Interview de Mme Éléonore Caroit, ministre déléguée, chargée de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger, à France Info le 6 mars 2026, sur les rapatriements du Moyen-Orient des Français, le conflit au Liban et les prix à la pompe.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Éléonore Caroit - Ministre déléguée, chargée de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger

Média : France Info

Texte intégral

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Bonjour.

THOMAS SECHIER
Du Nouvel Obs, qui nous accompagne ce matin. Vous êtes donc, Éléonore CAROIT, ministre déléguée à la Francophonie, mais aussi des Français de l'étranger. Beaucoup de questions, bien sûr, à vous poser, cette guerre au Moyen-Orient qui se poursuit. On va commencer par la question des rapatriements. Vous êtes en charge du dossier dans la zone. Hier soir, un avion de rapatriement d'AIR FRANCE a été contraint de faire demi-tour en raison de tirs de missiles. Il ne transportait pas de rapatriés, mais il était en route pour aller les chercher. Écoutons le témoignage d'une Française, Claudia, qui devait monter à bord... Alors, on va l'écouter un petit peu plus tard. Qu'est-ce qui s'est passé avec cet avion, dites-nous ?

ÉLEONORE CAROIT
Oui, absolument. Comme vous le savez, depuis le début des bombardements, nous avons trouvé des solutions pour permettre aux Français qui se sont signalés, qui le souhaitent et qui sont particulièrement vulnérables de rentrer en France. Nous avons déjà fait rentrer un certain nombre de nos compatriotes. Et là, cet avion avait été affrété par le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères pour permettre à des personnes qui se trouvent en ce moment aux Émirats Arabes Unis de rentrer. Effectivement, les conditions ne permettant pas à cet avion de se poser à Abu Dhabi, il a été dérouté, raison pour laquelle nous avons dû reprogrammer ses départs. Mais ce sont des opérations qui sont en cours.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Mais il n'y avait pas de moyens de garantir la sécurité de cet avion ?

ÉLEONORE CAROIT
Il n'y avait pas de moyens à ce moment-là de garantir qu'il pouvait se poser en sécurité. Et comme vous le savez, et le président de la République l'a rappelé, le ministre des Affaires étrangères également, la sécurité de nos compatriotes est notre priorité absolue. Évidemment que nous faisons tout, nous déployons tous les moyens pour leur permettre de rentrer au plus vite. Et nous comprenons leur détresse et leur angoisse, mais il faut qu'ils rentrent en sécurité.

THOMAS SECHIER
Mais ça veut dire que quand l'avion a décollé, vous aviez eu un feu vert qui vous disait que la voie était libre. Et entre-temps, qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce que ce sont les Israéliens, les Américains, les Iraniens qui vous disent : " Non, n'y allez plus " ?

ÉLEONORE CAROIT
Ce détail-là, je ne pourrais pas vous le donner. En revanche, ce que je peux vous dire, c'est qu'il a été évalué que les conditions n'étaient pas réunies pour que l'avion puisse se poser en sécurité et repartir avec nos concitoyens en sécurité. Et une fois de plus, nous faisons tout, nous mobilisons un centre de crise à Paris, à Nantes, dans nos différents postes, les quinze pays qui sont touchés dans la région, pour pouvoir répondre au plus vite, pour avoir un centre d'appel 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour pouvoir vraiment répondre aux cas les plus urgents. Mais tout cela de manière sûre, bien évidemment.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Justement, on a entendu ce matin sur France Info des témoignages, notamment d'une mère de famille qui devait embarquer avec ses enfants dans cet avion, qui ne l'a pas fait. Ils sont où ces passagers qui devaient monter à bord hier ? Ils sont encore à Dubaï ? Ils sont encore chez eux ? Vous avez trouvé une solution ?

ÉLEONORE CAROIT
Oui, absolument. Alors, ils ont tous été informés. D'ailleurs, j'étais, moi, hier soir au centre de crise. Et je m'attendais à ce qu'il y ait un pic d'appels, potentiellement, de la part de ces concitoyens. Mais en réalité, ils avaient déjà reçu l'information. Parce que nous faisons, en plus de répondre aux appels…

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Mais ils sont où, par exemple, Madame la Ministre ?

ÉLEONORE CAROIT
Ils sont dans les hôtels.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Il n'y a pas encore de nouvelles solutions ce matin ?

