Interview de M. David Amiel, ministre de l'action et des comptes publics, à TF1 le 27 mars 2026, sur le déficit budgétaire, les aides en matière de carburant face à la crise au Moyen-Orient et les taxes mises en place concernant les petits colis.

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Média : TF1

Texte intégral

ADRIEN GINDRE
L'INSEE vient tout juste, il y a quelques instants, de publier les chiffres du déficit 2025 : 5,1%, c'est mieux que les 5,4 attendus. C'est même d'ailleurs un petit peu mieux également pour la dette publique. Votre réaction, c'est un ouf de soulagement ce matin ?

DAVID AMIEL
C'est évidemment une bonne nouvelle. Le déficit public s'élevait à 5,8% en 2024. Le budget pour 2025 prévoyait une baisse à 5,4% et vous l'avez rappelé, on apprend ce matin que ce sera mieux qu'espéré à 5,1%, c'est d'abord une bonne nouvelle parce que c'est autant d'argent qu'il n'y aura pas à rembourser. Et puis c'est aussi une bonne nouvelle parce qu'effectivement ça montre que les efforts collectifs commencent à payer. Parce que cette baisse du déficit, ce n'est pas le fruit du hasard, c'est parce que l'État a tenu la dépense, c'est parce que la croissance a tenu bon. Mais évidemment 5,1% de déficit, ça reste encore beaucoup trop élevé et c'est la raison pour laquelle il ne faut pas baisser les bras.

ADRIEN GINDRE
Alors l'INSEE précise que les recettes s'accélèrent du fait de la hausse des impôts notamment. C'est l'une des raisons invoquées ce matin par l'INSEE pour expliquer ce bon chiffre.

DAVID AMIEL
Il y a aussi une baisse des dépenses publiques de l'État importante avec une tenue des dépenses tout au long de l'année, un effet sur la croissance. Mais vous avez raison, il faut qu'on continue à réduire les dépenses publiques, c'est une priorité absolue.

ADRIEN GINDRE
Ça vous permet d'envisager un déficit pour 2026 qui soit également meilleur. L'objectif pour l'année en cours c'est 5% ?

DAVID AMIEL
Il faut continuer à réduire le déficit, il y a évidemment une incertitude. On aura l'occasion d'y revenir sur le niveau exact que nous pourrons viser pour l'année 2026 eu égard à la situation internationale. Mais vous avez raison de le dire, les chiffres pour l'année 2025 nous invitent à être ambitieux pour la nouvelle baisse du déficit en 2026.

ADRIEN GINDRE
Est-ce que ça vous permet tout de même de récupérer un peu d'air et de dire pourquoi pas finalement une aide carburant puisque le Gouvernement est attendu sur la question ? Ça fait plusieurs jours que vous expliquez que vous n'avez pas de marge de manoeuvre. Là, il y a une petite marge de manoeuvre qui se présente ce matin puisque les nouvelles sont un peu plus positives qu'attendues.

DAVID AMIEL
Adrien GINDRE, il n'y a pas de cagnotte. La cagnotte c'est quand il n'y a pas de déficit. On a encore un déficit qui reste extrêmement élevé Et parmi les plus élevés des pays comparables. C'est la raison pour laquelle il faut continuer à le réduire. Il n'y aura pas de quoi qu'il en coûte face à la crise énergétique. On ne peut pas refaire ce que nous avons fait en 2022-2023 tous les deux et tous les trois ans. C'est la raison pour laquelle les aides sont ciblées, précises, adaptées à la situation.

ADRIEN GINDRE
Mais il y aura bien une aide pour les gros rouleurs comme le Gouvernement l'a dit ces derniers jours ?

DAVID AMIEL
Si des aides supplémentaires sont nécessaires, il y a un dialogue qui est en cours avec les filières, elles ne pourront pas ajouter de la dette à la dette. C'est la raison pour laquelle pour toute aide ciblée supplémentaire, pour toute dépense nouvelle, il y aura l'annulation d'une autre dépense prévue à l'euro près avec un décret d'annulation. C'est extrêmement important. On ne peut pas se permettre de creuser encore la dette et les déficits.

ADRIEN GINDRE
Mais vous avez prévu d'ores et déjà une forme d'enveloppe budgétaire pour financer ça. Vous savez déjà quel crédit vous pourriez annuler, dans quelle proportion, pour financer une aide carburant pour les gros rouleurs par exemple ?

DAVID AMIEL
C'est évidemment lié à l'évolution de la situation internationale. Il y a encore beaucoup d'incertitudes concernant la durée de la crise. Vous le rappeliez à l'instant dans vos reportages, tout dépend de l'évolution de la situation géopolitique. Donc on s'adapte au plus juste pour soutenir évidemment les filières qui en ont besoin, il y a eu des aides à la trésorerie qui ont d'ores et déjà été annoncées, déployées par mes collègues Roland LESCURE et Serge PAPIN. On s'adapte au plus juste, mais je répète ce principe essentiel : pour toutes dépenses supplémentaires qui seraient engagées, il y aura à l'euro près l'annulation d'une autre dépense qui était prévue.

ADRIEN GINDRE
Quand Marine LE PEN au Rassemblement national accuse l'État d'être un profiteur de crise, de dire que quand les prix augmentent les taxes rentrent dans les caisses de l'État. Vous expliquez que ce n'est pas le cas parce que vous dites : " Les crises nous font perdre de l'argent ". Est-ce que vous avez effectivement réellement perdu de l'argent ces derniers jours depuis que les prix ont augmenté ?

