Interview de M. Christophe Béchu, ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, à France Info le 15 novembre 2022, concernant la lutte contre le réchauffement climatique, les activistes de l'écologie, la question de l'eau, la réparation des instruments électriques, les restrictions de circulation pour les voitures les plus polluantes, la ristourne sur les carburants, la chasse et la corrida.

Texte intégral

 

MARC FAUVELLE
Bonjour Christophe BECHU.

CHRISTOPHE BECHU
Bonjour.

MARC FAUVELLE
En ouverture de la COP qui se tient en ce moment en Egypte, le patron de l’ONU, Antonio GUTERRES, a averti : le monde, dit-il, est au bord du suicide collectif. Est-ce que vous diriez la chose comme ça vous aussi ?

CHRISTOPHE BECHU
On est dans les années qui sont cruciales, on est dans une décennie qui détermine la situation dont l’habitabilité de la planète va se faire pour les générations qui arrivent. Donc c’est maintenant, et on sait qu’on est dans les trois, quatre, cinq ans où il faut qu’on se bouge de manière collective, de manière beaucoup plus forte, avec un problème…

MARC FAUVELLE
Parce que sinon, il se passe quoi ?

CHRISTOPHE BECHU
Avec un problème, c’est qu’on a un réchauffement climatique qui n’est pas un concept, on le voit, et on voit de plus en plus ses conséquences, pas seulement en France, dans tous les pays du monde, et malgré ça, cette année 2022, elle va être marquée à l’échelle mondiale, à nouveau par une progression des émissions de gaz à effet de serre. Donc les propos du secrétaire général de l’ONU, c’est de dire : maintenant, vous savez, les rapports des experts et des scientifiques sont clairs, il faut que tous les pays tiennent les engagements qui sont pris, et accentuent leur baisse, pour que le pic mondial des émissions, il soit maintenant, sinon, vous ne pourrez pas dire que vous ne savez pas. On est aujourd'hui dans une situation où il n’y a qu'une vingtaine de pays qui ont commencé à baisser leurs émissions, on a donc une marge qui est considérable, il y a des signaux positifs, en particulier, cette COP 27, même si certains la décrient, c'est l'occasion de remettre le sujet du climat en haut de la pile dans une année où on a beaucoup parlé de guerre, d'inflation, de difficultés énergétiques. Et elle permet à des Etats d'être mis sous contrainte pour aller faire des annonces, je pense par exemple aux propos récents du président américain disant qu’il va lui aussi mettre au pot pour financer les fameux 100 milliards qui ont été promis…

SALHIA BRAKHLIA
Parce que c‘est ça la nécessité, l'objectif de cette COP 27, que les pays riches payent pour les pays pauvres qui, eux, eh bien, subissent des dégâts considérables dus au réchauffement climatique ?

CHRISTOPHE BECHU
C'est un des enjeux, l'enjeu, c'est d'abord d'accentuer nos efforts pour faire en sorte de lutter contre le dérèglement climatique, mais on sait que la responsabilité du pays du Nord, elle est particulière, d'abord, parce qu’on a commencé à émettre, il y a beaucoup plus longtemps, et aujourd'hui, parce que les pays du Sud, ils sont les premières victimes des conséquences de ce réchauffement climatique. Donc si demain, on veut préserver l'habitabilité de la planète, il faut aussi qu'on les aide, eux, qui sont en première ligne, d'abord, à ne pas faire des choix qu'on a faits, pour aller vers des énergies carbonées, il faut qu'on les aide à passer directement aux renouvelables, et il faut aussi qu'on les accompagne pour préserver leurs écosystèmes.

SALHIA BRAKHLIA
Emmanuel MACRON est allé au début de la COP, il y est allé, il a fait un discours, est-ce qu'il va y retourner pour faire pression sur les négociations, pour que tout le monde justement mette la main à la poche ?

CHRISTOPHE BECHU
Ce que le président de la République est en train de faire en ce moment au G20, c'est la même chose, c'est de poursuivre en un lieu qui n'est pas celui de la COP, et de suivre une partie des négociations qui se passent là-bas, vous savez très bien que c'est un processus complexe, qu'il y a des choses qui vont se dénouer au dernier moment, mais qu’il y a aussi beaucoup de discussions à l'heure actuelle avec nos diplomates et avec nos représentants.

