Texte intégral
Prenez place. Monsieur le Directeur général, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Président de la Confédération nationale des buralistes, cher Serdar, merci. Mesdames et Messieurs les douaniers, Mesdames et Messieurs. J'aurais dû être avec vous aujourd'hui sur la barrière de péage de Biriatou, à la frontière entre la France et l'Espagne, mais en raison des très fortes intempéries qui frappent la région et des inondations, j'ai fait le choix hier, je remercie les équipes qui avaient préparé ce déplacement, de rester ici pour ne pas faire peser une charge supplémentaire sur celles et ceux qui sont en ce moment même mobilisés par l'urgence. Je veux d'ailleurs ici avoir une pensée particulière pour l'ensemble des agents publics, des douaniers et tous les partenaires qui sont mobilisés pour accompagner nos concitoyens, protéger notre territoire dans ce moment difficile. Présenter le bilan des douanes depuis la barrière de péage de Biriatou n'aurait rien eu d'anodin, puisqu'il aurait symbolisé la vigilance quotidienne de l'État, la réalité concrète des flux et la détermination constante des services à lutter contre tous les trafics dans un lieu majeur du contrôle douanier français. La frontière pyrénéenne est à bien des égards l'image même de la douane, à la fois héritière d'une tradition séculaire et actrice d'une modernité exigeante, tradition parce qu'elle voit encore quelques passeurs solitaires franchir la montagne avec des ballots sur le dos, mais modernité également parce qu'elle est le théâtre d'interception de convois criminels rapides, mobiles, organisés, révélateurs de cette criminalité structurée internationale et souvent violente qui désormais, malheureusement, prospère. Avant toute chose, avant de vous présenter le bilan, les chiffres, les résultats de l'année 2025, je veux d'abord saluer les femmes et les hommes de la douane, les agents de terrain, les brigades, les enquêteurs, les personnels administratifs, les encadrants, les directeurs territoriaux et nationaux, vous remercier pour votre engagement, votre sang-froid, votre sens du service public qui, à chaque instant, je le dis ici avec solennité, font honneur à la République. Les résultats que je vais présenter ne sont pas mes résultats, ce sont vos résultats. C'est le fruit de votre action, c'est le fruit de la mobilisation de vos équipes, c'est le fruit de votre engagement, c'est le fruit parfois de nuits courtes, d'anxiété, parfois d'angoisse, parfois de frustration, mais de votre persévérance. La mobilisation de la douane a été totale contre les trafics en 2025. La douane a frappé fort puisqu'elle a saisi sur le seul marché national, je reviendrai sur les éléments en dehors de nos frontières, 108 tonnes de stupéfiants, avec, pour la cocaïne, 31 tonnes saisies, soit une hausse de 49% sur une seule année. En mars 2025, fait emblématique, à Dunkerque, ce sont près de 10 tonnes de cocaïne qui ont été interceptées dans un seul conteneur, pour une valeur estimée, pour ce seul conteneur, de près de 660 millions d'euros. C'est une saisie historique et c'est une saisie que je veux ici rappeler, car elle est à l'image de ce que nous avons vécu, de ce que vous avez vécu en 2025. À Hendaye, c'est 1,4 tonne de pollen de cannabis destiné au marché illicite qui avait été stoppée, dans la seule direction région de Bayonne, vous comprendrez que je citerai les chiffres qui étaient en lien et qui sont en lien avec le péage de Biriatou, qui aurait dû accueillir cette présentation. Les résultats, là aussi, illustrent la mobilisation, comme sur tout le territoire, des douaniers. 6 tonnes de cannabis saisies en 2025 sur le seul ressort de Bayonne, contre 3 l'année précédente, et des saisies de cocaïne qui ont été multipliées dans ce territoire par cinq en un an. Ces résultats s'inscrivent dans le cadre renforcé par l'adoption de la loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic, que nous avions portée avec Bruno Retailleau et Gérald Darmanin au Parlement, et qui a consolidé les moyens d'action de la douane. Mais protéger nos concitoyens, ce n'est pas juste attendre que la vague arrive, c'est d'abord agir, et surtout, dès qu'on le peut, agir en amont. C'est frapper les organisations criminelles au plus près des zones de production et sur les grandes routes logistiques mondiales. C'est