Interview de Sylvie Retailleau, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, à France Info le 20 septembre 2022, sur la rentrée universitaire, la crise énergétique et la loi de programmation pour la recherche.

Texte intégral

ALIX BOUILHAGUET
Sylvie RETAILLEAU, bonjour.

SYLVIE RETAILLEAU
Bonjour.

ALIX BOUILHAGUET
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin. Je le disais à l'instant c'est la première rentrée universitaire sur fond de crise énergétique, est-ce que vous demandez aux universités de prendre des mesures spécifiques pour plus de sobriété ?

SYLVIE RETAILLEAU
Alors. Le plan sobriété est effectivement d'actualité comme tout le monde et donc les universités, tous les établissements d'enseignement supérieur sont amenés à réfléchir sur ce plan de sobriété. Je pense qu'on est très attendu au niveau de notre jeunesse, de nos étudiants qui nous poussent sur tout ce qui est de transition écologique, je pense qu'on se doit d'être exemplaire au niveau de l'enseignement supérieur et de la Recherche. Et donc oui nous allons accompagner nos établissements dans l'établissement ce plan de sobriété.

ALIX BOUILHAGUET
Concrètement ça veut dire quoi ? On a vu par exemple que l'université de Strasbourg, elle va fermer ses portes sur quelques semaines pour justement faire des économies d'énergie, est-ce que ça veut dire que ça sera peut-être aux dépens des étudiants cette sobriété énergétique ?

SYLVIE RETAILLEAU
Alors il ne faut surtout pas que ce soit aux dépens des étudiants mais ça doit être avec les étudiants, avec nos collègues, donc le message que l'on passe c'est que on va accompagner parce que il y a le volet sobriété énergétique où il faut faire des économies de consommation d'énergie et puis vous le savez…

ALIX BOUILHAGUET
Ça veut dire quoi, baisser le chauffage.

SYLVIE RETAILLEAU
Ça veut dire mettre le chauffage à 19 degrés, installer concrètement des thermostats, évidemment réfléchir et avec le plan mené par la Première ministre sur la planification écologique, sur le bâti, les rénovations, donc avoir un plan à court terme et puis un plan à plus long terme aussi sur nos équipements de recherche, mais surtout un message, c’est que ça ne doit pas pénaliser les enseignements. On sort de période Covid, on doit garder ses enseignements fortement en présentiel.

ALIX BOUILHAGUET
Ça veut dire voilà pas de… du présentiel et pas le retour…

SYLVIE RETAILLEAU
Pas le retour au distanciel, pas au détriment des postes, on a besoin de nos postes d'enseignants devant les étudiants, pas au détriment de gros projets et donc là il faut que l'on accompagne tous nos établissements mais en même nos établissements et on en a un bel exemple là, sont responsables, sont autonomes et je pense que les présidents d'université sont des acteurs majeurs dans ces décisions.

ALIX BOUILHAGUET
On sait aussi que les centres de recherche, ils sont très consommateurs en électricité, là aussi est-ce qu'ils vont devoir restreindre leurs recherches ?

SYLVIE RETAILLEAU
Alors effectivement les centres de recherche sont des gros consommateurs. Nous avons des grosses plates-formes, des gros instruments de recherche et donc là aussi il y a la vision à court terme et les mesures à court terme sont certainement aussi des mesures de restriction et puis des mesures à plus long terme.

ALIX BOUILHAGUET
Ça veut dire quoi, on ne fait pas ses recherches, on n’utilise pas l'électricité au moment où tous les Français utilisent leur électricité, on fait les recherches la nuit ?

SYLVIE RETAILLEAU
Alors vous savez des grandes plates-formes comme le synchrotron Soleil, etc marchent déjà la nuit, donc dans ces grandes infrastructures de recherche il y a déjà des recherches, je dirais 24 heures sur 24, mais je pense que c'est effectivement une meilleure utilisation au cours de l'année plutôt au niveau des temps d'ouverture de ces plateformes. Et puis par la suite réfléchir à des nouvelles technologies, réfléchir aussi à des possibilités de consommer moins, mais ça, ça va être plutôt sur le moyen et le long terme.

ALIX BOUILHAGUET
Conséquences de cette crise de l'énergie, les factures d'électricité elles aussi elles vont s'envoler pour les universités, pour les centres de recherche. Pour les universités c'est 80 millions de hausse et 40 millions pour les organismes de recherche, est-ce que l'Etat va les aider ?

SYLVIE RETAILLEAU
Alors aujourd’hui dès 2022 nous regardons un peu au cas par cas les universités et les organismes qui ont besoin d'aide et nous accompagnerons en cette fin d'année, les chiffres que vous avez donnés sont des chiffres de 2022, nous accompagnerons les établissements dans leur budget à la fin de l'année effectivement.

ALIX BOUILHAGUET
Donc vous dites que vous allez accompagner les établissements, est-ce que vous allez accompagner ou continuer d'accompagner les étudiants parce que eux aussi sont impactés par cette crise de l'énergie et notamment les plus précaires ?

