Texte intégral
Alors, je vais juste dire deux mots, puis après, on va être connectés avec Sophie, parce que, pour tout vous dire, au début, on m'avait dit : " On va passer un coup de fil à Sophie avant la quarantaine ". C'est un événement en soi, parce qu'il y a 9 ans que Thomas est revenu de l'espace. Je me souviens parce que c'est le moment où moi j'arrivais. La première chose que j'ai faite comme Président, ça a été d'aller au CNES pour l'accueillir. Le pauvre, on était déjà tous réunis. Il arrivait, il était malade parce qu'il retrouvait la planète Terre. Et nous, on était là, tout va bien, racontez-nous. Et donc on m'a dit, c'est une super idée d'appeler Sophie parce que c'est un événement, à nouveau un Français dans l'espace et une Française, ça fait 25 ans, chère Claudie, que ce n'était pas arrivé. Et plutôt que de l'appeler tout seul, je me suis dit, on va l'appeler ensemble. C'est comme ça qu'est venue cette invitation et qu'on se retrouve tous dans cette salle pour partager ce que le ministre et le directeur général viennent de dire, qui est l'enthousiasme qui va avec l'espace. Et au fond, je suis extrêmement heureux que vous soyez là, c'est-à-dire, en effet, des lycéens, des étudiants, des étudiants à l'université en classe prépa, mais aussi toute la communauté du spatial, parce que quand on parle d'espace, évidemment, on parle de science, d'innovation, de recherche. On parle d'aventure et d'expédition. On parle d'industrie. On parle de télécommunication. On parle aussi d'observation. On ne peut pas comprendre nos océans sans l'espace. On ne peut pas réussir à communiquer sans l'espace. On parle de civils, mais on parle aussi de militaires. Et donc, on ne pourra plus se protéger sans l'espace et le comprendre.
Donc, c'est plus qu'un continent en soi, oui, un univers de possible. Et ce que viennent de dire le ministre et le directeur général de l'ESA, ce que vous avez vécu, c'est qu'au fond, c'est derrière tout ça une formidable aventure humaine. Et donc, je suis d'abord très content que vous vous intéressiez, que vous vous enthousiasmiez pour les questions spatiales. J'espère que ça fera de vous de futurs aventuriers, peut-être des pilotes, peut-être vous rejoindrez l'armée de l'Air, peut-être vous serez pilote de ligne, peut-être vous deviendrez industriel dans notre industrie aéronautique française, peut-être vous irez dans les télécommunications, vous serez chercheur, je ne sais pas, et à la rigueur, vous le choisirez. Mais c'est un formidable, au fond, lieu de savoir, de connaissance, d'enthousiasme. Et la France y a son rôle. Et je voudrais, avant qu'on appelle juste Sophie, vous le rappeler. Vous avez des générations ici, qui ont participé à ces aventures et qui sont notre fierté. Mais la France et l'Europe ont toujours défendu leur capacité à accéder à l'espace et à rester autonomes, à connaître et comprendre l'espace, à continuer à envoyer des satellites ou des fusées, à décider de missions d'exploration, à continuer d'innover, et on va continuer de le faire. Et donc la France et l'Europe doivent continuer d'être des grandes puissances du spatial. Et c'est un moment où tout est en train de se recomposer, où la Chine est de plus en plus puissante, où les États-Unis et les grandes entreprises privées sont en train de prendre une place importante, où notre station internationale va arriver à son terme dans quelques années, ce qui va être un vrai défi, où on a aussi des puissances émergentes comme l'Inde. Et donc nous, Européens, on a besoin de vos générations pour continuer, au fond, de nourrir notre aventure avec l'espace. Je ne veux pas être plus long, parce que le but, c'est d'appeler Sophie, et donc on y va. Merci encore.
Daniel NEUENSCHWANDER
Monsieur le président de la République, rebonjour.
Emmanuel MACRON
Rebonjour.
Daniel NEUENSCHWANDER
Mon nom est Daniel Neuenschwander, je suis le directeur de l'exploration robotique et humaine à l'Agence Spatiale Européenne. Et vous allez être accompagné de quelques jeunes qui viennent vous rejoindre sur scène pour vous mettre en contact avec Sophie ADENOT qui est actuellement en quarantaine. Elle est actuellement en quarantaine à Houston et donc nous attendons les images. Voilà Sophie. Bonjour Sophie. C'est Daniel depuis le Palais de l'Elysée avec Monsieur le président de la République et 300 jeunes invités. Sophie, est-ce que tu nous entends ?
Sophie ADENOT
Oui, bonjour, depuis Houston.
