Texte intégral
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le délégué général de l'Ordre de la Libération,
Monsieur le secrétaire général pour l'Administration,
Monsieur le chef d'état-major de l'armée de Terre,
Monsieur le chef d'état-major de la Marine nationale,
Monsieur le chef d'état-major de l'armée de l'Air et de l'Espace,
Monsieur le gouverneur militaire de Paris,
Monsieur le directeur central du Service de santé des armées,
Mesdames et messieurs les directrices et directeurs d'administration centrale,
Mesdames et messieurs les officiers généraux,
Mesdames et messieurs les représentants du monde culturel et muséal,
Mesdames et messieurs les représentants du monde combattant et mémoriel,
Officiers, sous-officiers, militaires du rang,
Chère Arlette TESTYLER, merci de votre présence qui nous honore et nous oblige,
Mesdames et messieurs, en vos rangs, grades et qualités,
Je suis très heureuse de vous retrouver ici, au Val-de-Grâce, sous ces voûtes où résonne l'écho notre histoire et de ceux qui l'ont faite.
Dans cette abbaye devenue hôpital militaire il y a 230 ans, qui abrite désormais le musée Service de santé des armées ainsi que l'Académie de santé des Armées - une structure d'excellence qui fédère, depuis 2024, la veille, la formation, la recherche et l'innovation de santé.
Ce lieu incarne ainsi ce qui fait la force de ce ministère et de notre pays : l'intrication traditions de notre histoire, de l'engagement actuel et de la réflexion sur l'avenir.
C'est l'occasion de mettre en lumière une composante essentielle de nos armées, car on ne le jamais assez : le Service de santé des armées est un atout stratégique majeur.
Son implication exemplaire dans l'orientation et l'accueil des blessés de la tragédie de Crans-Montana l'a rappelé à tous.
Ces derniers jours encore, l'actualité a montré ce que signifie " innover pour protéger " : la France dispose désormais d'un antidote contre la ricine, au croisement de la biosécurité, de souveraineté, de la recherche privée et de l'action publique. Je veux saluer celles et ceux qui Service de santé des Armées et dans notre écosystème, rendent cela possible.
Ce lieu est symbolique, aussi, parce qu'on y trouve, vous l'avez vu dans le musée qu'il abrite, tout ce qui fait le sens de la mission portée par notre ministère depuis la Première Guerre mondiale les moulages des " gueules cassées ", la chirurgie reconstructrice, mais également, déjà, blessures invisibles du " choc des obus " - et l'œuvre difficile de réparation.
Si vous vous promenez ici, vous pourrez voir aussi un wagon-hôpital et ses brancards, témoignage de la Grande Guerre : par une concordance tragique des temps, ce sont les mêmes types wagons qui, aujourd'hui, en Ukraine, évacuent les blessés du front.
Je reviens d'un déplacement en Ukraine, où j'ai signé un mémorandum d'entente avec la ministre ukrainienne des Anciens combattants pour accompagner les blessés, partager nos expériences mais aussi la mise en œuvre d'une politique mémorielle dans un État démocratique.
Je compte sur vous pour nous y aider, et je sais combien le monde combattant s'est engagé, dès le début de la guerre, dans la solidarité avec le peuple ukrainien : je veux ici l'en remercier.
Ce déplacement m'a encore confortée, s'il le fallait, dans la certitude que les politiques mémoire, de réparation et de reconnaissance menées par le ministère des Armées ne sont pas " à côté " de notre actualité diplomatique et de la vie du pays.
Elles ne sont pas simplement un héritage du passé.
Elles portent un langage plus actuel que jamais, un langage de valeurs, de solidarité et cohésion, un langage de la liberté.
Et c'était donc pour moi une mission et un honneur immenses d'avoir cette responsabilité monde combattant, qui s'inscrit dans une grande tradition républicaine entamée par Magino1 Clemenceau : reconnaître et d'accompagner nos combattants d'hier et d'aujourd'hui.
C'est ce que j'ai voulu manifester dès mon premier déplacement, en me rendant à l'hôpital Percy avec la ministre des Armées, puis sous l'Arc de Triomphe pour raviver la flamme du Soldat inconnu, symbole du soldat de l'Idéal qu'a magnifié Clemenceau.
C'est par ces actes, au fond, que nous rendons le mieux hommage au monde combattant : nous engageant dans son actualité, en nous souvenant de son passé.
Car c'est en se souvenant des sacrifices que nous savons pourquoi nous travaillons aujourd'hui.
Je viens de la diplomatie. Je voudrais remercier personnellement, puisque c'est un moment vœux, nos chefs militaires, qui m'ont accueillie dans ce ministère et qui ont considéré que j'étais certes, diplomate, mais néanmoins digne de servir au ministère des Armées.