ÉLEONORE CAROIT
Alors, ils n'ont pas encore tous été remis sur des vols, mais nous finissons de les attribuer à des vols qui sont déjà en route. Donc, je pense que le message important ce matin, c'est de dire : cet avion-là, dans ces conditions-là, à cette heure-là, sur ce créneau-là, ne présentait pas les conditions de sécurité. Mais nous avons d'autres vols, plusieurs vols, qui sont en ce moment en train d'être programmés pour les concitoyens.

THOMAS SECHIER
Dès aujourd'hui ?

ÉLEONORE CAROIT
Absolument.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
On voulait faire un point sur les chiffres, justement, avec vous. Hier, Jean-Noël BARROT a déclaré que 5 000 Français s'étaient manifestés pour rentrer. On sait qu'il y a 400 000 Français sur la zone, dont à peu près 40 000 de passage, qui n'y vivent pas, qui n'y résident pas à l'année. Il vient d'où ce chiffre de 5 000 ?

ÉLEONORE CAROIT
Alors, comme vous le dites, on a aujourd'hui 415 000 Français qui se sont inscrits d'une façon ou d'une autre, et il y a deux façons de s'inscrire. Soit le Registre des Français de l'étranger pour les Français qui vivent sur place, dans les différents pays, soit le FIL D'ARIANE, qui est normalement destiné aux voyageurs de passage. Le FIL D'ARIANE, il faut savoir que dans certains pays, aux Émirats notamment, c'est plus de 200 % d'inscriptions. Aujourd'hui, on est à 41 500 Français qui se sont inscrits sur le FIL D'ARIANE.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
C'est une façon de se signaler auprès des autorités françaises en disant : " On est là ", mais sur le nombre de Français qui veulent rentrer…

ÉLEONORE CAROIT
J'y viens, j'y viens, ne vous inquiétez pas. Non, mais c'est important, justement, d'être précis sur les chiffres. Sur ce montant-là, sur ces 41 500 personnes, certains, en commentaire, ont indiqué qu'ils souhaitent être rapatriés, qu'ils ont une condition médicale, une vulnérabilité particulière, et d'autres ont également appelé le numéro du centre de crise en indiquant qu'ils souhaitaient être rapatriés. Lorsque l'on regarde ceux qui ont vraiment fait cette demande expresse, c'est ce chiffre qui apparaît.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Mais ça pourrait être beaucoup plus, si je vous entends.

ÉLEONORE CAROIT
Ça pourrait effectivement être plus. Mais de la même manière, lorsque l'on indique le nombre de personnes qui ont effectivement été rapatriées par le Gouvernement français…

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
750 a déclaré le ministre hier.

ÉLEONORE CAROIT
C'est ce que le ministre a dit exactement, et c'est un chiffre qui évidemment évolue, parce que dès que d'autres avions seront partis, ça augmentera considérablement.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Et vous dites que c'est plus dans les faits ?

ÉLEONORE CAROIT
Dans les faits, c'est plus aussi, parce que ce qu'il faut bien comprendre, c'est que ce sont des vols avec des places affrétées par le Ministère, identifiées et donc données à des personnes vulnérables. Mais, par ailleurs, toute la journée, toute la nuit, nous trouvons aussi des solutions par des vols commerciaux, nous orientons les personnes qui nous appellent pour qu'ils puissent partir aussi par leurs propres moyens.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Le chiffre 750, ça ne tient pas en compte la débrouille ? C'est-à-dire qu'ils ont pris un taxi, un bus, qu'ils sont allés dans les pays limitrophes pour trouver un avion ?

ÉLEONORE CAROIT
Exactement, et vous dites la débrouille, mais en réalité, moi ce que j'aimerais transmettre à nos concitoyens comme message, c'est qu'aujourd'hui, vous avez certains espaces aériens qui sont encore ouverts. C'est le cas du sultanat d'Oman, c'est le cas de la Jordanie, c'est le cas de l'Égypte, c'est le cas du Liban. Et lorsqu'ils le peuvent, lorsqu'ils peuvent partir en sécurité par un vol commercial, nous leur recommandons de le faire, y compris... Nous avons des concitoyens qui sont arrivés à Londres, qui sont arrivés avec des vols, pas nécessairement à Paris directement. Mais il faut véritablement qu'ils sachent qu'ils…

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Mais ce n'est pas un aveu d'impuissance, pardonnez-moi, de la part des autorités françaises, de dire : " Si vous pouvez vous débrouiller autrement, allez-y, parce que nous, on n'est pas capables ni de vous affréter un avion militaire, ni d'assurer la sécurité des vols d'AIR FRANCE " ?

