Interview de Mme Catherine Vautrin, ministre des armées et des anciens combattants, à CNews le 27 mars 2026, sur le conflit au Moyen-Orient et la production d'armements.

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Média : CNews

Texte intégral

ROMAIN DESARBRES
Ministre des Armées et des Anciens combattants. On va parler évidemment de la situation politique, mais on va essentiellement parler de la guerre au Moyen-Orient. La guerre en Iran qui se poursuit. Vous revenez tout juste d'un déplacement dans le Golfe. Vous étiez aux Émirats Arabes Unis, au Qatar et en Arabie Saoudite. Qu'est-ce que vous êtes allé leur dire, et que vous ont-ils dit ?

CATHERINE VAUTRIN
Mon voyage avait deux objectifs. Le premier était bien sûr de rencontrer mes homologues sur place. Le second était de rencontrer nos troupes, puisque nous avons des troupes prépositionnées, notamment aux Émirats Arabes Unis. L'objectif était évidemment de relayer le message de la France auprès de mes homologues. Vous le savez, la France a signé des accords de défense avec certains pays, très concrètement avec les Émirats Arabes Unis, comme, d'ailleurs, avec le Qatar. Et ces accords prévoient une clause d'assistance dès lors qu'un pays est dans une situation dans laquelle il est attaqué et qu'il demande une assistance à la France. Et la France a répondu immédiatement à la demande de ces pays. Et le message de la France est de dire trois choses essentielles. La première, nous avons dans cette zone, proche et Moyen-Orient, 400 000 personnes françaises, 400 000 ressortissants français. Premier objectif : c'est évidemment la sécurité de nos ressortissants. Vous vous souvenez qu'au début de la guerre, c'était la fin des vacances scolaires, avec tous les sujets de rapatriement des Français qui étaient partis en vacances, par exemple. Deuxième élément majeur : c'est évidemment montrer combien nous sommes un partenaire fiable. La parole de la France fait sens. Quand la France est engagée, elle est là. Ce qui veut dire que ce que je suis allée voir avec mes homologues, c'est combien la France a été capable d'accompagner, avec des rafales. Nous avons six rafales prépositionnées aux Émirats arabes unis. D'autres, six autres, sont arrivées. Nous avons de la défense sol-air qui est également arrivée. Et le troisième message, c'est celui qui est de dire que la France recherche la voie diplomatique et que, notamment, sur un sujet extrêmement important qui est celui du Détroit d'Ormuz, la volonté de la France est de rassembler une mission ad hoc diplomatique pour régler ce conflit par une voie qui soit une voie diplomatique.

ROMAIN DESARBRES
Ça, c'est la position de la France. On va la détailler. Des forces militaires françaises sont sur place, notamment, vous l'avez dit, aux Émirats arabes unis. Comment on les protège ?

CATHERINE VAUTRIN
Alors, nous avons immédiatement…

ROMAIN DESARBRES
Comment on protège nos troupes, nos militaires ?

CATHERINE VAUTRIN
C'est ce qu'on appelle, vous le savez, la défense passive. En d'autres termes, j'étais avec nos troupes sur le Camp de la Paix, qui est à Abu Dhabi, sur le port, la base navale. Très concrètement, nous avons aujourd'hui réorganisé totalement la base, avec, évidemment, des blocs de défense, des blocs de béton qui ont été mis, avec une réorganisation complète du fonctionnement de ce camp et des équipements. Parce que vous le savez, il y a un drone…

ROMAIN DESARBRES
Pour les protéger, des missiles aussi ? Drones et missiles ?

CATHERINE VAUTRIN
Drones et missiles. Ce sont, il faut que chacun soit conscient, des militaires qui vivent avec des alertes. J'étais en réunion avec eux. Nous avons, ensemble, vécu une alerte, avec des moyens de protection que vous imaginez, de cases de gilets pare-balles. Mais au-delà de cela, c'est la réorganisation complète du camp, des locaux, qui ne sont plus utilisés, des abris qui sont mis à disposition. Donc, c'est un repositionnement complet. Ce qui me conduit d'ailleurs à insister sur un point important : c'est que ces forces prépositionnées ont changé de statut. Elles sont devenues des forces en opération extérieure. C'est un élément extrêmement important. Les familles sont rentrées. 500 personnes sont rentrées, conjointes et enfants, avec toutes les conséquences. Et je voudrais que les Français et les téléspectateurs entendent bien cette notion. C'est-à-dire…

ROMAIN DESARBRES
Et les auditeurs d'Europe 1.

