Texte intégral
Q - Bonjour Jean-Noël Barrot.
R - Bonjour.
Q - Merci d'être avec nous sur France Info. Bonjour Paul.
Q - Bonjour à tous.
Q - On va parler avec vous, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, de la guerre en Ukraine, quatre ans après. Mais d'abord, après un tweet de l'ambassade des États-Unis vous sommant de poursuivre les coupables du meurtre de Quentin Deranque, vous avez dénoncé l'internationale réactionnaire et convoqué Charles Kushner, l'ambassadeur américain, hier soir à 19h. Mais il ne s'est présenté, Jean-Noël Barrot. Charles Kushner vous a posé un lapin. C'est un camouflet ?
R - C'est une surprise. Quand on a l'honneur de représenter son pays, les États-Unis d'Amérique, en France, comme ambassadeur, on respecte les usages les plus élémentaires de la diplomatie et on répond aux convocations du ministère des affaires étrangères. En tout pays et en toutes circonstances.
Q - Est-ce une humiliation ?
R - Non, c'est une surprise, puisque comme je viens de vous le dire, lorsque l'on a l'honneur de représenter son pays en France, on répond aux convocations du ministère des affaires étrangères.
Q - Ce n'est pas une obligation, mais c'est un usage.
R - Il me semble que c'est une obligation diplomatique. Évidemment, ne pas se présenter, c'est sa responsabilité personnelle. Cela n'affecte en rien la relation entre la France et les États-Unis, dont nous fêtons cette année le 250e anniversaire. Elle en a vu d'autres, mais cela affectera naturellement sa capacité à exercer sa mission dans notre pays.
Q - Les conséquences à cela, Jean-Noël Barrot, hier, vous avez demandé à ce qu'il ne puisse plus accéder directement aux membres du gouvernement français. Qu'est-ce que ça signifie ? Et est-ce qu'il y a d'autres mesures de rétorsion ?
R - Il n'y a rien de plus habituel que la convocation d'un ambassadeur lorsque des explications doivent être faites. Lorsque ces explications auront eu lieu, alors l'ambassadeur des États-Unis en France retrouvera naturellement l'accès aux membres du gouvernement français.
Q - Concrètement, ça veut dire quoi ? S'il vous appelle ou s'il appelle un membre du Gouvernement, la consigne, c'est de ne pas décrocher ? Ça veut dire quoi ?
R - Concrètement, cela veut dire que nous devons avoir avec lui une explication. Je crois que tous les Français partagent le même sentiment. Nous n'acceptons pas que des pays étrangers puissent venir interférer, puissent s'inviter dans le débat politique national, quelles que soient les circonstances. C'est cette explication que nous devons avoir. Nous en avons d'autres également, on pourra peut-être en parler, les sanctions qui visent des citoyens français, le juge Guillou, de la Cour pénale internationale ou encore Thierry Breton, ancien ministre, ancien vice-président de la Commission européenne, tous deux interdits d'accès au territoire américain sur des fondements qui nous paraissent injustifiés. Bref, une explication tout simplement de manière à ce que nous puissions retrouver un mode de fonctionnement normal.
Q - D'ailleurs Thierry Breton, qui est actuellement sur BFM, dit que vous avez bien réagi, mais ce que vous proposez n'existe pas légalement. Par contre, ce qui existe, c'est la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques, l'article 9. Est-ce que vous envisagez, sur décision du président de la République, de déclarer l'ambassadeur des États-Unis persona non grata ?
R - Je ne comprends pas la question et je ne vois pas très bien où vous voulez en venir.
Q - Est-ce que vous avez envie d'aller plus loin que ça ? Il n'est pas venu.
R - Je vous le redis, ce n'est pas tellement mon problème, c'est plutôt le sien. Il faut qu'il puisse avoir cette explication avec nous, avec le Quai d'Orsay, de manière à ce qu'il puisse reprendre l'exercice normal de ses fonctions d'ambassadeur en France.
Q - Vous pourriez aller jusqu'à l'expulser carrément ? S'il continue à ne pas venir ?
R - Vous me reposez la question, je vous apporte exactement la même réponse : c'est à lui-même qu'il occasionne des difficultés, puisque pour un ambassadeur, pour qu'il puisse faire son travail, il faut qu'il ait accès aux membres du Gouvernement. C'est le b.a.-ba. Demandez à n'importe quel ambassadeur représentant son pays en France. Demandez à n'importe lequel de nos ambassadeurs ou nos ambassadrices qui représente la France à l'étranger. Le b.a.-ba, c'est de pouvoir échanger avec les membres du Gouvernement.