Ils ont su m'apprendre des valeurs que je n'oublierai jamais: celles de la loyauté, du rapport à la vérité, du rapport aux résultats.
Ces valeurs m'ont accompagnée dans ces premiers cent jours depuis ma prise de fonction j'espère, continueront de m'accompagner au moment où - et je vous promets de me bat jusqu'au bout - il nous faut un budget pour les Armées.
Avec ce budget, nous pourrons poursuivre, en 2026, nos missions, dont la première est notre nécessaire mobilisation auprès du monde combattant.
La mobilisation du monde combattant
j'ai maintenant rencontré les principales associations du monde combattant, que je remercie pour la qualité de nos échanges.
Vous vous montrez infiniment volontaires.
Vous avez envie - et vous avez raison - d'être mieux associés à la vie de nos forces, au travail vis-à-vis de notre jeunesse, et, bien évidemment, à la mise en place du nouveau service national.
j'ai entendu, à votre écoute, l'attention que nous devions porter à la quatrième génération du feu, et je vois le réservoir de bonne volonté qui existe partout dans notre pays pour réussir ce projection vers l'avenir, sans rien oublier de notre passé, sans laisser de côté aucun des visa du monde combattant et de ceux qui l'accompagnent tous les jours, à Paris et sur le terrain.
Nous avons beaucoup travaillé, d'ores et déjà, dans le cadre du G12 - nouvel acronyme pour moi, après les G7 et les G20 - qui n'est pas exclusif des autres instances du monde combattant mais qui permet d'avoir un engagement opérationnel et un suivi de ce qu'on se dit. Nous avons ensemble redynamisé ce groupe.
La ministre des Armées et des Anciens combattants a participé, et je crois que c'était un signal très
important, à l'une de ces réunions, et nous en aurons une autre sur les thèmes que nous avons identifiés d'ici le mois de février.
Ça, c'est pour la méthode. Je voulais juste vous dire que je m'y tiendrai.
Le deuxième élément, c'est l'évolution nécessaire de notre politique d'hommage, de reconnaissance et de réparation.
L'évolution de notre politique d'hommage, de reconnaissance et de réparation
Rendre hommage, d'abord :
Nous devons continuer à honorer la mémoire de tous les morts pour la France, pour la Nation et pour la République, en transmettant cette mémoire auprès des jeunes générations.
Je ne vais pas vous cacher mon émotion à chaque fois que je vois un porte-drapeau transmet son drapeau à un plus jeune.
C'est une des plus belles choses que j'aie vues, et c'est évidemment ce qu'il faut continuer de faire, en rappelant la valeur de l'engagement partout où c'est nécessaire; à chaque fois que c'est nécessaire.
Ce matin, j'étais avec le gouverneur militaire de Paris au monument aux Morts pour la France opération extérieure, pour rappeler le sacrifice des 90 militaires français morts en Afghanistan aux côtés de nos alliés.
On voit, hélas, la triste actualité et la nécessité de ces hommages.
Pour revenir sur des épisodes récents également,je pense aux attaques indignes qui ont pris pour cible les Harkis, et je veux leur dire que nous irons au bout des promesses qui ont été faites le Président de la République en matière de réparation, et que la République tiendra la promesse à laquelle, malheureusement, elle a failli par le passé.
Donner toute notre reconnaissance à celles et ceux qui la méritent, c'est aussi valoriser toutes les formes d'engagement.
Je veux saluer à cet égard la première promotion de la Médaille de la Défense nationale avec agrafe " Monde combattant ", avancée que nous devons à la conviction portée par l'un de mes prédécesseurs, Jean-Louis Thiériot - que je remercie du fond du cœur : elle est une reconnaissance tangible de l'engagement au service de la cohésion nationale et du lien Armée-Nation.
Je me réjouis de voir cette nouvelle forme de reconnaissance prendre vie.
Nous allons remettre à l'issue de ces vœux les premières de ces médailles, et honorer ainsi celles et ceux qui, dans les associations et nos institutions, consacrent leur énergie et leur travail à la mémoire et à la solidarité.
Réparer, aussi :
Il nous faut poursuivre - et même accélérer - la mise en œuvre du Plan blessés.
Vous avez tous entendu que, dans son discours de vœux, le Président de la République nous a fixé une échéance au 13 juillet prochain.
On a déjà commencé à travailler sur l'accélération de ce qui a été largement mis en œuvre, mais qu'il faut maintenant porter à son terme : sur l'employabilité, sur la prise en charge de la blessure psychique, sur la simplification des procédures.
Je salue toutes les équipes du SGA, qui ont beaucoup avancé.
Je me suis rendue dans plusieurs maisons Athos récemment, et je pense qu'il nous faut consolider ce dispositif génial, né d'une idée de l'Armée de terre, que nous devons rendre pérenne.
