au niveau des Etats-Unis, au niveau européen, pour celui qui a le Ba 5, on attend encore l'avis des autorités françaises, donc ces vaccins arrivent. Bien entendu nous avons commandé ces vaccins, pour autant les vaccins de la souche… sont efficaces et sont toujours efficaces, je rappelle qu'ils avaient une efficacité de l'ordre de 80 % au départ, ce qui est beaucoup pour un vaccin. Donc nous avons l'ensemble de ces vaccins qui reste efficace pour protéger les personnes les plus fragiles des formes graves.

LEA SALAME
Mais question très simple que je vous pose, là les gens qui nous écoutent, pas les populations cibles, pas les plus de 60 ans mais tous les autres, il faut qu'ils aillent se faire vacciner ou pas, alors qu'on a que la 8ème vague va arriver ?

FRANÇOIS BRAUN
Ils ne sont pas dans la cible actuellement qui est définie par la Haute autorité de santé. Si on devait avoir une explosion de cas bien entendu je réinterrogerai la Haute autorité de santé pour éventuellement modifier cette cible.

LEA SALAME
Et pour l’heure…

FRANÇOIS BRAUN
Mais pour l’heure non.

LEA SALAME
Quelqu’un de 40 ans qui s'est fait vacciner il y a un an, n'a pas à aller se faire vacciner.

FRANÇOIS BRAUN
S’il n’a de facteur de risque particulier non.

NICOLAS DEMORAND
Sur l'épidémie de variole du singe où en est-on ? Les derniers chiffres en France sont plutôt encourageants, la semaine dernière on en était à 113 cas supplémentaires par rapport à la semaine précédente pour un total de près de 4000 cas confirmés depuis le début de l'épidémie, on a évité le pire ?

FRANÇOIS BRAUN
Alors les chiffres sont encourageants, vous le dites très bien. Nous avons vacciné plus de 100 000 personnes, ce qui fait de la France le pays numéro un dans le monde en terme de, en terme de vaccinations. L’OMS a d'ailleurs félicité la stratégie de la France de cette vaccination, de ce traitement qui est mis en place, du suivi également des patients, donc oui nous pouvons dire que l'ensemble des indicateurs sont en diminution concernant la variole du singe.

LEA SALAME
On en vient à présent à la mise en place d'une promesse de campagne d'Emmanuel MACRON que vous avez confirmé ce week-end dans le JDD, l'Assurance maladie va inviter chaque Français à des consultations gratuites à l'âge de 25, 45 et 65 ans, cette innovation sera inscrit dans le PLFSS, ça c'est sûr que ça y est contrairement au retraite, pourquoi ces âges d'abord, pourquoi vous faites ça et pourquoi ces âge 25, 45, 65 et est-ce à dire que si j'ai 47 ou 62 je ne peux pas faire ma consultation à partir de l'année prochaine ?

FRANÇOIS BRAUN
Non bien sûr c'est ces âges sont des âges indicatifs bien sûr à 24 ans ou à 26 ans vous pourrez le faire. Alors pourquoi ces âges ? Parce que ce sont des âges clés dans la vie, dans les actes de prévention. 25 ans c'est globalement l'âge où on est dans la vie active, c'est bien de refaire le point sur ces vaccinations, est-ce que on a eu bien toutes ces vaccinations ? C’est bien de faire le point sur des facteurs de risque, des addictions au tabac, aux écrans, à l'alcool pourquoi pas ? C’est bien de faire le point aussi sur l'activité physique et ça ce sera aux 3 âges de la vie puisque l'activité physique le sport est un élément essentiel de prévention. À 45 ans on va être sur les maladies cardio-vasculaires, sur le dépistage des cancers, cancer du sein, cancer du col de l'utérus, cancer du côlon. 65 ans on va avoir un axe plus important sur la perte d'autonomie, dépister la perte d'autonomie. Donc ce sont des points clés au moment de la vie d'un adulte et c'est à ces moments-là qu'il faut agir le plus possible sur la prévention.

NICOLAS DEMORAND
La France consacre 2 % du budget de la Sécurité sociale à la prévention quand l'Italie on consacre par exemple 4, Monsieur le Ministre de la Santé et de la Prévention, on est encore loin du compte non ?

FRANÇOIS BRAUN
Oui on est loin du compte, notre pays n'est pas bon en termes de prévention, on le dit depuis des années et des années, mais là nous avons décidé d'agir. Et vous savez agir contre la prévention est quelque chose de compliqué parce que ça ne paye pas tout de suite, si je peux m'exprimer ainsi, ça paye dans 10 ans, dans 15 ans et c'est une temporalité qui n'est pas la temporalité politique habituelle. Pour autant il est essentiel de marquer le pas dès maintenant et d'agir sur la prudence.

LEA SALAME
Donc à partir de l'année prochaine de 2023, 25, 45 et 65 ans, on peut prendre rendez-vous et ce sera totalement remboursé par la Sécu.

FRANÇOIS BRAUN
Oui on peut prendre rendez-vous mais surtout nous allons avoir cette logique de aller vers, vers les personnes qui sont les plus éloignées du soin, c'est ça, ce sont ces personnes ma cible principale.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 20 septembre 2022