MARC FAUVELLE
En sa présence possible ou pas le dénouement de la COP ?

CHRISTOPHE BECHU
Je ne maîtrise pas l'agenda du président de la République, mais je ne le pense pas.

MARC FAUVELLE
Bon, vous avez vu qu'avant que la COP ne commence, on a vu, on a assisté un peu partout d'ailleurs sur la planète à des actes de militants écologistes, c'est ce qu'on appelle de la désobéissance civile, certains s'en sont pris à des oeuvres d'art, d’autres se sont attachés pendant un match de rugby en France, action légitime, c'est ce que dit l'eurodéputé écologiste Yannick JADOT.

YANNICK JADOT, EURODEPUTE ECOLOGISTE
Toute la désobéissance civile, 1°) : par principe, elle est non-violente, ça n'a rien à voir avec les Blacks Bloc, quand on arrachait des OGM, et on a arraché des OGM avec José BOVE et d'autres, avec Noël MAMERE, eh bien, le droit nous a donné raison, on ne cultive pas d'OGM dans notre pays, ce que je veux dire, c'est que la désobéissance civile, elle se construit sur la légitimité qui doit construire du droit.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous diriez que ceux qui font ça sont du même camp écologiste que vous ?

CHRISTOPHE BECHU
Je dirais que ceux qui font ça desservent la cause, je dirais qu’ils provoquent l'incompréhension des Français et qu'ils donnent de l'écologie une image qui ne correspond pas à ce que l'immense majorité des Français pensent.

MARC FAUVELLE
C’est-à-dire, ils desservent la cause, ils éloignent les Français de la nécessité d’être écologiste…

CHRISTOPHE BECHU
C’est exactement ce que je pense. Je comprends qu’il puisse y avoir une éco-anxiété, je comprends qu'il y ait une envie que tout le monde aille plus vite, mais je pense que, en ayant ce type de comportement, on renvoie une image de l'écologie qui n'est pas la bonne, et que ça dessert la cause.

SALHIA BRAKHLIA
Il y a 2 semaines, Monsieur le Ministre, des affrontements entre forces de l'ordre et militants écologistes ont éclaté à Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, là où un projet de mégabassines est prévu, est-ce que le chantier a repris ?

CHRISTOPHE BECHU
Le chantier a repris, à ma connaissance, mais là aussi, vous passez en un instant de jeunes éco-activistes qui se collent ou qui jettent de la purée dans des musées, à une manifestation qui a débouché sur 60 gendarmes blessés avec des jets de boules de pétanque, avec l'usage de cocktails Molotov, manifestation à laquelle d'ailleurs, interdite, à laquelle participait monsieur JADOT, qui a été pris à partie de manière extrêmement violente par une partie des manifestants…

SALHIA BRAKHLIA
Lui, il demande un moratoire sur les mégabassines.

CHRISTOPHE BECHU
Encore une fois, à un moment, il faut qu'on choisisse, ou on écoute la science, et on considère qu’elle peut aussi nous aider à trouver des solutions, ou alors, on reste sur des formules et des prêts à penser, est-ce qu'on a oui ou non un problème d'eau dans ce pays ?

SALHIA BRAKHLIA
Oui…

CHRISTOPHE BECHU
On a un problème de sécheresse qui est mondial, face à ce problème de sécheresse, il y a plein de sujets, il y a évidemment d'abord le fait de lutter contre les fuites, il y a le fait de se demander comment on peut réutiliser des eaux qui sont des eaux usées, mais par définition, l’usage de retenue, il a aussi un sens, on entend des mots d'ordre qui donnent parfois le sentiment que les agriculteurs font des bassines pour leur consommation personnelle, non, ils le font pour produire ce qu'on va manger, donc, qu'on préserve l'eau potable pour boire, c'est une bonne chose, qu'on préserve de quoi assurer une production de proximité, c'est aussi une bonne chose. Et là, en l'espèce, à Sainte-Soline, il y a un rapport scientifique du mois de juillet qui dit : ce projet, tel qu'il est, il va permettre de préserver les niveaux d'étiage et de nappe phréatique pendant l'été, et donc il est bon pour la biodiversité. Ce n’est pas moi qui le dis.

MARC FAUVELLE
Ce que disent les écologistes opposés, ceux qui sont en tout cas opposés à ces bassines, c’est que c'est l'assurance finalement qu'on ne changera rien à nos pratiques agricoles.