ÉLEONORE CAROIT
Ce n'est pas du tout ce que j'ai dit. D'ailleurs, nous sommes un des seuls pays qui a affrété des avions dès le début de la crise et qui, justement, a des places réservées pour les plus vulnérables. Mais vous voyez bien qu'on est en train de parler de dizaines de milliers de personnes qui sont sur la zone, enfin, de centaines de milliers de personnes qui sont sur la zone et de milliers de personnes qui souhaitent partir. Donc, évidemment, le temps de les évacuer, même si nous pouvions le faire, serait extrêmement long et les personnes veulent évidemment rentrer. Et notre conseil, c'est : si vous le pouvez, partez. D'autres pays ont dit à leurs ressortissants, purement et simplement : " Débrouillez-vous, quittez la zone " et n'ont pas mis en place les dispositifs que nous avons mis en place.

THOMAS SECHIER
Ça fait une semaine que la guerre a débuté. Vous estimez qu'il faudra combien de temps pour rapatrier tous les Français qui le souhaitent ?

ÉLEONORE CAROIT
C'est, comme je vous le dis, assez difficile à estimer parce que notre objectif, ce n'est pas de rapatrier tous les Français. D'ailleurs, ça prendrait effectivement beaucoup de temps. Notre objectif, c'est que tous ceux qui le souhaitent puissent rentrer, y compris par leurs propres moyens. C'est pour ça qu'aujourd'hui, tant que des vols commerciaux sont disponibles - et nous espérons, évidemment, que des vols le seront davantage, et il y a certains pays qui ont ouvert, mais par intermittence, comme c'est le cas des Émirats Arabes Unis -, nous leur recommandons de rentrer.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Et c'est toujours la priorité accordée aux personnes qu'on dit vulnérables, c'est ça ?

ÉLEONORE CAROIT
Pour les personnes qui sont rapatriées par le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, que ce soit sur des vols commerciaux affrétés ou sur des vols militaires, oui, évidemment, nous prenons en priorité les personnes dites vulnérables. Après, vous avez une question aussi logistique. Je vous donne un exemple. Moi, j'ai été accueillir à Roissy un avion qui venait du sultanat d'Oman mais qui transportait quasiment uniquement des passagers qui étaient, en réalité, à Dubaï. Ces personnes-là, lorsqu'on a eu la confirmation qu'on avait un slot pour avoir un vol AIR FRANCE qui décolle de Mascate, on les a informées. C'est ceux qui ont décidé de faire le trajet... Alors, on a mis à disposition des transports, d'autres étaient venus par leurs propres moyens... Et c'est ceux qui ont accepté de faire, à ce moment-là, dix heures de route. Aujourd'hui, je comprends que les conditions se sont améliorées, mais tout est très, très évolutif. Et donc, ils sont arrivés jusqu'à Mascate et ont pris ce vol. Et donc, il y avait aussi des personnes qui étaient présentes, parce que l'idée était de remplir, évidemment, le plus possible les avions.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Vous avez aussi des vols militaires. Aujourd'hui, il y a des vols militaires qui sont en train d'être organisés pour aller chercher les Français dans la zone ?

ÉLEONORE CAROIT
Le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, en coopération avec le ministère des Armées, met à disposition des avions qui permettraient de rapatrier nos concitoyens. Et comme je vous le disais, il y a effectivement aussi des vols militaires.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Et vous savez combien, dans combien de temps, à quel niveau ?

ÉLEONORE CAROIT
Alors justement, quand je vous dis que nous sommes en train d'examiner des solutions, y compris pour aujourd'hui, ça fait aussi partie des différentes solutions qui sont à l'étude. Et ce qu'il faut voir aussi, c'est que dans les avions militaires, vous avez différents types d'avions avec des capacités différentes, avec des itinéraires différents. Donc, le message que je peux vous transmettre, c'est que nous faisons tout pour permettre de rapatrier, et tous les pays ne le font pas, encore une fois, rapatrier nos concitoyens les plus vulnérables et permettre à tous ceux qui le souhaitent de rentrer.

