Interview de M. Vincent Jeanbrun, ministre de la ville et du logement, à RMC Info le 1er avril 2026, sur une électrification accélérée en réponse à la dépendance aux hydrocarbures et la question des squatteurs.

Prononcé le 1er avril 2026

Intervenant(s) : 

Média : RMC Info

Texte intégral

VINCENT JEANBRUN
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes le ministre de la Ville et du Logement. On va y venir dans un instant, mais je voudrais quand même vous poser une question sur ce qu'on a appris cette nuit. Une électrification accélérée du pays en réponse à cette crise et à cette dépendance des hydrocarbures. Le Premier ministre vous a, semble-t-il, demandé aux uns et aux autres de plancher sur la question et de voir ce que vous pouviez faire, vous. Question logement, quelles seraient les pistes que vous pourriez envisager ?

VINCENT JEANBRUN
Il faut faire de cette crise une opportunité. Cette crise, elle nous rappelle qu'on est très dépendants à des énergies fossiles. Ce n'est ni bon pour notre économie, ni bon pour notre souveraineté, ni bon pour la planète. Donc occasion…

APOLLINE DE MALHERBE
Trois bonnes raisons pour y passer.

VINCENT JEANBRUN
Pour passer à l'électrification. Évidemment, chaque ministre, dans son volet de compétences, travaille à des propositions. Moi-même, en tant que ministre du Logement, on travaille effectivement, cibler toutes les aides qui sont aujourd'hui disponibles à la rénovation par exemple, vers l'électrification. Ça veut dire aussi bien du chauffage électrique tel qu'on l'imagine classique, mais aussi remplacer sa chaudière à énergie fossile par ce qu'on appelle des pompes à chaleur RO, qui vont chauffer de l'eau pour vos radiateurs historiques. Ça, c'est pour tout le monde. Et puis, on a un énorme plan, et je veux là remercier, avec les bailleurs sociaux, qui vont vraiment se mettre à la tâche pour que, d'ici très peu de temps, dans quelques années, on ait remplacé tous les systèmes de chauffage, soit par des chauffages urbains, soit par du chauffage électrique.

APOLLINE DE MALHERBE
Remplacer tous les chauffages au gaz par de l'électrique ?

VINCENT JEANBRUN
Chez les bailleurs sociaux, c'est le plan qu'on va pouvoir mettre en oeuvre avec eux, et c'est l'incitation qu'on va essayer de porter pour tous nos concitoyens, pour qu'ils puissent avoir des systèmes plus vertueux, plus économiques.

APOLLINE DE MALHERBE
Une question encore sur ce plan pour aller vers plus d'électrification. On le sent bien, un des freins, et on l'entend beaucoup avec nos auditeurs, pour passer à la voiture électrique, là pour le coup, c'est aussi la question des recharges. Or, dans le logement collectif, c'est parfois difficile de réussir à faire installer des bornes dans le parking. Est-ce que vous avez une réponse à apporter à ça ?

VINCENT JEANBRUN
En tout cas, on va travailler là-dessus, parce que vous avez raison, c'est un point crucial. Et donc je vais évidemment réunir à la fois des représentants des maires, parce que, vous le savez, il y a aussi la capacité de se recharger dans l'espace public, et beaucoup de municipalités mettent en place des bornes, puisque vous évoquez, à l'intérieur des logements, avec quelques difficultés, vous vous en doutez sur comment on crée du compteur individuel, mais des solutions existent, et on va pousser des solutions dans les logements neufs, et si possible dans les copropriétés anciennes.

APOLLINE DE MALHERBE
Alors venons-en au logement, même si d'ici là, si des auditeurs nous appellent, évidemment, je voudrais pouvoir leur donner la parole, mais c'est la fin de la trêve hivernale depuis 6 heures, ce matin. Assimiler les mauvais payeurs à des squatteurs pour faciliter les expulsions, c'est la solution à vos yeux ?

