Texte intégral
Mesdames et messieurs les ministres, cher Roland, chère Maud, chère Anne,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et messieurs,
Si je vous dis " souveraineté ", quelle image vous vient à l'esprit ? Une centrale nucléaire ? Un data center ? Une grande infrastructure stratégique à l'échelle nationale ?
Au risque de vous surprendre, lorsque j'entends " souveraineté ", je pense d'abord à quelque chose de beaucoup plus concret, de plus quotidien, de plus proche de nous.
Je pense à un four à pain électrique qui permet à un artisan de produire localement. Je pense à une chaîne de production automatisée, alimentée par une électricité fiable, qui permet à une entreprise de fabriquer des meubles en grande quantité.
La souveraineté commence là. Dans la prise électrique reliée au four, à la machine, à l'atelier. Dans cette énergie qui fait tourner notre économie au quotidien.
Car la souveraineté, n'oublions pas que c'est aussi cela : produire sur notre sol les biens du quotidien. Nous avons les savoir-faire. Nous avons les talents. Ce que nous devons désormais nous donner, ce sont les outils de production adaptés pour réduire nos coûts, pour gagner en compétitivité et proposer des prix accessibles. Car lorsque nous faisons ce choix, c'est un choix gagnant.
Si nous avons consacré un groupe de travail à l'industrie et à l'artisanat, c'est parce que nous mesurons pleinement cet enjeu. Et si nous avons fait le choix d'associer industrie et artisanat — alors qu'on les oppose souvent — c'est pour rappeler une évidence : ils participent d'une même économie de proximité, enracinée dans nos territoires. C'est là que se joue, concrètement, notre souveraineté.
Comment rendre notre industrie et notre artisanat plus compétitifs ? La réponse, nous la connaissons : faire de notre énergie électrique, décarbonée et abondante, un atout de compétitivité.
Cela suppose deux choses.
1/ Premièrement, encourager l'électrification des usages. Des solutions électriques existent, adaptées aux modes de production artisanaux comme industriels. Elles permettent en outre souvent de réaliser des économies d'énergie significatives. Prenons un exemple simple : l'installation de plaques à induction dans un restaurant, en remplacement d'équipements au gaz, peut réduire la consommation d'environ 20%.
C'est dans cet esprit que mon ministère a publié un guide d'économies d'énergie à destination des boulangers, afin de les accompagner dans le choix des équipements les plus performants. Aujourd'hui encore, près d'un quart de nos boulangeries — soit environ 9 000 établissements — utilisent des fours à gaz ou au fioul. Nous avons là un potentiel de modernisation important.
Au sein de ce groupe de travail, votre objectif est clair : mieux faire connaître l'état de la recherche et des innovations en matière d'électrification des usages artisanaux ; identifier les équipements et dispositifs qui fonctionnent réellement sur le terrain ; et organiser leur diffusion auprès des professionnels, tout en faisant remonter leurs besoins pour orienter les futures solutions.
2/ Deuxièmement, ne pas faire de l'économie de proximité une variable d'ajustement. On sait proposer aujourd'hui des contrats d'énergie attractifs à certains grands groupes ou infrastructures stratégiques, comme les data centers.
Pourquoi ne pas porter la même attention à nos artisans, à nos PME, à nos entreprises industrielles ancrées dans les territoires ? J'entends régulièrement des chefs d'entreprise me dire qu'ils ont réduit leur consommation d'électricité de moitié en quelques années. Mais que, dans le même temps, leur facture est restée quasiment inchangée.
Ce paradoxe doit nous interpeller. Il ne s'agit pas d'imposer, mais de construire avec les professionnels des solutions adaptées à leurs besoins et leurs contraintes. Pour que l'électrification soit vécue non pas comme une contrainte, mais comme une opportunité. Car au fond, la souveraineté ne se décrète pas. Elle se construit. Atelier par atelier. Groupe de travail par groupe de travail.
Je veux remercier l'ensemble des industriels, des énergéticiens, des représentants de l'administration et des professionnels ici présents. Merci pour… l'énergie que vous mettez à transformer cette ambition en solutions concrètes.
Source https://www.economie.gouv.fr, le 4 mars 2026