THOMAS SECHIER
Vous n'avez pas de chiffres à nous donner ce matin sur le nombre d'avions, aujourd'hui, qui sont éventuellement prévus pour rapatrier des Français ?

ÉLEONORE CAROIT
Je peux vous dire qu'il y en a plusieurs, déjà, et que nous souhaitons qu'ils puissent partir au plus vite. Et qu'il y en a déjà quatre qui sont arrivés. Donc, l'avion qui est venu de Mascate, deux qui sont partis de la base d'Abu Dhabi. Et puis, on n'en a pas encore parlé, mais c'est important de le dire, pour nos concitoyens qui sont en Israël et qui peuvent passer la frontière vers l'Égypte et vers la Jordanie. Nous avons déjà fait venir un avion qui a été affrété par le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, depuis Charm el-Cheikh, qui nous a permis de rapatrier nos concitoyens qui étaient en Israël. Et il y en aura, effectivement, d'autres. Et on a du personnel de nos consulats, de notre consulat de Tel-Aviv et de notre consulat du Caire, qui sont à disposition, sur place, à la frontière pour les aider.

THOMAS SECHIER
Et là, ça représente combien de Français ?

ÉLEONORE CAROIT
Ça représente aussi des centaines de Français qui sont, effectivement, en demande, qui sont plus vulnérables et qui souhaitent rentrer.

THOMAS SECHIER
Éléonore CAROIT, ministre déléguée aux Français de l'étranger, vous restez, bien sûr, avec nous, sur France Info. On se retrouve dans un tout petit instant, juste après l'essentiel de l'actu, à 8 h 45. C'est avec Laura DULIEU.

(…)

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Et nous sommes toujours avec Éléonore CAROIT, ministre déléguée aux Français de l'étranger auprès du ministère des Affaires Etrangères de l'Europe. L'actualité, c'est aussi la situation au Liban où l'armée israélienne a appelé à évacuer la banlieue sud de Beyrouth, un quartier réputé pour être le bastion du Hezbollah et des raids aériens israéliens dans le sud du pays. Cette nuit même, l'ambassadeur libanais à Paris, Rami CHAER, était sur France Info ce matin. On l'écoute.

RAMI CHAER, AMBASSADEUR DU LIBAN EN FRANCE
La banlieue sud du Liban, elle est en désastre complet. Israël hier a fait à peu près douze raids et puis elle a poussé, elle a forcé l'évacuation d'à peu près 300 000 personnes. Ils se sont arrachés de leur maison, de leur vie.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Alors l'ambassadeur libanais accuse Israël de pousser son pays, je le cite, dans le chaos. Est-ce que c'est aussi votre sentiment ?

ÉLEONORE CAROIT
Ce que nous demandons, c'est évidemment un arrêt de ces combats qui touchent des populations civiles, y compris une très, très large communauté française qui est présente au Liban aujourd'hui.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
20 000 Français…

ÉLEONORE CAROIT
Nous appelons évidemment le Hezbollah à cesser... Exactement, et probablement davantage qui, je le rappelle, peuvent encore sortir avec des vols commerciaux qui sont encore opérationnels à Beyrouth. Donc évidemment que nous appelons à une désescalade au Liban, mais partout au Moyen-Orient et nous appelons le Hezbollah à cesser ses frappes et Israël à s'abstenir d'intervenir militairement au Liban. Vous savez, il devait y avoir une conférence…

THOMAS SECHIER
Vous appelez Israël à s'abstenir d'intervenir, mais manifestement Israël n'écoute pas la France.

ÉLEONORE CAROIT
Nous avions prévu cette semaine au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères une conférence en soutien notamment à l'armée libanaise et aux populations civiles parce que notre objectif c'est de permettre au Liban de combattre justement ces groupes armés, de les démanteler, de les empêcher d'agir et surtout de permettre à ce pays, à ce pays ami, allié si important pour la France francophone d'ailleurs, de retrouver une stabilité et de retrouver la paix. Et nous sommes toujours engagés, nous envoyons en ce moment de l'aide humanitaire, du matériel médical pour venir en aide aux populations et nous appelons à la désescalade. Le président de la République s'est entretenu avec tous les leaders de la région pour permettre justement de désescalader cette situation.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
La formulation " appeler à la désescalade ", est-ce que ce n'est pas un peu faible compte tenu des enjeux ? Vous êtes avocate en droit international de formation, vous savez que même dans un conflit armé les déplacements civils sont interdits sauf à de rares exceptions pour leur sécurité. Quel regard vous portez sur l'ordre de l'armée israélienne qui a paniqué... La panique, l'exil sur les routes de centaines de milliers de Libanais y compris des vieux, des jeunes, des enfants sur les routes ?