Un de mes premiers déplacements, d'ailleurs, a été à Bordeaux dans une maison Athos.
Là, j'ai parlé à l'un des blessés, qui m'a dit cette phrase que je n'oublierai jamais : " nous sommes pas d'abord des blessés de guerre, nous sommes des guerriers blessés ".
Je pense que ce lien préservé avec les Armées, comme l'incarnent les maisons Athos, est absolument essentiel dans la politique de réparation.
Il y a aussi le sujet de la valeur du point de PMI, dans un contexte budgétaire difficile. Néanmoins j'ai pris des engagements.
Nous débuterons donc dans quelques jours les travaux sur le rapport biannuel, et j'espère que sera la première étape de travaux qui nous mèneront à une revalorisation de la valeur du point.
Je ne veux pas oublier, dans cette politique de réparation, l'Institution nationale des Invalides où je me rends régulièrement, et dont nous venons d'acter la nouvelle revue stratégique.
Je compte sur l'ensemble des services du ministère des Armées pour appuyer, dans les travaux qui seront à mener, cet établissement magnifique.
j'évoque l'Institution nationale des Invalides, première institution de solidarité nationale dans notre pays, dont l'origine remonte à Louis XIV.
Je n'oublie pas que les Invalides accueillent, évidemment aussi, le musée de l'Armée.
Créer des passerelles entre le monde combattant et la Nation
j'en viens donc à une autre priorité de notre action pour 2026 : l'action culturelle, au sens large, du ministère des Armées, dans un moment tout à fait particulier où il nous faut créer de plus en plus de passerelles entre le monde combattant et la Nation, dans une bataille culturelle générale, mondiale.
Parce que, quand on parle de guerre hybride mondialisée, il faut aussi tenir compte des récits et de la manière dont on raconte l'histoire.
Dans cette perspective, nos musées, et les musées des Armées, sont absolument essentiels.
Une des premières actions que j'ai eu à mener a été de les protéger.
Nous avions tous en tête ce qui s'était passé au Louvre.
Je voulais remercier les équipes de direction des grands musées, qui nous ont permis de faire un état des lieux précis et de lancer les mesures nécessaires.
Je voulais saluer aussi le professionnalisme dont ils ont fait preuve, leur efficacité, leur réactivité et je voulais vous dire qu'avec mon équipe, nous continuerons évidemment à suivre la mise œuvre des mesures que nous avons actées à cette occasion.
Ouvrir nos musées, nos services d'archives, nos lieux de mémoire, à tous les publics, à toutes les formes d'art, aux industries culturelles et créatives, et évidemment, à la jeunesse.
L'art a toujours accompagné l'expérience combattante, et je pense qu'il est essentiel de maintenir ce lien.
Se tourner vers les jeunes.
Je me souviens de mon premier déplacement au Mont-Valérien, monsieur le délégué général l'Ordre de la Libération, de la force de ce que j'y ai vu, et de tout ce qu'on doit en raconter aux jeunes générations.
Pour qu'elles se souviennent de l'engagement de ceux qui sont tombés pour nous, des raisons pour lesquelles ils ont su faire Nation, créer notre unité, défendre nos valeurs - et les porter de la meilleure manière et de la plus belle manière qui soit.
Un mot sur le Bleuet de France, que beaucoup d'entre vous portent ce soir et c'est très bien !
Il a fêté cette année ses 100 ans, avec une mobilisation exceptionnelle au service de cette petite fleur simple, mais si porteuse de sens.
Je félicite toutes celles et ceux qui l'ont portée avant moi, et se sont engagés, à commencer évidemment par mes prédécesseurs, pour parvenir au niveau de collecte niveau atteint en 2025.
On me fait dire qu'il doit être un niveau de référence : pas du tout ; il faut le dépasser, et il faut aller encore plus loin l'année prochaine !
Puisque je parlais de centenaire, la Marine est encore plus ancienne : elle fêtera cette année ses 400 ans.
Je voulais vraiment vous dire, Monsieur le chef d'état-major de la Marine, Amiral, qu'on est très fiers de fêter avec vous cet anniversaire - c'est la Toulonnaise qui parle ! -, qui n'est pas seulement un exercice d'histoire, mais aussi la démonstration de nos capacités navales et notre aptitude au combat sur mer.
Je veux redire, avant de conclure, que l'action auprès du monde combattant n'est pas coupée de ce que nous faisons dans le monde et du rôle que joue notre pays.
Il y a de plus en plus de coopérations qui se développent entre les mondes combattants de différents pays, en Europe, mais aussi ailleurs.
Je pense au Liban, en vous regardant, où j'espère que nous irons.
Je parlais de l'Ukraine, bien sûr, dans la défense de l'Europe telle que nous devons la renforcer.