CHRISTOPHE BECHU
En fait, c'est l'histoire du serpent qui se mord la queue, en clair, vous avez des gens qui vous disent : il faut d'abord changer les pratiques, et ensuite, on pourra éventuellement discuter des retenues, et ceux qui vous disent…

MARC FAUVELLE
Parce que sinon, on arrose…

CHRISTOPHE BECHU
Si on n’a pas les retenues, on ne peut pas changer nos pratiques. Il y a deux impératifs qui ne se discutent pas, oui, il faut qu'on diminue nos besoins de prélèvements en eau dans tous les domaines, et dans l'agriculture aussi, avec une feuille de route par type de culture qui doit conduire à prendre de moins en moins d'eau dans les milieux, mais en parallèle, si on ne veut pas augmenter nos importations agricoles, il faut qu'on préserve une agriculture qui est capable de produire en proximité, sinon, eh bien, on est très hypocrite sur ces sujets.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Christophe BECHU, le ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. On parlait à l’instant du manque d’eau en France, combien de départements sont encore touchés par des restrictions ?

CHRISTOPHE BECHU
Alors, au pire moment nous avions tous les départements français qui, à un titre ou un autre, étaient concernés par une restriction, et on en avait plus des trois quarts dans lesquels on avait une situation qui était une situation de crise aiguë, ce chiffre a considérablement reflué, on est encore aujourd'hui à quelques départements sur lesquels on a des restrictions, c’est encore plusieurs dizaines à la minute où on se parle, mais avec des niveaux de restriction qui ne sont pas les mêmes que ceux qu’on a connus pendant l’été.

SALHIA BRAKHLIA
C’est quels types de restrictions ?

CHRISTOPHE BECHU
C’est des restrictions sur les prélèvements et sur les usages. Ce qui m’importe, et c’est bien qu’on en parle ce matin, c’est qu’on regarde devant. Fin septembre nous avons lancé, avec Bérangère COUILLARD, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, avec Marc FESNEAU, les Assises de l’eau, pour faire à la fois le retour d’expérience de l’été qu’on a vécu, et prendre des décisions avant l’été prochain. En ce moment même, dans tous les comités de bassin, au sein du Comité national de l’eau, on a des experts qui sont en train de réfléchir, de suggérer un certain nombre de mesures, pour qu’on puise ensuite prendre, dans les toutes prochaines semaines, des décisions qui nous permettent de faire en sorte de préserver nos étiages, et hier la Première ministre, à Marseille, a annoncé une rallonge de 100 millions d’euros pour les agences de l’eau, pour précisément accentuer des travaux d’interconnexion, de résilience.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu’il est possible que ces restrictions soient prolongées jusqu’à l’été prochain ?

CHRISTOPHE BECHU
Bien entendu.

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire qu’on vive en restrictions permanentes finalement.

CHRISTOPHE BECHU
Ecoutez, le 29 juillet j’ai signé un décret qui n’intéressait personne parce que ça ne permettait pas de remettre tout de suite de l’eau dans les cours d’eau, mais qui disait que désormais nous allions pouvoir prendre des mesures de restrictions toute l’année, et potentiellement en janvier, en décembre, limiter certains usages pour préserver le niveau d’eau pendant l’été, parce que ce n’est pas quand vous prenez des décisions, en juin ou en juillet, que vous interrompez une situation qui est liée à une absence de pluie pendant des mois et des mois, donc très concrètement il faut qu’on s’habitue là aussi à se dire que nous n’aurons plus la même abondance que celle qu’on a connue dans ce domaine.

SALHIA BRAKHLIA
C’est une information France Info, le gouvernement va lancer le mois prochain un dispositif pour encourager les Français à réparer un équipement électrique ou électronique, de la cafetière à l'ordinateur, au lieu de les jeter, une partie de la réparation sera prise en charge par l'Etat, quelles seront les conditions pour en bénéficier Monsieur le ministre ?

CHRISTOPHE BECHU
Alors, il faudra s'adresser à un réparateur agréé et le montant de " l’aide " sera directement déduit de la facture. On est aujourd'hui dans le lancement de ce processus, qui devrait entrer en vigueur un peu avant Noël, on a aujourd'hui 500 réparateurs qui sont agréés, sur un total d'une vingtaine de milliers, donc on a encore un effort, dans ce contexte…

SALHIA BRAKHLIA
Oui, il n’y en n’a pas assez, clairement.

