Interview de Mme Maud Bregeon, ministre déléguée, porte-parole du Gouvernement, à TF1 le 5 mars 2026, sur la guerre au Moyen-Orient et ses conséquences, notamment sur le prix des carburants et les rapatriements de ressortissants français.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : TF1

Texte intégral

ADRIEN GINDRE
Bonjour Maud BREGEON.

MAUD BREGEON
Bonjour à tous les deux.

ADRIEN GINDRE
La guerre au Moyen-Orient et ses conséquences, toujours. Vous recevez ce matin, à 11 h, avec votre collègue Roland LESCURE, les distributeurs de carburant. Pourquoi ? Vous avez déjà constaté, à la pompe, des hausses injustifiées ?

MAUD BREGEON
Nous avons décidé de recevoir, effectivement, ce matin, à Bercy, avec Roland LESCURE, les distributeurs de carburant pour faire toute la transparence sur les prix. Et je crois que c'est ce qu'attendent de nous les Français. On sait que dans certaines stations-services, les prix ont augmenté de façon supérieure à ce qu'on constate sur la moyenne nationale, et donc, dans un souci, encore une fois, de justice, de transparence et de responsabilité. C'est notre travail. On sait que pour beaucoup de Français, c'est absolument essentiel. Ça touche leur outil de travail, leur capacité de déplacement.

ADRIEN GINDRE
Et leur pouvoir d'achat, bien sûr.

MAUD BREGEON
Et leur pouvoir d'achat. Tout ça, alors, ensemble. On est donc évidemment extrêmement attentifs à leurs inquiétudes.

ADRIEN GINDRE
Mais qu'est-ce qui est aujourd'hui, au moment où l'on parle, une hausse justifiée, versus, une hausse injustifiée, de votre point de vue ?

MAUD BREGEON
La moyenne, et encore une fois, c'est des moyennes. Vous savez que ça dépend des stations-services dont on parle. On constate une augmentation de plusieurs centimes, avec des grandes disparités, fonction des départements et fonction des stations-services. Vous le voyez probablement dans les reportages que vous montrez sur TF1. Donc, encore une fois, face à des inquiétudes qui sont légitimes, qui ne concernent pas uniquement le carburant, mais la crise dans sa globalité. Toute la transparence doit être faite. Et on appelle évidemment chacun à être raisonnable.

ADRIEN GINDRE
Mais il y a une liberté des distributeurs à fixer leurs prix, ou vous souhaitez les contraindre sur les prix ?

MAUD BREGEON
Il y a une responsabilité du Gouvernement, c'est celle de, encore une fois, faire cette transparence, avoir un suivi. C'est ce que nous faisons avec Roland LESCURE, heure par heure, avec plusieurs réunions chaque jour pour suivre l'évolution des prix sur le carburant, mais également sur le gaz.

ADRIEN GINDRE
Donc, il y aura une forme d'appel à la modération, à la responsabilité des distributeurs ?

MAUD BREGEON
Évidemment, nous appelons les distributeurs à être raisonnables. Et quant à nous, nous mettons tout en œuvre pour faire des contrôles si nécessaire. Je crois que là encore, on a, tous, intérêt à se serrer les coudes. C'est une guerre que nous n'avons pas choisie, mais qui a des impacts aussi sur la France, sur la vie des Français. On le voit déjà. Et donc, la responsabilité du Gouvernement, eh bien, c'est de protéger nos concitoyens.

ADRIEN GINDRE
Vous parliez de nos reportages. On voit aussi sur le terrain des automobilistes qui font le plein par précaution, parce qu'ils redoutent justement les hausses à venir, qui pourraient d'ailleurs être plus importante si la situation perdure, voire s'aggrave. Est-ce que vous leur dites aujourd'hui : "C'est inutile, voire contre-productif, voire même dangereux pour nos stocks de se précipiter à la pompe" ?

MAUD BREGEON
Il n'y a aucun risque de rupture d'approvisionnement à l'heure où on se parle, ni sur le carburant, ni sur le gaz. Évidemment, Il ne faut pas créer le problème nous-mêmes. Chacun le comprend et je le dis de façon, encore une fois, très humble, parce que j'entends les inquiétudes de nos concitoyens. Je l'entends dans ma propre circonscription. Et donc nous, nous essayons de passer le message le plus rassurant possible. Nous avons des stocks, nous avons appris de la crise de 2022. Nous avons diversifié nos approvisionnements. C'est aussi le message que je voudrais passer ce matin.

ADRIEN GINDRE
Tout ne vient pas du détroit d'Ormuz.

MAUD BREGEON
Le message que je voudrais passer ce matin : nous ne sommes absolument pas, absolument pas, dans la situation que la France a connue entre 2021 et 2023. Ça n'a rien à voir. Et vous le dites à juste titre : le point central de, d'où l'initiative du Président de la République, c'est de débloquer le détroit d'Ormuz, parce que par ce détroit d'Ormuz circule 20 % du gaz et 20 % du pétrole.

ADRIEN GINDRE
Je voudrais qu'on évoque également la question des rapatriements, Maud BREGEON. Hier matin, un premier vol, avec des places réservées pour des Français, qui revenait du sultanat d'Oman est arrivé via Le Caire. Un deuxième vol cette nuit, il me semble, en provenance de Charm el-Cheikh, en Egypte. Vous avez, vous, des précisions ?