CATHERINE VAUTRIN
Et les auditeurs d'Europe 1, bien sûr. Qu'aujourd'hui, ces familles, elles se retrouvent avec, par exemple, un élève qui est en terminale. Eh bien, le sujet : où va-t-il passer son bac ? Ce sont des sujets aussi concrets que cela. Et c'est important d'insister sur l'engagement de nos militaires. Il est de tous les instants. Et bien évidemment, les familles ont finalement cette implication, cette capacité, à rentrer et à s'organiser.

ROMAIN DESARBRES
Et on a évidemment une pensée pour le Major Arnaud FRION, tué le 12 mars dernier dans une frappe de drone en Irak.

CATHERINE VAUTRIN
Vous avez raison. Et je voudrais bien le rappeler : j'ai présidé cet hommage pour le Major Arnaud FRION avec ses frères d'âme. Et j'ai rencontré ses frères d'âme à Bercy. Je voudrais rappeler que leur engagement est un engagement dans la lutte contre Daesh. Cet engagement, c'est un engagement de la France de tous les instants. Et cette mission en Irak, elle est sur ce sujet-là. Parce que parallèlement à cette guerre, les menaces terroristes existent toujours, et nous avons des militaires engagés. Et j'ai ce matin une pensée, non seulement pour la famille d'Arnaud FRION, mais j'ai aussi une pensée pour les malades, les blessés, qui sont à Bercy au moment où nous nous parlons.

ROMAIN DESARBRES
Nous sommes liés par des accords de coopération avec des pays du Golfe. Vous y faisiez allusion à l'instant : Qatar, Emirat Arabe Unis, Koweït. Quelles sont les attentes de nos partenaires ? Qu'est-ce qu'ils vous ont dit quand vous êtes allés sur place ? Ils vous ont dit : " Madame la ministre française, on a besoin de quoi ? "

CATHERINE VAUTRIN
La première chose qu'ils nous ont demandée, et ils l'avaient déjà demandé avant que j'arrive, pour tout vous dire. Et nous avions répondu.

ROMAIN DESARBRES
De quoi ont-ils besoin ?

CATHERINE VAUTRIN
C'est évidemment de la défense sol-air. Puisque le sujet du moment, c'est la protection du ciel. Nous avons accompagné sur le sujet, j'ai cité l'exemple des rafales. Il ne faut jamais oublier que quand on parle rafale, on parle évidemment de l'avion de chasse et de la force de cet avion de chasse. Mais parlons de nos pilotes et de la capacité de nos pilotes à intercepter. Nous avons également des batteries, avec les personnels qui sont en capacité de faire fonctionner ces batteries.

ROMAIN DESARBRES
Qu'est-ce que la France tire sur les drones Shahed ?

CATHERINE VAUTRIN
La France, aujourd'hui…

ROMAIN DESARBRES
Qui sont des drones, on l'a dit plusieurs fois, mais qui valent 20 000 euros. Ce qui est très peu.

CATHERINE VAUTRIN
Vous venez sur un sujet qui est extrêmement important, qui est l'adéquation entre l'effet militaire recherché, c'est-à-dire " Que voulons-nous détruire, et avec quoi ? Est-ce que nous sommes capables de le détruire ? ". Aujourd'hui, il y a des effecteurs, c'est-à-dire la capacité d'avoir des drones anti-drones. C'est là-dessus que la France veut faire porter l'effort. Et c'est tout le sens de la réunion sur l'industrie que nous avons eue hier avec le Premier ministre. Et c'est tout l'objet, par ailleurs, de l'actualisation de la loi de programmation militaire.

ROMAIN DESARBRES
On va y venir.

