Interview de Mme Maud Bregeon, ministre déléguée, porte-parole du Gouvernement et chargée de l'énergie, à TF1 le 1er avril 2026, sur le financement des mesures prioritaires du plan d'électrification.

Prononcé le 1er avril 2026

Intervenant(s) : 

Média : TF1

Texte intégral

ADRIEN GINDRE
Bonjour Maud BREGEON.

MAUD BREGEON
Bonjour.

ADRIEN GINDRE
Une fois n'est pas coutume, je vais commencer cette interview en lisant l'extrait d'une dépêche de l'agence France Presse qui est tombée ce matin à 4 h : Sébastien LECORNU demande au Gouvernement, je cite, de travailler à une affectation des éventuels surplus de recettes fiscales liées à la hausse du prix des carburants pour financer les mesures prioritaires du plan d'électrification. Je m'arrête un instant. Si on comprend bien, ça veut dire que s'il y a des surplus pour l'État, vous ne les utiliserez pas pour faire baisser les prix.

MAUD BREGEON
On dit une chose extrêmement simple. Il y a les réponses de court terme. Et c'est ce qu'on a fait d'abord sur la trésorerie, puis sur les aides aux pêcheurs, aux agriculteurs, aux transporteurs. Et on continuera autant que nécessaire. Et puis il y a les réponses structurelles de long terme. Quand vous dépendez à 60 % des énergies fossiles, vous payez le prix de vos dépendances lorsque vous faites face à une crise telle que ce qu'on vit en ce moment ou telle que ce que nous avons vécu avec le gaz russe lors du début de la guerre en Ukraine.

ADRIEN GINDRE
Mais donc je vous repose la question, pardon, s'il y a des surplus de recettes fiscales, il est certain, il est établi que vous ne les utiliserez pas pour faire baisser les prix ?

MAUD BREGEON
On a déjà, je rappelle, mis dans un premier temps 70 millions d'euros sur la table vendredi dernier pour aider les secteurs économiques les plus en difficulté. Ça ne règle pas l'ensemble des secteurs qui pourraient avoir des difficultés. Je pense au secteur du soin. Je pense aux infirmières. Et donc là encore, ce n'est pas pour solde tout compte. Pour autant, il faut apporter ces réponses structurelles parce que c'est comme ça qu'on arrivera à préparer l'avenir.

ADRIEN GINDRE
Juste une précision. Est-ce qu'il y a aujourd'hui déjà des surplus de recettes fiscales ?

MAUD BREGEON
Vous savez que le Premier ministre a demandé la semaine dernière au ministre des Comptes publics, David AMIEL, de suivre la situation, évidemment, avec la plus grande vigilance. Nous, on redit qu'au global, l'État ne s'enrichit jamais sur le dos d'une crise parce qu'entre la perte de croissance, la perte de consommation, les aides que vous déployez, comme ce qu'on a commencé à faire pour aider les secteurs…

ADRIEN GINDRE
Là, le Premier ministre dit l'inverse. Il dit que s'il y a des surplus, on utilisera…

MAUD BREGEON
Vous n'êtes jamais gagnant. Vous n'êtes jamais gagnant. Pour autant, s'il y a des surplus ponctuels, quand bien même, de toute façon, ils seront compensés à la baisse par, encore une fois, cette baisse de croissance et cette baisse de consommation, ils doivent aller sur ces réponses structurelles.

BRUCE TOUSSAINT
Vous avez un ordre d'idée de ces sommes ? Je pense aux gens qui nous regardent ce matin et se disent qu'on parle de quoi ? De quelques dizaines de millions d'euros ? Plus ?

MAUD BREGEON
Il est bien trop tôt pour le dire parce que ça dépend d'abord de la durée de la crise. Ça dépend du volume consommé. Et vous mettez tout ça, encore une fois, au regard de ce que vous perdez sur la consommation et de ce que vous perdez sur la croissance. Mais nous, on dit une chose. Les réponses de court terme, les aides aux entreprises, aux TPE, aux PME les plus en difficulté et les réponses de long terme ne s'opposent pas les unes aux autres.

ADRIEN GINDRE
Oui. Alors, vous reconnaissez que les réponses de long terme, malheureusement, ne permettent pas de régler la situation de ceux qui ont du mal à faire le plein aujourd'hui.

MAUD BREGEON
C'est une évidence. Mais ce serait coupable pour autant de ne pas préparer l'avenir parce que des crises comme celle-ci, on en vivra d'autres. Et donc, notre responsabilité, c'est aussi de mieux préparer le pays aux crises qui arriveront plus tard.

ADRIEN GINDRE
Juste sur le court terme, parce que c'est quand même important pour tous ceux qui nous regardent, dans même dépêche AFP, que je vais citer une deuxième fois, on apprend également que Sébastien LECORNU demande au Gouvernement de mettre en place, je cite, dans les prochaines semaines, une offre de location de véhicules électriques dédiées à certaines professions. Donc, on pense notamment aux infirmières libérales qui font effectivement des kilomètres tous les jours pour aller voir leurs patients. Donc là encore, pas d'aide pour ces professions, mais des voitures qui vont sortir comme ça ?

MAUD BREGEON
Deux choses. Je n'ai pas dit pas d'aide. Là encore, si la situation dure et évidemment si elle s'aggrave, on ne s'interdit absolument pas d'aider ces secteurs du soin dont le pays a tant besoin et qui prennent ces hausses de prix de plein fouet. Donc, je ne ferme absolument pas la porte. Je dis pour autant qu'on doit les accompagner aussi à faire leur transition et à être moins dépendant de ces éventuelles hausses de prix.

