Interview de Mme Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, à TF1 le 26 janvier 2026, sur l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans, les discriminations dans l'accès au logement, la soumission chimique et l'élection présidentielle de 2027.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Aurore Bergé - Ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations ;
  • Adrien Gindre - Journaliste

Média : TF1

Texte intégral

ADRIEN GINDRE
Bonjour Aurore BERGE,

AURORE BERGE
Bonjour,

ADRIEN GINDRE
Aujourd'hui, les députés vont se pencher sur l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans. Le chef de l'État a dit ce week-end qu'il souhaitait que ce soit effectif dès la rentrée prochaine. Dans la réalité, vous, vous êtes convaincus qu'on saura vraiment faire respecter cette interdiction ?

AURORE BERGE
Oui, parce qu'il n'y a pas de raison qu'on n'y arrive pas, parce que c'est une nécessité. Je pense qu'il n'y a pas un seul parent qui nous regarde, qui ne voit pas, aujourd'hui, les souffrances que cela génère chez nos enfants, chez nos adolescents, les conséquences que cela peut avoir. On a vu des modes d'emploi pour des enfants qui se sont suicidés. On voit aussi les. Aussi les appels au djihad. On voit sur la question des violences faites aux femmes à quel point ça peut dérégler le cerveau de nos adolescents. La France peut être le pays, le premier pays européen à l'interdire.

ADRIEN GINDRE
Ce sera aux parents de la faire respecter cette interdiction.

AURORE BERGE
Ce sera aux parents de la faire respecter. Ce sera aux plateformes de pouvoir le vérifier. Ce sera notre responsabilité collective et je pense que c'est une nécessité absolue pour la santé et la santé mentale de nos enfants. Aussi la santé de nos démocraties de permettre que nos enfants ne grandissent pas uniquement avec TikTok comme livre de chevet.

ADRIEN GINDRE
On le disait à l'instant, vous êtes en charge notamment des discriminations. Il se trouve qu'hier, l'association SOS Racisme a dévoilé un testing qui montre que près d'une agence immobilière sur deux accepte ou facilite une discrimination raciale dans l'accès au logement. Alors concrètement, les militants se sont fait passer auprès de près de 200 agences pour des propriétaires qui réclameraient, je cite, des profils européens pour éviter des problèmes de voisinage. Vous annoncez la mise en place d'une formation obligatoire à destination des agents immobiliers. C'est juste un problème de formation ? Ce n'est pas un problème de racisme véritablement ?

AURORE BERGE
Non, ça va évidemment plus loin que ça. Ça veut dire qu'on a à la fois celles et ceux qui demanderaient à choisir les locataires en fonction de critères qui sont des critères illégaux. Il faut le rappeler, c'est évidemment illégal de choisir au regard de critères sur la couleur de peau, sur l'origine des personnes, alors qu'il y a des critères objectifs qui peuvent évidemment exister. Mais ça veut dire qu'il y a tous les stéréotypes qui vont avec, sur les personnes et la manière avec laquelle elles se comporteraient. Mais ça veut dire aussi que c'est la responsabilité de ceux qui commercialisent que de refuser. C'est-à-dire que ce n'est pas pour des raisons économiques que vous devez lâcher sur les principes. Et c'est aussi ça qui est dit, pour des raisons économiques, parce qu'il y a une tension. Finalement, on accepte des critères qui sont inacceptables. Et donc, oui, on va permettre que ces formations soient obligatoires.

ADRIEN GINDRE
Vous savez déjà à quelle échéance ?

AURORE BERGE
Là, dans les prochaines semaines, le décret sera publié avec le ministre du Logement, de manière à le garantir vraiment à très brève échéance. On a, à l'inverse des agences qui, elles, s'engagent, la FNAIM, par exemple, a signé avec SOS Racisme, justement, une convention pour garantir d'avancer sur ce sujet, parce que c'est illégal, parce que ça crée des tensions insupportables dans notre pays, parce qu'on voit bien que dans toutes nos démocraties, on a le risque, à la fois sur l'antisémitisme, à la fois sur le racisme, que ça n'appartienne pas au passé. Et ça doit appartenir au passé.

ADRIEN GINDRE
Aujourd'hui s'ouvre un procès très important, c'est le procès de l'ancien sénateur Joël GUERRIAU. Il a été accusé d'avoir drogué sa collègue députée Sandrine JOSSO, en vue de l'agresser sexuellement. C'est ce qu'on appelle désormais la soumission chimique. Est-ce que vous considérez que la loi est suffisante, aujourd'hui, et que les femmes sont protégées au maximum de ce que la loi peut faire ?

AURORE BERGE
Déjà, permettez-moi d'avoir un mot d'amitié pour Sandrine JOSSO, parce qu'elle a été très courageuse, parce qu'elle n'en a pas fait juste un combat personnel, elle en a fait un combat pour toute la société, parce qu'avant, on parlait très peu, finalement, de ce sujet-là. Et puis, on a vu une image un peu faussée de la soumission chimique, pensant que c'était une mauvaise rencontre dans une soirée. Ce n'est pas une mauvaise rencontre dans une soirée.

ADRIEN GINDRE
Mais en l'occurrence, elle était amie avec ce sénateur.

AURORE BERGE
Dans 9 cas sur 10, vous savez, les violences sexuelles, c'est quelqu'un qu'on connaît. Et c'est ça qui est absolument insupportable, de se dire que si ça doit nous arriver en tant que femme, ça doit arriver à notre fille, ça doit arriver à une amie, en fait, ça arrivera par quelqu'un qui est dans notre entourage proche. Donc, il y a un procès qui s'ouvre. Moi, je souhaite, évidemment, que ce procès lui permette de retrouver une sérénité, une paix, et puis, que les condamnations qui pourraient exister envoient un message très clair sur le refus, évidemment, dans notre pays, que cette soumission puisse exister et devenir banale.

