Interview de Mme Sarah El Haïry, chargée de la jeunesse et de l'engagement, à BSmart le 12 septembre 2022, sur la jeunesse, le service national universel (SNU), l'engagement citoyen et le "1 jeune, 1 solution".

Texte intégral

ARNAUD ARDOIN
« Le Cercle RH » et un grand entretien avec la secrétaire d’Etat auprès du ministre des Armées et du ministre de l’Education nationale, en charge de la Jeunesse et du service national universel. Sarah El HAÏRY, merci d’avoir répondu à notre invitation. Vous étiez venue la saison précédente, alors, d’abord, commençons par le début, parce qu’il y a des fidèles de notre émission sur Internet ou devant le poste. A l’époque, vous étiez sous tutelle exclusive du ministère de l’Education nationale. Là, vous avez une double tutelle du ministère des Armées.

SARAH EL HAÏRY
Exactement.

ARNAUD ARDOIN
Ça change quoi, enfin, concrètement ? Vous avez deux bureaux ?

SARAH EL HAÏRY
Alors, j’ai deux bureaux, effectivement, un qui est à l’Hôtel de Brienne, c’est-à-dire au ministère des Armées, et évidemment, j’ai gardé mon bureau au sein de l’Education nationale, au ministère de l’Education nationale, rue de Grenelle.

ARNAUD ARDOIN
Celui que vous aviez précédemment ?

SARAH EL HAÏRY
Exactement, c’est mon bureau, on va dire historique, en tout cas, antérieur. Ce qui est certain, et c’est l’objectif de cette double tutelle, c’est que nous avons deux institutions dans notre pays qui permettent, finalement, qui permettent d’accompagner des milliers de personnes en même temps, des milliers de jeunes en même temps, et ce sont nos armées et l’Education, donc notre école. Tout ça pour réunir l’excellence de ces deux belles institutions, multiséculaires, pour accompagner dans nos jeunes dans un parcours d’engagement, dans un moment où ma mission, c’est de généraliser le service national universel.

ARNAUD ARDOIN
Alors, vous allez être, et d’ailleurs, vous venez sur ce plateau aussi pour nous éclairer, parce qu’il faut très, très honnête, il y a eu comme un maquis de sigles et d’acronymes…

SARAH EL HAÏRY
Bien sûr…

ARNAUD ARDOIN
Le service civique, le service national universel, sans trop qu’on sache quel âge il fallait avoir. Commençons par le début, parlons de cette jeunesse d’abord, parce que vous la connaissez cette jeunesse, vous avez été secrétaire d’Etat, vous étiez au contact de ces jeunes, c’est compliqué de parler de la jeunesse, parce qu’il y a des jeunes décrocheurs qui, eh bien, pour certains, sont totalement perdus, et puis, il y a cette génération Z, très engagée sur le climat, qui challenge l’entreprise, c’est un peu impropre de parler de la jeunesse ?

SARAH EL HAÏRY
Moi, je partage totalement ce constat, j’ai fait des centaines de déplacements sur le terrain, j’ai vu des milliers de jeunes, j’ai discuté, débattu avec des milliers de jeunes. Ce qui est certain, et d’ailleurs, ça a été confirmé, puisque j'ai vu, il y a quelques jours, le sociologue Olivier GALLAND qui disait : nous avons une jeunesse au pluriel, ce qui est vrai, donc j’ai pris l'habitude de parler des jeunesses, au même âge, on peut être apprenti, décrocheur, en études générales, jeune parent ou engagé, et donc finalement, moi, ma mission, c'est d'apporter des réponses a chacune d'entre elles et d'être, d'une certaine manière, le booster des sujets de jeunesse pour l'ensemble de mes collègues, parce que quand tu es jeune, en réalité, tu as des sujets de logement, de travail, de santé, tu as des sujets d'engagement, tu as des questions de citoyenneté, parce qu’on n’est pas citoyen, on le devient, on le devient par ses actes.

