Interview de Mme Annie Genevard, ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire, à France 2 le 23 février 2026, sur les droits de douane américains et la loi d'urgence agricole.

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Média : France 2

Texte intégral

GILLES BORNSTEIN
Bonjour à tous, bonjour Annie GENEVARD.

ANNIE GENEVARD
Bonjour.

GILLES BORNSTEIN
De passage sur France Télévisions avant son marathon au Salon de l'agriculture. Un salon sans vaches, c'est triste, non ?

ANNIE GENEVARD
Non, ce n'est pas triste, c'est évidemment un autre salon, parce que les bovins sont traditionnellement les stars du salon, mais je peux vous dire, puisque j'y ai passé deux jours et j'y passerai toute la semaine, il y a du monde, c'est joyeux, il y a des animaux, il y a des éleveurs. Vous avez montré dans ce reportage qui précédait les jeunes qui sont toujours aussi passionnés, il y a plus de 3 000 animaux. Et hier dimanche, j'ai vu beaucoup de monde, beaucoup de familles, beaucoup d'enfants émerveillés. Donc le Salon de l'agriculture, c'est la grande fête populaire, c'est le moment où les Français rencontrent les agriculteurs et c'est quelque chose de très important.

GILLES BORNSTEIN
La Cour suprême américaine a jugé illégal l'instauration de droits de douane. Quelles sont les conséquences selon vous de cette décision pour l'agriculture européenne et donc française ?

ANNIE GENEVARD
Écoutez, les droits de douane, c'est une affaire instable et imprévisible avec les États-Unis. Vous avez vu la décision de la Cour suprême d'invalider les droits de douane que le Président TRUMP avait fixés et qui compromettent objectivement nos exportations aux États-Unis.

GILLES BORNSTEIN
Donc c'est plutôt une bonne nouvelle, le fait que la Cour suprême l'ait invalidée ?

ANNIE GENEVARD
Moi, je ne me réjouis pas trop vite parce qu'immédiatement après, le Président TRUMP a annoncé des droits de douane à 15% pour tout le monde. Les produits agricoles, sur une autre base juridique, je ne sais pas si la Cour suprême les invalidera à nouveau. En tout état de cause, nous restons vigilants. Et puis je rappelle que l'accord que l'Union européenne s'apprêtait à signer en matière douanière avec les États-Unis en août dernier est toujours en suspens. Le Parlement européen ne l'a pas validé.

GILLES BORNSTEIN
Mais donc, aujourd'hui, cet accord est suspendu, il est caduc, il doit être renégocié ?

ANNIE GENEVARD
Il est suspendu, nous allons bien voir. Moi, je reste très prudente parce que je me garderai bien d'annonce définitive et de me réjouir trop tôt. On va voir.

GILLES BORNSTEIN
Mais, parce que c'est quand même compliqué à suivre, aujourd'hui, 23 février, des produits agricoles français qui rentrent aux États-Unis payent quoi ?

ANNIE GENEVARD
En moyenne, les produits qui viennent de l'Union européenne sont taxés, en moyenne, l'ensemble des produits à 6 %.

GILLES BORNSTEIN
À 6% ?

ANNIE GENEVARD
À 6% en moyenne.

GILLES BORNSTEIN
Ce n'est pas énorme.

ANNIE GENEVARD
Ce n'est pas énorme, oui, ça permet des échanges, parce que la prospérité du commerce mondial, ce sont aussi des échanges, des importations, des exportations. Et, naturellement, dès lors que vous mettez des droits de douane importants, vous compromettez, y compris pour les Américains. Parce que le fondement de la décision de la Cour suprême, c'est précisément parce que ces droits de douane sont défavorables à l'économie américaine.

GILLES BORNSTEIN
Le fondement, c'est parce que le Congrès n'a pas été consulté.

ANNIE GENEVARD
Oui, mais les droits de douane, c'est l'Union européenne qui négocie les droits de douane, qui a cette compétence. Donc, il faut savoir ne pas être trop gourmand en matière de droits de douane, parce que là, vous pouvez geler les exportations, le flux commercial.

GILLES BORNSTEIN
Vous dites 6%, donc, la taxe des droits…

ANNIE GENEVARD
En moyenne, sur l'ensemble des produits…

GILLES BORNSTEIN
…La taxe à 15% signée ce week-end par le président TRUMP ne s'applique pas encore ?