Q - On comprend que vous lui donnez une dernière chance et qu'en attendant, il y a une volonté de le marginaliser, mais qui peut encore se rattraper et s'expliquer. À l'origine de cette convocation, il y avait donc cette ingérence, intervention de l'administration américaine et de l'ambassade américaine dans l'affaire Quentin Deranque. L'ambassadeur vous demandait, notamment, vous sommait de poursuivre les coupables. Qu'est-ce qu'il y a derrière cette intervention américaine ? Il y a une volonté quoi ? De déstabiliser la France ? Il y a la main de Donald Trump ? Qu'est-ce que vous y voyez ?
R - D'abord, je l'ai dit, mais je veux le redire parce que cela me paraît important. Les Français, nous n'acceptons que des pays étrangers, des autorités étrangères viennent s'inviter dans notre débat politique national. Qu'un citoyen américain puisse émettre des commentaires, puisse partager une opinion, y compris une opinion politique, c'est son droit. Mais de la même manière que nous ne nous autorisons pas à aller participer, au nom de la France, à un débat public politique national à l'étranger, nous n'acceptons pas que d'autres le fassent dans notre pays. Ensuite, s'agissant du drame de la mort de Quentin Deranque, qui a touché la communauté nationale, qui a endeuillé une famille française, ce que nous avons dit, c'est que nous refusons toute instrumentalisation à des fins politiques de ce drame et que s'agissant…
Q - C'était ça, ce n'était pas de l'émotion ? Ce n'était pas de l'émotion sincère face à ce drame qui a ému aussi…
R - Je vous invite à relire le message qui a été mis en ligne par l'ambassade américaine à Paris. C'était un peu plus que de l'émotion, c'était comme vous l'avez dit, une sorte d'injonction. Et ce type d'injonction, les Français ne l'acceptent pas. Et donc leur ministre des affaires étrangères ne l'accepte pas non plus.
Q - Est-ce que vous l'avez senti, l'ambassadeur américain, en ligne directe avec Trump ? Parce que ce n'est pas n'importe qui, c'est le père du gendre du président américain. Est-ce que vous pensez qu'il a été nommé à dessein pour s'immiscer dans nos affaires à un an de la prochaine présidentielle ?
R - Vous savez, on prépare cette année à un moment important qui est le 250e anniversaire de la relation entre la France et les États-Unis. Nous avons une histoire commune faite de fraternité d'armes, de combat pour la démocratie. Et j'ose espérer que c'est dans cet esprit que nous allons travailler tout au long de cette année.
Q - Jean-Noël Barrot, mercredi sur son compte X, la cheffe du gouvernement italien s'est émue, elle aussi, de la mort de Quentin Deranque, qu'elle a qualifiée de blessure pour l'Europe entière. Emmanuel Macron lui a vertement répondu que chacun reste chez soi et les moutons seront bien gardés. Comment vous expliquez cette autre intervention, intervention italienne ?
R - C'est la réponse du berger à la bergère et je crois que l'incident est clos et que nous pouvons avancer. Je le redis, nous n'avons pas de leçon à recevoir en matière de maintien de l'ordre, d'ordre public, en matière de violence et nous n'avons pas de leçon à recevoir tout court de l'internationale réactionnaire.
Q - Mais comment vous l'expliquez ? Est-ce que Giorgia Meloni a des arrière-pensées politiques, un agenda politique alors que 2027 se profile ?
R - Vous savez, c'est à elle qu'il faut le demander. Ce que je sais, c'est que la France et l'Italie sont deux pays très proches, deux pays voisins, deux pays qui entendent cette année approfondir leur coopération. Je présiderai…
Q - Le sommet franco-italien est reporté, Jean-Noël Barrot.
R - Il a été reporté. C'est une décision qui avait été prise bien avant les événements tragiques de la semaine dernière. Et pour ma part, je présiderai avec mon collègue Antonio Tajani, le ministre des affaires étrangères de l'Italie, un comité de coopération transfrontalière dans la région d'Aoste au printemps. Nous entendons bien renforcer nos liens avec ce pays.
Q - Vous avez utilisé il y a quelques instants l'expression « internationale réactionnaire ». Le président Macron l'avait déjà utilisée il y a un an pour répondre à Elon Musk.