ARNAUD ARDOIN
Justement, le SNU, parce qu’on va commencer par ce SNU, alors, il a été mis en place, inventé par Edouard PHILIPPE, si je ne m'abuse, c'est bien Edouard PHILIPPE qui l’a mis en place à l’origine…

SARAH EL HAÏRY
Exactement, alors, on commence sous…

ARNAUD ARDOIN
Pour raconter son histoire à ce SNU…

SARAH EL HAÏRY
On commence effectivement la première expérimentation portée par Gabriel ATTAL, mon collègue…

ARNAUD ARDOIN
Tout à fait…

SARAH EL HAÏRY
Et le Premier ministre était Edouard PHILIPPE, et c'était un des projets majeurs du candidat à l'époque, Emmanuel MACRON en 2017.

ARNAUD ARDOIN
Alors souvenons-nous, parce que c'est le sujet sur lequel je vais vous interroger, il y avait eu un petit débat à l'époque, à l'époque, Ségolène ROYAL, vous vous souvenez dans une campagne, il y a longtemps, avait évoqué l'idée que l'armée puisse venir éduquer notre jeunesse, ça avait suscité un... et le débat s’était reposé sur le SNU, parce que quand on regarde... ce sont des jeunes de 15 à 17 ans, vous m'arrêtez si je dis une bêtise…

SARAH EL HAÏRY
Exactement…

ARNAUD ARDOIN
Qui vont faire un court séjour, une petite aventure, mais il y a quand même l’uniforme, il y a le drapeau, il y a La Marseillaise, on est sur des sites militaires, mais encadrés par l’Educ.

SARAH EL HAÏRY
Alors, pas exclusivement, on est sur effectivement des jeunes de 15 à 17 ans, jeunes, Français, encadrés par un tiers, un tiers, un tiers, c'est-à-dire un tiers d'enseignants, vraiment qui viennent de l'Education nationale…

ARNAUD ARDOIN
Volontaires ?

SARAH EL HAÏRY
Volontaires. Un tiers d'engagés du monde associatif, parce qu'on croit à cette force de l'engagement, donc plutôt éducation populaire, et un tiers d'hommes et de femmes qui ont porté l'uniforme, ce ne sont pas des militaires d’actifs, ce sont des réservistes ou des anciens, donc des anciens de nos armées, donc des jeunes retraités, parce que vous savez, ils sont encore très fringants…

ARNAUD ARDOIN
Que vous êtes d’ailleurs vous aussi, réserviste …

SARAH EL HAÏRY
Exactement, je suis réserviste au sein de la gendarmerie nationale, c'était un engagement que j'avais antérieurement. Et l'idée de ce service national universel, c’est : créer un temps de mixité, de cohésion nationale et de fierté d'être Français dans un moment où on a des jeunesses qui ne se parlent plus. A quel moment un jeune…

ARNAUD ARDOIN
Et qui regardent moins la République…

SARAH EL HAÏRY
Et pour certains, oui, qui…

ARNAUD ARDOIN
Et qui lui tournent le dos pour certains…

SARAH EL HAÏRY
Et lui tournent le dos pour certains, sauf que notre mission, si on veut garder un pays qui est uni, il faut que nos jeunesses se parlent, se confrontent aient conscience, mais, quasiment de la définition commune de nos valeurs, aujourd'hui, parler de laïcité en fonction du jeune que tu as en face de toi, eh bien, la réaction, la définition ne peut pas être la même. Pour construire cette cohésion, il faut que, finalement, on augmente aussi la force morale de notre pays, ça, c'est les mots du président de la République dans son discours à Brienne. Ça veut dire quoi, leur donner les moyens de connaître les gestes qui sauvent, à savoir, donner les moyens de savoir réagir s'il y a un incendie XXL comme ce qu’on a vécu cet été, s'il y a un accident sur l'autoroute…