VINCENT JEANBRUN
La solution, c'est de faire en sorte que ceux qui rentrent illégalement dans un logement soient effectivement considérés comme des squatteurs. Ce n'est pas le cas, ça a d'ailleurs été rappelé par Louis SARKOZY sur votre antenne il y a quelques jours. Aujourd'hui, vous rentrez légalement en Airbnb, par exemple, au bout de 48 heures, vous êtes considéré comme ayant un bail en bonne et due forme, et donc une longue procédure d'expulsion. Ça, ce n'est plus possible, on doit considérer effectivement que c'est un squatteur.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire quoi ? Que vous allez pouvoir intervenir tout de suite ?

VINCENT JEANBRUN
Grâce au ministre de l'Intérieur qui présente un texte riposte, il y a un volet de lutte contre le squat. Quelqu'un qui est rentré, même s'il est rentré avec les clés, à partir du moment où il n'a pas eu de bail signé avec le propriétaire, il va être considéré sans droit ni titre et donc expulsable immédiatement. Ça a été vraiment incompréhensible pour nos concitoyens. Vous trouvez des clés par terre, vous rentrez dans un appartement, vous vous y maintenez 48 heures. Aujourd'hui, on ne peut plus vous considérer comme un squatteur. Ça sera changé demain. Ça, c'est une première chose.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est une sorte d'angle mort, en fait.

VINCENT JEANBRUN
C'était clairement un angle mort de la loi de Guillaume KASBARIAN, mon prédécesseur, qui avait fait énormément avancer la cause de la lutte contre le squat. Il y avait ce petit angle mort. On va le changer et on va améliorer les choses. Et ensuite, vous avez la question des impayés. Et la question des impayés, on le voit, elle nécessite d'accompagner mieux les locataires fragiles. Et là-dessus, ma prédécesseur, Valérie LETARD, avait commencé un plan d'accompagnement que je souhaite poursuivre. Et puis, vous avez, parmi les personnes qui sont en difficulté pour payer leur loyer, des gens honnêtes et, de l'autre côté, des gens qui manipulent le système et qui, très régulièrement, vont jouer sur la trêve hivernale, vont être mauvais payeurs de manière régulière.

APOLLINE DE MALHERBE
Et eux, vous allez les cibler comment ?

VINCENT JEANBRUN
Et là, l'idée, c'est de lancer une mission avec des économistes et des professionnels du droit pour pouvoir rapidement avoir des propositions législatives qui permettent de sécuriser les propriétaires. Parce que, dans notre pays, vous avez beaucoup de propriétaires extrêmement modestes qui comptent sur le petit loyer d'un petit appartement qu'ils ont mis toute une vie à acheter pour pouvoir compléter la retraite, pour pouvoir payer eux-mêmes leur niveau de vie qui, encore une fois, est bien souvent modeste. Eh bien, ces propriétaires-là, il faut aussi les protéger. Et pourquoi c'est important ? Parce que, sinon, ils ne vont plus investir dans le logement. Au mieux, s'il y a un appartement, il va partir sur du meublé touristique type Airbnb où, tout simplement, on ne met plus son économie dans le logement. Donc on ne produit plus de logement. Donc on ne loge plus les gens.

APOLLINE DE MALHERBE
Et c'est évidemment ensuite la question de la crise du logement.

VINCENT JEANBRUN
Donc c'est gagnant pour tout le monde de protéger les propriétaires.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous êtes un bourreau des locataires ? L'expression " bourreau des locataires ", c'est l'association Droit au logement qui l'a utilisée pour vous qualifier, vous, Vincent JEANBRUN, après avoir appris que les expulsions avaient été multipliées par deux en dix ans.

VINCENT JEANBRUN
Alors, moi, je suis ministre depuis octobre. Donc je ne me sens pas responsable de ce qui s'est passé depuis dix ans. Mais ceci dit, à la fois, il y a une responsabilité de la part du Gouvernement et de tout ce pays de dire comment on accompagne les ménages les plus fragiles. On parle, et vous parlez beaucoup à cette antenne, de l'explosion des prix de l'énergie, par exemple. Bien sûr que ça fragilise des ménages. Il faut qu'on puisse être dans une logique d'accompagnement avant, justement, qu'il soit trop tard et que les familles soient en impayé. Ça, c'est une chose. Pour le reste, il y a des droits en France. Il faut les respecter. Et les propriétaires ont le droit d'avoir l'usufruit du bien qu'ils ont mis en location. Et donc il faut trouver le point d'équilibre pour faire en sorte que et les locataires soient mieux accompagnés et les propriétaires mieux protégés.

