Texte intégral
ORIANE MANCINI
Merci d'être là. Bonjour Sébastien MARTIN, ministre délégué chargé de l'industrie. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale représentée par Christelle BERTRAND du groupe La Dépêche. Bonjour, Christelle,
CHRISTELLE BERTRAND, JOURNALISTE POLITIQUE DU GROUPE LA DEPECHE
Bonjour Oriane, bonjour Sébastien MARTIN,
SEBASTIEN MARTIN
Bonjour,
ORIANE MANCINI
Sébastien. Sébastien MARTIN, onze jours de conflit au Moyen-Orient et l'inquiétude ici en France sur les prix à la pompe qui augmentent, ça inquiète évidemment les Français, plus 5% pour l'essence, plus 25 centimes pour le gasoil qui atteint 2 euros le litre. Qu'attend le gouvernement pour agir ?
SEBASTIEN MARTIN
Le Gouvernement, il est déjà, je peux vous dire, à l'action depuis le déclenchement de cette de cette crise. Tous les jours, il y a un suivi qui est effectué à Bercy. Roland LESCURE, hier, a réuni un G7. Il doit y avoir une nouvelle réunion du G7 aujourd'hui. Et d'ailleurs, vous voyez bien qu'à chaque fois qu'il y a ce genre de réunion, et des signaux ont été envoyés hier lors du G7 Finances présidé par Roland LESCURE, sur la possibilité éventuelle de recourir aux stocks stratégiques. Cela a eu un effet d'apaisement sur les marchés. Maintenant, il faut que les prix à la pompe, ça se voit, qu'il y a cet apaisement puisqu'on est repassés sous les 100 dollars. Et puis ensuite, la vraie question de fond, c'est bien évidemment la libération du détroit d'Ormuz.
ORIANE MANCINI
Mais pourquoi ça ne voit pas ? Il y a des abus de la part de certains distributeurs ?
SEBASTIEN MARTIN
Non, pour l'instant, ce qui a été demandé par le Premier ministre, c'est qu'on ait une campagne massive de contrôle. Il s'écoule jusqu'à demain. Demain, normalement, 500 contrôles sont effectués pour voir s'il y a une différence entre la hausse des cours mondiaux et ce qui se retrouve à la pompe. Nous, on est dans un dialogue avec les distributeurs pour dire : " Attention, il faut que tout le monde joue le jeu dans cette affaire. S'il y en a qui ne jouent pas le jeu, ils seront sanctionnés ". Mais dans la grande majorité, les distributeurs, aujourd'hui, n'ont pas eu des gestes, comment dirais-je, qui iraient bien au-delà de l'évolution des cours. Mais on est extrêmement attentifs et s'il y a des brebis galeuses, il faudra bien évidemment les signaler.
CHRISTELLE BERTRAND
Mais les contrôles sont là pour vérifier justement qu'il n'y ait pas de brebis galeuses, que personne ne profite de l'augmentation de ses cours. Mais les cours augmentent quand même. Est ce qu'il y a une action nécessaire pour limiter un peu cette augmentation ? LFI, par exemple, demande le blocage des prix de l'essence, a déposé un projet de loi dans ce sens-là. Est-ce que c'est une bonne idée ?
SEBASTIEN MARTIN
Comme vous dites, ils ont déposé un projet de loi alors qu'il n'y a même pas de session parlementaire en cours et qu'il n'y aura pas de session parlementaire avant la fin des élections municipales.
CHRISTELLE BERTRAND
Donc, c'est un argument électoral, selon vous ?
SEBASTIEN MARTIN
C'est de l'agitation. La vérité, c'est qu'on est face à un phénomène qui s'appelle une crise internationale mondiale. Parce qu'un conflit qui était sous-jacent est désormais engagé au Moyen-Orient et avec un pays qui s'appelle l'Iran, qui est, d'une part, producteur et par ailleurs est côtier avec un détroit par lequel 20% des stocks de pétrole transitent et vont à travers le monde. Donc forcément, ça a une répercussion sur les cours. Aujourd'hui, au niveau international, il faut agir avec l'AIE, avec le G7, avec nos partenaires européens d'une part pour sécuriser la région, pour pouvoir reprendre les transports. C'est ce qu'a proposé le président de la République. Et d'ailleurs, si autant de moyens militaires français sont déployés, c'est aussi pour ça. Et d'autre part, envoyer des signaux au marché d'une forme d'accalmie, de sérénité.