CATHERINE VAUTRIN
C'est que nous avons besoin de renforcer l'ensemble des mesures sur la lutte contre les drones. On l'avait vu sur le retour de l'Ukraine. Les grandes leçons, finalement, de l'Ukraine, confirmées aujourd'hui par Proche et Moyen-Orient, c'est que la défense du ciel est un enjeu majeur, et que les effecteurs sont recherchés partout. Et là-dessus, la France a des entreprises, je pense par exemple à ARMATAN, une entreprise qui n'existait pas il y a deux ans, valorisée aujourd'hui à 1,4 milliard, qui a une capacité à produire des effecteurs qui permettent justement d'arrêter ces fameux drones.

ROMAIN DESARBRES
Elle est basée où ?

CATHERINE VAUTRIN
Elle est basée en région parisienne au moment où nous nous parlons.

ROMAIN DESARBRES
Le porte-avions Charles de Gaulle est en Méditerranée. Qu'est-ce qu'il fait ?

CATHERINE VAUTRIN
Le porte-avions Charles de Gaulle, chacun le sait, c'est non seulement un gros bateau, 44 000 tonnes de diplomatie, ce sont des avions et ce sont des frégates. Il est là pour…

ROMAIN DESARBRES
Et un sous-marin ?

CATHERINE VAUTRIN
Et potentiellement un sous-marin. Il est là pour, aujourd'hui, assurer la liberté de navigation. Elle est totale en Méditerranée orientale, elle existe en Mer Rouge. Nous avons, parallèlement à ça, renforcé notre surveillance avec deux frégates en Mer Rouge. Et c'est un outil qui est un immense outil, qui permet d'affirmer la défense de la liberté de navigation, avec une souplesse d'utilisation à la main du Président de la République.

ROMAIN DESARBRES
Catherine VAUTRIN, ministre des Armées et des Anciens combattants, avec nous sur Cnews et sur Europe 1 ce matin. Vous avez rappelé la posture défensive de nos forces armées. Si la guerre venait à se poursuivre, est-ce que vous ne craignez pas que cette posture défensive soit difficile à maintenir ? Si nos bases militaires venaient à être frappées, est-ce qu'on pourrait rester défensif ?

CATHERINE VAUTRIN
L'objectif, je le redis, c'est réellement de faciliter la voie diplomatique, d'où la notion de défense.

ROMAIN DESARBRES
J'ai compris. Et les Français ont compris. Mais c'est compliqué.

CATHERINE VAUTRIN
Aujourd'hui, cette guerre n'est pas la nôtre. C'est important de le rappeler. Nous ne sommes pas partis à cette guerre. Nous devons nous défendre, très concrètement. Et c'est la raison pour laquelle la stratégie de la France est de multiplier les contacts. Et vous avez eu hier une réunion extrêmement intéressante, organisée par le chef d'état-major des armées, avec l'ensemble de ses homologues de 35 pays. L'idée étant précisément, là encore, de travailler stratégie défensive. Donc, la volonté, c'est réellement cette approche diplomatique, qui est la seule qui peut garantir un retour à la paix et à la liberté de navigation. Puisqu'il est important que chacun comprenne que si on parle d'Ormuz matin, midi et soir, c'est parce qu'Ormuz, c'est 20% du trafic mondial et que donc, les conséquences sont des conséquences pour les Occidentaux, mais également des conséquences pour le Japon, pour l'Inde. Nombreux sont les pays concernés. Et c'est absolument majeur qu'on arrive à trouver une issue.

ROMAIN DESARBRES
Catherine VAUTRIN, le secrétaire d'État américain Marco RUBIO, est en France en ce moment, il a atterri hier au Bourget, pour rencontrer ses homologues dans le cadre du G7, alors que le Président TRUMP a attaqué les pays de l'OTAN, enfin les a attaqués verbalement, leur reprochant leur réticence, voire leur refus de participer à la guerre contre l'Iran. Vous venez de nous dire " cette guerre n'est pas la nôtre ". C'est ce que vous allez dire, c'est ce que la France va dire à Marco RUBIO ? Marco RUBIO, il veut que la France s'engage plus, la France notamment, mais la France, parce qu'elle a un porte-avions et des moyens.