peut-être un fait nouveau, en 2025, peut-être plus que jamais dans l'histoire, le renseignement douanier et la coopération internationale ont permis que la douane française soit l'une des douanes mondiales les plus actives en dehors de ses frontières. Ainsi, sur ses renseignements, des saisies ont pu être faites à l'étranger avec des informations françaises. Ce sont 64 tonnes de cocaïne qui ont été saisies sur renseignements français à l'extérieur de nos frontières. Ce sont 64 tonnes de drogue qui n'arriveront pas dans nos villes, nos quartiers, et qui ne deviendront pas de la marchandise en circulation. Je veux ici saluer le travail remarquable des services de renseignement qui sont attachés et qui travaillent avec la douane, qui travaillent pour la douane et qui travaillent également, je veux le souligner, au service de toute la communauté du renseignement et de tous les services régaliens. Ensuite, la lutte contre la drogue va de pair avec la lutte contre le blanchiment. Car frapper les trafiquants, ce n'est pas seulement saisir la marchandise, c'est aussi tarir les flux financiers qui leur permettent de payer des armes, des camions, des bateaux, des sous-marins, des AirTags et tout ce qui fait aujourd'hui l'apanage sophistiqué des trafiquants modernes. Cette année, je veux ici remercier les agents qui ont permis cela. La douane, en particulier l'ONAF, a saisi 534 millions d'euros d'avoir criminels, ce qui veut dire qu'en deux ans, l'ONAF a saisi plus d'un milliard d'euros d'avoir criminels. Dans la seule direction régionale de Bayonne, un exemple, ce sont 1,4 million de numéraires d'espèces qui ont été interceptés. Là aussi, je le dis avec fermeté, les douaniers ont un message clair, le crime ne doit jamais payer. Les organisations criminelles ne se contentent pas des seules drogues. Elles sont devenues, comme on dit, polycriminelles. Chaque fraude en finance une autre, c'est une véritable économie parallèle que cherchent à instituer ces réseaux. Le trafic de tabac, qui est souvent perçu comme secondaire dans les débats publics, alimente en réalité des circuits bien plus dangereux. Parce que la douane encadre ce monopole régalien, elle a aussi la mission de protéger les 22 000 buralistes français et en garantir l'équité économique. De nouveau, je veux, Monsieur le président de la Confédération des buralistes, vous remercier de votre présence aujourd'hui et du travail très partenarial que nous menons ensemble. En 2025, les saisies de tabac ont été massives. 76 tonnes de cigarettes en Nouvelle-Calédonie sur un seul bateau, un renseignement douanier, une action la marine nationale, donc 76 tonnes de cigarettes illégales et illicites qui ont été saisies. Ce sont aussi 25 tonnes qui ont été saisies sur le territoire national lors de ce qu'on appelle les opérations Colbert, l'opération Colbert 3, j'avais fait ici un bilan avec vous, qui a mobilisé, pendant quelques jours, 14 000 agents de tous les services régaliens, là aussi, a porté ses fruits. Dans le Sud-Ouest, sur les actes transfrontaliers, plusieurs tonnes sont interceptées par les brigades locales en 2025. La même détermination prévaut contre les contrefaçons. Ce sont ainsi près de 60 millions d'articles retirés du marché en trois ans, dont 20 millions en 2025. Ces produits menacent nos entreprises, notre économie, mais aussi la santé des consommateurs. C'est notamment le vice-président de l'Assemblée nationale, le député Christophe Blanchet, qui préside le Comité national anti-contrefaçons, qui martèle ce message. Je veux ici porter ma voix à la sienne, rappeler que la contrefaçon, ce n'est pas qu'un trafic économique, c'est aussi une mise en danger de nos concitoyens. Je pense notamment dans ce sens à l'opération nationale ayant permis la saisie de dizaines de milliers de flacons de parfum contrefaits, dossier qui a contribué au démantèlement, cette semaine, d'une importante usine clandestine à l'étranger. Ces succès, là aussi, illustrent la puissance du renseignement et de la coopération internationale, deux maîtres-mots du bilan que je fais de l'année 2025 réussie. Au total, si l'on regarde l'ensemble de cette polycriminalité, 99 organisations criminelles ont été démantelées et près de 3 000 infracteurs ont été remis à la justice. Je veux, de nouveau, saluer le travail remarquable de la douane judiciaire