ORIANE MANCINI
Ce n'est pas parce que c'est une crise internationale que le Gouvernement ne peut pas agir. Pendant la guerre en Ukraine, c'était aussi une crise internationale avec des conséquences internationales. Et le Gouvernement a pris des mesures pour limiter la hausse des prix à la pompe. Pourquoi il ne le fait pas là ?
SEBASTIEN MARTIN
Quand on prend la crise en Ukraine, la crise en Ukraine, la hausse des prix si je me souviens bien, par exemple, sur le gaz, on était passé de 50 euros le mégawattheure à 200 euros du mégawattheure. Sur l'essence, on avait largement dépassé les 2 euros. Et tout cela a eu un coût d'à peu près 70 milliards d'euros. Moi, j'aime bien tous ceux qui, par exemple le Rassemblement national, nous expliquent que nous avons des déficits, mais qui propose dans le même temps de les accroître de 20 milliards d'euros supplémentaires. Donc il faut raison garder…
ORIANE MANCINI
En diminuant les salaires.
SEBASTIEN MARTIN
Cette guerre a pris a démarré il y a un peu plus d'une semaine au niveau international et au niveau national. Nous agissons, mais je crois que beaucoup ont dit qu'il ne fallait pas forcément encore faire des chèques et des chèques. Et j'ai d'ailleurs entendu Sophie PRIMAS dire qu'il fallait avoir des mesures ciblées. Donc, il faut regarder les choses sereinement. Nous regardons les choses sereinement. S'il y a des mesures ciblées qui devaient être prises dans l'avenir parce que ce conflit venait à durer, alors il faudra y travailler. Mais réagir de manière un peu épidermique et surtout très politique à quelques jours des élections municipales, ce n'est pas la politique.
CHRISTELLE BERTRAND
N'empêche qu'on voit que la colère monte, et notamment sur les réseaux sociaux. Il y a des groupes qui se sont montés du même genre que ce qui s'est monté au moment des gilets jaunes en disant : "Attention aux prix à la pompe". Est-ce que vous craignez un embrasement, un enflammant de l'opinion publique à quelques jours des élections municipales ? C'est un vrai sujet.
SEBASTIEN MARTIN
Je crois que c'est bien pour ça que le Premier ministre a demandé à ce qu'il y ait ces contrôles qui soient effectués. Vous l'avez vu, on est repassé sous les 100 dollars par deux effets. Je veux quand même le dire parce que, oui, il y a la déclaration de Donald TRUMP hier soir, qui dit : "Ce conflit est presque terminé". Honnêtement, je ne sais pas qui c'est quand exactement.
CHRISTELLE BERTRAND
C'était pour rassurer les marchés ça ?
SEBASTIEN MARTIN
Et juste avant, juste avant Roland LESCURE, avec le G7, a fait une déclaration portant sur nos réserves stratégiques. Les réserves stratégiques, c'est à peu près quatre mois de disponibilité que nous avons sur le territoire national et qu'il y a d'ailleurs dans d'autres pays. Il n'y a pas qu'en France que ça se passe comme ça les stocks stratégiques. Et qui ont un effet effectivement de "Soulagement" sur les marchés. Donc, aujourd'hui, il y a d'autres rendez-vous.
CHRISTELLE BERTRAND
Ces réserves stratégiques vont être utilisées ?
SEBASTIEN MARTIN
Elles peuvent être utilisées pour le moment…
CHRISTELLE BERTRAND
Ce sera décidé aujourd'hui, c'est ça ?
SEBASTIEN MARTIN
Pour le moment, nous sommes sur des réactions de marché qui ont quelque part une part de rationalité parce que tout le monde voit bien que le détroit d'Ormuz est fermé. Mais en même temps, il y a aussi une part très spéculative. Donc, quand vous avez des réactions qui sont spéculatives, il faut envoyer des signaux pour dire à la spéculation de se calmer, de redescendre et que les prix à la pompe puissent rebaisser. J'entendais ce matin la représentante des pétroliers à la radio qui expliquait que normalement, si effectivement chacun joue le jeu vu que les cours sont redescendus en dessous de 100 dollars le baril, ces prix peuvent baisser, mais il faut effectivement que dans la journée, ça se confirme.