ARNAUD ARDOIN
Un attentat…

SARAH EL HAÏRY
Un attentat, bien sûr, puisqu’il y a un danger terroriste, c'est une réalité, mais aussi, le goût de la solidarité, le goût de : quand on est ensemble, par le sport, par far finalement la compréhension de nos institutions, quand on est ensemble, alors, oui, on va plus loin. Et les difficultés que connaissent nos jeunes ruraux ou nos jeunes des quartiers populaires…

ARNAUD ARDOIN
Il n’y a pas que les jeunes des villes effectivement…

SARAH EL HAÏRY
Mais il faut penser à tous les jeunes.…

ARNAUD ARDOIN
Il y a l'isolement de ces jeunes dans les petites villes rurales…

SARAH EL HAÏRY
Il est partagé, et donc moi, ma mission, c'est de leur montrer, de leur prouver que s’ils sont motivés, s'ils sont engagés, il y a des choses pour eux, aide-toi et la République t’aidera.

ARNAUD ARDOIN
Activité physique, autonomie, citoyenneté, culture, patrimoine, tout un travail aussi sur la culture…

SARAH EL HAÏRY
Exactement, et patriotisme…

ARNAUD ARDOIN
J’ai aussi le sentiment quand même que c'est un sas pour un certain nombre de jeunes dont j'ai entendu des interviews en préparant l'émission, qui se préparent aussi à intégrer l'armée, la gendarmerie, est-ce que ça peut aussi servir de vivier pour ces jeunes qui disent : après tout, eh bien, oui, je vais peut-être non seulement aimer la République, mais je vais peut-être aussi porter l'uniforme ?

SARAH EL HAÏRY
Mais bien sûr, on n'a aucun jugement ou hiérarchie à poser sur les engagements. Moi, ma mission, c’est de susciter les engagements, et donc très concrètement, pendant ce séjour de cohésion qui dure un peu moins de 2 semaines, où les jeunes partent de leur département, qui est pris en charge à 100 %, c’est-à-dire que…

ARNAUD ARDOIN
Ça, c‘est intéressant, ça…

SARAH EL HAÏRY
100 % pris en charge, le transport…

ARNAUD ARDOIN
On quitte sa ville, son quartier…

SARAH EL HAÏRY
On quitte sa ville, son quartier, et son département…

ARNAUD ARDOIN
Et on porte, je le redis, un uniforme, une casquette…

SARAH EL HAÏRY
On porte l’uniforme, il est bleu, blanc, rouge. Ce qui permet deux choses, 1°) : gommer les inégalités sociales au moins pendant ce temps-là, permettre de créer de la cohésion, et finalement, aller chercher ce qu'il y a de plus profond dans chaque jeune, lui faire confiance, lui donner une nouvelle chance, on ne leur demande pas s’ils sont en lycée pro, s'ils sont en décrochage, s'ils ont eu des problèmes avec la justice, ou si au contraire, c’est des jeunes qui sont déjà jeunes sapeurs-pompiers, on leur dit deux choses, viens vivre un temps, viens faire République avec des jeunes du même âge que toi, que tu n'aurais jamais rencontrés, par contre, saisis-toi des opportunités, on leur parle d'orientation, on leur montre les métiers de demain, on les challenge sur ce qu’ils projettent dans leur vie, et ça, c'est pour leur donner plus d'élan.

ARNAUD ARDOIN
55 % des inscrits sont des filles, ça, c’est très intéressant comme chiffre, je trouve, et 69 % des volontaires sont en seconde. On parle de décrocheurs, c’est quoi le profil sociologique de ces enfants, parlons-nous cash, est-ce que ce sont des jeunes issus de milieux modestes, et qu’on essaie, je dirais, de rattraper par les bretelles, pour le dire un peu directement ?

SARAH EL HAÏRY
Très sincèrement, non, pour être assez claire, l'évolution des jeunes a bougé, la photographie des jeunes qui font le SNU a bougé. En 2019, la première opération, il y avait quand même beaucoup de jeunes qui venaient de familles très engagées, plutôt de CSP+, parce que je pense qu’ils avaient accès à cette information, et ils prennent conscience de l'effet accélérateur et booster...

ARNAUD ARDOIN
Ils se sentaient concernés ?