CHRISTOPHE BECHU
Même si nous ne sommes que le 15 novembre, mais c’est un enjeu qui est crucial, et qui permet en plus de parler d'écologie de manière positive, y compris dans les sujets qu'on évoque parfois. Si l'écologie c'est rouler moins vite, payer plus d'impôts, se retrouver avec des contraintes, devoir uniquement modifier dans le mauvais sens ses habitudes, on va avoir du mal à embarquer tout le monde, or le sujet c'est comment on fait de l'écologique quelque chose de grand public…

SALHIA BRAKHLIA
Alors concrètement comment ça…

CHRISTOPHE BECHU
Et donc très concrètement ça c'est un gain de pouvoir d'achat. L’idée c’est, on jette trop d'appareils qui pourraient encore être réparés, l'objectif c'est d'augmenter de 20% la réparation d'un certain nombre de produits, d'où les aides, de 10, de 20, de 25, de 45 euros pour les produits qui seront les plus soutenus, qui pourraient permettre d'accompagner tout ça. Il y a eu un précédent, ça a été le coup de pouce pour la réparation des vélos qui a été mis en place après le confinement…

MARC FAUVELLE
Qui a cartonné.

CHRISTOPHE BECHU
Deux millions de vélos ont bénéficié de ce coup de pouce, l'enjeu là c'est qu'on ait 2 millions d'appareils, par an, qui bénéficient d'un coup de pouce de cette nature pour éviter de jeter.

MARC FAUVELLE
Ça va concerner tous les appareils électriques, électroniques, aussi bien l'imprimante, le vieux portable, la hotte de la cuisine qui tombe en panne ?

CHRISTOPHE BECHU
Alors, il y a une liste de produits qui va ensuite, au fur et à mesure du temps, être élargie, parce qu'il y a un certain nombre de spécifications, on aura l'occasion de détailler ça, vous êtes très en avance sur l’info…

MARC FAUVELLE
Je pense que ça concerne beaucoup de monde tout simplement.

CHRISTOPHE BECHU
Vous avez raison, mais ce que je veux dire c’est qu’on va préciser les conditions dans lesquelles, à partir de mi-décembre…

SALHIA BRAKHLIA
Ce n’était pas le calendrier de la communication du gouvernement.

CHRISTOPHE BECHU
Les choses vont commencer à se présenter, mais c'est bon pour le pouvoir d’achat, c’est bon pour l'emploi local, c'est bon pour la planète, c'est typiquement le type d'écologie d'action sur laquelle il faut aussi qu'on soit capable d'accélérer.

MARC FAUVELLE
Dernier mot sur cette annonce, est-ce que ça concernera aussi les produits qui sont toujours sous garantie ?

CHRISTOPHE BECHU
A ma connaissance il n’y a pas de besoin, parce que si vous êtes sous garantie la prise en charge elle se fait dans le cadre de votre garantie.

MARC FAUVELLE
D’accord, évidemment.

SALHIA BRAKHLIA
D’ici deux ans, en janvier 2025, toutes les métropoles de plus de 150.000 habitants devront vont avoir mis en place des restrictions de circulation pour les voitures les plus polluantes, ça s'appelle donc les ZFE, les zones à faibles émissions, pourquoi toutes les villes n'ont pas le même calendrier ?

CHRISTOPHE BECHU
Parce que ça dépend de votre niveau de pollution de l'air. En clair, plus les seuils de particules fines, de dioxyde d'azote, sont dépassés, plus votre qualité de l'air est mauvaise, plus vous devez aller vite pour prendre des mesures qui sont des mesures correctives. L’enjeu ce n’est pas d'ennuyer ou d'emmerder les gens, je vais être extrêmement clair, nous avons des dizaines de milliers de morts, 47.000 d'après Santé publique France, qui meurent de la pollution atmosphérique ou de ses conséquences, face à ça l'enjeu c'est qu'on limite la concentration de ces polluants dans les villes qui sont les plus denses, et donc sur les territoires qui font plus de 150.000 habitants il y a des calendriers, qui sont à la main des maires, sous le regard et le contrôle du gouvernement.

SALHIA BRAKHLIA
Ça veut dire que dans les deux à venir on pourra par exemple aller avec sa voiture à Saint-Etienne, mais avec la même voiture ne pas entrer à Lyon.