CHRISTELLE BERTRAND
Ce que vous dites, c'est aux consommateurs : " Pas d'inquiétude, les prix vont redescendre ".
SEBASTIEN MARTIN
Je dis, la situation, je la comprends parfaitement. Je dis à chaque personne qui, tous les jours, doit prendre sa voiture, faire son plein. Je comprends parfaitement l'effort qu'il y a aujourd'hui à faire. Simplement, ne faisons pas croire que par une politique de chèque supplémentaire parce que de toute façon c'est le français qui le paye, le chèque qui le paye, le chèque qui est fait par l'Etat, ce sont les Français, ce n'est personne d'autre. Et aujourd'hui d'ailleurs, si nous avons encore des déficits, c'est parce qu'à un moment, nous avons eu cette politique pour protéger les Français. C'était sans doute utile, mais beaucoup qui aujourd'hui, réclame de faire des chèques sont exactement les mêmes que ceux qui nous expliquent qu'on a fait trop de chèques.
ORIANE MANCINI
Est ce qu'il y a un risque de pénurie dans des stations-service ?
SEBASTIEN MARTIN
Non, pour le moment, il n'y a aucun risque de pénurie. D'ailleurs, il y a ces stocks stratégiques dont je vous parlais à l'instant. Il n'y a pas de risque de pénurie.
ORIANE MANCINI
Alors, il y a évidemment l'inquiétude pour les particuliers qui vont faire leur essence. Il y a aussi une inquiétude chez les professionnels, les entreprises, les agriculteurs, les pêcheurs. Est-ce que vous arrivez déjà à mesurer les conséquences sur notre industrie ?
SEBASTIEN MARTIN
Moi, ce qui me frappe, c'est le calme dont font preuve les filières industrielles, comparé d'ailleurs à une certaine forme d'agitation politique dans cette situation. Je crois qu'en matière énergétique d'abord, la plupart des industriels ont des contrats, donc, ils ne sont pas forcément tout de suite soumis à des aléas, des coûts, de l'énergie. Donc, quelque part, ça permet un peu de voir venir. Bien évidemment que si cette situation devait durer trop longtemps, il est évident qu'au-delà des problématiques énergétiques aujourd'hui, on pourrait se poser des questions d'approvisionnement de certaines matières premières.
CHRISTELLE BERTRAND
Ca ne concerne pas que l'essence, l'aluminium, les intrants pour les engrais.
SEBASTIEN MARTIN
Exactement. Et puis même pour fabriquer certaines pièces, il faut de l'énergie. Certains pays sont très dépendants de la situation.
CHRISTELLE BERTRAND
Si la situation devait durer, on pourrait craindre une inflation majeure en France et en Europe en général ?
SEBASTIEN MARTIN
Si la situation, si demain le prix du pétrole repasse à 120, 130, bien sûr que ça aurait des conséquences sur l'inflation.
CHRISTELLE BERTRAND
Et si le détroit est toujours bloqué.
SEBASTIEN MARTIN
Si le détroit bloqué, c'est bien pour cela que la France agit sur les questions qui sont des questions majeures dans ce conflit. Quand nous envoyons le Charles DE GAULLE, lorsque nous proposons d'organiser, au niveau international, une forme de de coalition pour sécuriser le détroit d'Ormuz et que les tankers et que les navires qui utilisent le détroit d'Ormuz puissent à nouveau utiliser le détroit d'Ormuz. C'est la vraie réponse à la situation de crise que nous connaissons.
ORIANE MANCINI
Pour le moment, ce ne sont que des mots, vous pensez que ça va se transformer en actes ?
SEBASTIEN MARTIN
Non, ce ne sont pas des mots. Il y a des discussions qui sont en cours aujourd'hui entre les différentes armées, que ce soit avec les Etats-Unis, avec la France ou d'autres, pour essayer d'organiser ça. Mais je crois qu'il faut être un petit peu sérieux dans une situation comme celle-là. Ce n'est pas en 24 h qu'on sécurise le détroit d'Ormuz, qu'on organise une coalition internationale et qu'on met en place les moyens qui vont avec. Mais ceci a été engagé. Président de la République l'a engagée. Je voudrais rappeler que la France est un pays à avoir les moyens de faire ce qu'il fait en ce moment. On l'oublie un peu, là, dans le french bashing généralisé, notamment de la part des extrêmes, qui est très fort pour être patriotes mais sont les premiers à cracher sur leur pays. La France est le premier pays et le seul pays européen à avoir pu déployer autant de navires militaires en Méditerranée orientale pour aller protéger nos amis chypriotes qui sont membres de l'Union européenne et pour être à proximité des côtes des côtes du Liban et pouvoir aussi porter secours à nos amis libanais.