CATHERINE VAUTRIN
Mais je vous rappelle que lorsque la guerre a commencé, le 1er mars, les États-Unis n'ont pas pris la peine d'appeler, par exemple, la France, pour faire part des plans qui sont les leurs. Donc, ils sont partis seuls, et aujourd'hui, ils demandent aux uns et aux autres de les rejoindre. Ça n'est pas forcément le meilleur esprit de coopération que l'on puisse créer.

ROMAIN DESARBRES
Ça a vexé les autorités françaises ?

CATHERINE VAUTRIN
La question n'est pas de savoir si on est vexé ou pas vexé. La question, elle est sur la stratégie de ce que l'on met en oeuvre.

ROMAIN DESARBRES
Si TRUMP avait appelé la France, est-ce qu'on se serait engagé ?

CATHERINE VAUTRIN
On ne va pas commencer à refaire le film. On va simplement se dire qu'il y a une question de stratégie. Quand on met en place une stratégie, c'est important d'en mesurer les effets potentiels et de regarder les conséquences qui peuvent arriver. Et donc, aujourd'hui…

ROMAIN DESARBRES
Vous dites que les États-Unis sont allés un peu vite ? Les États-Unis et Israël ?

CATHERINE VAUTRIN
En tout cas, ils n'ont pas considéré qu'il était utile de nous informer de ce qu'ils souhaitaient faire et de partager la stratégie qui était la leur.

ROMAIN DESARBRES
Olivier RAFOWICZ, qui est colonel et porte-parole de l'armée israélienne, était en direct avec nous ce matin. Il a dit, au sujet du Liban, quand je lui ai dit que j'allais vous recevoir, il n'a pas cité la France, mais il a dit : " Israël fait le sale boulot au Liban et j'aimerais que des pays, et moi, j'ajoute, comme la France, puisqu'il était question de la France, en fassent plus. " Qu'est-ce que vous répondez à cela ?

CATHERINE VAUTRIN
Mais moi, je vais répondre que déjà, la France fait partie de la force des Nations Unies, la FINUL. Nous avons 700 militaires qui, au titre de la FINUL, sont au Liban pour faire respecter le cessez-le-feu. Le moins qu'on puisse dire, c'est que nous ne sommes pas, au moment où nous nous parlons, dans une situation de respect de cessez-le-feu. Deuxième élément : la France est engagée pour accompagner les forces armées libanaises, parce que tout le sujet face au Hezbollah, c'est la capacité à avoir une armée structurée au Liban, qui permette…

ROMAIN DESARBRES
Mais madame la ministre, l'armée libanaise, ce n'est rien du tout.

CATHERINE VAUTRIN
Oui, mais vous me demandez ce que fait la France.

ROMAIN DESARBRES
Oui.

CATHERINE VAUTRIN
Je vous dis : aujourd'hui, on ne peut pas dire que la France ne fasse rien. La France est engagée sur deux fronts. Le premier, c'est, d'un côté, le sujet FINUL dont je viens de parler.

ROMAIN DESARBRES
Oui.

CATHERINE VAUTRIN
Le second, c'est d'aider le Gouvernement libanais à structurer une armée. Et quel est l'objet de cette armée ? C'est précisément de contenir le Hezbollah. Et aujourd'hui, la difficulté, c'est que c'est le Hezbollah, probablement, d'ailleurs, à la demande de l'Iran, qui a entraîné le Liban dans cette guerre en allant taper sur Israël. Et donc, nous, aujourd'hui, toute la question... Vous savez que nous devions avoir, le 5 mars dernier, une conférence à Paris sur le sujet, précisément, du soutien aux forces armées libanaises, pour aller plus loin sur l'accompagnement des forces armées libanaises, pour réussir à ce que ce pays puisse enfin trouver un fonctionnement qui soit un fonctionnement de paix. Et donc, l'engagement français, il est sur cette formation, cet accompagnement, y compris en termes de matériel, des forces armées libanaises. Voilà ce que nous faisons aujourd'hui au Liban.

ROMAIN DESARBRES
Vous nous dites très concrètement et très clairement que la France veut la destruction du Hezbollah ?