et de l'ensemble des services d'enquête parce que démanteler des réseaux, ce n'est pas seulement trouver un individu, c'est s'assurer que l'ensemble de sa construction, de son architecture, est arrêté. La douane a également une mission peut-être moins connue, puisque si elle protège l'économie, elle protège aussi l'histoire, la nature et les personnes. Vous vous en souvenez peut-être, dans cette même salle, en décembre dernier, nous avons restitué, à la Mongolie, 200 fossiles de dinosaures, dont ce fameux squelette exceptionnel qui était aussi le fruit d'une saisie, d'une enquête des douanes. En mer, les garde-côtes des douanes ont ainsi participé également au sauvetage de près de 4 600 personnes cette année. La douane est certes une administration de contrôle, c'est aussi une administration de protection, d'humanité et de présence de l'État partout là où il est attendu. La douane, c'est aussi un service économique, au service des entreprises, au service de nos budgets. 38 milliards d'euros de recettes ont été saisis par les droits de douane qui perdurent à l'entrée de l'Union européenne. C'est une administration qui, au-delà de saisir les droits légaux, contrôle et arrête tous les biens qui ne respectent pas nos normes, qui notamment veulent entrer sur le territoire national. Je veux ici notamment penser à cette grande opération à Roissy, qui avait été très visible, qui pendant quelques jours nous avait permis de contrôler 320 000 petits colis de l'e-commerce en une seule opération. Bilan de ce contrôle, un quart présentait des anomalies ou des non-conformités de sécurité ou de normes. Je vous le rappelle, quand on inclut la non-conformité tarifaire, c'est près de 80% de ces petits colis qui contreviennent à nos règles, à nos normes et aux déclarations attendues. Vous le savez, le projet de loi de finances 2026, qui devrait être promulgué de manière assez imminente, permettra que nous ayons, au 1er mars, la fameuse taxe petits colis pour financer les contrôles douaniers applicables en France. Je crois que la plus grande victoire n'est pas tellement seulement ce que nous avons fait au niveau français. La plus grande victoire, c'est qu'au niveau européen, j'insiste sur ce point parce qu'il y a beaucoup de fake news sur le sujet, au niveau européen, au 1er juillet, nous aurons des droits de douane applicables de 3 euros par article pour tous les petits colis qui entrent sur le territoire européen et nous aurons, là aussi au plus tard au 1er novembre, mais la France milite pour que ce soit appliqué également au 1er juillet, ces 2 euros de frais de contrôle sur chaque article pour que l'ensemble des douanes européennes aient bien les moyens de s'assurer que ce que nous achetons respecte notre norme, notre sécurité et notre santé. Pour aller sur la santé, la douane agit plus largement sur la protection de l'environnement et de la sécurité sanitaire. 90 000 tonnes de produits alimentaires ont été contrôlées. Vous savez à quel point les accords de libre-échange amènent un certain nombre de questions, de doutes et parfois de très grandes demandes des acteurs, notamment agricoles, sur le contrôle des denrées alimentaires qui entrent sur le territoire, notamment en lien avec le ministère de l'Agriculture et les brigades sanitaires. Ce sont également 18 000 tonnes de déchets illégaux qui ont été interceptés. Autant de bouteilles en plastique que nous empêchons d'aller polluer les plages et les environnements naturels en dehors de nos frontières. Enfin, ce sont 200 animaux vivants, 18 000 spécimens et 500 infractions significatives majeures liées à la protection des espèces protégées qui ont été constatées par les douaniers. Je veux ici rappeler notamment le travail très important des sénateurs présidents de la commission du développement durable et de l'aménagement du territoire Jean-François Longeot et du sénateur Guillaume Chevrollier, qui ont remis en décembre dernier un rapport sur lequel j'attire votre attention à tous, sur l'enjeu des espèces protégées, des trafics d'espèces protégées, des viandes d'animaux interdits à la chasse qui, malheureusement, arrivent sur notre territoire. Je crois que sur ce sujet, une prise de conscience est nécessaire. Protéger l'environnement en France, c'est le métier de l'ensemble des services de l'État. Protéger ceux qui arrivent sur