ORIANE MANCINI
Mais vous espérez que le détroit d'Ormuz sera débloqué rapidement. Comment ça sera…
SEBASTIEN MARTIN
Le plus vite sera le mieux. Mais je ne vais pas vous dire le détroit d'Ormuz va être libéré aujourd'hui ou demain. Je pense que j'ai la modestie de considérer que je suis ministre en charge de L'industrie et que ce genre de décision ne m'appartient pas.
ORIANE MANCINI
Justement, on va parler de l'industrie en France. Il y a quelques dossiers évidemment industriels, la verrerie ARC qui a été placée en redressement judiciaire, c'était début janvier, 3 500 salariés inquiets dans le Pas-de-Calais. Aujourd'hui, le tribunal de commerce de Lille est face à une alternative, la reprise ou la liquidation. Est-ce que vous pensez pouvoir éviter la liquidation ?
SEBASTIEN MARTIN
La décision appartient au tribunal. Ce que je sais, c'est que nous avons travaillé avec le repreneur, Timothé DURAND, qui est très attaché à cette entreprise parce que sa famille l'a dirigée par le passé,
ORIANE MANCINI
Le profil type du patron emblématique de l'entreprise.
SEBASTIEN MARTIN
Qu'il a construit une offre financée sérieuse, que l'Etat est prêt à faire des efforts pour l'accompagner, y compris en annulant un certain nombre de dettes, parce que derrière, le projet en dépend, que plusieurs milliers d'emplois…
ORIANE MANCINI
Ca veut dire que l'offre de Timothé DURAN, pour vous, elle est jugée crédible ou que vous travailliez à l'améliorer ?
SEBASTIEN MARTIN
Non, elle est jugée crédible, sérieuse et financée. Et donc cela, c'est extrêmement important. Maintenant, il y a un volet humain, il y a un volet emploi que l'on a essayé d'améliorer du mieux possible. Mais dire, ici, qu'il n'y aura pas de suppressions d'emplois avec cette reprise, ce serait mentir. Et moi, j'ai l'habitude de dire la vérité. Il y aura des suppressions d'emploi avec cette reprise. Et je préfère qu'il y ait aujourd'hui des suppressions d'emploi, une reprise, redonner des perspectives pour l'avenir et que cette entreprise ait une pérennité et qu'elle puisse dans les mois qui viennent ou les années qui viennent à nouveau réembaucher parce qu'elle a retrouvé des marges de manoeuvre plutôt que d'avoir des projets qui nous disent " Non, non, mais je vais licencier personne. Ne vous inquiétez pas. Tout va bien ". Et dans 6 mois, on se retrouve à nouveau avec une crise.
ORIANE MANCINI
Mais vous pensez délimiter à combien les suppressions d'emploi ? Là, on est à 800, je crois, dans le projet initial. Vous pensez les abaisser ?
SEBASTIEN MARTIN
Il y a toujours une différence finalement entre les suppressions d'emploi annoncées et le nombre de personnes réellement concernées parce que vous avez des départs en retraite, vous avez certains postes qui pouvaient être occupés par des intérimaires. Ce que l'on a fait avec Jean-Pierre FARANDOU, c'est que bien avant d'ailleurs les annonces qui pourraient être faites aujourd'hui ou dans les jours qui viennent parce que le tribunal n'est pas obligé de donner sa décision aujourd'hui, nous avons mis en place vraiment une équipe dédiée avec FRANCE TRAVAIL pour travailler à l'accompagnement des salariés d'ARC qui pourraient être concernés.