CATHERINE VAUTRIN
La France ne peut pas, par définition, cautionner une organisation qui, aujourd'hui, est une organisation dont on voit les méfaits, pour prendre un mot extrêmement clair, au Liban notamment.

ROMAIN DESARBRES
Une organisation terroriste.

CATHERINE VAUTRIN
Une organisation dont on condamne toutes les actions.

ROMAIN DESARBRES
Qui n'est pas une organisation terroriste, le Hezbollah ?

CATHERINE VAUTRIN
Aujourd'hui, vous savez, le sujet est surtout de mesurer ce qui se passe. Ce que je vois, c'est le million de personnes qui, aujourd'hui, sont sur les routes au Liban, la catastrophe humanitaire du sud Liban. Voilà des sujets qui méritent, évidemment, toute notre attention et sur lesquels nous sommes tous extrêmement engagés.

ROMAIN DESARBRES
Le conflit impacte aussi directement le pouvoir d'achat des Français. Les prix du carburant flambent. Les automobilistes et les Français plus largement, souffrent. On a vu des stations-service qui vendaient de l'essence jusqu'à 2,70 Euros dans la capitale. Qu'est-ce que vous dites aux Français ?

CATHERINE VAUTRIN
D'abord, vous savez combien mes collègues, je pense aussi bien à Roland LESCURE qu'à Maud BREGEON, sont extrêmement engagés sur ce sujet.

ROMAIN DESARBRES
À l'Economie et au porte-parole et à l'Energie.

CATHERINE VAUTRIN
Bien sûr. Mais il y a aussi la ministre de l'Agriculture sur les engrais. On voit bien que là-dessus, il y a plusieurs choses. Il y a évidemment tout un travail sur le coût de l'énergie. Ça montre une chose. Quand la France s'engage notamment sur le nucléaire, pour réduire notre dépendance aux hydrocarbures, le bon sujet, c'est celui-là.
Là encore, il y a deux combats. Le premier, c'est à court terme de régler le sujet qui est celui de la flambée des prix qui passe évidemment autant que faire se peut par de la sobriété mais qui passe aussi par des discussions avec les pêcheurs, les agriculteurs, les chauffeurs routiers, enfin toutes celles et ceux qui sont, au quotidien, concernés. Et il y a un deuxième sujet qui est comment nous avons une capacité à aller plus loin pour réduire cette dépendance parce que nous voyons bien comment nous, finalement, subissons les conséquences d'un conflit qui n'est, une fois encore, pas le nôtre.

ROMAIN DESARBRES
Catherine VAUTRIN, vous y avez fait allusion tout à l'heure, vous avez participé en tout cas à une réunion à Matignon sur l'économie de guerre avec des hauts responsables militaires. Quel était l'objectif concrètement ? Qu'est-ce qui en est ressorti ?

CATHERINE VAUTRIN
Vous savez, je crois qu'il y a un élément majeur qui se résume en un mot, la souveraineté. Et donc, notre objectif, quel est-il ? Il est d'être en capacité de maîtriser notre autonomie de destin. C'est vrai, vous venez d'en parler à l'instant sur finalement les ressources énergétiques. C'est vrai sur les composants pour nos armements. C'est vrai sur tous les besoins stratégiques du pays. Et dans le contexte dans lequel nous sommes, dans les responsabilités qui sont les miennes, aujourd'hui, mon travail, c'est de travailler avec l'industrie de défense pour qu'elle soit en capacité de produire plus, plus vite. Et donc, c'est la raison pour laquelle dans le texte que je porterai début mai à l'Assemblée, nous travaillons sur des capacités de constitution de stock, des capacités de priorisation. J'ai déclenché, le 6 mars dernier, une priorisation chez certains sous-traitants de façon à ce qu'un assemblier comme MBDA, qui est l'armurier français, puisse bénéficier des éléments dont il a besoin pour reconstituer, par exemple, des missiles. Voilà ce dont nous avons parlé. C'est-à-dire, comment nous pouvons produire plus, produire plus en quantité, mais également - et nous revenons à ce que nous évoquions tout à l'heure - faire évoluer notre industrie de l'armement.

ROMAIN DESARBRES
Notamment pour la lutte anti-drone.