SARAH EL HAÏRY
Oui, et puis, ils voient l'opportunité pour leurs enfants. Et puis, petit à petit, parce qu'on est parti chercher des jeunes différents, pour avoir une vraie photographie, en fait, ça s'équilibre, aujourd'hui, un tiers de ruraux, un tiers à peu près de périurbains et de zones plutôt plus denses, plus urbaines, on a plus de jeunes qui viennent de foyers plus modestes, mais cette mixité, elle est en train de se construire, parce que, de mémoire, on est sur la dernière cohorte, puisqu'on appelle ça comme ça, on avait à peu près 5,6 % de jeunes qui viennent des quartiers prioritaires de la ville, alors que la moyenne nationale est de 7. Donc on est en train... il y a des jeunes en situation de handicap, mais ce que je vois, et ce que je salue, c'est que, oui, aujourd'hui, les filles saisissent plus l'opportunité, eh bien, de vivre des élans en tout cas, voilà, d'engagement, et ça, on le voit et on le ressent.

ARNAUD ARDOIN
Sur le CV, parce que, il y a ceux qui vont peut-être intégrer la gendarmerie, l'armée ou d'autres corps de l'Etat, et puis, il y a ceux qui disent : après tout, c'est bon pour le CV d'avoir fait un service national universel, c'est bon pour le CV, parce que les jeunes aujourd'hui pour certains, eh bien, cherchent un job, et souvent, on regarde le CV, et on regarde les soft skills, on ne regarde pas que les compétences. Est-ce que ça, c’est une soft skill utile ?

SARAH EL HAÏRY
C’est une énorme soft skill, d'ailleurs, aujourd'hui, les jeunes qui font le service national universel, on leur fait découvrir, on leur parle aussi des métiers en tension, des évolutions potentielles, des parcours, où il y a des rôles modèles qui viennent témoigner, on booste l'esprit d'entreprendre. Et donc pour les soft skills, on les aide aussi à poser des mots sur les compétences qu'ils ont pu acquérir, mais surtout, on leur dit que les soft skills, et donc toutes les compétences complémentaires qu'ils peuvent acquérir, eh bien, il faut qu'ils continuent dans leur parcours, ça compte dans Parcoursup, ça compte sur le CV, et surtout, surtout, moi, je dis à toutes les entreprises qui nous regardent…

ARNAUD ARDOIN
C’est important de l’entendre…

SARAH EL HAÏRY
Qu’est-ce que ça veut dire d’un jeune quand il prend 15 jours de son temps personnel pour aller vivre un temps où il n'a pas de copain, il ne connaît pas, il vient…

ARNAUD ARDOIN
Il va partir au contact…

SARAH EL HAÏRY
Ça veut dire qu’il est plutôt enthousiaste, qu'il accepte de travailler en équipe, qu'il est entreprenant, ça veut dire que ça peut être un jeune extrêmement bénéfique dans l'entreprise, et de l'autre côté, mais en termes d'égalité des chances, juste, pour conclure, on leur présente bien sûr les engagements sous uniforme, parce que nous sommes en train de vivre une période où il y a…

ARNAUD ARDOIN
Oui, ce n’est pas une prépa militaire, Sarah El HAÏRY, non, mais juste, parce qu’i y a eu ce débat…

SARAH EL HAÏRY
Oui, le service national universel n’est pas…

ARNAUD ARDOIN
On ne porte pas le Famas…

SARAH EL HAÏRY
Pas du tout, le service national universel n'est pas le service militaire, il n'a pas vocation à l'être, il n'y a pas de maniement d'armes, c'est un temps civil, encadré par des civils.

ARNAUD ARDOIN
Et un engagement citoyen.

SARAH EL HAÏRY
Et un engagement absolument citoyen, qui a vocation à prendre une forme ensuite plus longue, en forme de service civique, donc, c'est ce qu'on connaît depuis plus longtemps, c'est ces missions de 6 mois au sein des associations ou des ONG, et de l'autre côté, ça peut être des corps en uniforme.