ADRIEN GINDRE
Les tests pour détecter cette soumission chimique sont désormais remboursés dans 3 régions, c'est une expérimentation qui est en cours, il n'y aura pas d'extension nationale dans l'immédiat ?

AURORE BERGE
L'objectif, c'est évidemment une généralisation, mais d'abord, on teste dans les pays de la Loire, justement, en fin de semaine, pour appréhender mieux la manière avec laquelle ça va pouvoir se faire, de manière à former, à former très massivement les professionnels de santé, notamment sur la manière avec laquelle on recueille vite les éléments de preuve, pour évidemment qu'ils ne disparaissent pas et qu'ensuite, si les personnes souhaitent aller en justice, elles aident tous les éléments pour le permettre.

ADRIEN GINDRE
Demain, les députés vont se pencher sur un autre texte qui va provoquer le débat, l'idée de réécrire le Code civil, en partie, pour faire primer la notion de consentement sur toute idée de devoir conjugal, de devoir de relation sexuelle dans le cadre d'un mariage, ça veut dire que ce devoir conjugal, il ne pourra plus à l'avenir être invoqué comme un motif dans les procédures de divorce ?

AURORE BERGE
Oui, et heureusement, ça paraît quand même complètement anachronique de se dire qu'on a besoin de légiférer sur le sujet, le problème c'est que ce n'est pas anachronique, parce qu'on l'a mesuré dans une enquête encore il y a quelques jours, un homme sur quatre pense aujourd'hui en 2026 que c'est normal qu'une femme ait un rapport sexuel avec lui par devoir, un sur quatre, et c'est à peu près dans toutes les générations, il y a même un homme sur quatre qui dit dans cette enquête publique qu'il a déjà eu un rapport sexuel avec une femme en doutant de son consentement, ou qu'il a quand même eu un rapport sexuel avec elle malgré cela, donc, on a un vrai sujet, qui est quand même la nécessité de réaffirmer que les femmes sont libres dans notre pays, libres dans leur vie, libres dans leurs amours, libres aussi dans leurs relations sexuelles, d'en avoir ou pas, donc oui, je crois que c'est bien, parce que la loi envoie un signal très clair, et au-delà du signal, ça veut dire que plus aucune femme ne pourra demain, dans le cadre par exemple d'une procédure de divorce, voir cela comme étant une circonstance aggravante.

ADRIEN GINDRE
Je voudrais qu'on dise aussi un mot de la politique des futures élections, Aurore BERGE, notamment la présidentielle de 2027, hier votre collègue ministre de la Justice, Gérald DARMANIN, était l'invité de LCI, il a été interrogé à ce propos, sur ses propres ambitions, éventuellement, sur son éventuelle candidature, voilà ce qu'il en disait.

GERALD DARMANIN, MINISTRE DE LA JUSTICE
J'y songe, mon travail d'acteur, d'abord, ce n'est pas de rajouter un candidat de plus juste parce que je me sens capable, je me sens capable, mais je ne suis pas narcissique.

ADRIEN GINDRE
Est-ce que comme Gérald DARMANIN, vous y songez, est-ce que comme Gérald DARMANIN, vous vous sentez capable ?

AURORE BERGE
Si la question c'est de savoir si j'ai de l'ambition, oui j'ai de l'ambition, la question c'est au service de quoi vous la placez, je pense qu'on a besoin déjà de garantir l'unité, il l'a dit lui-même, et je suis d'accord avec ce qu'il dit, c'est-à-dire on a besoin d'avoir une candidature unique en 2027, ou alors on sera responsable d'avoir laissé les Français choisir uniquement entre le Rassemblement national, d'un côté, et la France insoumise de l'autre, donc d'abord ça passe par un projet, par l'affirmation d'un projet qu'on veut porter pour les Français, et ça passe aussi par la nécessité de l'unité, je pense que ce n'est pas une fatalité qu'on n'y arrive pas, je pense qu'on peut y arriver, mais ça demande beaucoup d'efforts et beaucoup de responsabilités de chacune et de chacun d'entre nous.

ADRIEN GINDRE
Mais vous avez pris une décision personnellement sur le fait d'être ou de ne pas être in fine candidate à une candidature ?

AURORE BERGE
Déjà moi, je souhaite qu'on garantisse cette unité, je souhaite qu'on n'enjambe pas les municipales qui sont un moment qui est important aussi dans la vie démocratique de notre pays, des échéances qui sont essentielles, et après, je vous ai répondu, si la question c'est la question de l'ambition, oui, il m'arrive d'avoir de l'ambition en effet, mais je veux d'abord la placer, un, au service d'un projet, et deux, au service de l'unité pour garantir qu'on ait des primaires, parce que ça passera par là, s'il n'y a pas de primaire, s'il n'y a pas une candidature unique, alors aucun d'entre nous de toute façon ne pourra prétendre être au second tour de la présidence.

ADRIEN GINDRE
Et pour le moment vous souhaitez rester au Gouvernement, puisqu'il paraît que le Premier ministre veut remanier ?

AURORE BERGE
Pour l'instant je souhaite continuer à être utile, et j'ai l'impression que les sujets qu'on a abordés ce matin démontrent peut-être qu'il y a une utilité à être là et à les porter.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 janvier 2026