ADRIEN GINDRE
Mais donc, ces voitures, elles vont arriver quand ?

MAUD BREGEON
On a fait en deux ans l'équivalent… On a fait, vous savez, le leasing social. C'est-à-dire que chaque année, 50 000 voitures, véhicules électriques sont mises à disposition pour des prix autour de 100 euros par mois, donc bien inférieurs au prix du leasing classique pour les populations les plus précaires ou en tout cas…

ADRIEN GINDRE
Donc, il va y avoir des voitures en plus pour les professions ?

MAUD BREGEON
Donc, ce que je veux dire, c'est que c'est un système qui est déjà en place, qu'on fait déjà et on réfléchit, c'est la demande du Premier ministre, à étendre ces dispositifs et à les cibler sur les Français qui travaillent et qui roulent beaucoup.

ADRIEN GINDRE
Alors, vous disiez à l'instant, on n'exclut pas d'autres aides. Hier, à votre place, il y avait le patron des petits patrons, la CPME, qui demandait pour les entreprises logistiques, les taxis, les voyagistes, les services à la personne, des aides supplémentaires. Pour eux, est-ce que les aides supplémentaires sont de l'ordre du possible, probable, envisagé, envisageable ?

MAUD BREGEON
Encore une fois, on ne ferme absolument pas la porte. Pourquoi est-ce qu'on a commencé par les agriculteurs, les pêcheurs et les transporteurs ? Parce que les pêcheurs, pour prendre leur exemple, quand le gasoil-pêche atteint un certain niveau, ce n'est plus intéressant, ce n'est plus soutenable pour eux d'aller en mer. Et donc, pour que l'activité économique puisse ne serait-ce que fonctionner, avec évidemment les emplois et les salaires qu'il y a derrière, ça nécessitait des réponses extrêmement rapides. Pour autant, ça n'épuise pas le problème d'un certain nombre de professions qui vivent ces difficultés et qu'on pourra aider dans les temps à venir.

ADRIEN GINDRE
Mais Maud BREGEON, pardon, le prix du gazole a déjà atteint un record historique. D'après les chiffres officiels du Gouvernement lundi, on avait dépassé les 2,19 euros.

MAUD BREGEON
Je sais.

ADRIEN GINDRE
On sait qu'entre-temps, dans beaucoup de stations, c'est même au-delà. Est-ce que ce prix-là est supportable, de votre point de vue, pour les professions qu'on vient de lister ?

MAUD BREGEON
On est entièrement conscients des difficultés. Il faut bien comprendre une chose. Personne ne sait dire comment ce conflit va évoluer. On voit bien que l'évolution du baril de Brent, du pétrole, varie. Il peut faire plus de 10 dollars, moins de 15 dollars, en fonction des paroles du Président américain. Donc on essaie de prendre les décisions nécessaires au bon moment, en fonction d'une situation internationale et géopolitique qui évolue.
Là encore, on a montré dans le passé, Adrien GINDRE, lors du Covid, lors de ce qui s'est passé en Ukraine, qu'on était aux côtés des Français, qu'on était aux côtés des secteurs les plus touchés. Et donc on continuera à être à leurs côtés.

ADRIEN GINDRE
Dans les outils, votre collègue Roland LESCURE, il y a quelques jours, disait : "Je rappelle qu'un encadrement des marges reste toujours possible". Est-ce que l'encadrement des marges est de la théorie pure ou est-ce que vous êtes prêts à le faire ?

MAUD BREGEON
On surveille en fait depuis le début qu'il n'y ait pas d'augmentation indue de marge, tout simplement. Parce qu'on estime que dans la période dans laquelle on est, particulièrement, chacun doit faire preuve de justice et d'éthique. On ne constate pas, aujourd'hui, pour les distributeurs d'augmentation indue de marge. Et donc on continue évidemment à surveiller ça. On le surveille au jour le jour, on continuera à faire des contrôles s'il faut en faire, évidemment. L'objectif, c'est de continuer à mettre tout le monde autour de la table pour s'assurer que tout le monde joue le jeu.

ADRIEN GINDRE
Un mot quand même de la situation dans les stations-services. Le Gouvernement disait aussi qu'il n'y a aucun problème d'approvisionnement. On voyait dans le journal encore tout à l'heure, il y a des stations qui n'ont plus aucun carburant ou alors des tensions sur certains carburants. Est-ce que vous savez combien de stations sont en rupture totale ou partielle exactement ce matin ?

MAUD BREGEON
Moins de 10 % des stations ont des difficultés totales ou partielles. Je veux dire une chose pour préciser ce chiffre-là, la grande majorité d'entre elles concernent des stations TotalEnergies parce que vous savez que TotalEnergies a mis en place un prix plafond, ce qui génère une affluence dans un grand nombre de leurs stations-services et ce qui crée ce type de tension. Pour autant, il n'y a aucun risque de rupture d'approvisionnement à l'heure où on se parle. Je rappelle qu'on a toujours nos stocks stratégiques, 100 millions de barils. On s'est engagé à en libérer progressivement auprès de l'AIE 14,5 millions. Nous n'avons pas encore atteint ces 14,5 millions. Nous avons de la marge et nous répondrons autant que nécessaire aux difficultés d'approvisionnement ponctuelles qui sont aussi dues à des soucis logistiques.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 avril 2026