ARNAUD ARDOIN
Avant de nous quitter, la passerelle avec tous ces dispositifs, service civique, service national universel, comment on fait passerelle, alors, vous étiez venue nous parler de « 1 jeune, 1 solution », du mentorat, qui est un outil intéressant, parce qu'en fait, les jeunes, pour un certain nombre d'entre eux, qui n'ont pas de réseau, qui n’ont pas contact, qui n'ont pas de parents forcément qui ont des contacts, sont souvent, même lorsqu'ils sont diplômés, totalement perdus et démunis, est-ce que ce n'est pas ça la solution, de créer des passerelles entre le monde de l'entreprise et ces jeunes diplômés mais qui galèrent ?

SARAH EL HAÏRY
Bien sûr, des passerelles, et surtout, des accélérateurs. Quand on commence à se dire, comment on vient à réduire cette inégalité à la racine, quand tu n'as pas de réseaux, quand tu ne sais pas à qui envoyer ton CV, juste pour le faire challenger, pour avoir un conseil ou une recommandation, tu es bien seul, et donc, il y a une sorte de coup de canif dans le pacte républicain, moi, je crois au mérite, je crois au goût de l’effort, je crois au goût du travail, et la promesse républicaine, c'est : si tu bosses, si tu t’engages, alors, l'escalier républicain, l'escalier social, il existe, mais pour casser ces inégalités et donner du réseau à ceux qui n’en ont n'ont pas, aujourd'hui, on développe, parce que c'est la volonté du président de la République, et c'était avec Elisabeth BORNE, à l'époque ministre du Travail, « 1 jeune, 1 mentor », 100.000 jeunes tutorés et mentorés, l'année prochaine, 200.000 jeunes, et on est parti de 25.000, pourquoi, parce que quand tu as le numéro de téléphone d'une personne qui prend du temps, le mentor, ça le transforme, au sein de nos entreprises, on sait que c'est un booster de recrutement…

ARNAUD ARDOIN
Oui, c’est vrai, ça sert aux deux…

SARAH EL HAÏRY
Bien sûr, ça sert aux deux. Et un peu plus loin, c'est même aujourd'hui un élément d'attractivité dans le cadre des recrutements, puisque les jeunes ne veulent plus d'entreprises qui ne s'engagent pas socialement et environnementalement.

ARNAUD ARDOIN
Alors, on évoquait ces jeunes des quartiers, c’est un peu impropre, de villes et de zones rurales. Et puis, il y a aussi une partie de cette jeunesse souvent diplômée, qui, doucement, mais sûrement, est en train de tourner le dos à l'entreprise, qui dit aux entreprises : nous, on n’a plus envie, on n’a plus envie de jouer votre contrat social, on a envie, soit, d'être indépendant, soit, de vivre notre vie. Est-ce que vous ressentez ce phénomène, là, pour le coup sociologique, mais qui impacte durement les entreprises ?

SARAH EL HAÏRY
Il y a un grand moment que nous sommes en train de vivre, qui questionne le travail, sa définition et ses valeurs…

ARNAUD ARDOIN
Exactement…

SARAH EL HAÏRY
Mais je ne crois pas à la notion, en tout cas, c'est ce qu'on entend beaucoup, de grande démission de la jeunesse. En réalité, je pense que nous sommes en train de vivre un moment de bascule, qui est la grande négociation, les jeunes, cette génération-là, c'est la génération du « et », ils veulent une meilleure rémunération, ils veulent plus de liberté, ils veulent du sens, ils veulent être fiers de leur action…

ARNAUD ARDOIN
Ils veulent un peu tout quand même…

SARAH EL HAÏRY
Mais en réalité, il y a deux choses, soit, l'entreprise se transforme, donc dans sa manière, non pas de manager et de recruter, parce que c'est facile de dire : je vais aller chercher des nouveaux, mais si tu ne sais pas garder ceux que tu as déjà en place, alors, c'est une sorte de... vous savez, c'est comme quand tu jardines, eh bien, il y a un trou dans ton tuyau, il y a de la fuite d’eau, tu peux en mettre à l’entrée, ça ne sert à rien.