APOLLINE DE MALHERBE
Et justement, vous savez quoi ? Pendant que vous vous exprimiez, José nous a appelé au 3216 depuis Vitry-le-François, dans la Marne. Bonjour, José.

JOSE, AUDITEUR
Oui, bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
José, soyez le bienvenu. Vous nous appelez. Vous vouliez, je crois, interpeller le ministre parce que vous-même, vous êtes victime de squatteurs, c'est ça ?

JOSE
Un squatteur, ce n'est pas vraiment un squatteur. En fait, j'ai un locataire, moi, depuis cinq, six ans, à qui je loue une maison. Et là, ça fait cinq, mois mois qu'il ne me paie plus les loyers.

APOLLINE DE MALHERBE
Qu'il ne vous paie plus le loyer.

JOSE
Pas plus du tout, non. Puis donc j'étais le voir, on essaie de le contacter, il ne répond pas. Ou alors, quand j'ai réussi à le voir la semaine dernière, on s'est un peu fâché tous les deux, forcément.

APOLLINE DE MALHERBE
Il vous dit quoi ?

JOSE
Il dit qu'il n'a pas de boulot. Que pour lui, c'est normal. Donc moi, face à ça, je ne sais plus quoi faire. Parce que là, on a entamé une procédure avec mon épouse. On était voir un huissier. Mais l'huissier nous a dit que ça pouvait durer deux ans.

APOLLINE DE MALHERBE
Que ça pouvait durer 2 ans ?

JOSE
Oui, ça peut durer 2 ans. Donc ce mec-là, il va rester chez moi, ça se trouve, pendant 2 ans, sans payer le loyer.

APOLLINE DE MALHERBE
Monsieur le ministre.

VINCENT JEANBRUN
Bonjour d'abord. C'est évidemment inacceptable et incompréhensible, parce que je ne sais pas si monsieur a un crédit à la banque, mais la banque, elle va continuer à prélever le propriétaire. Et vous risquez d'avoir un propriétaire qui se retrouve lui-même dans une situation financière extrêmement grave, interdit peut-être e Banque de France, parce qu'il a eu un locataire indélicat. Deux ans, c'est inentendable.

APOLLINE DE MALHERBE
Il peut faire quoi, José ?

VINCENT JEANBRUN
À ce stade, malheureusement, ce que lui a dit son avocat, c'est vrai, c'est qu'on a entre deux ans et trois ans de procédure. Surtout avec des systèmes où vous avez des locataires qui se remettent à payer un ou deux mois, ce qui va décaler encore plus la procédure. Donc il faut évidemment qu'on puisse durcir la loi. C'est pour ça que je lance cette mission, qui doit être une mission extrêmement sérieuse, parce qu'on ne rentre pas avec idéologie dans ce sujet-là. Il faut trouver le point d'équilibre entre la protection du locataire et du propriétaire.

APOLLINE DE MALHERBE
José, vous touchiez combien de loyers ? C'était combien le loyer ?

JOSE
Là, il doit être à un peu plus de 700 Euros de loyers pour une maison qui fait 140 mètres carrés.

APOLLINE DE MALHERBE
700 Euros. Normalement, il vous paie 700 Euros par mois.

VINCENT JEANBRUN
Et vous avez un crédit là-dessus ?

JOSE
Là, je n'ai plus de crédit.

VINCENT JEANBRUN
Heureusement.

JOSE
Mais j'ai besoin d'argent quand même, pour m'aider à subvenir aux besoins de mes enfants qui font des études. Parce que j'ai deux filles qui sont encore en études, donc moi, ça me permet de payer les loyers de mes enfants.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous, c'est votre manière d'avoir mis de l'argent de côté aussi, pour pouvoir effectivement payer les études de vos enfants. José, merci de votre témoignage. Courage à vous pour la procédure.

VINCENT JEANBRUN
Courage.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 avril 2026