Daniel NEUENSCHWANDER
Haut et fort. Nous te voyons, nous t'entendons. Hâte de te retrouver dans quelques jours en Floride, au départ, direction ISS. Mais maintenant, j'ai l'honneur de passer la parole au président de la République. Monsieur le Président, la parole est à vous.
Emmanuel MACRON
Merci beaucoup. Bonjour, Sophie. Ça va ?
Sophie ADENOT
Bonjour, Monsieur le Président. Oui, très, très bien. Et vous-même ?
Emmanuel MACRON
Ça va super bien. Imaginez que vous êtes dans la salle des fêtes à l'Élysée.
Sophie ADENOT
Merci.
Emmanuel MACRON
Vous avez toute l'équipe de France et d'Europe du spatial qui est avec vous, nos agences, nos chercheurs, vos prédécesseurs dans l'aventure. Et vous avez des industriels, des enseignants et des centaines d'élèves qui sont là à mes côtés qui vous regardent, là, vous voyez quelques-uns derrière moi qui sont là, mais vous en avez des centaines dans la salle.
Sophie ADENOT
Bonjour à tous.
Emmanuel MACRON
D'abord, comment est le moral ?
Sophie ADENOT
Excellent. On est prêts. On est dans les starts, là, en fait. On n'attend plus que ça, c'est le décollage.
Emmanuel MACRON
Qu'est-ce qui a été le plus dur ces dernières semaines et ces derniers mois ?
Sophie ADENOT
Alors je dois le dire, c'est l'intensité de l'entraînement de manière générale. On a passé nos dernières qualifications avec une petite accélération du calendrier à nouveau et donc, arriver à jongler pour tout faire avant le début de la quarantaine, c'était du sport. Mais on a réussi, on est prêts et on est en forme.
Emmanuel MACRON
J'espère. Et alors là, ça va se passer comment dans les prochains jours maintenant ? Dites-nous un peu, qu'on se rende compte.
Sophie ADENOT
Alors en ce moment, je suis en quarantaine à Houston. Demain, on prend l'avion, juste l'équipage pour partir en Floride et ensuite on va faire une dernière répétition générale pour aller voir le pas de tir, se sangler une dernière fois dans la capsule avant de faire les opérations le jour J. Voilà, il nous reste 6 jours avant le décollage. Ça va passer très, très vite, mais on est tous impatients.
Emmanuel MACRON
Génial. Je vais laisser la parole quand même, je vais la partager avec vous avez des collégiens, un étudiant en classe prépa. Qui veut se lancer ?
Etudiant
Bonjour, Sophie Adenot. Je suis élève au collège Albert Camus. Et je me demandais, dans quel état d'esprit êtes-vous à quelques jours de votre décollage ?
Sophie ADENOT
Bonjour, et bien écoute, merci pour cette question. En fait, on est vraiment tous très contents. On a travaillé dur pour en arriver là, il y a eu quelques changements de calendrier, mais j'allais dire, dans le monde du spatial, la seule constante, c'est le changement. C'est un monde opérationnel très dynamique. On est préparé à ça. On est très bien accompagnés. L'équipage est en grande forme. Donc là, j'allais dire, on est tous go pour un feu vert pour y aller. Et il n'y a plus qu'à y aller.
Etudiant
Bonjour, je suis élève en 4ème dans le collège Louis Blanc. Je voudrais vous poser une question, est-ce que vous avez pu emporter un objet totalement inutile lors de votre mission, mais qui vous réconforte ? Si oui, lequel ?
Sophie ADENOT
Alors, écoute, c'est amusant, ta question, parce que oui, Il y a un objet, alors c'est vraiment un tout petit parce que tout ce qu'on emporte est vraiment pesé, important, et tout ce qu'on emporte est soumis à des règles très strictes. Mais j'ai emporté une petite carte, c'est un petit diplôme que mes instructeurs, quand je faisais l'entraînement sur la capsule Crew Dragon chez SpaceX, m'ont offert. Ils m'ont offert non seulement le vrai diplôme, mais aussi un petit diplôme amusant, et c'est un carton qui fait la taille d'une carte à jouer. Et sur ce carton, il y a marqué " Capsule Ninja ". Voilà, ils trouvaient que j'allais vite et que j'arrivais à faire les choses vite, et je me suis dit, ça je l'emporte avec moi, parce que si jamais il se passe quelque chose, il faut que je me souvienne que j'arrive à être la capsule ninja dans la capsule. Voilà, ça ne sert à rien, mais moi ça me réconforte et puis ça me rappelle les bons moments d'entraînement avec l'équipage.