ARNAUD ARDOIN
Ça sortira toujours par le trou. Mais quand même, ces jeunes, ils vont au-delà, certains disent : mais, nous l'entreprise, telle qu'elle est construite aujourd'hui, même si j'ai les compétences, je n'y vais pas, je crée ma boîte, j'invente, je pars même à l'étranger…

SARAH EL HAÏRY
Bien sûr…

ARNAUD ARDOIN
Ça, c'est un phénomène qui est difficile.

SARAH EL HAÏRY
C'est un phénomène qui est difficile, mais qui est challengeant je vais vous dire pourquoi, parce qu'aujourd'hui, c'est si un jeune considère qu'il a de l'espace pour faire de l'intraprenariat, c'est-à-dire transformer l’entreprise de l'intérieur, alors il vient, s’il voit que l'entreprise n'a pas finalement cette agilité, cette envie également de bouger, de se transformer, alors, il ne vient pas, pourquoi, parce que les rapports de force sont en train de s’inverser. Les rapports de force, c’est quoi…

ARNAUD ARDOIN
Par la pénurie…

SARAH EL HAÏRY
Par la pénurie, et donc, grand moment de transformation de notre économie, mais aussi un moment de confiance, moi, ce que je dis aux entreprises qui aujourd'hui, parce que j'en vois beaucoup qui me disent : on a du mal à recruter des jeunes, on a des métiers entiers qui sont magnifiques, je leur dis deux choses : venez témoigner, prenez... engagez vos salariés pour qu’ils soient tuteurs et mentors, mais surtout…

ARNAUD ARDOIN
Et allez à leur contact de ces jeunes…

SARAH EL HAÏRY
Allez à leur contact, présentez vos métiers, présentez vos engagements, mais aussi, acceptez des profils atypiques, des parcours différents, des engagements, ne regardez pas un CV au sens traditionnel du terme. Et d'ailleurs, j'en profite…

ARNAUD ARDOIN
Et à la rigueur, ne regardez même pas le CV…

SARAH EL HAÏRY
Mais demandez des CV citoyens.

ARNAUD ARDOIN
Mais oui.

SARAH EL HAÏRY
Regardez quelles sont les compétences, les soft skills de ces jeunes, mais surtout…

ARNAUD ARDOIN
Et vous les croisez ces jeunes dans les quartiers, parce que vous êtes beaucoup sur le terrain.

SARAH EL HAÏRY
Mais j’en vois…

ARNAUD ARDOIN
Qui vous disent : moi, Madame, je viens d'un quartier, je suis discriminé, parce que, d'abord, je n'ai pas la bonne couleur de peau, parce que j'habite…

SARAH EL HAÏRY
Le bon nom…

ARNAUD ARDOIN
Le bon nom, la mauvaise rue, comment on fait, là, sur cette question-là, parce que c'est l'enjeu fondamental, les talents de la diversité ne sont, me semble-t-il, pas suffisamment mis en valeur ?

SARAH EL HAÏRY
Il y a une rupture d'égalité, ça, c'est certain, on le voit, il y a des discriminations…

ARNAUD ARDOIN
Mais on vous le dit…

SARAH EL HAÏRY
Mais bien sûr. On me le dit, on témoigne, et je vois ces jeunes qui sont en situation, pour le coup, au-delà de la galère, d'injustice, parce que quand tu as fait tous les efforts nécessaires pour aller chercher ton diplôme, que tu as travaillé pendant les études, que tes parents t’ont aidé, ils ont fait des sacrifices, c'est injuste, et donc à ces jeunes, je dis : ne vous résignez jamais, parce que, 1°) : la discrimination est condamnée dans notre pays, ça, c'est le premier point, ce n'est pas une manière de penser, et ce n’est pas une pratique qu’on a le droit de tolérer, c'est condamné. Et on lutte contre cette discrimination avec ma collègue Isabelle ROME, qui continue bien sûr les travaux de ma collègue Elisabeth MORENO. Mais au-delà de ça, je leur dis : mais vous êtes des talents, et ne laissez personne vous définir, ça veut dire quoi, challengez, allez faire du tutorat, mentorat, acceptez des coups de main, allez réveiller ce qu'il y a de plus entreprenant en vous, parce que c'est ce qui vous donnera la plus grande des libertés, celle de produire, de créer et de saisir votre destin. Le pire pour un jeune, c'est de dire : j'ai tout fait, tout ce qu'on m'a dit de faire pour rentrer sur le marché du travail…

