Interview de M. Jean-Didier Berger, ministre déléguée auprès du ministre de l'intérieur, à France Info le 31 mars 2026, sur une tentative d'attentat contre la Bank of America à Paris, les violences contre les maires et l'élection présidentielle de 2027.

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Média : France Info

Texte intégral

ALIX BOUILHAGUET
Bonjour Jean-Didier BERGER.

JEAN-DIDIER BERGER
Bonjour.

ALIX BOUILHAGUET
Le conflit en Iran s'enlise et avec lui la menace d'attentats. Vendredi, c'est la BANK OF AMERICA à Paris qui a été visée par un engin explosif. Attentat déjoué, 5 personnes sont en garde à vue. Est-ce que vous avez des précisions sur l'enquête et surtout, est-ce que vous pointez ce matin la responsabilité de l'Iran ?

JEAN-DIDIER BERGER
Lorsqu'une enquête est en cours, évidemment, on n'apporte pas d'éléments particuliers. Ce que je peux vous dire, c'est que nous sommes particulièrement sensibles aux efforts qui ont été déployés par toutes les forces de sécurité intérieure pour patrouiller partout dans le pays pour prévenir toutes les menaces. La menace en France, elle est permanente. Il n'y a pas, en l'occurrence, de menaces particulières sur les intérêts français. En revanche, nous savons qu'il y a des lieux d'intérêt israéliens, américains qui sont dans le viseur et donc nous les sécurisons.

ALIX BOUILHAGUET
Donc ce que vous nous dites ce matin, c'est que ce sont davantage les Américains et les Israéliens qui sont visés plutôt que la France en ce moment ?

JEAN-DIDIER BERGER
Oui, c'est une menace qui est identifiée. Nous avons demandé à tous les préfets de France de renforcer la vigilance sur ces lieux d'intérêt. C'est la raison pour laquelle il y a des patrouilles permanentes qui sont organisées et l'une d'entre elles a détecté ces individus en train de mettre en place un dispositif d'allumage artisanal. Et donc, fort heureusement, grâce à ces effectifs, nous les avons interpellés.

ALIX BOUILHAGUET
Je repose ma question. Est-ce que vous pouvez nous assurer ce matin que c'est bel et bien l'Iran qui est derrière cette tentative d'attentat ?

JEAN-DIDIER BERGER
Ce que je peux vous assurer, c'est que l'enquête est en cours et que la France est particulièrement vigilante sur tous ces lieux d'intérêt, sur tout ce qui fait que notre pays est un lieu sûr, reste un lieu sûr en toutes circonstances.

ALIX BOUILHAGUET
Quand vous dites les lieux d'intérêt, concrètement pour nos téléspectateurs, c'est où ? C'est quoi ?

JEAN-DIDIER BERGER
Ça peut être à la fois des lieux de culte, ça peut être des banques, ça peut être tous les lieux… Vous savez, on a vu dans un certain nombre de pays amis européens des faits d'une nature similaire. Et donc, ces faits ont éveillé notre vigilance particulière et c'est la raison pour laquelle nous prenons ces dispositions parce que finalement, ces faits, ils ont des similitudes. Et donc, quand on les regarde bien, quand on les analyse, ça nous amène à prendre un certain nombre de mesures.

ALIX BOUILHAGUET
Mais en même temps, vous ne dites pas ce matin que c'est l'Iran qui est derrière tout ça. C'est-à-dire, pourquoi cette réserve ?

JEAN-DIDIER BERGER
Parce qu'on est dans un État de droit et que dans un État de droit, c'est à la justice de se prononcer sur les tenants et les aboutissants des faits. Nous, notre rôle, c'est de protéger, de protéger partout sur le territoire et l'intégralité de ceux qui vivent sur notre territoire.

ALIX BOUILHAGUET
Ce week-end encore, la mairie de Fresnes a été attaquée au tir de mortier, saccagée et pillée. Là encore, où en est l'enquête ? Qui est à l'origine de cette attaque ?

JEAN-DIDIER BERGER
La justice le déterminera. Mais moi, je suis certain que des interpellations seront faites le moment venu. Vous savez, nous avons des éléments pour identifier les auteurs de ce type d'infraction. Et je le crois, nous devons réaffirmer notre plein et entier soutien à la fois à tous les élus, à tous les candidats, à tous les agents aussi du service public qui font la qualité de vie dans notre pays. Et donc, ce type de fait est inadmissible en République. Et nous serons là pour faire en sorte que force reste à la loi.

ALIX BOUILHAGUET
Mais est-ce que vous pensez que c'est une attaque qui est liée à un dessin politique ? Ou est-ce qu'on peut mettre en cause aussi éventuellement des narcotrafiquants qui essaieraient d'impressionner les élus pour asseoir leur trafic ?