Je crois qu'il faut se souvenir que le révisionnisme historique préside toujours à la guerre.
C'est ce qui s'est passé en Russie, puisque c'est juste après la dissolution de l'association Memorial, qui documentait les crimes du stalinisme, que le régime du Kremlin a lancé sa guerre.
Et ce n'est pas un hasard car, quand on veut réécrire l'histoire, au fond, c'est qu'on veut réécrire les frontières.
Donc il faut absolument tracer des ponts entre ce que vivent les pays qui, aujourd'hui, sur le continent européen, connaissent la guerre, et ce que nous avons vécu, et notre histoire commune -celle qui rassemble les Européens libres qui veulent défendre leur souveraineté et le droit international.
Une autre référence historique, enfin, qui je crois est d'actualité : je voudrais citer ce que disait le général de Lattre de Tassigny, en 1951, sur l'amitié franco-américaine.
Il disait toute sa fierté d'avoir eu sous ses ordres, dans la 1ère Armée, plus de 100 000 soldats venus des États-Unis.
Il disait la fierté de la France d'avoir pu contribuer à la naissance d'une telle nation, d'une si grande nation.
Il disait que le lien tissé par l'histoire entre les deux nations, au-delà des gouvernements successifs, est indéfectible.
Lorsque je me suis rendue à Washington, je suis allée au cimetière d'Arlington pour saluer la mémoire des combattants de la liberté américains.
Alors que nous avons célébré le 80e anniversaire des débarquements et de la Victoire, je veux saluer le travail de la mission Libération : la médaille que nous allons remettre remercie largement son travail remarquable.
j'ai une pensée aujourd'hui, en particulier, pour Charles Norman SHAY, cet infirmier amérindien débarqué sur les plages de Normandie, qui avait choisi notre pays et dont les obsèques ont été célébrées le mois dernier dans la cathédrale de Bayeux.
En cette année où nous célébrerons aussi le 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance des États-Unis, le 4 juillet 1776, ce que disait le général de Lattre résonne plus fort que jamais
Il appelait au courage de rester libre en face de ses " puissances trompeuses ".
Il rappelait ce que nous devons tous rappeler : la liberté, la vérité, qui doivent toujours se conquérir et toujours être défendues.
Il concluait son texte par un appel vibrant :
" La culture sonne aujourd'hui comme un appel aux armes, car elle donne aux hommes des raisons de vivre, de vivre libres, et par conséquent des raisons - et le devoir - de se battre contre la servitude. "
Voilà cette leçon sur l'amitié franco-américaine : la connaissance de l'histoire, de notre culture, la transmission de notre mémoire, le lien entre les générations, les liens entre l'Armée et la Nation - tout ce qui nous réunit aujourd'hui, tout ce que symbolise le lieu où nous nous trouvons, au Val-de-Grâce, doit nous donner les clés de lecture du monde contemporain.
Et vous en êtes les acteurs, et oserais-je dire, les ambassadeurs - les ambassadeurs de ce patriotisme, qui est un grand mot :
un mot qui n'appartient ni à la gauche ni à la droite,
un mot qui appartient à tous,
un mot qui associe tout le monde,
qui n'exclut rien, et qui n'exclut personne.
Un mot comme le disait Simone WEIL, la philosophe, en 1942, qui donne le sentiment de « tendresse poignante pour une chose belle, précieuse, fragile et périssable ».
Votre combat montre qu'il faut toujours le défendre, qu'il faut toujours défendre ce pour quoi nos soldats sont tombés, et que le patriotisme, en cette année où nous allons honorer Marc BLOCH au Panthéon, est une nécessité vitale.
Parce que l'esprit de défaite est un poison mortel, et que notre pays est celui d'une invincible espérance : parce qu'il y a toujours un moment où il se réarme, et qu'il sera toujours ce pays qui a décidé d'être fort pour protéger ce qui est juste ; pour défendre l'ordre international fondé sur le droit, fondé sur la paix.
Avec cette espérance qui traverse les témoignages, les mémoires, l'engagement de nos soldats, celle qui anime nos blessés dans leur reconstruction, celle qui pousse de jeunes femmes, de jeunes hommes, à risquer leur vie encore aujourd'hui - car ils croient que nous avons la France en partage, et qu'elle mérite d'être défendue ; qu'elle est, comme le disait le poète, « toujours plus belle que les larmes ».
Au nom de cette espérance, que nous continuerons à porter ensemble en 2026, je voulais vous souhaiter, à toutes et à tous, une merveilleuse année - j'espère à vos côtés.
C'est, en tout cas, mon vœu le plus cher.
Vive notre liberté, vive la République et vive la France !
Source https://www.defense.gouv.fr, le 3 février 2026