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Q - Et le chef de l'État ajoute, c'est le monde dans lequel nous vivons et dans lequel nous avons à faire de la diplomatie. Est-ce que cette internationale réactionnaire, pour reprendre votre expression, peut, veut peser, arrive à peser sur la présidentielle française ?
R - J'ai le sentiment qu'elle tente de le faire et je crois que notre responsabilité, c'est de l'en empêcher et pour cela de reprendre le contrôle de notre espace public. Cela passe par une mise au pas des réseaux sociaux qui servent en quelque sorte de plateformes à un certain nombre de ces mouvements, de ces mouvances de l'internationale réactionnaire pour venir perturber le débat public et venir fragiliser l'intégrité de nos processus démocratiques. Il faut bien comprendre que la démocratie repose sur un débat public intègre, vibrant, à la lumière de l'information produite par une presse pluraliste, indépendante et libre, et que tout ce modèle, ce qui fait notre fierté et qui est un trésor national, est aujourd'hui menacé. C'est pourquoi les règles que nous avons édictées au niveau européen doivent être appliquées avec beaucoup de rigueur et beaucoup de fermeté par la Commission européenne pour protéger nos élections. C'est vrai de l'élection présidentielle, mais il ne vous a pas échappé qu'il y a au moins deux élections en France qui se tiendront avant celle-ci et elles doivent être, évidemment, épargnées de tout soupçon…
Q - Ce n'est pas le cas ? Il y a des ingérences américaines sur les municipales ?
R - Non, vous savez, nous avons depuis quelques années pris beaucoup d'avance par rapport à un certain nombre de partenaires européens pour protéger nos processus démocratiques. C'était le souhait du président de la République. Nous nous sommes dotés d'un service dédié que beaucoup de pays du monde nous envient, qui a la mission de protéger les élections contre toute forme d'ingérence. Il s'appelle Viginum et il a cette spécialité, cette expertise particulière.
Q - Jean-Noël Barrot, vous parliez notamment du réseau social X. Déjà dans sa stratégie de sécurité nationale début décembre, Donald Trump chargeait l'Europe, son déclin et se montrait prêt, concrètement, à aider les partis nationalistes européens. Ça peut sembler abstrait quand on parle d'ingérences numériques. Comment ça se traduit concrètement ? Est-ce que vous constatez que Donald Trump œuvre pour faire monter le Rassemblement national ? Est-ce que vous le constatez ?
R - De toute évidence, les mouvements, les mouvances politiques qui soutiennent Donald Trump aux États-Unis ont choisi leurs relais en Europe. Et ces relais, ce sont notamment et principalement les forces politiques d'extrême droite. Le Rassemblement national en France, l'AfD en Allemagne et leurs collègues dans les autres pays européens. Les forces politiques d'extrême droite américaine ne s'en cachent pas. Elles mettront tout en œuvre pour tenter de donner le maximum d'élan à ces forces politiques. Pourquoi ? Eh bien parce qu'elles considèrent que le Rassemblement national, elles considèrent que l'AfD en Allemagne ont un projet, ce qui est loin d'être inexact, ont un projet qui vise à fragiliser de l'intérieur les liens de solidarité que nous avons bâtis au sein de l'Union européenne et au sein de l'OTAN. Et elles comptent en quelque sorte sur ces forces politiques pour faire le travail à leur place.
Q - « J'ai apprécié l'opportunité d'en apprendre davantage auprès de Marine Le Pen et Jordan Bardella sur le programme économique et social du RN et leur point de vue sur ce qui attend la France. » C'est le tweet de l'ambassadeur Kushner le 12 décembre 2025 que vous voyez s'afficher si vous le regardez sur le canal 16 de la télévision. Il vous a posé un lapin hier, il était avec eux en décembre dernier. Qu'est-ce qu'il cherche à faire ? Est-ce que c'est ça pour vous l'internationale réactionnaire ?
R - En tout cas, c'est la démonstration de ce que je viens de dire.
Q - Jean-Noël Barrot, le meurtre de Quentin [Deranque] a fait réagir les États-Unis, l'Italie. Vous êtes ministre des affaires étrangères. Qu'en avez-vous pensé et que dit ce drame de l'état de notre démocratie ?