SYLVIE RETAILLEAU
Déjà merci parce que l'étudiant effectivement cette rentrée universitaire est au coeur et donc nous avons pris, vous le savez, des mesures d'urgence pour les étudiants, des mesures d'urgence variées, c'est un paquet, je voudrais réciter pour associer …

ALIX BOUILHAGUET
Le repas à un euro.

SYLVIE RETAILLEAU
Exactement le repas à un euro.

ALIX BOUILHAGUET
Il y a le gel des frais d’inscription.

SYLVIE RETAILLEAU
Le gel des loyers CROUS, le gel des frais d'inscription, la revalorisation de 4 % des bourses, les APL avec l'augmentation de 3,5 % et puis cette aide exceptionnelle de chèque de 100 euros pour tous les étudiants boursiers mais aussi APL, c'est la moitié des étudiants qui touchent ce chèque de 100 euros et peut-être passer un message aux étudiants qui sont dans… qui ont besoin de s'adresser au CROUS et par exemple ils pourront avoir, bénéficier, avoir accès directement à ce repas à un euro qui représente quand même à peu près 100 euros d'économie par mois pour ces étudiants en plus des autres mesures. Donc ça c'est les mesures à court terme et puis nous lançons des mesures à plus long terme avec une réflexion, une concertation pour la réforme des bourses à venir pour ces étudiants.

ALIX BOUILHAGUET
Sylvie RETAILLEAU, vous êtes physicienne, vous avez été présidente d'université, avant votre nomination vous aviez indiqué que la France était au bord d'un décrochage aux conséquences graves, irréversibles, vous parliez notamment de la recherche. Alors vous avez désormais la main sur la loi de programmation pour la recherche, comment empêcher ce décrochage, déjà est-ce qu’il est trop tard ?

SYLVIE RETAILLEAU
Alors non il n’est pas trop tard, la France reste quand même une puissance et un pays fort en recherche, mais c'est vrai que par rapport à ce que l'on voit à l'international, à l'Europe, il faut continuer à soutenir fortement la recherche. La recherche et l'enseignement supérieur c'est un investissement pour le pays, on est à la main de l'avenir de notre jeunesse et puis de solutions potentielles pour les défis et les enjeux qui se présentent à nous aujourd'hui. Effectivement la loi programmation recherche est une des réponses d'accompagnement pour soutenir la recherche, donc on va essayer de simplifier le travail de nos chercheurs, de les recentrer sur leur coeur de métier, de leur donner du temps de recherche.

ALIX BOUILHAGUET
Un tout autre sujet mais qui marque l'actualité en ce moment, Adrien QUATENNENS, il concède avoir giflé sa femme, c'était il y a un an, il est aujourd'hui en instance de divorce, il s'est mis en retrait de son poste à la tête des Insoumis, est-ce que vous pensez qu'il doit aller plus loin, est-ce que vous pensez qu'il doit quitter le groupe LFI, voire quitter ses fonctions de député ?

SYLVIE RETAILLEAU
Alors vous le savez, aujourd'hui le parquet de Lille a ouvert une enquête donc je ne vais pas commenter lorsque l'enquête est ouverte ces faits là et je vais laisser la justice faire son travail. Ce que je peux vous dire c'est qu’au niveau du ministère de l'Enseignement supérieur et de moi-même sur les violences sexuelles et sexistes, c'est tolérance zéro. Nous avons un plan national de lutte depuis l'automne 2021 avec vraiment 7 millions dégagés pour accompagner nos établissements dans cette lutte et vendredi je vais à Amiens pour annoncer des lauréats sur des aides, des dispositifs justement contre ces violences sexuelles et sexistes.

ALIX BOUILHAGUET
Il y a une deuxième affaire qui secoue aujourd'hui le milieu politique, c'est Julien BAYOU, patron des Verts qui serait lui aussi mis en cause par une ex-compagne, elle se serait livrée à Sandrine ROUSSEAU. L’élu écologiste évoque des comportements de nature à briser la santé morale des femmes, lui aussi devrait se mettre en retrait, comment ça se fait qu'on voit émerger toutes ces affaires ?

SYLVIE RETAILLEAU
Alors je pense que l'émergence de ces affaires ou de ce qu'on parle, on le voit, la base pour moi est quand même positive, c'est-à-dire que c'est quand même la libération d'une certaine parole, d'une parole des femmes, pour moi au niveau des jeunes filles mais il n'y a pas qu’elles, au haut niveau des jeunes hommes aussi parfois et je pense que cette libération est vraiment à encourager, à accompagner et je pense qu'il faut pas avoir peur de prendre en main ces affaires, de les traiter parce qu’au départ il y a une violence faite aux femmes en particulier et cette libération de la parole et cet accompagnement. Et c'est vraiment un axe de gouvernement, un axe fort, la Première ministre l’a déjà évoqué, dit, le président de la République et ce gouvernement est positionné fortement et mon ministère en particulier puisqu'on a la jeunesse au coeur.

ALIX BOUILHAGUET
Sylvie RETAILLEAU, merci.

SYLVIE RETAILLEAU
Merci.

ALIX BOUILHAGUET
Bonne journée à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 23 septembre 2022