CATHERINE VAUTRIN
Exactement, il faut qu'on adapte nos éléments. Donc, vous voyez, c'est la production, c'est le financement et c'est la cadence de production.

ROMAIN DESARBRES
La loi de programmation militaire actualisée sera présentée au Conseil des ministres le 8 avril.

CATHERINE VAUTRIN
Tout à fait.

ROMAIN DESARBRES
8,5 milliards d'Euros supplémentaires investis dans des commandes. On a l'argent ?

CATHERINE VAUTRIN
Oui, nous avons l'argent.

ROMAIN DESARBRES
On va faire des économies ailleurs ?

CATHERINE VAUTRIN
C'est ce qui s'est passé, d'ailleurs. Vous regardez le budget… Je vais prendre un exemple très concret, vous regardez le budget pour l'année 26, le budget des armées augmente de 13%. Sur ces 13%, c'est très concrètement 3,5 milliards de plus cette année par rapport à ce qui avait été prévu. Ce qui veut dire que le budget des armées tout compris avec la surmarche que je viens d'évoquer c'est 6,5 milliards d'économies supplémentaires. Ce qui veut donc dire que nous avons un budget des armées à 57 milliards. Donc c'est un choix qui est fait qui est un choix de souveraineté avec des économies qui ont été faites ailleurs parce que vous avez vu les résultats du déficit, la tendance est inversée et je veux rendre hommage aux équipes et notamment à la ministre du Budget qui, l'année dernière, a beaucoup insisté. Nous étions prévus 5,4, nous sommes à 5,1. Ce qui montre que la France prend une position et finalement une capacité à commencer à réduire son déficit dans un contexte de guerre. C'est absolument majeur, c'est un élément de souveraineté.

ROMAIN DESARBRES
Catherine VAUTRIN, ministre des Armées avec nous ce matin sur Cnews et Europe. L'ambition de l'Allemagne, madame la ministre, est de devenir la première armée d'Europe. Quand l'Allemagne a été forte militairement dans le passé, elle nous a attaqué. Est-ce que le projet vous inquiète ou pas ?

CATHERINE VAUTRIN
Vous savez, l'Allemagne est un pays qui, aujourd'hui, reconstitue une armée. Je dis très concrètement que l'armée aujourd'hui la plus entraînée, la plus opérationnelle en Europe, c'est l'armée française. L'actualisation de la LPM a pour objectif…

ROMAIN DESARBRES
La loi de programmation militaire aujourd'hui

CATHERINE VAUTRIN
Je voudrais juste continuer sur un point. Vous avez vu la guerre depuis trois semaines. Quand le Président de la République a souhaité mettre des navires en mer, en Méditerranée, en mer rouge, immédiatement nous avons eu des bateaux qui sont partis. Quand il s'est agi de mettre des Rafale, ils étaient opérationnels. Quels sont les pays en Europe qui en ont fait autant ?

ROMAIN DESARBRES
Aucun.

CATHERINE VAUTRIN
C'est l'honneur de la France, c'est l'honneur de nos militaires.

ROMAIN DESARBRES
Sur l'Allemagne ?

CATHERINE VAUTRIN
Nous verrons ce qu'ils font. Pour l'instant, ils en sont à des processus de recrutement. Il y a encore un petit peu de marge.

ROMAIN DESARBRES
Je voulais vous entendre également sur la situation politique française et sur ce qui s'est passé dans des mairies France Insoumise où les maires perdants, de droite comme de gauche d'ailleurs, ont été hués, ont été chassés, ont été violentés Quelle a été votre réaction quand vous avez vu ça ?

CATHERINE VAUTRIN
Inacceptable. J'ai été élue six fois dans un conseil municipal. Je suis une élue de territoire. La force de la démocratie, c'est de permettre des alternances quelles qu'elles soient. La règle de la démocratie, c'est de reconnaître le suffrage des électeurs. On respecte celui qui a été choisi hier dès lors qu'il a fait son travail correctement. Et quand on est correct, on sait assumer des transitions. Et quelque part, ces attitudes sont dangereuses. Elles mettent en danger notre république et ses fondements démocratiques


source : Service d'information du Gouvernement, le 30 mars 2026