R - J'ai été profondément choqué, comme tous les Français, par les images qui sont revenues de Lyon, par l'explosion de violences à laquelle nous avons assisté, par l'irresponsabilité de certaines forces politiques, en l'occurrence à l'extrême gauche, mais l'extrême droite n'est pas étrangère à un certain nombre de violences politiques qui ont endeuillé notre part le passé qui, par leur ambigüité, par leur absence de clarté créent un terreau propice à d'autres propos et au passage à l'acte. Mais toute cette irresponsabilité politique que nous devons combattre, et La France insoumise doit dénoncer, condamner les milices et La jeune garde et tous ceux qui sont responsables de ces violences, c'est la justice qui, en définitive, établira les responsabilités pénales. Mais tout cela ne doit éclipser la responsabilité civique individuelle. Si nous voulons que la violence soit rejetée, soit repoussée de la société française, c'est à chacun d'entre nous de le faire en dénonçant chaque fois que nous la voyons poindre dans des propos, dans des ambiguïtés, dans des absences de clarté, le retour de cette violence.
Q - Ce que vous dites, ça signifie que La France insoumise ne condamne pas ces violences, si on vous entend bien.
R - Je souhaite qu'elle le fasse avec beaucoup de clarté. Cela me paraît être la moindre des choses.
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Q - Quatre ans jour pour jour après le lancement de l'invasion, le président de la République souligne ce matin dans un tweet le triple échec de la Russie en Ukraine sur les plans militaire, économique et stratégique. Cette nuit, Volodymyr Zelensky était sur CNN.
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Q - Monsieur le ministre des affaires étrangères, est-ce que le président Trump est encore de notre côté et du côté des Ukrainiens ?
R - Ce qui est certain, c'est que l'Europe est plus que jamais aux côtés des Ukrainiens et qu'elle leur apporte aujourd'hui le principal soutien financier et l'essentiel du soutien militaire. Et c'est normal, parce que le combat des Ukrainiens, c'est aussi le nôtre. C'est la question de la sécurité et de la paix en Europe qui est aujourd'hui posée. Si nous avons soutenu avec autant d'ardeur et autant de résolution la résistance héroïque du peuple ukrainien, qui poursuit cette révolution démocratique qu'il a initiée il y a 12 ans, c'est parce que c'est aussi notre avenir et celui de nos enfants qui est en jeu aujourd'hui.
Q - Est-ce qu'on peut vraiment dire que l'Europe est le premier soutien à l'Ukraine quand elle n'est pas présente dans les négociations ? Et est-ce que le président de la République, qui vient de souligner aujourd'hui l'échec militaire, économique et stratégique de la Russie, a raison, quand on voit ce que ça donne ? Quatre ans après, c'est vraiment l'échec de la Russie qui éclate au grand jour pour vous ?
R - La réponse est " oui " aux deux questions. La première sur le soutien européen, oui, de loin, l'Europe est désormais le premier soutien financier de l'Ukraine, puisque 100% de son financement pour les deux années à venir vont provenir de ce prêt de 90 milliards d'euros qui a été consenti par les Européens. Mais c'est vrai aussi dans le domaine militaire, où désormais c'est la quasi-intégralité du renseignement permettant aux Ukrainiens de se défendre, mais aussi de frapper en réponse certaines cibles en Russie qui est apporté par la France et par l'Europe. Et ensuite, il y a la deuxième question qui est très importante…
Q - Sur Emmanuel Macron qui parle de l'échec de la Russie.
R - Bien sûr. Quatre ans après le début de cette opération spéciale, le bilan pour Vladimir Poutine, c'est un échec cuisant et un échec humiliant. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, Vladimir Poutine contrôle la moitié des territoires qu'il occupait illégalement au printemps d'il y a quatre ans. Et que sa progression sur le front est millimétrique et se fait au prix de pertes humaines considérables.
Q - Mais il avance et il possède près de 20% du territoire.
R - Non, il n'a pas avancé depuis le début de l'année puisque les Ukrainiens ont repris du terrain. Sa progression est absolument millimétrique et regardez les pertes humaines. C'est plus d'un million de pertes humaines depuis quatre ans, c'est-à-dire plus que toutes les pertes russes et soviétiques depuis la Deuxième Guerre mondiale. Et aujourd'hui, c'est 1.000 soldats russes qui meurent sur le front pour aucune progression territoriale. Et puis on peut parler ensuite de l'échec économique, puisque chaque jour qui passe, le fantasme colonial de Vladimir Poutine ruine et épuise le peuple russe, discrédite la Russie au risque de la faire sortir de l'Histoire.