CHRISTOPHE BECHU
Alors, il faut éviter, sur ce sujet, d'utiliser trop de raccourcis. Aujourd'hui vous avez déjà effectivement des situations qui ne sont pas les mêmes, et quand je dis que c'est à la main des maires, chaque maire a ensuite la possibilité, notamment pour faire en sorte que ce ne soit pas des usines à exclusion sociale, de regarder comment on accompagne ces mesures. Une ville comme Strasbourg elle a par exemple décidé que des petits rouleurs, quel que soit le type de véhicule, ils pouvaient, plusieurs dizaines de fois dans l'année, 24 je crois, accéder à toute la ville, mais sur une limite de 24 fois sans changer leur véhicule, par an. Sur d’autres territoires, je pense à Paris, la zone à faibles émissions, qui est déjà active, elle ne s’applique pas le week-end, à Lyon c'est 24/24 heures, 7/7 jours, à Grenoble ce n’est pas encore les véhicules particuliers…

MARC FAUVELLE
Le risque c’est de faire une réforme qui sera quasiment illisible, les gens qui arriveront dans une ville ne sauront pas s'ils peuvent ou pas y entrer.

CHRISTOPHE BECHU
On est au début du processus, il y a…

MARC FAUVELLE
Il n’y aura pas d'uniformisation du calendrier à un moment ?

CHRISTOPHE BECHU
Il y a moins d’un mois j'ai réuni tous les maires, de toutes ces villes dont vous parlez, pour qu'on dise on va lancer deux groupes en commun, un sur les harmonisations, comment on fait pour qu’effectivement on ait des choses qui se rapprochent en fonction des territoires, et deux, autour de l'accessibilité sociale parce que le sujet ce n’est pas d'aller créer des Gilets jaunes, c'est de préserver la santé des Français, c’est ça le sujet.

SALHIA BRAKHLIA
Oui, c’est inflammable. Est-ce qu’il y aura des contrôles, quand on fait un sondage 4 Français sur 10 sont prêts à ne pas respecter ces restrictions, est-ce qu’il y aura des contrôles, des radars, pour justement verbaliser ceux qui veulent frauder ?

CHRISTOPHE BECHU
Le contrôle c'est ce qui permet l'effectivité de la mesure, mais le contrôle, là aussi, il est à la main des maires. Aujourd'hui, d'ores et déjà, si vous avez une zone à faibles émissions vous pouvez décider d’utiliser vos ASVP, votre police municipale, pour faire en sorte de vérifier que les voitures qui sont sur votre territoire respectent les obligations que vous avez mises en place.

MARC FAUVELLE
Il n’y aura pas contrôle automatique type portiques, par exemple ?

CHRISTOPHE BECHU
Dans deux ans on devrait disposer de radars, qui seront à ce moment-là disponibles, on est dans un processus d'homologation, mais ce sera à chaque maire de décider s'il veut en mettre…

SALHIA BRAKHLIA
Ça ne sera pas obligatoire ?

CHRISTOPHE BECHU
Il y aura une liberté sur les moyens d'action. Aujourd'hui, je le redis, il y a moins d'un mois le Conseil d'Etat a condamné notre pays en constatant que nous avions encore trois agglomérations qui étaient en dépassement de seuil par rapport au niveau de pollution atmosphérique, donc ne pas agir c’est criminel.

SALHIA BRAKHLIA
Vous le disiez tout à l'heure, le but de l'opération c'est que ce ne soit pas une mesure discriminatoire qui justement discrimine les plus modestes, le gouvernement propose la possibilité de souscrire à un prêt à taux 0, à hauteur de 30.000 euros pour l'achat d'un véhicule neuf, ou une location longue durée, qui pourra en bénéficier ?

CHRISTOPHE BECHU
Le gouvernement il propose plein de choses, le prêt à taux 0 c'est la nouveauté dans le cadre de ça, mais vous avez les primes à la conversion, vous avez le bonus écologique, vous avez la surprime ZFE, etc., l'enjeu c'est que ceux qui sont dans une zone à faibles émissions aient le plus de possibilités pour pouvoir changer leur véhicule en ayant un reste à payer…

SALHIA BRAKHLIA
Donc il faut habiter dans la ZFE.

CHRISTOPHE BECHU
Habiter, ou travailler.