notre territoire, notamment les animaux qui sont protégés par les conventions internationales, est également une des missions de la douane que je veux saluer. Par ailleurs, la douane ne fait pas que contrôler. Dans le domaine économique, elle accompagne également. Près de 2 000 sociétés ont été soutenues dans le cas des tensions commerciales internationales qui sont de retour, puisque le mot de l'année 2025, c'est bien " droits de douane " ou " tariffs ", comme dirait le président américain. Si ces droits de douane sont devenus un enjeu central dans le monde, certains en font une arme. De l'autre côté, nous en faisons un bouclier, puisque face à des trafics mondialisés, nous considérons que la réponse doit être européenne, européenne au niveau politique, européenne au niveau commercial, mais européenne également dans la coopération entre les experts douaniers. C'est pourquoi la France a pris toute sa part dans la création et l'animation de l'Alliance des douanes européennes pour les frontières, l'ADEF, structure de coopération européenne sur les enjeux douaniers qui est pour nous majeure. Signe de cet engagement, la candidature de Lille pour accueillir l'Autorité douanière européenne, qui doit être très prochainement créée, est le signe de cette ambition collective. Je veux rappeler l'implication exemplaire de l'État, de la région Hauts-de-France, des services déconcentrés, de la métropole lilloise, de la mairie de Lille, de l'ensemble des acteurs éducatifs, commerciaux, économiques, culturels de la métropole lilloise, qui nous ont permis de défendre avec beaucoup d'engagement et, je l'espère, très bientôt, un grand succès, cette candidature pour accueillir cette autorité douanière européenne en France, signe également de notre ambition sur les enjeux douaniers européens. La douane française, à travers toutes ces réalisations, est une administration moderne, polyvalente, engagée, c'est aussi l'une des plus anciennes administrations de l'État. J'avais pu me rendre au Musée de la Douane à Bordeaux, avec une adresse qui illustre bien son ambition, 1 Quai de la Douane, j'étais au bon endroit, pour rappeler que cette administration, à la fois terrestre, maritime et aérienne, mérite tous les égards de la République. Cela a été chose faite le 14 juillet dernier puisque les motocyclistes des douanes ont pu défiler. Leur détachement portait le nom d'un collègue disparu en service, Christophe Voison. Ce symbole rappelle, je veux ici le dire avec beaucoup de solennité, beaucoup de respect, beaucoup de gravité, que le métier des douaniers est un métier dangereux, et derrière chaque uniforme, il y a un engagement, parfois jusqu'au sacrifice. Gouverner, c'est présenter des bilans, c'est aussi travailler à se rapprocher dans l'avenir. Je voulais vous présenter le travail que nous avons pu mener avec le directeur général et tous ses services au cours des derniers mois, pour définir une nouvelle feuille de route à la douane, feuille de route que nous appelons Douane 2030, pour mieux répondre à un monde transformé, ce monde où l'explosion des flux, la sophistication du trafic, un e-commerce massif et des tensions géopolitiques, dont se nourrit une criminalité agile. Cette feuille de route Douane 2030 a été pensée autour de trois priorités. La première est de reprendre l'avantage sur les fraudeurs, sur les trafiquants, sur les criminels. Cela signifie plus de technologie, plus de renseignements, plus d'investigation, plus de coordination. En un mot, c'est d'anticiper mieux pour frapper plus juste. La deuxième priorité, c'est d'affirmer encore plus la douane comme notre première ligne de défense économique. En dématérialisant les procédures, en accompagnant de manière renforcée les entreprises, en exploitant plus stratégiquement nos données, la douane doit être et doit continuer à être un acteur central de notre souveraineté économique. Troisième priorité de cette feuille de route, qu'on pourrait d'ailleurs peut-être même mettre en première priorité, c'est de renforcer l'attractivité, les conditions de travail des agents. La douane n'est forte que de ses douaniers, de ses douanières, de ses forces humaines, de ses intelligences individuelles et collectives mobilisées. La troisième partie de cette feuille de route est de mieux recruter, mieux former, mieux fidéliser, mieux protéger