Q - Sur le bilan humain, justement, vous venez de dire un million. Il y a un institut américain qui s'appelle le CSIS qui évalue, lui, à deux millions de victimes, les morts, les blessés et les disparus des deux côtés. Si ces chiffres sont exacts, cela ferait de cette guerre le conflit le plus meurtrier en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Est-ce que les services français confirment un ordre de grandeur comparable de deux millions ?
R - Je vous ai donné le chiffre sur lequel nous nous appuyons, les pertes russes en particulier. Mais oui, il faut ouvrir les yeux sur la réalité de ce conflit et la réalité des combats sur la ligne de front où les pertes humaines sont insensées. 1.000 soldats russes tués par la résistance ukrainienne chaque jour sur le front, il faut se représenter ce que cela signifie. Il faut se représenter aussi les méthodes inhumaines de l'armée russe qui est peuplée de mercenaires, qui est peuplée de repris de justice, où les soldats qui hésitent à avancer sur un terrain vague de peur de se faire éliminer par un drone sont assassinés par leur propre chef. Voilà l'horreur qui se joue en quelque sorte à 2.000 kilomètres de nos frontières. Et c'est pourquoi nous allons continuer à soutenir l'Ukraine et à exercer une pression sur Vladimir Poutine pour qu'il consente enfin à cesser le feu. Cette guerre lui coûte extrêmement cher, coûte extrêmement cher au peuple et le temps joue contre Vladimir Poutine aujourd'hui.
Q - On va juste écouter ce que prétendait Donald Trump à propos de cette guerre pendant sa campagne.
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Q - Est-ce que Donald Trump a raconté n'importe quoi ?
R - De toute évidence, cela a pris un peu plus de temps que prévu. Je reviens sur ce que j'évoquais tout à l'heure. L'échec de Vladimir Poutine ne se matérialise pas uniquement sur le front. Il se matérialise aussi en Russie. Le peuple russe est aussi victime de cette guerre d'agression injustifiable et injustifiée. Pourquoi ? Parce que l'économie russe en 2026 va entrer en récession, que les caisses de l'État sont vides, que dans beaucoup de régions russes aujourd'hui, l'essence est rationnée et que le Kremlin vient de décider de bloquer les communications et les communications téléphoniques.
Q - On vous entend Jean-Noël Barrot, vous dites aussi que les Européens sont le premier soutien de l'Ukraine. Néanmoins, les Européens sont arrivés les mains vides aujourd'hui à Kyiv. Ils n'ont pas réussi à adopter de nouvelles sanctions contre la Russie à cause de la Hongrie. La Hongrie qui menace aussi de bloquer le prêt de 90 milliards d'euros.
R - Les Européens, ce n'est pas " ils ", les Européens, c'est " nous ". Et si nous n'avons pas obtenu hier, lorsque je me trouvais à Bruxelles, le déblocage de certains sujets pour pouvoir aboutir sur un 20e paquet de sanctions et la finalisation de ce prêt de 90 milliards d'euros, la question n'est pas si ces soutiens vont parvenir à Kyiv, en Ukraine, mais la question c'est quand ? Ce n'est qu'une question de temps, une question de jours.
Q - La question, c'est qu'est-ce que vous dites aux Hongrois pour qu'ils lèvent leur veto du coup ?
R - C'est un dialogue qu'ils ont avec la Commission européenne dont je n'ai aucun doute qu'il parviendra à se solder.
Q - Emmanuel Macron doit présider aujourd'hui une nouvelle réunion de la Coalition des volontaires. Vous croyez qu'elle fait peur à Vladimir Poutine, cette coalition ?
R - Elle n'est pas faite pour faire peur à Vladimir Poutine à ce stade. Elle est faite pour, une fois la paix conclue, dissuader toute nouvelle agression. Et de ce point de vue-là, oui, elle sera dissuasive et elle est prête à l'être, prête à être déployée. Cette Coalition des volontaires, vous le savez, elle a une triple vocation. La première, c'est d'apporter le soutien nécessaire à l'armée ukrainienne, une fois la paix intervenue, pour qu'elle puisse se maintenir à niveau et donc repousser toute menace. Le deuxième volet, ce sont, loin de la ligne de front et après le cessez-le-feu conclu, des capacités militaires dans les airs, en mer, sur terre qui dissuaderont un peu plus encore toute nouvelle agression. Et puis enfin, ce sont des arrangements juridiques qui garantissent que toute nouvelle agression sera suivie de conséquences. Ce travail de planification militaire qui rassemble plus de 30 pays est absolument inédit dans notre histoire récente, sans doute depuis la création de l'OTAN, puisque beaucoup des pays qui participent à cette coalition, que le président de la République réunit aujourd'hui, n'avaient jamais participé à des exercices de ce type, ou en tout cas à un travail de ce type, à l'extérieur de l'OTAN.
