Interview de M. François Braun, ministre de la Santé et de la Prévention à France Bleu Lorraine le 16 septembre 2022, sur la crise des urgences, l'épidémie de Covid-19, le sport comme prévention pour la santé et Conseil national de la refondation (CNR) en santé.

Texte intégral

CLEMENT LHUILLIER
Bonjour François BRAUN.

FRANÇOIS BRAUN
Bonjour.

CLEMENT LHUILLIER
Merci d’être avec nous ce matin. Vous vous déplacez en Moselle cet après-midi avec la ministre des Sports Amélie OUDEA-CASTERA, vous allez notamment voir des patients d’un centre de dialyse qui bénéficient d’un programme sport-santé et puis vous allez inaugurer en fin d’après-midi Academos à Verny, c’est la première Maison sport-santé de Moselle. Comment se situe notre pays, la France, en termes de sport-santé, François BRAUN ?

FRANÇOIS BRAUN
La France n’est pas le meilleur élève en termes de prévention d’une façon générale et en termes d’activités physiques et de sport nous sommes loin de nos collègues d’Europe du Nord, c’est tout l’objectif que nous poursuivons avec Amélie OUDEA-CASTERA de faire du sport-santé l’un des enjeux majeurs de la prévention dans les années qui viennent.

CLEMENT LHUILLIER
Est-ce qu’il faut en prescrire davantage, du sport, en tant que remède à part entière ?

FRANÇOIS BRAUN
Oui bien sûr, on sait parfaitement que le sport est très efficace dans le cadre de la prévention, que ce soit la prévention, ce qu’on appelle la prévention primaire, c'est-à-dire pour ne pas tomber malade, pour se sentir bien, mais que ce soit aussi les préventions secondaires et tertiaires, c'est-à-dire lorsqu’on a une maladie chronique, là aussi pour éviter des complications et se sentir mieux, donc c’est vraiment un médicament à part entière, pour tout le monde déjà, pour être bien dans sa tête et bien dans son corps, et puis pour les patients qui ont des maladies chroniques, c’est comme un médicament qu’on prendrait, si vous voulez, mais qui est beaucoup plus facile à faire et beaucoup plus agréable.

CLEMENT LHUILLIER
Vous dites qu’on est en retard, l’objectif ce serait d’avoir ce genre de maison, au moins une par département ?

FRANÇOIS BRAUN
Le plan Ma Santé 2022 avait projeté 500 Maisons sport et santé au niveau national, nous allons l’atteindre à la fin de l’année, il faut maintenant aller plus loin, probablement doubler encore ce nombre de Maisons sport et santé, et puis inciter tous mes collègues professionnels de santé pour faire ces prescriptions, pour intégrer le sport-santé dans les traitements, mais aussi pour intégrer cet état d’esprit d’activité physique dans toute notre société.

CLEMENT LHUILLIER
Et puis on sait qu’une campagne est en cours aussi pour inciter les adolescents à faire du sport et que l’Education nationale a renforcé aussi la pratique du sport à l’école. François BRAUN, l’actualité du moment c’est aussi le Conseil national de la refondation, lancé par Emmanuel MACRON, vous allez lancer à la fin du mois le volet santé de ce CNR, que va-t-il contenir ?

FRANÇOIS BRAUN
Alors, ce Conseil national de la refondation c’est surtout donner la parole au terrain, donner la parole aux territoires, aller sur le terrain voir les professionnels, les professionnels de santé, voir nos concitoyens, voir les élus, quels sont les problèmes sur le terrain et comment on va pouvoir résoudre ces problèmes, c’est pour ça effectivement que je lancerai tout début octobre cette grande concertation avec des réunions qui seront organisées au niveau local, donc j’espère qu’il y en aura beaucoup en Moselle, parce que si les problèmes sont au niveau local pour nos concitoyens, en particulier l’accès aux soins, les solutions nous allons les trouver aussi au niveau local. Donc, l’accès aux soins sera bien sûr un des axes principal de cette partie santé du Conseil national de la refondation, mais également la prévention, mais également l’attractivité des métiers.

CLEMENT LHUILLIER
Alors l’accès aux soins justement, c’est l’un des grands chantiers de votre début au ministère de la Santé, vous savez que vos résultats, à vous, sont très attendus, très scrutés, parce que le chantier est énorme, votre premier acte fort ça a été cette mission flash sur les urgences au tout début de l’été, quels sont les premiers effets que vous avez pu observer, est-ce que vous en êtes satisfait ?

FRANÇOIS BRAUN
Eh bien écoutez, je crois que nous pouvons dire maintenant, on est bientôt fin septembre, que les résultats sont plutôt positifs, ce que nous pouvions craindre un petit peu de l’effondrement de notre système pendant cet été ne s’est pas passé, ce qui est une très bonne chose, grâce à l’implication des professionnels, que ce soit l’hôpital, que ce soit nos collègues généralistes et autres professionnels de santé en ville, donc oui on peut être et on doit être satisfait de ces premières mesures, mais comme je l’avais dit ce sont des mesures qui étaient là pour nous faire passer l’été, maintenant il faut entreprendre la refondation justement de l’ensemble de notre système de santé et c’est ce que je vais commencer dès la fin du mois, comme vous l’avez dit.