ceux et celles qui s'engagent au service de cette grande mission, d'investir dans l'humain autant que la technologie, car, je le redis, la première richesse de la douane, ce sont ses femmes et ses hommes. Vous le voyez, Douane 2030, qui se déploiera, qui sera également à financer dans les prochains projets de loi de finances, qui aura à être bien interconnecté avec l'ensemble des administrations régaliennes avec lesquelles la douane travaille quotidiennement, n'est pas une simple réforme administrative. Il ne s'agit pas de revoir un organigramme, il ne s'agit pas juste d'aller grappiller quelques millions d'euros de plus dans un budget. Il s'agit d'une transformation stratégique, d'une véritable ambition. Je voulais vous en livrer ici les premières pistes et la manière dont les travaux pourront se poursuivre. Mesdames et Messieurs, dans quelques jours, je quitterai mes fonctions. Je voulais vous le dire très simplement. J'ai été très fière d'être votre ministre, très heureuse d'apprendre à vous connaître, très curieuse de voir l'amplitude de vos missions, fière de défendre votre administration et cette administration qui, à mes yeux, est absolument stratégique, fière de porter votre voix, fière des résultats que vous avez obtenus. La douane française est une réelle force régalienne, une force économique, une force européenne. Je veux, aujourd'hui, vous redire ma confiance, ma gratitude et mon profond respect. Merci à vous et bravo pour les résultats de l'année 2025. Je vous propose, pour les questions, d'être accompagnée du directeur général des douanes pour que nous puissions, le cas échéant, répondre aux questions qui se poseront.
Q : Bonjour. Alexandre Samaha pour AEF Info. Madame la ministre, pour ma première question, est-ce que vous pourriez détailler l'évolution des moyens pour la douane en 2026, notamment des créations de postes éventuellement et concernant les moyens techniques, puisque vous les avez évoqués pour Douane 2030 ? Monsieur le directeur, bonjour. Est-ce que vous estimez que le nombre de saisies de stupéfiant seul est un indicateur suffisant de performance des douanes ? Est-ce qu'il n'y a pas aussi le facteur chance qui peut influer et comment est-ce que vous l'évaluez ? Je vous remercie.
R : Merci, Madame la ministre. Sur votre deuxième question, on se pose toujours cette question quand les saisies augmentent. Une partie de l'augmentation des saisies, elle est le reflet de l'augmentation des trafics, mais elle est aussi le reflet de l'efficacité de nos services. Il n'y aurait rien de pire que d'avoir des saisies qui baissent dans un contexte où les marchés de trafic augmentent. Notre ambition est justement de faire en sorte que le niveau de flux entravés par rapport à la réalité du trafic augmente. C'est quelque chose qui est statistiquement, par définition, très difficile à mesurer puisque c'est caché. En revanche, il y a une chose qui n'existe pas, c'est le facteur chance. Je crois qu'aucune des saisies de nos équipes n'est due au hasard. Elle est due au professionnalisme. Elle est due très souvent à une action de sélection, de ciblage, qui peut être soit le flair du douanier au sens classique du terme, soit un flair plus technologique ou lié à du renseignement humain. En tout état de cause, c'est le résultat d'une vraie technicité et d'un vrai professionnalisme. Je crois que dans cette matière, la chance n'existe pas vraiment. Sur le premier point, le projet de loi de finances pour 2026 va nous permettre d'investir de façon substantielle dans un certain nombre de matériels, mais également dans notre immobilier et dans notre informatique, avec une augmentation de crédit de l'ordre de 10 %. Je ne vais pas détailler plus que ça, selon qu'on parle en autorisation d'engagement ou en crédit de paiement, mais c'est un effort significatif dans le contexte budgétaire actuel. En termes d'emploi, notre enjeu est de mettre les emplois sur les bonnes priorités. De ce point de vue, les priorités sont très, très identifiées avec ce qu'a évoqué la ministre, le renforcement de notre impact dans la lutte contre les narcotrafics et les trafics au sens large, le trafic de tabac, le blanchiment, mais également l'accompagnement économique de nos entreprises dans un contexte de commerce international qui a été profondément refondu ou renouvelé dans l'année écoulée.