Q - Jean-Noël Barrot, des images impressionnantes du Mexique. Une vague de violences a été déclenchée par des narcotrafiquants en représailles à la mort, dimanche, d'un baron de la drogue par l'armée. Paris appelle ses ressortissants à rester confinés. Ce sont les dernières nouvelles. Qu'est-ce que vous dites aujourd'hui aux Français qui sont au Mexique, ceux qui vivent là-bas, ceux qui sont partis pour faire du tourisme ? Quelles consignes vous leur donnez ?
R - Nous leur conseillons une très grande prudence. Nous le faisons directement par l'intermédiaire de nos agents, sur place, de l'ambassade et des consulats concernés. Nous suivons très attentivement la situation qui est évolutive, qui est plutôt sur la voie de la normalisation. Mais la plus grande prudence est requise de la part de nos compatriotes qui résident dans les régions concernées, mais aussi nos compatriotes qui sont en vacances ou qui sont en déplacement.
Q - La situation est en voie de normalisation, vous dites ?
R - Elle prend la voie de la normalisation, mais elle est encore très volatile et c'est pourquoi la plus grande prudence est requise.
Q - Donald Trump menace de frapper l'Iran vendredi si aucun accord n'est trouvé sur le nucléaire. Est-ce que la France se prépare à une frappe américaine ?
R - Nous préparons à tous les scénarios et notre priorité absolue, en Iran, comme c'est le cas aujourd'hui au Mexique, même si ce sont des situations très différentes, c'est la sécurité de nos ressortissants et de nos emprises.
Q - Il est 8h56, l'heure de la question qui est à retrouver sur Instagram et TikTok de France Info. Aujourd'hui, la question qui relie la France au scandale Epstein. Vous avez lancé une enquête au sein du ministère des affaires étrangères sur les liens d'un diplomate français nommé Fabrice Aidan, son nom apparaît 200 fois dans sa correspondance avec le criminel sexuel américain Jeffrey Epstein. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur cette enquête ce matin ? Est-ce qu'il a transmis depuis 2010, quand il était détaché par la France à l'ONU, des informations diplomatiques confidentielles ? Est-ce qu'il a rendu des services ?
R - Je ne peux rien vous dire puisque l'enquête administrative est en cours. Elle s'ajoute à ma saisine de la justice sur le cas de M. Fabrice Aidan et à la procédure disciplinaire que j'ai lancée à son encontre.
Q - Ce diplomate a été exfiltré des États-Unis en 2013 après une enquête du FBI pour consultation de sites pédopornographiques, ce qu'il nie. Il a aussi fait l'objet d'une enquête classée sans suite en France pour des faits à caractère pédocriminel. Les médias étrangers s'étonnent de la surprise du Quai d'Orsay, le Quai d'Orsay où il n'a jamais été inquiété. Jean-Noël Barrot, est-ce qu'aujourd'hui vous reconnaissez que l'affaire a été étouffée et est-ce que vous voulez rompre avec ces pratiques ?
R - Si vous le voulez bien, je vais attendre les résultats de cette enquête administrative mais aussi les résultats de l'enquête qui sera menée par la justice française pour pouvoir établir les responsabilités et tirer toutes les leçons de cette histoire.
Q - S'en est fini avec vous de la culture du silence au Quai d'Orsay ?
R - Il n'y a pas de culture du silence au Quai d'Orsay.
Q - Il n'y a pas eu une volonté d'étouffer cette affaire ?
R - S'agissant de cette affaire, je vous ai répondu, s'agissant du Quai d'Orsay, nous avons mis en place, avant même que je prenne mes fonctions actuelles, un certain nombre de cellules, de dispositifs pour que toute victime de toute forme de violence, de harcèlement ou d'agression, puissent se manifester et être protégée.
Q - Merci beaucoup Jean-Noël Barrot. Merci d'avoir répondu aux questions de France Info.
Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 26 février 2026