MARC FAUVELLE
Et ceux qui habitent autour, c'est-à-dire quelqu’un qui est à 10 kilomètres d'une zone d'interdiction, n'aura pas ces aides, il faut être à l'intérieur ?

CHRISTOPHE BECHU
Non, il peut en bénéficier à partir du moment où il travaille à l'intérieur, ou il peut en bénéficier s’il vit, pardon d'être un peu technique, mais dans l'intercommunalité qui est concernée par une zone à faibles émissions, donc les critères sont plus larges que le fait d'habiter à l'intérieur. Je précise que… il faut aussi se dire les choses, tout l'enjeu pour nous ce n’est pas seulement de miser sur des véhicules neufs, qui ont une empreinte carbone, etc., c'est aussi de pouvoir soutenir l'occasion, le prêt à taux 0 il est valable aussi pour acheter un véhicule d’occasion, et la nouveauté c'est que nous venons de faire entrer la possibilité de faire bénéficier ceux qui font du rétrofit, c'est-à-dire qui gardent leur voiture, mais qui changent leur moteur, d’aide, et là vous avez un reste à payer qui est beaucoup plus faible, et on n'a pas besoin de ré-extraire de l'acier, de la tôle, de re-fabriquer une voiture à partir de rien.

MARC FAUVELLE
On voit en tout cas que ces plans ont parfois du mal à être mis en place, dans le Grand Paris ça fait deux fois que la prochaine échéance est repoussée, le président de la métropole, Patrick OLLIER, dit que le calendrier ne sera probablement pas tenu, est-ce que vous pouvez garantir, comme c'était prévu à l'origine, qu'il n'y aura plus une seule voiture diesel à Paris et dans sa petite banlieue pour l'ouverture des Jeux de 2024 ?

CHRISTOPHE BECHU
Je peux garantir qu'on met tout en oeuvre pour que les moyens de rendre effectives ces ZFE soient mis en place. Encore une fois, ce n'est pas le ministre, ce n’est pas le président de la République ou la Première ministre, qui ensuite décident des mesures de restrictions qui sont mises en place en fonction du mois ou du semestre dans lequel…

MARC FAUVELLE
Donc on prendra le temps qu'il faut.

CHRISTOPHE BECHU
Vous savez, encore une fois, c'est tellement facile d'aller sur les plateaux, d'expliquer exactement ce qu'il faudrait faire, quand vous avez la responsabilité de la transition écologique, ou du pays, le sujet c'est comment vous ne rajoutez pas des lignes de fracture entre les Français, et ce sujet des zones à faibles émissions il y a un chemin de crête où il faut avoir l'obsession de la santé des gens, de la lutte contre le dérèglement climatique, mais dans le même temps…

MARC FAUVELLE
La petite voix des Gilets jaunes.

CHRISTOPHE BECHU
Il faut une transition qui soit solidaire ; juste, ce n’est même pas les Gilets jaunes, c’est le principe de se dire qu'on ne peut pas envoyer à nos concitoyens l’idée qu'il y en a certains qui doivent rester à l'extérieur des lignes.

MARC FAUVELLE
Donc il y aura encore des diesels aux Jeux de Paris, si on vous suit bien.

CHRISTOPHE BECHU
Non, je ne pense pas, je pense sincèrement que la trajectoire sur laquelle on est, elle est ambitieuse, mais elle est tenable, mais à condition de se placer dans cette perspective de solidarité.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec le ministre de la Transition écologique, Christophe BECHU, dès demain matin, il faudra payer 20 centimes de plus par litre au moins à la pompe, en effet, la ristourne sur le carburant va passer de 30 à 10 centimes, est-ce que vous demandez aux Français de limiter leurs déplacements pour éviter des pénuries ?