Si je peux me permettre pour compléter, dans les moyens de la douane, il y a les moyens humains, les moyens technologiques, le matériel qui permet de travailler. Il y a les moyens numériques pour avoir tous les outils algorithmiques et de ciblage. Pour revenir aux propos du directeur général, si on saisit, c'est qu'on arrive à contrôler et comme on ne contrôle pas tout, c'est parce qu'on sait bien cibler ce qu'on contrôle. Je crois que c'est cette chaîne qu'il faut avoir en tête. Je veux insister aussi sur les moyens légaux. Dans le cadre de la loi pour sortir la France du piège du narcotrafic, un certain nombre de dispositions qui sont des vrais moyens, qui sont des moyens d'avoir beaucoup de productivité, ont été proposées, notamment l'article 67 sexies, un article qui va faire l'objet d'un décret en Conseil d'État dans les prochaines semaines, un article qui permet à la douane d'avoir accès aux données des logisticiens, donc avoir accès aux données de flux. Parce qu'une chose est de permettre aux données de contrôler, encore faut-il qu'ils sachent et qu'ils puissent avoir une visibilité sur les points de départ et les points d'arrivée. C'est une coopération très approfondie qui va être déployée avec tout le secteur de la logistique, les plateformes portuaires et aéroportuaires. C'est un point essentiel. Revenir aussi peut-être sur ce que vous avez pu entendre, le fameux plan douane massif demandé par le président de la République dans les ports et les aéroports. Là aussi, les moyens sont à la fois physiques, installer des matériels de contrôle, humains, avoir des brigades spécialisées, j'avais pu à Dunkerque rappeler la création de cette brigade portuaire dédiée, mais aussi des moyens opérationnels, notamment les données logistiques qui sont essentielles pour assurer le bon suivi de ce qui doit être suivi et le bon contrôle de ce qui doit être contrôlé. Chaque jour, je reçois les informations des saisies, des contrôles, des réseaux démantelés grâce à ces moyens qui ne sont pas que financiers. Le directeur général l'a dit, la taxe petit colis également est une source de financement qui va permettre en 2026, et les années suivantes, de continuer à financer les ambitions et les besoins des équipes douanières.
Q : Bonjour, Madame la ministre. Antoine Boyer, journaliste à l'AFP. J'ai deux petites questions. Concernant le plan douane massif demandé par le président de la République, est-ce que vous avez des annonces concrètes à nous faire ? Est-ce qu'il y aura des annonces bientôt ? Je voulais savoir où ça en était. Ma deuxième question serait plutôt concernant les saisies, + 49% de saisies de cocaïne en France. Est-ce que derrière le succès de l'action des douanes, il n'y a pas aussi une certaine inquiétude ? Toute cette drogue qu'on récupère, il y a aussi toute une partie de la drogue qu'on ne récupère pas. Je voulais savoir si vous étiez également inquiète.