ORIANE MANCINI
Un mot sur BRANDT, le célèbre groupe électroménager liquidé en décembre dernier. La région Centre-Val-de-Loire, la métropole d'Orléans soutiennent là aussi une offre de reprise de tous les actifs. Un retour à la production à Saint-Jean-de-la-Ruelle d'ici 3 ans. La décision est attendue vendredi. Est-ce que vous soutenez là aussi ce projet de reprise ?
SEBASTIEN MARTIN
Oui, tout à fait. Et puis je voudrais rappeler que quand il y a eu cette décision juste avant Noël de la liquidation de BRANDT, j'ai dit « Je ne laisserai pas tomber BRANDT ». On a dit qu'avec les élus locaux, il fallait qu'on continue à travailler sur un projet de reprise avec une perspective industrielle. Or, c'est ce qui est en train de se passer. Bien sûr, entre-temps, beaucoup de monde a perdu son travail, et je le déplore. Mais vous savez, j'ai eu mon expérience chez moi avec KODAK. Et aujourd'hui, on a des usines qui sont à la place de KODAK. BRANDT, aujourd'hui, j'espère qu'il va se passer à peu près la même chose. C'est-à-dire qu'on a une offre qui est celle de GLADIUS. Il y a deux offres. Il y a une autre offre aussi tout à fait sérieuse. Mais disons que celle de GLADIUS, elle fait l'unanimité des pouvoirs publics locaux. Et ça, c'est une bonne chose que et la métropole d'Orléans et le conseil régional se soient unis autour de l'offre qui est portée par GLADIUS. Maintenant, une fois encore, c'est le tribunal des affaires économiques de Nanterre qui décidera. Il ne m'appartient pas de commenter ou d'influencer le tribunal. Mais ce qui est bien, c'est qu'autour de GLADIUS, il y a une unanimité des pouvoirs locaux. J'espère vraiment que ça va aboutir.
ORIANE MANCINI
Christelle,
CHRISTELLE BERTRAND
Oui. Un dossier qui inquiète beaucoup en Occitanie. Il y a eu une manifestation organisée à Toulouse récemment, le dossier FIBRE EXCELLENCE. Des emplois, là aussi, sont menacés. Le Gouvernement a proposé une aide substantielle qui ne semble pas suffire. 150 millions d'euros, c'est ça ?
SEBASTIEN MARTIN
Oui.
CHRISTELLE BERTRAND
Qu'est-ce que vous pouvez faire de plus pour tenter de sauver FIBRE EXCELLENCE ?
SEBASTIEN MARTIN
Bah écoutez, moi, je réunis encore tout le monde demain, que ce soit les élus locaux, que ce soit les représentants syndicaux, que ce soit la filière bois. Parce que cette entreprise, vous le savez, elle transforme du bois pour en faire de la pâte à papier. Il n'y a pas un jour qui passe très honnêtement sans que j'ai en tête cette préoccupation de FIBRE EXCELLENCE, les deux sites à Saint-Gaudens et à Tarascon, à chaque fois 300 salariés qui sont concernés. On a travaillé tout ce qu'on pouvait travailler sur cette question du prix de l'énergie. Mais je veux dire aussi les choses très sérieusement. On a beaucoup expliqué, mais l'État n'a qu'à baisser le prix de l'électricité.
CHRISTELLE BERTRAND
Parce qu'il y a deux sujets. Il fabrique de la pâte à papier, mais il fait aussi de l'électricité...
SEBASTIEN MARTIN
Cette usine, elle fabrique de la pâte à papier. Et elle a construit aussi une unité de production énergétique en s'appuyant sur ces résidus de pâte à papier qu'elle fait chauffer. Ça fait de l'électricité.
CHRISTELLE BERTRAND
Or, le Gouvernement, qui a fixé les prix de cette électricité, les a fixés très bas et n'ont pas été réévalués depuis 2017.
SEBASTIEN MARTIN
Non. FIBRE EXCELLENCE a répondu à un appel d'offre à l'époque qu'on appelait la Commission de régulation de l'énergie, qui, vous engageait dans ce contrat à avoir un tarif de l'énergie qui était un peu plus de 110 euros pour l'un des deux sites et un peu plus de 120 euros pour l'autre site, quand nous avons aujourd'hui des prix de l'électricité qui, parfois, en gros, sont en dessous de 50 euros. Donc aujourd'hui, on a un prix de l'électricité qui est bien supérieur au prix du marché mais qui ne couvre pas parce que cette entreprise a des coûts importants, ne couvre pas son coût de production de l'électricité qui, lui, est supérieur. Sauf qu'ils ont un contrat…
CHRISTELLE BERTRAND
Eux disent : " On a un concurrent ? "
SEBASTIEN MARTIN
Non, ils ont un contrat... Oui, non, mais d'accord. Ils ont un contrat qui a fixé pour 20 ans le prix de l'électricité. Et on ne bénéficie pas le prix qui est dans un contrat comme ça en claquant des doigts, contrairement à ce que j'ai entendu.