DAVID AMIEL
Nous aurons l'occasion de faire un bilan exhaustif de cette première phase.

ADRIEN GINDRE
Pour le moment ce n'est pas le cas. Il n'y a pas, pour le moment, de moindre recette pour l'État.

DAVID AMIEL
Si, pardon Adrien GINDRE, là on parle de l'année 2025.

ADRIEN GINDRE
Là je parle en l'occurrence… Ces derniers jours sur le carburant, le Gouvernement dit : " Quand il y a une crise, les Français consomment moins donc on gagne moins de taxes ". Est-ce que vous avez effectivement constaté un recul de la consommation qui vous aurait fait perdre des recettes ces derniers jours ?

DAVID AMIEL
Non mais c'est trop tôt pour qu'on ait la remontée précise statistique des chiffres. En revanche, nous ferons une transparence complète. C'est la raison pour laquelle, le 21 avril, nous aurons un comité d'alerte sur les finances publiques avec les forces politiques, les forces économiques, sociales pour faire un bilan exhaustif de ce que l'on sait de ces premières semaines de l'impact…d'énergie.

ADRIEN GINDRE
On ne peut pas dire que Marine LE PEN a raison, mais on ne peut pas dire qu'elle a tort.

DAVID AMIEL
Marine LE PEN a évidemment tort.

ADRIEN GINDRE
Vous nous dites qu'il n'y a pas eu de chiffre.

DAVID AMIEL
Le seul profiteur de crise, c'est le Rassemblement National. Quand on regarde toutes les hausses passées du prix de l'énergie jusqu'à la plus récente. Chacun se rappelle de 2022-2023, du choc qui avait été provoqué à l'époque par l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Ça n'a jamais été une bonne nouvelle pour les finances publiques, tous les modèles le disent. Pour une hausse de 10 Dollars du prix du pétrole, c'est 1 à 2 milliards de recettes publiques en moins. Et à nouveau, on n'a pas besoin de nous croire sur parole, il suffit de se rappeler de tout littéralement. Tous les épisodes historiques précédents.

ADRIEN GINDRE
On voyait à l'instant dans le journal, malgré les taxes mises en place sur les petits colis, vous êtes également en charge des douanes comme ministre des Comptes publics. La fréquentation du site SHEIN n'a pas reculé, ne s'est pas effondrée. Vous avez annoncé, cette semaine, étendre les pouvoirs des agents des douanes. Est-ce que ça veut dire que vous pensez pouvoir contrôler 100% des colis et réellement faire reculer ce phénomène ?

DAVID AMIEL
Il faut d'abord rappeler le problème que posent ces petits colis. Si on a des rideaux fermés dans tant de rues commerçantes, si on a tant d'industries qui sont soumises à une concurrence déloyale, c'est parce qu'on a une déferlante de ces petits colis.

ADRIEN GINDRE
Vous avez mis en place une taxe qui visiblement…

DAVID AMIEL
…Venus en particulier de Chine, avec des produits qui, dans beaucoup de cas, ne respectent aucune des normes fondamentales qui s'appliquent aux produits européens. C'est la raison pour laquelle nous avons mis en place cette taxe sur les petits colis qui a commencé le 1er mars. Il y a des entreprises sans scrupules qui croient pouvoir avoir trouvé la parade en faisant atterrir leurs avions en Belgique, aux Pays-Bas. On les rattrapera. On les rattrapera au niveau européen puisqu'à partir du 1er juillet, nous aurons des droits de douane à hauteur de 3 Euros, supérieur à ce que nous avons en France, qui rentrera en vigueur. Et puis 2 Euros, à partir du 1er novembre, supplémentaires, donc 5 Euros au total d'ici la fin de l'année. Et nous renforçons effectivement les contrôles douaniers, d'ores et déjà, pour pouvoir cibler ces camions qui viennent d'autres pays européens, mais de produits qui n'ont fait que transiter par ces…

ADRIEN GINDRE
Un dernier mot, David AMIEL. Cette semaine, le nouveau maire LFI de Saint-Denis, Bally BAGAYOKO, a affirmé que les fonctionnaires qui n'étaient pas en phase avec le projet politique de la ville partiront d'eux-mêmes, dit-il, puisque de son point de vue, les fonctionnaires sont des gens qui répondent à une commande politique. Ça vise notamment la police municipale mais pas que. Vous lui avez dressé un courrier pour le mettre en garde. Est-ce qu'il vous a répondu ?

DAVID AMIEL
Il ne m'a pas répondu, en tout cas pas que je sache. Mais je tiens vraiment à le dire ici : ces propos sont scandaleux. Un agent public est au service de l'intérêt général, pas d'un parti politique. On n'a pas à lui demander de partager les opinions d'un maire ou d'un élu. Et moi, je pense à tous ces agents, à des policiers municipaux, à des agents de mairie, à des travailleurs sociaux, qui, quand ils entendent ce genre de sous-entendu, se demandent s'ils vont demain perdre leur emploi. C'est la raison pour laquelle j'ai adressé au maire de Saint-Denis un courrier rappelant les principes fondamentaux qui protègent la fonction publique en France et qui est consubstantielle à notre droit et à notre constitution.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 mars 2026