R : Dans le registre des émotions des ministres, l'inquiétude n'est pas le mot qui décrirait mon état d'esprit et l'état d'esprit qui a été la manière dont nous avons travaillé. Le mot, c'est engagement, concentration et efficacité. Les volumes qui sont constatés sont des volumes massifs. Entre le moment où je suis arrivée dans ce ministère en décembre 2024 et le moment où je vais le quitter demain, les points de référence de ce qui est une grosse saisie de cocaïne ont totalement changé. En décembre 2024, on le voit dans les chiffres, saisir 50 kg de cocaïne, c'était un fait majeur. Au cours de l'année 2025, on est passé en centaines de kilos et maintenant, on parle de tonnes. Ça veut dire deux choses. Ça veut dire d'abord qu'il y a beaucoup plus de cocaïne dans la circulation. Ça veut aussi dire que les routes ont changé. On voit aujourd'hui beaucoup de saisies dans le cargo aérien, beaucoup de saisies dans les voies routières. On en voit moins dans certains ports. On en voit beaucoup plus dans d'autres. Ce qu'on voit, je crois que les douaniers peuvent adhérer, c'est la très grande agilité des réseaux à se déployer différemment des contrôles. Ce qui veut dire que, très grand engagement avec les équipes pour être à l'affût des éléments de report qui peuvent exister. Très grande concentration, faire de ce sujet de la marchandise saisie, mais surtout de la compréhension des réseaux, ensuite des saisies d'argent et de lutte contre le blanchiment. Je rappelle que le chiffre d'affaires du narcotrafic en France est de 7 milliards d'euros. Je regarde le directeur de l'ONAF. En deux ans, l'ONAF a saisi plus d'un milliard, presque deux d'avoirs criminels, nous sommes désormais dans une maille de trafic en milliards. Je le disais, efficacité. La clé est de contrôler le plus possible et c'est surtout de cibler ce qu'on contrôle. On ne peut pas contrôler tous les camions de France, ni tous les conteneurs de France. En revanche, si on a des bons outils numériques de ciblage, si on arrive à contrôler tout ce qu'on cible, alors oui, on le voit, l'efficacité est au rendez-vous. Mon inquiétude, si j'en ai une à exprimer, c'est plutôt celle des sujets qui, pour l'instant, n'ont pas été abordés collectivement. Je veux ici saluer notamment le plan probité de la douane parce que tous les pays qui font face à cette pression des narcotrafiquants, arrive à un moment où l'enjeu devient celui de la corruption, devient celui de la pression sur les agents publics, devient celui de la pression sur les familles d'agents publics. Là aussi, l'anticipation collective d'un pays face à ces enjeux est nécessaire. Je veux remercier, là aussi, le directeur général, les organisations syndicales, l'ensemble des douaniers, qui savent que c'est aussi de cette menace qu'on doit se prémunir. À votre première question, le plan douane massif qui a été évoqué à la suite des séries de réunions que nous tenons autour du président de la République depuis notamment l'assassinat terrible du frère d'Amine Kessaci à Marseille, qui n'ont pas attendu cet événement. Nous en tenions déjà très régulièrement depuis que j'étais au gouvernement sur les enjeux de narcotrafic. C'est quoi ? Si on se dit que ce qu'on doit faire, c'est saisir le plus tôt possible la drogue qui ensuite nourrit les trafics et nourrit la violence qui en découle, comment, notamment dans les ports et les aéroports, nous passons à un degré de coopération au-delà de la seule mobilisation douanière ? Je vais vous donner deux exemples. Nous avons tenu, dans un format que je ne vais pas préciser plus qu'il ne doit l'être, des réunions très sectorielles, notamment avec les acteurs aéroportuaires des plateformes parisiennes, pour qu'on ne passe pas seulement aux directives de la sécurité des compagnies aériennes, mais qu'on monte ce sujet au niveau des comités exécutifs, voire des conseils d'administration des compagnies aériennes, des plateformes aéroportuaires, des plateformes logistiques, et qu'on en fasse un sujet collectif. Les douaniers ne peuvent pas travailler seules. Deuxième exemple, les enjeux des ports. Là aussi, les douaniers avaient l'habitude de travailler avec les autorités portuaires, nous en avons fait un sujet collectif. L'ensemble de l'appareil d'État est mobilisé, les préfets, les services territoriaux pour accélérer la réorganisation des ports. L'idée du plan douane massif est de dire que les douanes peuvent faire beaucoup, mais elles doivent être massivement accompagnées et aidées par les autres services de l'État et les autres acteurs. Ça amènera à des annonces le moment venu sur comment on peut accélérer un certain nombre de déploiements de matériel, scanner et autres, accélérer un certain nombre de déploiements potentiellement d'équipe, et comment on sécurise mieux toutes nos emprises aéroportuaires et portuaires. On a un plan méthodique. Il en reste que c'est parfois frustrant, je peux le comprendre pour vous, mais comme tout cela aussi est du domaine du renseignement et d'éléments, je n'ai pas très envie de vous donner le mode d'emploi de ce qu'on va faire, sinon, les trafiquants sauront où on sera le plus et potentiellement, en déduiront où ils peuvent passer, je dois m'en tenir à ces éléments. Mais oui, il est massif parce qu'il est très accéléré, très ciblé et très partenarial avec des acteurs qui jusque-là considéraient que c'était le sujet de l'État, le sujet des douaniers et pas franchement le leur.