CHRISTELLE BERTRAND
Parce qu'eux disent qu'on achète l'électricité beaucoup plus chère à un concurrent.
SEBASTIEN MARTIN
...Qui est GARDANNE. GARDANNE, ce n'est pas une usine de pâte à papier qui, en plus, fait de l'énergie. GARDANNE, c'était une ancienne centrale au charbon qui, désormais, fait de l'électricité et qui, d'ailleurs, je le rappelle, ce contrat d'électricité qui a été revu fait l'objet d'une analyse assez négative de la part de la correspondance.
CHRISTELLE BERTRAND
Dernière question parce que c'est la clé. Est-ce que le prix de l'électricité produit par FIBRE EXCELLENCE peut être réévalué ou pas ?
SEBASTIEN MARTIN
Moi, je travaille avec les conseils de FIBRE EXCELLENCE qui me disent : « Dans le contrat, il y a peut-être des possibilités ». On a eu une première réunion. Ils ont reconnu eux-mêmes que leur analyse n'était pas juste. On doit se revoir d'ici la fin de…
CHRISTELLE BERTRAND
Dons, il n'y aura pas de réévaluation ?
SEBASTIEN MARTIN
Je dis qu'aujourd'hui, moi, je n'ai pas dans l'immédiat... Parce que le seul moyen de pouvoir modifier un tarif de l'électricité dans ce type de contrat, c'est de passer par une loi de finances. Et moi, je ne veux pas faire des chèques en blanc. Vous connaissez comme moi les difficultés pour obtenir une loi de finances dans ce prix.
ORIANE MANCINI
On va parler des municipales, Christelle.
CHRISTELLE BERTRAND
Oui. Bruno RETAILLEAU avait promis au soir de son élection de faire se lever une vague bleue. Est-ce qu'il aurait dû se montrer un peu plus prudent ? Aujourd'hui, les LR sont en difficulté dans certaines villes un peu emblématiques. Est-ce que vous êtes inquiet ?
SEBASTIEN MARTIN
Moi, je ne sais pas ce qui ressortira des élections municipales de dimanche. Ce que je sais, par contre, c'est qu'il y a…
ORIANE MANCINI
Mais vous pensez vraiment qu'il va ressortir une vague bleue ?
SEBASTIEN MARTIN
Je pense qu'il y aura beaucoup plus de stabilité que de grandes vagues. Moi, je souhaite vraiment la victoire de Rachid DATI à Paris, par exemple, de Jean-Michel AULAS à Lyon. Je souhaite que tous les maires issus de la droite et du centre qui ont été élus puissent être réélus dès lors qu'ils ont bien évidemment un bon bilan et que le travail a été fait.
CHRISTELLE BERTRAND
Il y a des signaux inquiétants, quand même. À Nice, il semblerait qu'Éric CIOTTI soit en avance sur Christian ESTROSI. Dans une forme d'alliance des droites, est-ce que c'est un signal qui vous inquiète ?
SEBASTIEN MARTIN
Ça posera peut-être une question de notre stratégie et de la visibilité. Enfin je dis " notre ", alors qu'après avoir gagné un siège pour Les Républicains aux élections législatives, on m'a reproché maintenant d'être rentré au Gouvernement. Et donc on m'a suspendu de LR.
ORIANE MANCINI
Mais est-ce que ça manque aujourd'hui, la stratégie de LR ? Elle n'est pas claire.
SEBASTIEN MARTIN
Ça reste ma famille politique. Moi, je pense que ce qu'attendaient les gens de droite et ce qu'ont apprécié les gens de droite, quand Bruno RETAILLEAU était au Gouvernement, c'est que la droite agissait. Et en sortant du Gouvernement, comme il l'a fait, eh bien ils ont le sentiment que finalement, la droite, on sait plus trop où elle est. Et peut-être que ça a brouillé un petit peu les cartes. Maintenant, je souhaite effectivement que ma famille politique de la droite et du centre remporte le maximum d'élections municipales.