JEAN-DIDIER BERGER
Ce qui est sûr, c'est que nous ne laisserons pas quelque violence que ce soit être commise dans cette direction. Essayer de rentrer par effraction dans une mairie, c'est essayer de rentrer par effraction dans le système institutionnel de notre pays. Donc, c'est un symbole auquel nous restons très attachés. Et nous apportons notre soutien plein et entier aux élus, aux agents du service public et à tous ceux qui font ce travail difficile au quotidien.

ALIX BOUILHAGUET
Mais là encore, on ne sait pas si c'est visé politique ou c'est plutôt du grand banditisme.

JEAN-DIDIER BERGER
Non, c'est à la justice de le déterminer. Ce qui est sûr, c'est que ceux qui, du point de vue politique, dans certains partis, font de la violence une forme de prolongement du combat politique, ça n'est pas acceptable. Nous, nous sommes là pour dire que la politique, elle doit être dans une démocratie non violente. C'est la raison pour laquelle nous avons mis en place des dispositifs pour protéger à la fois les élus, mais aussi les candidats, notamment en élargissant la protection fonctionnelle, en mettant en place un kit aussi pour tous les nouveaux maires, pour faire en sorte de leur montrer qu'ils ne sont pas tout seuls lorsqu'il y a des événements, que ce soit de ce type ou d'autres natures qui se produisent. La République est à leurs côtés.

ALIX BOUILHAGUET
On a vu encore hier un maire démissionné dans les Côtes-d'Armor. Beaucoup de scènes de tensions aussi, de violences dans certaines mairies, notamment remportées par La France insoumise. Vous en avez recensé combien ? Est-ce que pour vous, c'est quand même un phénomène nouveau ?

JEAN-DIDIER BERGER
Il y a 130 faits qui ont été judiciarisés, donc c'est tout à fait significatif. Je crois que c'est aussi le fait que les élus voient désormais qu'ils ne sont plus seuls face à ce type de menace. Vous savez, moi, j'ai été maire aussi pendant 10 ans, donc j'ai vu cette violence monter au fur et à mesure depuis plusieurs décennies. Et donc, ce qui est nouveau, c'est que nous sommes en mesure d'y apporter des réponses concrètes. C'est ce que nous faisons aussi dans le cadre du projet de loi Riposte, qui fait à la fois de la sécurité du quotidien, mais aussi du haut de spectre. Nous partons des attentes du terrain, de ce que nous remontent les Français, de ce que nous remontent les forces de l'ordre, pour mettre en place des solutions nouvelles face à une menace qui mute extrêmement rapidement.

ALIX BOUILHAGUET
Vous êtes d'accord avec l'expression employée par Gérald DARMANIN qui évoque un sentiment prérévolutionnaire électoral ?

JEAN-DIDIER BERGER
Écoutez, en tout cas, nous apportons les réponses qui permettent de régler un certain nombre de problèmes qui nous ont été remontés, que ce soit sur les mortiers d'artifice, que ce soit sur les rodéos urbains, que ce soit sur les rassemblements musicaux illégaux. Nous prenons toutes les mesures pour faire en sorte qu'il y ait à la fois un durcissement des sanctions, mais également des réponses très pragmatiques : le saisissement des objets concernés, la fermeture des commerces lorsque c'est nécessaire, la suspension, voire le retrait du permis de conduire lorsqu'il y a des conduites addictives en jeu. Voilà, des mesures extrêmement concrètes.

ALIX BOUILHAGUET
Autre chose très concrète, le nouveau maire insoumis de Saint-Denis, Bally BAGAYOKO, veut désarmer la police municipale. Est-ce que, de votre point de vue, il fait une erreur ?

JEAN-DIDIER BERGER
Je le dis avec force, avec Laurent NUNEZ, le ministre de l'Intérieur, nous sommes aussi en charge du contrôle de légalité. Les fonctionnaires dans notre pays ne peuvent pas être jugés sur telle ou telle orientation politique. Ils sont dans la neutralité du service public, et à ce titre, ils ont aussi à être protégés. Et un maire, par définition, doit protéger aussi ses agents. Donc, on ne peut pas avoir un maire qui menace ses agents, on ne peut pas avoir un maire qui fasse de la politique au détriment…

ALIX BOUILHAGUET
Vous dites qu'il a menacé ses agents. Il a dit qu'effectivement, les fonctionnaires sont avant tout des gens qui répondent à une commande politique. Donc, en clair, ça pouvait être interprété de manière à ce qu'ils disent, si vous n'êtes pas d'accord avec le projet politique, effectivement, vous pouvez partir.