ANNIE GENEVARD
Il ne s'applique pas. Il va s'appliquer.

GILLES BORNSTEIN
Il va s'appliquer.

ANNIE GENEVARD
Il va s'appliquer, bien entendu.

GILLES BORNSTEIN
Revenons en France. La loi d'urgence agricole, c'est pour quand ?

ANNIE GENEVARD
Alors, la loi d'urgence agricole, le Premier ministre, qui en a pris l'engagement auprès des syndicats, a dit une présentation au Conseil des ministres en mars, enfin au printemps, et une première lecture avant l'été. C'est l'engagement que nous avons pris. Donc, cette loi, je la nourris de toutes les consultations que je conduis en ce moment avec les agriculteurs, leurs syndicats, avec les parlementaires. Et puis, au Salon, je rencontre toutes les professions, toutes les interprofessions, et je recueille leurs attentes en la matière.

GILLES BORNSTEIN
Un titre de la presse dominicale hier avait eu accès au texte. Confirmez-vous que ce texte prévoit l'interdiction pure et simple de toute importation de produits qui ne sont pas soumis aux mêmes règles sanitaires et environnementales que les nôtres ?

ANNIE GENEVARD
Alors, ça, c'est une disposition qui a été prise par le Gouvernement d'interdire cinq substances qui sont interdites dans l'Union européenne, mais qui sont possiblement présentes dans les produits importés de pays tiers. Donc, ce qui est mauvais pour la santé, pour l'environnement, et la décision que l'Union européenne a prise pour ces cinq substances, est mauvais aussi dans les produits importés. Donc, nous les avons interdites, et l'Union européenne a déjà validé l'interdiction de trois de ces produits.

GILLES BORNSTEIN
Il en reste donc deux. Confirmez-vous également... Au fait, qu'une polémique vous a opposée à la grande distribution. Confirmez-vous, Madame la Ministre, que les distributeurs devront davantage prendre en compte les coûts de production dans leurs prix ?

ANNIE GENEVARD
Alors, moi, chaque année, les fournisseurs, l'agroalimentaire, négocient avec la grande distribution les prix qui vont être appliqués. Dans ce prix, il y a la matière première agricole, qui est protégée par la loi Egalim, et puis il y a les transformateurs, parce qu'on ne mange pas tous les produits bruts, il faut qu'ils soient transformés. Et là, il y a un climat de négociation commerciale qui est très mauvais. Tous les fournisseurs le disent. Au 1er mars, ils devront avoir conclu leurs accords, et pour certains, ils en sont encore loin. Ils n'arrivent pas à se mettre d'accord. Et donc, si vous voulez, ces négociations commerciales, elles doivent répartir équitablement la valeur. Elles ne doivent pas la détruire. Quand on soumet les fournisseurs à des conditions trop drastiques, ils ne peuvent plus investir, ils ne peuvent plus décarboner, ils ne peuvent plus, évidemment, faire les investissements dont ils ont besoin.

GILLES BORNSTEIN
Est-ce que la loi que vous allez porter prévoira de meilleures conditions pour les producteurs ?

ANNIE GENEVARD
C'est une question qui est à l'étude, en effet, mais tout ne peut pas se régler…

GILLES BORNSTEIN
Mais vous ne pouvez pas l'affirmer comme ça.

ANNIE GENEVARD
Si vous voulez, on ne fait pas une loi d'un claquement de doigts. Il faut y travailler avec les intéressés. Ce que je veux dire, c'est qu'il n'est pas normal, et d'ailleurs, tous les interlocuteurs le disent, les relations commerciales sont parmi les plus violentes en France par rapport au fonctionnement dans d'autres pays de l'Union européenne. Ce n'est pas normal. Donc moi, j'appelle chacun à la raison. Il faut que les gens s'entendent parce qu'il en va de l'intérêt de chaque maillon. Les agriculteurs, l'agroalimentaire, c'est-à-dire les fournisseurs, les distributeurs, c'est-à-dire la grande distribution, mais aussi la restauration, parce que la moitié des produits agricoles concernent la restauration hors foyer et le consommateur, parce qu'in fine, c'est lui qui décrète ce qu'il va consommer.

GILLES BORNSTEIN
Annie GENEVARD, ministre de l'Agriculture, vous pouvez filer au Salon. C'est tout près d'ici. Merci. Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 février 2026