ORIANE MANCINI
Mais quand vous voyez les sondages à Nice, est-ce que vous vous dites que ça va valider la stratégie d'Éric CIOTTI ? Stratégie d'union des droites, une stratégie de se tourner vers le RN ?
SEBASTIEN MARTIN
Je ne crois pas. Je pense qu'il y a dans le pays une attente forte d'avoir une offre politique de droite, rassemblant la droite et le centre comme ont su le faire Jacques CHIRAC, comme a su le faire Nicolas SARKOZY par le passé, même comme a su le faire François FILLON quand il était notre candidat. Parce que comme il n'y a pas cette stratégie visible, eh bien il y a un certain nombre d'électeurs de droite qui, un peu dépités, peuvent se tourner vers autre chose que l'union de la droite et du centre qui pourrait être l'union des droites.
ORIANE MANCINI
Mais il y avait Jacques CHIRAC, il y avait Nicolas SARKOZY. C'étaient des figures de la droite. La droite, elle a besoin d'un chef. Aujourd'hui, c'est qui, le chef ?
SEBASTIEN MARTIN
Il a à être déterminé dans les mois qui viennent. Il faut peut-être que tout le monde se mette autour d'une table, que ce soit Bruno RETAILLEAU, Édouard PHILIPPE, Gérald DARMANIN, Laurent WAUQUIEZ, Xavier BERTRAND, et se disent que nous sommes à un moment de responsabilité et que soit la droite veut être une simple roue de secours comme les monsieur CIOTTI vis-à-vis de madame LE PEN, soit la droite est l'héritière du général DE GAULLE, soit la droite a une vision gaulliste des choses. Elle s'affirme, elle explique qu'elle est une des grandes familles politiques de ce pays, qu'elle compte et qu'elle n'a pas à être un supplétif de madame LE PEN.
CHRISTELLE BERTRAND
Mais qu'est-ce que ça veut dire " Se mettre autour d'une table " ?
SEBASTIEN MARTIN
Il faut peut-être une fois les élections municipales... Il faut effectivement se mettre autour d'une table une fois les élections municipales passées pour se dire que nous ne pouvons pas avoir 36 candidats à l'élection présidentielle pour représenter la grande famille politique de la droite et du centre, qu'il n'en faut qu'un, et que celui-ci doit être déterminé soit parce qu'une personnalité se dégage grâce à des sondages et que…
CHRISTELLE BERTRAND
Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
SEBASTIEN MARTIN
Moi, ça serait vraiment ma préférence.
ORIANE MANCINI
Dans le dernier sondage, la personnalité la plus haute, c'est Édouard PHILIPPE. Est-ce que vous êtes…
SEBASTIEN MARTIN
Écoutez, un an avant les élections présidentielles, on ne sait jamais vraiment ce qui va se passer. Je vous rappelle que Jacques CHIRAC était battu par Édouard BALLADUR haut la main.
ORIANE MANCINI
Bon alors donc c'est compliqué de le déterminer par les sondages.
SEBASTIEN MARTIN
Donc, ça veut dire que jusqu'à cet automne, nous avons la nécessité de voir si, effectivement, une personnalité peut se dégager pour rassembler la grande famille politique de la droite et du centre. Et je préfère cette modalité-là que la primaire, parce que la primaire, ça sert surtout à ceux qui, aujourd'hui, n'ont aucune chance d'être président de la République, de négocier un bon poste au Gouvernement si on gagne et à se faire connaître. Moi, je préfère un système dans lequel nous avons une personnalité qui se dégage. Et ensuite, les gens se rassemblent autour de cette personnalité, et ça crée une dynamique. La politique, ce n'est pas de l'arithmétique, c'est de la dynamique. Il faut qu'une personnalité se dégage et que les gens se rassemblent autour d'eux.
CHRISTELLE BERTRAND
Vous pensez que les LR aujourd'hui seraient prêts à s'aligner derrière quelqu'un qui n'est pas issu de leur famille politique ? Et je pense à Édouard PHILIPPE.
