Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur l'armée française et le conflit au Moyen-Orient, à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle le 9 mars 2026.

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Texte intégral

Monsieur le Chef d'Etat-major des armées, 
Monsieur le Chef d'Etat-major de la Marine, 
Monsieur le Chef d'état-major particulier, amiral, commandant, je suis heureux de vous retrouver tous et de pouvoir vous dire quelques mots.

D'abord, pour vous remercier de la manœuvre qui vient d'être opérée il y a quelques jours. Je sais que vous étiez partis depuis fin janvier, que vous aviez déjà mené plusieurs exercices en Atlantique Nord, et compte tenu des frappes décidées il y a un peu plus de huit jours par Israël et les États-Unis d'Amérique, des frappes en réponse de l'Iran et de la déstabilisation de toute la région, j'ai en effet pris la décision et demandé au CEMA et au CEMM de pouvoir vous donner instruction de faire route pour rejoindre la région. Peu de marines sont capables de faire ce qui a été fait, et vous l'avez fait à vitesse soutenue, je le sais, et dans une manœuvre exceptionnelle, et je voulais avant toute chose vous en remercier.

C'est une grande fierté pour moi d'être à nouveau parmi vous, de vous retrouver dans ce hangar et d'être à nouveau sur le Charles de Gaulle avec l'ensemble du GAN. C'est aussi une fierté de le faire avec l'ensemble de nos moyens français et de vous voir coordonnés de manière parfaite avec plusieurs Européens. Nous avons vu les frégates néerlandaises, espagnoles, maintenant italiennes, bientôt grecques, qui vous rejoignent.

Alors pourquoi cette manœuvre et quel est le cadre dans lequel vous allez opérer ? Pour vous en dire quelques mots avec malgré toute la prudence d'usage, parce que le cadre est encore mouvant. D'abord, pour protéger nos compatriotes. Dans la région, nous avons plus de 400 000 ressortissants qui vivent et il était important de ramener des moyens pour pouvoir, en cas de rapatriement, de difficultés, être à la manœuvre. Et le GAN, avec l'ensemble de ses moyens, plus ce que nous sommes en train de rapporter ici, en Méditerranée orientale, nous permettra d'être à l'initiative et de le faire aussi en lien avec les autres Européens et de ne pas subir.

La deuxième chose, c'est de protéger aussi nos alliés, nos amis, ceux avec qui nous avons des accords de défense. Depuis le premier jour, on a envoyé des moyens, système Mistral, Rafale, etc. C'est important de pouvoir être aussi aux côtés des pays de la région avec lesquels nous avons des accords de défense et qui peuvent être fragilisés par ce qui se passe, et de pouvoir opérer l'ensemble de la manœuvre et, tout particulièrement, le faire pour Chypre, ce sera le début de votre mission. La Languedoc est arrivée il y a quelques jours, système Mistral aussi, et de le faire pas trop loin du Liban qui est aussi sous très forte pression.

Puis la troisième chose, c'est de pouvoir coordonner une manœuvre plus large, elle aussi totalement pacifique, défensive, mais qui est notre responsabilité, qui est dans ce cadre très désorganisée, de pouvoir préserver la liberté de navigation et participer à la sûreté maritime. C'est important pour beaucoup de pays qui sont alliés et c'est important aussi pour les intérêts de la France, en particulier pour la liberté du commerce, pour permettre au pétrole et au gaz de pouvoir circuler, parce que nos compatriotes vivent déjà les conséquences de ce qui se passe. Donc nous aurons à opérer des manœuvres en Méditerranée orientale, vous allez les orchestrer au premier chef, de pouvoir aussi participer aux opérations en Mer Rouge et de Suez à Bab-el-Mandeb, de continuer de faire ce que nous avons plusieurs fois fait ces dernières années, qui est de préserver cette liberté de navigation, dans le cadre en particulier de la mission ASPIDES, et de concevoir aussi une mission ad hoc, au moment voulu, elle aussi pleinement défensive, pour pouvoir restaurer, quand les conditions seront permises, la circulation et l'ouverture calibrées dans le détroit d'Ormuz, mission qui nous est familière et qu'on a pu accomplir avec d'autres il y a maintenant quelques décennies.

Voilà le cadre, si je puis dire, dans lequel nous nous inscrivons. La France est là pour protéger les siens, pour être aux côtés de ses alliés et de ses amis qui sont frappés, et pour pouvoir participer à des missions ô combien essentielles, de liberté de navigation et de sûreté maritime. C'est dans ce cadre strict que nous opérons. Nous ne participons pas à un conflit en cours, mais nous opérons dans ce cadre.

Votre présence aujourd'hui démontre la puissance de la France, celle d'une puissance d'équilibre, de paix, aux côtés de ses amis, celle aussi d'une puissance européenne qui sait organiser autour d'elle et orchestrer la présence de plusieurs autres Européens, et c'est exactement ce que nous allons consolider dans les jours, les semaines, peut-être les mois qui viennent, avec le degré d'incertitude que les événements font porter sur la situation.

Voilà ce que je voulais vous dire en vous disant ma confiance, ma reconnaissance pour la manœuvre tout particulièrement des derniers jours, mais aussi les exercices que vous avez préalablement conduits, et pour vous dire aussi ma confiance pour les jours, les semaines, les mois qui viennent. La mission est exigeante, mais je vous sais à la hauteur de celle-ci, et tout particulièrement dans cette année un peu particulière pour notre Marine nationale, mais également avec l'ensemble de nos aviateurs, nos soldats et toutes celles et ceux qui concourent à la mission du GAN. Merci à tous.

Avec ma confiance, vive la République, vive la France !