CLEMENT LHUILLIER
François BRAUN vous disiez que cet été la catastrophe que l’on pouvait craindre aux urgences n’avait pas eu lieu, malgré tout, malgré tout, on a pu observer que de nombreux services avaient dû limiter leurs activités, ça a été le cas aussi au CHR Metz-Thionville.

FRANÇOIS BRAUN
Vous savez, limiter l’activité c’est surtout réguler cette activité au niveau des services d’urgences, c'est-à-dire conseiller à nos concitoyens d’appeler le 15 d’abord, pour être mieux orientés, ce n’est pas vouloir moins bien les prendre en charge, au contraire, c’est mieux les orienter en mettant en avant que les urgences ce n’est pas la solution pour tout, surtout dans une région comme Metz et environs où nous avons une organisation des médecins généralistes pour répondre justement à ces soins non programmés, donc en fait c’est repenser un petit peu notre système, chacun à sa place, pour que justement nos concitoyens soient mieux pris en charge, parce que quand vous avez une angine ou vous avez mal au genou depuis trois semaines, eh bien la solution ce n’est sûrement pas les urgences, c’est plutôt d’aller voir un médecin généraliste.

CLEMENT LHUILLIER
Alors on sait que l’un des problèmes du moment c’est le manque de personnel et on a ici, en Moselle, vous connaissez bien ce problème François BRAUN, la double problématique du manque de personnel et de la fuite vers le Luxembourg, est-ce que vous avez une solution ?

FRANÇOIS BRAUN
Il n’y a jamais, malheureusement, une solution pour résoudre tout, mais il y a un panel de solutions, c’est tout le principe que j’ai développé cet été dans le concept de la boîte à outils, vous savez, ces différentes solutions qui s’adaptent à chaque territoire. Alors, la problématique transfrontalière est une problématique qui touche bien sûr la Moselle, d’autres départements, mais la Moselle avec cette proximité avec le Luxembourg, je crois surtout ce qu’il faut c’est déjà donner envie aux professionnels de santé de s’installer chez nous, c’est leur donner des bonnes conditions de travail, on le sait, c’est assez difficile, les conditions de travail dans l’hôpital actuellement, surtout post-Covid, mais il faut améliorer d’abord ces conditions de travail. La concurrence financière du Luxembourg il faut forcément en parler, mais c’est quelque chose qui ne doit pas être considéré comme le seul problème, vraiment comment faire pour que nos professionnels de santé, formés chez nous, formés en Moselle, restent en Moselle, eh bien c’est leur donner des bonnes conditions de travail en Moselle, et ça passe aussi par des facilités, probablement, de se loger, de se déplacer.

CLEMENT LHUILLIER
Vous parliez de la période post-Covid, François BRAUN, le Covid justement, est-ce qu’on est dans la huitième vague ?

FRANÇOIS BRAUN
Ce qui est clair c’est que les indicateurs commencent à changer, alors nous ne sommes pas encore dans une accélération importante mais, vous savez le fameux R qui est ce petit chiffre qui dit combien de personnes…

CLEMENT LHUILLIER
Le taux de reproduction.

FRANÇOIS BRAUN
Voilà, combien de personnes sont contaminées par une personne malade, il y a une semaine on était à 0,9, c'est-à-dire qu’une personne en contaminait moins d’une autre, là maintenant nous sommes passés un petit peu au-dessus de 1, ce sont des indicateurs que je surveille tous les jours, les équipes me font remonter toutes les informations, nous surveillons ça de très très près, d’autant que la région Grand-est est la région où ce taux d’incidence et ce taux de reproduction sont un tout petit peu plus élevés que le reste de la France, maintenant nous sommes en-dessous de 200 contaminations pour 100.000 habitants, nous sommes encore dans des chiffres faibles, mais nous surveillons ça comme le lait sur le feu.

CLEMENT LHUILLIER
Il y aura de nouvelles consignes, notamment sur la vaccination ?

FRANÇOIS BRAUN
La campagne de vaccination, comme je l’avais annoncé, va débuter dans les semaines qui viennent, elle sera probablement concomitante de la campagne de vaccination contre la grippe, donc cette campagne de vaccination, pour l’instant les consignes de la Haute autorité de santé la destine au même type de personnes, c'est-à-dire les personnes de plus de 60 ans, les personnes fragiles avec des maladies chroniques. Nous n’avons pas de modification du variant, vous savez cette modification du virus qui est toujours le même, donc ça c’est plutôt rassurant, mais en tout cas le ministère de la Santé et de la Prévention est l’arme au pied et surveille ça de très très près.

CLEMENT LHUILLIER
Merci beaucoup François BRAUN, ministre de la Santé et de la Prévention, je le signale puisque c’est notamment ce que vous allez faire aujourd'hui, de la prévention avec un déplacement dans notre département cet après-midi essentiellement axé sur le sport-santé avec la ministre des Sports Amélie OUDEA-CASTERA. Bonne journée à vous François BRAUN, merci d’avoir été avec nous sur France Bleu Lorraine.

FRANÇOIS BRAUN
Bonne journée, au revoir.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 19 septembre 2022