ÉLEONORE CAROIT
Comme je vous dis la position de la France c'est véritablement d'être un partenaire fiable dans la région, engagé. Je ne vois pas d'autres pays qui soient engagés à ce point en soutien justement à ces populations.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Il n'y a pas une façon de condamner plus fortement cet ordre d'évacuation israélien ?

ÉLEONORE CAROIT
Mais vous pouvez condamner si vous le souhaitez, c'est important et d'ailleurs lorsque l'on dit " Abstenez-vous d'intervenir militairement ", je veux dire le message est assez clair et lorsque l'on dit aussi au Hezbollah de ne pas faire basculer le Liban dans ce conflit, ce que disent d'ailleurs aussi les autorités libanaises, nous le disons aussi très fermement. Maintenant ce qu'il faut faire, c'est trouver des moyens concrets pour permettre cette désescalade et pour permettre aux populations d'être en sécurité. Lorsque vous envoyez du matériel militaire pour renforcer les capacités de l'armée libanaise et lorsque vous venez en aide aux populations civiles, vous êtes en train d'agir dans la région pour le Liban.

THOMAS SECHIER
Sauf que l'armée libanaise a reçu l'ordre de ne pas intervenir face à l'armée israélienne.

ÉLEONORE CAROIT
Oui mais là ce que je veux vous dire, c'est qu'on est en train de préparer l'après, la stabilité et surtout la souveraineté de ce pays. Mais à ce stade, encore une fois, mettez-vous à la place des personnes qui sont aujourd'hui au Liban. Ce que nous devons faire…

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Je me mets à la place, quand j'entends le ministre des Finances israélien issu de l'extrême droite qui a menacé le quartier du sud de Beyrouth, Bezalel SMOTRICH, de la même dévastation que celle qu'il a infligée à Khan Younès, la grande ville du sud de la bande de Gaza, dont on sait qu'elle a été détruite. Est-ce que vous ne redoutez pas un carnage ?

ÉLEONORE CAROIT
Ce que nous faisons, c'est éviter, essayer par tous les moyens, les moyens diplomatiques, par le dialogue, le dialogue avec toutes les parties prenantes que cela n'ait lieu. Parce que notre priorité c'est d'assurer la stabilité dans la région, la désescalade. Ce n'est pas notre guerre. Je pense que cela a été dit. Ce n'est pas nous qui sommes des acteurs aujourd'hui. Nous sommes des partenaires fiables d'un certain nombre de pays dans la région, des alliés historiques d'un pays comme le Liban. Et ce que nous voulons, c'est permettre à ces populations, à ces pays, de retrouver un calme en étant une puissance de dialogue, de diplomatie. C'est ce que fait le président de la République en ce moment, en appelant tous ses homologues. C'est ce que fait aussi le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et ce que nous faisons en réalité à tous les niveaux.

THOMAS SECHIER
Éléonore CAROIT, l'Espagne a condamné très fermement, par la voix de son Premier Ministre Pedro SANCHEZ, la guerre menée par les Américains et les Israéliens. Emmanuel MACRON lui a eu des propos plus mesurés. Il a souligné certes l'absence de cadres internationaux, mais il souligne aussi la responsabilité première de l'Iran. Est-ce que sa position n'est pas un petit peu trop ambigu ?