JEAN-DIDIER BERGER
J'espère que chacun va revenir à la raison. Être maire, c'est être responsable d'un petit bout de la République. Et donc, chaque maire, quel qu'il soit, quelle que soit son orientation politique, doit respecter les institutions, doit respecter les agents du service public, et nous serons là pour le garantir.

ALIX BOUILHAGUET
Bally BAGAYOKO a aussi été la cible d'attaques et de parallèles, alors je ne vais même pas dire plus que douteux, parce qu'on est au-dessus de ça, avec des singes. Il a d'ailleurs déposé plainte et appelé un rassemblement contre le racisme et les discriminations, samedi. Peu de voix se sont élevées pour dénoncer ces propos. Il s'indigne même qu'il n'y ait pas eu de condamnations fermes de la part d'Emmanuel MACRON, de l'Élysée.

JEAN-DIDIER BERGER
Nous, nous apportons notre soutien à tous ceux qui sont victimes de racisme, à tous ceux qui sont victimes de violence, ce maire comme les autres, et aussi en soutien de tous les agents du service public, les agents partout en France, et dans cette mairie aussi en particulier. Parce que sur tout point du territoire, on ne peut pas d'un côté se dire victime et de l'autre se rendre coupable de choses qui tombent sous le coup de la loi ou qui ne correspondent pas à la lettre ou à l'esprit de nos institutions. Donc il faut que tout le monde reprenne de la hauteur. Ce que je vois, c'est que La France insoumise est souvent dans une attitude de provocation, dans une attitude de non-respect vis-à-vis des institutions, et finalement c'est même quelque chose de théorisé. Mais quel que soit le parti politique, théoriser la violence, théoriser le chaos, ça ne peut pas être une solution pour nous.

ALIX BOUILHAGUET
Un tout dernier mot rapide. Vous faites partie des 90 ministres, députés, sénateurs de la droite et du centre qui ont signé une tribune dans La Tribune Dimanche pour une candidature unique en 2027. Pour vous, c'est crucial ? Sans ça, ça veut dire que c'est le RN éventuellement qui se retrouverait à l'Élysée ?

JEAN-DIDIER BERGER
Ça, c'est ce que nous disent nos compatriotes. Le RN ou La France insoumise, évidemment, nous ce que nous voulons, c'est pouvoir porter une candidature. Mais qu'il soit une candidature positive, ce n'est pas simplement une candidature de barrage, c'est une candidature pour permettre à la France de s'adapter aux nouveaux défis qui sont devant nous. Et est-ce que les Français ont envie de confier leur portefeuille ? Est-ce que les Français ont envie de confier leur sécurité à des gens qui, finalement, sont en marge des institutions pour un certain nombre d'entre eux ? Je ne crois pas. Mais c'est sûr que si on y va à 10, c'est peine perdue.

ALIX BOUILHAGUET
Bruno RETAILLEAU est candidat à la présidentielle. Il est issu de votre famille politique. Donc vous, ça ne vous gênerait pas qu'il n'y ait pas de Républicain qui soit sur la ligne de départ en 2027 ?

JEAN-DIDIER BERGER
Moi, ce qui me dérangerait, c'est qu'il n'y ait personne autre que les extrêmes au second tour de l'élection présidentielle. C'est la raison pour laquelle, avec mes collègues ministres et parlementaires, nous avons fait en sorte de prendre cette initiative pour que chacun revienne à la raison et fasse passer l'intérêt général avant l'intérêt particulier.

ALIX BOUILHAGUET
Edouard PHILIPPE, c'est le bon candidat ? C'est lui qui, à ce stade, est en tête dans les sondages. Le Rassemblement peut se faire derrière lui ?

JEAN-DIDIER BERGER
Écoutez, moi, à titre personnel, j'ai toujours été favorable à l'organisation de primaires. Pas simplement pour cette élection, mais à toutes les élections précédentes parce que je pense qu'en démocratie, le vote, c'est toujours la moins mauvaise solution.

ALIX BOUILHAGUET
Mais vous n'avez pas répondu à ma question. Edouard PHILIPPE, ce serait le bon cheval ?

JEAN-DIDIER BERGER
Ce que je crois, c'est que surtout, il faut que tout le monde se mette sur la ligne de départ. Et moi, je n'ai rien contre Edouard PHILIPPE, qui est très sympathique, très compétent. Mais il y a d'autres talents aussi qui veulent prétendre à la candidature et à la candidature. Donc, il faut que tout le monde soit écouté et ça va permettre aussi de déterminer, idée contre idée, le meilleur des projets pour faire en sorte de faire monter notre pays dans les années qui viennent.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er avril 2026