CHRISTOPHE BECHU
L’angle de votre question surprend, ce que je veux dire, c'est que, oui, il y a une ristourne qui demain va diminuer pour une raison, c'est que cette ristourne, elle est bonne pour le pouvoir d'achat, mais elle n’est pas bonne pour le climat, et donc, il y a des décisions qui ont été prises pour soutenir le pouvoir d'achat des Français, que nous assumons, parce qu’à un moment, ce n'est pas parce que vous avez un cap, qui est celui de la sortie des énergies fossiles, qu’il faut vous empaler sur le rocher du pouvoir d'achat en ne tirant pas un bord pour tenir compte d'une situation. Mais en même temps, faire cesser cette ristourne, c'est nous mettre totalement raccord avec les discours de la COP 27, avec ce qu'on est en train de dire sur la lutte contre le dérèglement climatique, avec la nécessité de ne pas soutenir des énergies qu’on ne produit pas, et qui, du coup, sont néfastes pour le pays tout court, pour la planète et pour le pays. Donc que chacun regarde comment il est capable de diminuer sa consommation, ça peut être la vitesse, ça peut être le covoiturage, ça peut être des usages alternatifs, sans pour autant aller culpabiliser des gens qui, pour beaucoup d'entre eux, n’ont pas le choix et ont besoin de leur voiture. D’où le dispositif qui va prendre le relais, c'est-à-dire qu'on va passer d'une aide généralisée, quelle que soit votre situation, à un dispositif spécifique pour les gros rouleurs…

SALHIA BRAKHLIA
En janvier ?

CHRISTOPHE BECHU
A partir du mois de janvier…

MARC FAUVELLE
Entre temps, il y a un mois et demi avec un trou dans la raquette.

CHRISTOPHE BECHU
Non, il y a un mois et demi avec une ristourne qui n'est que de 10 centimes, mais qui est malgré tout une ristourne par rapport à la réalité. Et je peux vous assurer que dans les pays qui nous entourent, il n’y a pas eu partout des ristournes, d'ailleurs, une partie des difficultés qu'on a connues au moment des grèves dans les raffineries, étaient liées au fait que les Allemands, les Belges venaient faire leurs pleins en France, parce que l’essence y était moins chère compte tenu de la politique gouvernementale.

MARC FAUVELLE
Un autre dossier, Christophe BECHU, c'est celui de la chasse, à partir de quand sera instauré un délit d'alcoolémie pour les chasseurs ?

CHRISTOPHE BECHU
Vous savez que c'est un sujet qui est d'actualité, puisque Bérangère COUILLARD…

MARC FAUVELLE
C’est pour ça que je vous pose la question…

CHRISTOPHE BECHU
Non, mais ce que je veux dire, c’est qu’il y a seulement quelques jours qu’elle a fait part du fait que le gouvernement réfléchissait de manière active à cette idée…

MARC FAUVELLE
Alors, c’est pour quand ?

CHRISTOPHE BECHU
On interdit de prendre le volant quand on est à plus de 0,5, ça ne semble pas absurde qu'on demande à quelqu’un qui a un fusil chargé, quand il est à plus de 0,5, là aussi, de se passer de son fusil, même si je le dis, la chronique, elle est parfois marquée par des accidents de chasse qui sont toujours des moments dramatiques, à chaque fois qu'il y a un accident de chasse, il y a de toute façon un test d'alcoolémie qui est fait pour vérifier la situation dans laquelle était l’auteur de..

SALHIA BRAKHLIA
Ça, c’est à chaque accident mais est-ce que pendant…

CHRISTOPHE BECHU
On est en train de travailler à ce dispositif…

MARC FAUVELLE
Avec un objectif, quoi, avant l’été prochain ?

CHRISTOPHE BECHU
Avec un objectif avant la prochaine rentrée, avant la prochaine saison de chasse, effectivement, ça prend évidemment un petit peu de temps…

SALHIA BRAKHLIA
C’est quand la prochaine saison de chasse ?

CHRISTOPHE BECHU
Généralement, ça coïncide à la rentrée scolaire.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'il y aura aussi des jours ou des demi-journées sans chasse par exemple dans les forêts les plus fréquentées ?

CHRISTOPHE BECHU
Vous savez qu'il y a tout un tas de sujets qui ont été mis sur la table dont celui effectivement d'avoir des concertations locales et des échanges sur ces différents sujets. La chasse, c'est toujours un sujet de passion dans ce pays, mais je pense qu'il y a des compromis raisonnables qu'on est capable de trouver, tout comme on vient d'en trouver en défendant une proposition de loi qui va mettre un terme aux engrillagements en Sologne qui bloquent les corridors de biodiversité…

SALHIA BRAKHLIA
Mais est-ce que le ministre que vous êtes est pour justement l'interdiction de chasser une demi-journée, une journée ?