ÉLEONORE CAROIT
Moi, je ne trouve absolument pas qu'elle soit ambiguë. Je pense que le président de la République a rappelé que depuis des années, l'Iran ne respecte pas ses engagements internationaux, continue un programme militaire et n'est pas respectueux du droit international. Et le président de la République a aussi appelé, surtout, et je pense que c'est important de le dire à une désescalade et ce ne sont pas que des mots, ce sont des actes, lorsqu'il s'entretient avec tous ses homologues, lorsqu'il s'entretient y compris avec NETANYAHOU avec lequel il n'avait pas eu d'échanges depuis déjà des mois, c'est aussi une façon de rétablir un dialogue pour que la situation puisse se calmer notamment pour protéger nos ressortissants. Je rappelle que c'est notre priorité absolue, pour protéger aussi nos emprises dans la région et tous nos intérêts dans la région, et puis pour permettre la libre circulation, parce que tout cela a évidemment une conséquence très importante dans le commerce international.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
On va y revenir sur ces conséquences, mais avant, la question qui se pose, c'est quand même, vous avez dit, ce n'est pas notre guerre. La question, c'est notre degré d'implication dans cette guerre. Dans ce contexte, il y a des ravitailleurs américains qui se sont posés sur la base militaire française à Istres, dans les Bouches-du-Rhône. Votre ministre de tutelle, Jean-Noël BARROT, a évoqué une opération de routine. On l'écoute. C'était hier soir.

JEAN-NOËL BARROT, MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES
Ce sont des opérations de routine, dans le cadre de l'OTAN…

JOURNALISTE
Ce n'est pas avant cette guerre…

JEAN-NOËL BARROT
Si, qui permettent aux Etats-Unis de se poser, de temps à autre, sur cette base en France. Mais étant donné le contexte, nous avons exigé, de la part des Etats-Unis, qu'aucun moyen bénéficiant de cet accueil à Istres ne soit ensuite utilisé dans le cadre des opérations menées par les Etats-Unis en Iran. Et nous en avons obtenu la garantie.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
ÉLEONORE CAROIT, on aimerait comprendre les avions américains qui viennent faire le plein, grosso modo, chez nous, dans le sud de la France, comment est-ce que vous allez pouvoir vous assurer qu'ils ne ravitaillent pas, à leur tour, des appareils, des avions qui participent à cette guerre ?

ÉLEONORE CAROIT
Je pense qu'il faut poser cette question au ministère des Armées. Moi, je m'en remets à ce que je viens d'entendre de la part du ministre.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Ce n'était pas très, très clair. C'est pour ça qu'on vous pose la question.

ÉLEONORE CAROIT
Non, mais c'est un avion de ravitaillement et c'est un avion qui se pose dans le cadre d'opérations qui existent déjà. Je pense que c'est important, au moment où nous vivons et compte tenu de la gravité de la situation au Moyen-Orient, de ne pas faire enfler des polémiques qui n'en sont pas.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Donc on peut faire confiance aux Américains qui, jusqu'ici ne nous ont pas non plus beaucoup impliqués, prévenus, dans leurs opérations ?

ÉLEONORE CAROIT
En ce moment, si vous avez un ravitailleur qui se pose que ce sont des opérations qui sont déjà prévues dans le cadre de nos engagements internationaux, dans le cadre de nos engagements en matière de sécurité de l'OTAN, je pense qu'il faut surtout être très précis et ne pas donner l'impression que, d'une façon ou d'une autre, nous participons, nous intervenons. Aujourd'hui, tout ce que nous faisons est assuré.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
C'est un peu la question de notre pays. On dit qu'on n'est pas dans le contexte actuel de présence militaire américaine.

ÉLEONORE CAROIT
Justement, c'est pour ça que c'est important de dire que la France, aujourd'hui, ce qu'elle fait, c'est rétablir le dialogue, chercher les voies diplomatiques, permettre justement d'assurer la liberté de circulation, y compris des marchandises, y compris du ravitaillement en énergie, protéger ses concitoyens. Et ça, c'est vraiment notre priorité absolue. Mais en aucun cas, aujourd'hui, nous ne participons à ce conflit.

THOMAS SECHIER
ÉLEONORE CAROIT, cette guerre a déjà des répercussions, en tout cas, sur le portefeuille des Français, puisque les prix à la pompe sont en hausse ces derniers jours. Case à 20 centimes pour le gasoil, notamment chiffre avancé par le ministre de l'Economie. Ce matin, qu'a prévu de faire le Gouvernement ? Est-ce qu'il est envisagé d'éventuellement bloquer les prix, temporairement ?