MAUD BREGEON
Avec 205 Français qui sont revenus cette nuit, effectivement, de Charm el-Cheikh, mais il s'agissait de Français qui étaient en Israël, et qui ont été évidemment accompagnés tout au long du trajet par les équipes françaises sur place. D'autres vols auront lieu. Je ne suis pas en mesure de vous dire précisément à quelle heure, parce que vous savez que tout ça dépend des conditions de circulation. Ce que je peux vous dire ce matin, c'est qu'il y a, vous le savez, 400 000 personnes en tout dans la région, 35 000 inscrits sur le fil Ariane, et que tous les Français qui souhaitent revenir, évidemment, reviendront. Tout est mis en place par le Quai d'Orsay, notamment, et par mon collègue Jean-Noël BARROT. Mais ça doit se faire dans des conditions de sécurité totale.

ADRIEN GINDRE
Mais là, Maud BREGEON, on parle de vols qui ont été opérés par des compagnies aériennes. Est-ce qu'il y aura également des vols militaires, des vols de la République, pour ces rapatriements ?

MAUD BREGEON
C'est possible. C'est possible. Toutes les options sont sur la table, encore une fois, parce que notre responsabilité, c'est de protéger les Français, c'est de leur permettre de revenir sur notre sol, mais dans de bonnes conditions de sécurité. Et donc, évidemment, on s'adapte à une situation qui est très évolutive.

ADRIEN GINDRE
Un mot de la situation sur le terrain. Dans son allocution mardi, le chef de l'État a annoncé plusieurs mesures : le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle, qui se déplace en ce moment même, de frégates, de Rafales. Il a eu également, hier, un message à l'attention du Premier ministre israélien, Benyamin NETANYAHU, au sujet du Liban. Il l'appelle à préserver l'intégrité territoriale du Liban et à s'abstenir d'une offensive terrestre. Le fait est que les soldats israéliens mènent cette offensive terrestre. Quelle va être la réaction française si Israël poursuit et étend son offensive au Liban ?

MAUD BREGEON
Ce que je peux vous dire ce matin, c'est que la position, elle est claire. Le Président de la République l'a redit hier. Il l'a dit effectivement à Benjamin NETANYAHOU. Il a aussi échangé avec le Président Donald TRUMP. Et donc, nous sommes aux côtés du Liban, nous sommes aux côtés des Libanais. Vous savez que la FINUL est déployée sur place. Et donc, nous continuerons autant que possible, évidemment, à être aux côtés du Liban, à être aux côtés de tous nos alliés sur place. Et plus globalement, ce que je veux dire ce matin, c'est que la France travaille à soutenir ses partenaires régionaux pour contenir autant que possible l'embrasement du conflit dans la région.

ADRIEN GINDRE
Mais est-ce que la France considère…

MAUD BREGEON
C'est ça le rôle de la France, en ce moment, sur place.

ADRIEN GINDRE
Est-ce qu'elle considère être en guerre ou être prête à entrer en guerre ?

MAUD BREGEON
Nous ne sommes pas en guerre. Par ailleurs, nous n'avons pas voulu ce conflit. Je crois qu'encore une fois, là-dessus, Emmanuel MACRON a été d'une clarté totale. Pour autant, nous sommes aux côtés de nos partenaires, dans une posture qui est une posture défensive pour les accompagner à garantir leur sécurité. Et je le redis : contenir ce conflit pour éviter autant que possible l'escalade régionale et l'embrasement.

ADRIEN GINDRE
Le chef de l'État a également demandé mardi un renforcement du dispositif de protection sentinelle, qui vise notamment à lutter contre les risques terroristes. Il y aura un nouveau point de mise en œuvre ce matin ?

MAUD BREGEON
Tout à fait. Le ministre de l'Intérieur, Laurent NUNEZ, reçoit ce matin en visioconférence les préfets de zone, donc, il y a sept préfets de zone, ça correspond aux sept zones de défense, pour, là encore, faire le point sur la situation nationale et sur les impacts de ce qui se passe au Moyen-Orient chez nous, en France. Ce que je peux également vous dire, c'est qu'une vigilance particulière a été demandée aux forces de l'ordre quant à la sécurisation des lieux de culte. Par exemple : des membres de l'opposition iranienne qui seraient sur le sol français. Et une augmentation du dispositif sentinelle a également été mise en place par le ministère de l'Intérieur. Concrètement, ça veut dire qu'il y aura plus de militaires alloués, mobilisés, dans le cadre de ce dispositif.

ADRIEN GINDRE
Avant de conclure, Maud BREGEON, un mot très rapide de politique. Vous avez peut-être lu Le Figaro ce matin. Il y a un sondage commandé à l'Institut IFOP qui donne pour la présidentielle de 2027. Jordan BARDELLA : entre 36 et 38 % des intentions de vote au premier tour. Pour Edouard PHILIPPE, qui est le mieux placé, ce serait 16 % s'il était le candidat unique du Bloc central, 23 % s'il rassemblait toute la droite et tout le centre. C'est quand même 15-20 points derrière le Rassemblement national. C'est la cata, non ?

MAUD BREGEON
Le chiffre qui m'importe, c'est le dernier que vous venez de citer. Ce chiffre des 23 %, alors qu'il faut le prendre avec beaucoup de prudence.

ADRIEN GINDRE
S'il rassemble toute la droite et le centre.

MAUD BREGEON
Il montre une chose, c'est que l'unité du centre et de la droite en 2027, avec un programme et un candidat unique, est une condition nécessaire à l'accession au second tour. Encore une fois, des idées de la droite et du centre pour éviter ensuite d'avoir Jordan BARDELLA qui arrive à l'Elysée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 mars 2026