Q : Excusez-moi, Madame la ministre. Du coup, ça a commencé, ce plan massif ? Est-ce qu'on peut dire que ça a commencé ?
R : Oui, ça a commencé, ça va continuer, ça va s'accélérer. Le déploiement de ce plan, la maturation de ce plan passe par des éléments dont je ne peux pas vous donner la teneur, mais évidemment, c'est aussi l'accélération de choses que nous avions prévues et que nous allons massifier.
Q : Bonjour, Madame la ministre. Caroline Motte pour France Télévisions. Je m'éloigne du sujet, mais on a appris hier que les données de plus d'un million de comptes bancaires ont été consultées de manière illégitime. C'est une fuite massive. Est-ce que vous savez ce qui s'est passé ? Comment une telle faille a pu se produire et qu'est-ce que vous dites au 1,2 million de personnes potentiellement concernées ?
R : Ce n'est pas le sujet du jour. On a une communication avec la Fédération bancaire française qui va être individualisée. Je veux dire d'abord aux Français de suivre toutes les recommandations officielles et pas les recommandations officieuses. Dans ces moments-là, vous avez toujours des criminels qui vont chercher à exploiter un certain nombre de données qu'ils ont ou qu'ils n'ont pas. Pour vous dire ce qui s'est passé, les éléments seront communiqués en temps voulu et de la manière organisée dans notre pays par l'ANSI. C'est comme ça qu'on est organisé. Ce que je peux dire de manière générale, c'est que nous sommes dans un monde d'hostilité, dans un monde de concurrence géostratégique. Les attaques cyber sont très nombreuses actuellement contre la France. Elles se sont beaucoup multipliées au cours des derniers mois. Nous devons une vigilance renforcée et nous devons une transparence totale à chaque fois que, malheureusement, nos systèmes n'ont pas complètement fonctionné. C'est pourquoi, avec les banques que je veux remercier de leur très grand soutien et appui, l'ensemble des personnes qui sont peut-être concernées seront prévenues individuellement.
Q : Est-ce que des dispositions ont déjà été prises après ce piratage ?
R : Oui. C'est comme les enjeux de renseignement, si je vous donne lesquels, c'est aussi la manière la plus sûre de s'assurer que ceux qui veulent justement nous attaquer puissent le faire avec leur méthode, donc je n'en dirai pas plus. Merci. Mesdames, Messieurs, merci beaucoup. Merci à ceux qui étaient présents. Je vais saluer les équipes qui ont eu les résultats qu'on vient de décrire et vous remercier pour votre temps. Pour ceux qui rêvaient d'aller au péage de Biriatou, je vous invite à y passer la prochaine fois que vous serez dans la région. Aujourd'hui, de là où je suis, je vois la Seine proche du niveau de débordement. Je pense qu'il était utile qu'on laisse les services de l'État se concentrer sur l'appui aux populations et à la préservation des biens. Merci à vous tous pour votre présence aujourd'hui.
Source https://www.economie.gouv.fr, le 24 février 2026