ÉLEONORE CAROIT
Il est évidemment beaucoup trop tôt pour penser à des mesures de long terme. Aujourd'hui, ce que le Gouvernement fait, et ce sur quoi nous sommes tous pleinement mobilisés, c'est, encore une fois, la désescalade, c'est permettre la circulation, notamment par le détroit d'Ormuz. Le Président de la République l'a rappelé, le ministre Jean-Noël BARROT aussi. Il y a 20% du commerce qui transite par ce détroit.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Et sécuriser ce détroit, ça n'empêche pas de regarder aussi, dans le même temps, qu'est-ce qu'on peut faire ici, chez nous, pour éviter une flambée des prix à la pompe. Concrètement à ce que vous regardez les mécanismes ? Je vous pose la question parce qu'hier, chez nous, Dominique SCHELCHER, le PDG de COOPERATIVE U, à qui on posait cette question des prix à la pompe, notamment dans ses magasins, a rappelé que plus de la moitié du prix à la pompe était constitué de taxes et que donc, finalement, le grand gagnant de la hausse du prix de l'essence, c'était le Gouvernement et l'État.

ÉLEONORE CAROIT
L'État n'est évidemment pas le grand gagnant de la hausse des prix de l'essence. Et nous, notre intérêt, c'est évidemment de protéger le pouvoir d'achat des Français et de protéger leur portefeuille. Maintenant, ce que sont en train de faire en ce moment le ministre de l'Économie et la ministre de l'Énergie, c'est de regarder avec tous les écosystèmes pour qu'il n'y ait pas d'abus, pour qu'il n'y ait pas d'augmentation qui ne soit pas liée au contexte international.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Lutter contre les abus et contre les fraudes.

ÉLEONORE CAROIT
Exactement.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Est-ce qu'il y a aussi des outils, je reprends la question de Thomas, nécessaires, qui sont disponibles pour le gouvernement afin de juguler cette hausse des prix ?

ÉLEONORE CAROIT
À ce stade, vous comprenez que les choses évoluent très rapidement et qu'il est impossible de savoir quel impact ça aura sur le long terme, d'autant que notre ambition, à ce stade, là où nous mettons vraiment notre énergie, c'est de faire en sorte que le commerce puisse reprendre et qu'il n'y ait pas justement cette flambée qui est en tout cas attendue ou crainte, donc vraiment de faire en sorte…

THOMAS SECHIER
Dès à présent, si on va faire le plein pour sa voiture, là on se rend vraiment compte, on se rapproche des 2 Euros le litre.

ÉLEONORE CAROIT
Mais aujourd'hui, ce qu'on va faire, c'est véritablement réouvrir ses voies de navigation pour enrayer cette situation-là.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
Au-delà de la question des prix, il y a la question de la pénurie. Alors elle a été vraiment écartée par Roland LESCURE, votre collègue était ici mercredi. En même temps, elle a été écartée temporairement, c'est-à-dire si le blocage continue quelques jours, quelques semaines, on avait cru comprendre qu'au-delà de trois semaines, ça serait compliqué. Est-ce que vous nous dites aujourd'hui, si le blocage du détroit d'Ormuz se poursuit au-delà de trois semaines, il y a des risques cette fois de pénurie ?

ÉLEONORE CAROIT
Aujourd'hui, il faut regarder qu'on est dans une situation qui est extrêmement régionalisée, dangereuse, avec des incertitudes, mais que nous sommes des acteurs et que nous sommes là pour stabiliser, pour faire en sorte justement que la circulation puisse reprendre. Donc je ne vais pas vous faire une projection parce que ce que je peux vous dire, c'est que nous sommes dans l'action pour faire en sorte que ce commerce puisse avoir lieu et que ces hypothèses que vous envisagez n'adviennent pas.

CAMILLE VIGOGNE LE COAT
On est dans l'action, on n'a aucune capacité de se projeter, si je vous entends.

ÉLEONORE CAROIT
Ce n'est pas qu'on n'a pas de capacité de se projeter, mais c'est qu'aujourd'hui, ce que l'on veut, c'est éviter que cela n'ait lieu. Donc nous sommes plutôt en train de faire en sorte que le commerce puisse reprendre, comme vous l'avez entendu de la part du ministre de l'Économie, qu'il n'y ait pas justement cette pénurie qui est crainte et tous ces scénarii qui sont en train d'être envisagés, et que l'on puisse reprendre un commerce normal qui du coup n'affecte pas l'économie et le portefeuille des Français.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 mars 2026