Etudiant
Bonjour Madame Adenot, je suis élève en classe de troisième. Ma question est la suivante. Donc vous avez souvent dit que la seule constante c'est le changement. Quelles compétences avez-vous dû développer pour vous adapter à cet environnement dont vous allez être si dépendante, autant d'un point de vue matériel que d'un point de vue humain ?
Sophie ADENOT
J'allais dire, le panel de compétences qu'on doit développer en tant qu'astronaute, il est assez gigantesque. C'est assez difficile d'être concis là-dessus. Mais en fait, pendant la mission, on va prendre plusieurs casquettes. Parfois la casquette de scientifique, de chercheur, laborantin. Parfois, la casquette d'objet de l'expérience médicale, donc cette fois-ci on est cobaye. Parfois, en cas d'urgence, si par exemple il y a un feu à bord, on prend la casquette de pompier. S'il y a un problème de plomberie et qu'il faut réparer les toilettes, on prend la casquette de plombier. Si on fait des événements de communication avec le grand public, on prend la casquette de communicant. En fait, toutes les compétences à développer sont très vastes. Moi, dans tout l'entraînement, je pense que ce que j'ai préféré, c'est l'entraînement aux sorties extravéhiculaires. Les sorties extravéhiculaires sont vraiment quelque chose, c'est une aventure dans l'aventure. Aller dans le vide spatial protégé uniquement par sa combinaison, le scaphandre, c'est vraiment l'aboutissement de ce que peut faire un astronaute, à la fois en termes de risque, en termes de prise de décision, en termes de forme physique, physiologique et mentale. Donc voilà, j'allais dire que ça, c'est vraiment une compétence qui est unique au métier d'astronaute et que j'ai dû développer du début jusqu'à la fin, puisqu'avant d'être astronaute, on ne peut pas s'y entraîner.
Etudiant
Bonjour, je m'appelle Aliénor, je suis en classe préparatoire BCPST au lycée Janson de Sailly. Et notre question c'était comment percevez-vous votre rôle ou mission par rapport aux futures générations et aux jeunes d'aujourd'hui ?
Sophie ADENOT
Bonjour, merci pour cette question. Écoute, moi, je me mets vraiment à ta place et puis à la place des collégiens qui m'ont posé des questions avant et sans doute des autres enfants, même plus jeunes. J'ai commencé à rêver de devenir astronaute quand j'avais 8-10 ans et le chemin, il était long. Il a fallu avoir de la persévérance, j'allais dire, de la résilience aussi parce que les portes, elles ne s'ouvrent pas de manière magique, il faut beaucoup travailler et il faut y croire aussi. Donc si je me mets à votre place, je me dis que quand j'avais votre âge, j'étais en recherche permanente d'inspiration, parce que quand il faut bosser les équations, et tu le sais, tu es en classe préparatoire, des fois, ça paraît interminable. Les équations de maths, c'est bien gentil, mais si tu as un rêve en tête ou une idée en tête, ça paraît loin, les équations. Donc, si je peux vous envoyer à tous un brin d'enthousiasme, un petit peu d'inspiration pour vous dire que voilà, je suis passée par les bancs de l'école comme vous, je suis passée par des phases de doute comme vous, je suis passée par des phases où je me disais : ras-le-bol les équations, j'ai envie d'aventure, mais ce n'est pas avec les équations que j'en ai pour le moment. Donc voilà, l'idée de cette mission pour vous, les jeunes, c'est vraiment de vous transmettre l'enthousiasme, et puis, de vous montrer aussi que bon, avec un exemple ou deux, on comprend qu'en théorie, c'est possible d'avoir un chemin scientifique, une carrière dans laquelle vraiment on est épanoui. Donc, si la théorie, c'est possible, maintenant, allez-y, foncez, vous passez à la pratique et on ne se pose pas de questions, on y va, quoi.
Emmanuel MACRON
Merci beaucoup. Juste peut-être, je trouve que ce serait intéressant pour tout le monde, quand on regarde en arrière l'aventure, elle a commencé quand ? Parce qu'à quelques jours d'une étape importante, c'est combien d'années d'investissement, d'efforts de travail ?