CHRISTOPHE BECHU
Vraiment, je fais confiance au dialogue local pour qu'on arrive à concilier les différents usages, et je suis très confiant sur le fait que... regardez sur ces sujets, les annonces qui ont été faites par la secrétaire d'Etat, elles ont été plutôt accueillies avec une ouverture et une volonté de dialogue qu'avec des postures ou des slogans.

MARC FAUVELLE
Puisqu'on parle des sujets un tout petit peu sensibles, est-ce que vous serez le gouvernement qui interdira la corrida ?

CHRISTOPHE BECHU
Ecoutez, ça n'est pas une proposition du gouvernement, il ne vous a pas échappé que c'était dans le cadre des niches parlementaires que La France Insoumise avait décidé de…

MARC FAUVELLE
Mais il ne m’a pas échappé non plus que vous avez un certain nombre de députés qui pourraient voter pour ou contre et faire pencher la balance.

CHRISTOPHE BECHU
J'entends, tout ça sera à vivre la semaine prochaine, puisqu'il me semble que c'est vendredi de la semaine prochaine, à titre personnel, quand je regarde tous les sujets dont on discute, que ce soit les questions géopolitiques, les questions de dérèglement climatique, les questions d'inflation, de pouvoir d'achat, de sécurité, les interrogations de nos concitoyens sur nos règles d'asile, je ne pense pas que ce soit la priorité des priorités, et le gouvernement n'aurait pas choisi d'inscrire ce texte à l'ordre du jour au mois de novembre…

SALHIA BRAKHLIA
Sauf que là, il est inscrit, il va être abordé à l'Assemblée nationale, le gouvernement va donner sa position, mais est-ce que les députés de la majorité auront une liberté de vote ?

CHRISTOPHE BECHU
Je vous fais une totale confiance pour leur poser la question, la séparation entre le gouvernement et les députés fait que le groupe sera amené…

MARC FAUVELLE
Alors, deuxième tentative, si vous étiez député, vous feriez quoi ?

CHRISTOPHE BECHU
Ça, c’est une question de politique fiction, mais pour vous répondre de manière très claire, je n'ai jamais été assister à une corrida, ce n’est pas du tout un spectacle qui, je mets des guillemets à spectacle, ce n'est pas du tout quelque chose qui m'attire. Je m'interroge sur l'opportunité vraiment dans le contexte dans lequel nous sommes qui consiste à dire à des gens qui ont des traditions qui, en plus, sont manifestement en train de s'éteindre, qu'elles sont, qu'elles devraient devenir illégales désormais.

MARC FAUVELLE
Salhia, je crois vous aviez une dernière question sur la mascotte des…

SALHIA BRAKHLIA
Tout à fait, des Phryges, des peluches de bonnets phrygiens sont devenues la mascotte française des JO 2024, seulement, on a appris qu'elles étaient fabriquées en Chine, il n’y a pas un problème ?

CHRISTOPHE BECHU
Ah, si c'est le cas, il y a un problème.

SALHIA BRAKHLIA
C’est le cas.

CHRISTOPHE BECHU
Eh bien, vous me l’apprenez, il y a un problème.

SALHIA BRAKHLIA
Alors, qu’est-ce que vous allez faire ? Qu’est-ce que va faire le gouvernement ?

CHRISTOPHE BECHU
Je veux croire qu’on a encore quelques mois avant que les JO ne se tiennent pour être capable de corriger le sujet.

MARC FAUVELLE
Vous voulez dire, il faut relocaliser d'urgence la production la mascotte ?

CHRISTOPHE BECHU
Vous savez, réagir à chaud sur une information que vous me donnez, je le fais avec plaisir, vous dire dans le détail ce qu'il faut être capable de faire, la seule chose que... vous me posez la question, est-ce qu'il y a un problème, je vous réponds, il y a un problème, on ne peut pas se retrouver au moment où on explique qu'il faut des circuits courts et relocaliser avec une production de mascottes qui se fait au bout du monde, y compris quand on défend la perspective de lutter contre le réchauffement climatique, ce qui suppose de favoriser ce qui se fabrique à proximité.

MARC FAUVELLE
Voilà, il faudra calculer le bilan carbone des mascottes…

SALHIA BRAKHLIA
Des petites peluches…

MARC FAUVELLE
Des Jeux olympiques et paralympiques. Merci beaucoup Christophe BECHU…

CHRISTOPHE BECHU
Merci à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 17 novembre 2022