SEBASTIEN MARTIN
Mais je ne sais pas. Ou peut-être que c'est quelqu'un issu d'une autre famille politique de LR qui se rangera derrière quelqu'un qui est issu de LR. Pour le moment, le temps politique, ce sont les élections municipales. Après ces élections municipales, il faut que les gens se mettent autour de la table et trouvent une solution pour qu'on ait un seul candidat.
ORIANE MANCINI
Mais vous redoutez que ces municipales, elles débouchent sur un éclatement des LR ? Parce qu'il y en a qui voudront aller vers le RN. Il y en a qui, comme vous, voudront travailler à une candidature unique de la droite et du centre. Est-ce que du coup, ça va diviser le parti ?
SEBASTIEN MARTIN
Au moins, les choses seront claires, peut-être. Mais je ne le vois pas pour autant beaucoup dans ces élections municipales. Il y a quelques cas un peu isolés. Mais je vois plutôt des gens qui ont envie de courir sous leurs couleurs. Un peu partout à travers la France, tout de même, vous avez des listes. Combien il y a de listes RN ? 300 ou 400 listes RN. Donc je pense qu'aujourd'hui, les gens ont plutôt envie d'être sous leurs couleurs. Et puis honnêtement, aux municipales, c'est quand même assez rarement un débat d'ordre de politique politicienne. C'est souvent l'accompagnement de quelqu'un qui a envie de continuer ou pas.
ORIANE MANCINI
Un dernier mot Christelle.
CHRISTELLE BERTRAND
. Il y a une ville où quand même ce sont des questions de politique politicienne. C'est Paris, où Rachida DATI n'est pas au niveau qu'elle l'espérait dans les sondages. Sarah KNAFO a tendu la main. Est-ce que vous espérez une alliance entre Rachida DATI et Sarah KNAFO pour l'emporter au second tour ?
SEBASTIEN MARTIN
Moi, j'aurais préféré être très honnêtement qu'il y ait entre Rachida DATI et Pierre-Yves BOURNAZEL, un accord avant le premier tour pour partir dans une dynamique d'union. L'union, ça serait…
CHRISTELLE BERTRAND
Elle a eu tort de ne pas lui tendre la main plus tôt ?
SEBASTIEN MARTIN
Je ne sais pas. Les faits sont ce qu'ils sont aujourd'hui. Et peut-être aussi que les " Grands chefs ", auraient peut-être pu essayer de se mettre eux aussi autour de la table pour régler le problème de la première ville de France qui est un enjeu politique majeur. Maintenant…
ORIANE MANCINI
Et qui est l'objet d'une guerre des chefs entre Bruno RETAILLEAU, Gabriel ATTAL et Edouard PHILIPPE ?
SEBASTIEN MARTIN
Honnêtement, je n'en fais pas partie, de cette guerre des chefs. Donc vous leur poserez directement la question. Ça ne m'intéresse pas beaucoup. Mais ce qui comptera, ça sera le résultat. Et si on avait fait la démonstration d'une vraie dynamique d'union, c'est sûr qu'on arriverait au soir des premiers tours sans doute encore mieux. Mais je pense que Rachida DATI a toutes ses chances
CHRISTELLE BERTRAND
Vous ne vous opposeriez pas à une alliance avec Sarah KNAFO ?
SEBASTIEN MARTIN
Pardon ?
CHRISTELLE BERTRAND
Vous ne vous opposeriez pas à une alliance avec Sarah KHAFO ?
SEBASTIEN MARTIN
Ah, je ne suis pas favorable, non, parce que…
CHRISTELLE BERTRAND
Vous n'êtes pas défavorable. Ce n'est pas une ligne rouge.
SEBASTIEN MARTIN
Ou alors je suis défavorable dans le sens où madame KNAFO siège au Parlement européen avec l'extrême-droite. Et comme aurait dit Arnaud MONTEBOURG à un certain moment…
CHRISTELLE BERTRAND
C'est une rouge pour vous ?
SEBASTIEN MARTIN
Pour moi ?
CHRISTELLE BERTRAND
Oui.
SEBASTIEN MARTIN
Ah oui. Je trouve que madame KNAFO, aujourd'hui, a un problème de positionnement politique au Parlement européen. Et donc il faut qu'elle clarifie sa situation.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 mars 2026