Sophie ADENOT
Alors aujourd'hui, j'ai 43 ans. Je dirais que depuis que j'ai moins de 10 ans, 8-10 ans, c'était un rêve, mais c'était un rêve très lointain. Je n'imaginais même pas que ça allait être atteignable. Le décollage de Claudie Haigneré, j'avais 14 ans. Et donc, ça fait 29 ans. Donc j'allais dire, en fait, c'était le déclic pour moi, c'était le décollage de Claudie. Et depuis, je me suis dit : je vais travailler en chemin vers ça. Et donc, la préparation pour moi, ça a duré 29 ans et on va fêter le 30e anniversaire, donc 30 ans pour en arriver là. C'est pour ça, les jeunes qui avaient un rêve en tête, déjà, ce que j'ai envie de vous dire, c'est : ayez confiance en vous, ayez confiance et en vos capacités. Vous allez entendre sans doute plein de fois, comme je l'ai entendu des milliers de fois : " oh, c'est bon, elle est bien gentille, elle est mignonne, elle a un rêve, dans tes rêves, n'importe quoi, ça n'arrivera pas, c'est statistiquement impossible ". Je suis là pour vous dire qu'il faut y croire malgré tout. Écoutez votre étoile qui vous guide, votre étoile interne. Allez-y. Et par contre, il n'y a pas de recette magique. Pour moi, 30 ans de préparation, 30 ans de travail, j'allais dire parfois acharné, mais bon, on ne lâche rien et on y va, on fonce. Et c'est comme ça que ça arrive.
Emmanuel MACRON
Magnifique exemple. Claudie, vous voulez dire un mot ? Bon, Claudie est là et elle t'a entendu.
Claudie HAIGNERÉ
Bonjour. Bonjour, Sophie. Vraiment ravie de te voir et merci pour tout ce que tu nous transmets. Continue à le faire comme ça. Je suis sûre que les jeunes qui sont avec nous et toutes les équipes qui t'ont accompagnées et qui t'ont portée sont tellement heureux de te voir. Allez, bon vol. On pense à toi très fort. Merci à toi.
Sophie ADENOT
Merci à vous et je vous emporte chacun avec moi dans la capsule. Ce qu'on dit souvent, et c'est ce que Lionel Suchet, le DG du CNES, m'a répétée, il m'a dit : mais tu sais, les astronautes, ce n'est pas les moteurs des fusées qui les envoient dans l'espace, c'est l'enthousiasme et le dynamisme de tous ceux qui sont au sol et qui croient en toi et qui te soutiennent, c'est ça qui te propulse dans l'espace. Donc, je vous emmène tous avec moi et je compte sur vous pour être là le jour du décollage et faire le décompte avec moi.
Emmanuel MACRON
Merci beaucoup Sophie. Je ne sais pas si vous sentez l'enthousiasme et l'énergie dans cette salle, mais tout le monde est déjà prêt au décollage. Donc les jours à venir, ça va être très dur de tenir, mais on sera là évidemment pour le décompte. Et merci d'avoir consacré un peu de temps pour répondre à nos questions. Mais au fond, c'était aussi une occasion pour nous de dire dans ces derniers jours à quel point on est fiers. Fiers d'avoir une Française qui va mener cette mission formidable. Fiers de continuer l'aventure spatiale à travers vous et à quel point on est enthousiaste et derrière vous. Donc, un immense merci, une immense reconnaissance Sophie. Je ne sais pas si on peut tourner la caméra vers la salle. Je ne sais pas si les techniciens peuvent le faire pour qu'ils puissent tous vous saluer. Mais en tout cas, on vous transmet à travers les applaudissements de tous. Est-ce qu'on sait le faire ou pas ? Voilà.
Sophie ADENOT
Merci pour le soutien. Allez, on y va. Elle est grande la salle. Super, merci. Ça me touche beaucoup. Merci beaucoup.
Emmanuel MACRON
Merci beaucoup. Merci à tous. Super. Merci d'avoir posé les questions. Sophie, elle était au moins autant stressée que vous par cet exercice. Bon, ben voilà, quartier libre. Il n'y a plus qu'à être là le jour J. Moi, j'aurais juste un dernier mot à rajouter. Je crois que c'est le 11 février, c'est ça, son départ. Et je crois que c'est la journée internationale aussi pour les femmes dans la science. Et donc, elle a dit des choses magnifiques sur l'enthousiasme, l'engagement pour tous les jeunes qui s'engagent. C'est plus qu'une carrière, c'est une vocation. Et je trouve que Sophie a dit des choses très importantes pour tous les collégiens, lycéens, étudiants que vous êtes quand on commence des études scientifiques. Mais moi, je peux me permettre sans doute d'ajouter qu'on a besoin de plus de jeunes filles et plus de femmes dans les métiers scientifiques et que c'est un formidable exemple elle-même, une partie d'entre vous qui êtes là, de ce que tout est possible. Et pas d'autocensure. Au contraire, on a besoin de vocation et d'enthousiasme. Et donc, je le dis en particulier aux jeunes filles et aux jeunes femmes qui sont là, on a besoin de vous dans la science.
Vive l'espace, vive la République et vive la France.