ARNAUD ARDOIN
Evidemment...

SARAH EL HAÏRY
Et de me retrouver les ailes brisées, parce qu'on ne me fait pas confiance. Alors, non, ce n’est pas le projet qui est le nôtre, et on luttera contre toutes ces discriminations, on aura sincèrement une fermeté sans nom, parce que là, c'est trahir le…

ARNAUD ARDOIN
Sur ces questions de discrimination…

SARAH EL HAÏRY
Bien sûr…

ARNAUD ARDOIN
Bien sûr…

SARAH EL HAÏRY
Evidemment, quelle qu’elle soit, discrimination raciale, à l'orientation sexuelle, discrimination, et j'en ai vu aussi, aux jeunes parents, parce que quand tu es jeune, quand tu es une jeune fille, eh bien oui, et que la question qui est posée, c'est : est-ce que tu as eu des enfants, est-ce que tu veux en avoir, c'est discriminant, et ce n'est pas légal. Et alors, là, il y aura une fermeté sans nom.

ARNAUD ARDOIN
Un mot sur le service civique, on a vraiment très peu de temps, mais là, c’est un autre dispositif, il en est où, il existe toujours, parce que c’est vrai que va venir se superposer ce fameux service national universel, et je crois qu'il y a 40.000 jeunes volontaires engagés, donc vous montez en puissance, est-ce que le service civique, il existe toujours, parce que lui aussi, il avait subi quelques critiques ?

SARAH EL HAÏRY
Il existe et en fait, il a même vocation à se généraliser encore plus fortement, puisque, ils viennent se compléter, le service universel, c'est pour les un peu plus jeunes…

ARNAUD ARDOIN
Et il se prolonge ensuite par le service civique…

SARAH EL HAÏRY
Exactement. C'est un parcours, 15-17, on fait un SNU, et ensuite, entre 16 et 25 ans, on peut faire un service civique, ou, du coup, rejoindre une réserve, deux engagements, un civil, un militaire, mais surtout, un engagement, et c'est ce qui fait de notre pays une grande puissance.

ARNAUD ARDOIN
Merci Sarah El HAÏRY de nous avoir fait l'honneur de venir sur ce plateau. Vous êtes une fidèle de l'émission Smart Job. On est très heureux de vous accueillir et de vous entendre. Secrétaire d'Etat auprès du ministre des Armées, je le dis, c'est une double tutelle, et qui est intéressante, et auprès du ministre de l'Education nationale, en charge de la Jeunesse et du service national universel. On aura l'occasion d'en reparler de ce service national universel, c’était aussi l'occasion de faire de la pédagogie sur ce plateau…

SARAH EL HAÏRY
D’ailleurs, pour découvrir, un seul site : snu.gouv.fr, c'est le site du service national universel pour tous ceux qui souhaitent voir le calendrier, mais aussi toutes les présentations plus en détail.

ARNAUD ARDOIN
Vous avez entre 15 et 17 ans, et vous nous regardez, c'est possible, évidemment, sur Internet, j'en suis sûr, ou si vous êtes parent, vous vous dites : tiens, tiens, ce dispositif pourrait intéresser ma fille, puisque c'est une majorité de filles qui se sont inscrites, 55,9 % dans ce SNU. Merci Sarah El HAÏRY, c’était un vrai plaisir.

SARAH EL HAÏRY
Merci à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 15 septembre 2022