La politique de défense de la France : les enjeux à l'horizon 2030

Le chef des armées doit faire face à plusieurs défis sur les questions de défense, avec au cœur de celles-ci les problématiques du terrorisme ou de contestation du système multilatéral issu de la Guerre froide. La loi de programmation militaire a pour ambition de porter le budget de la défense à 2% du PIB en 2025.

Une ambition pour 2030

La loi du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 met en perspective une "Ambition 2030" afin de "construire un modèle d'armée à la hauteur des enjeux stratégiques".

Le rapport annexé à la loi décrit une "dégradation de l'environnement sécuritaire [qui] se double d'une contestation du système multilatéral issu de la Guerre froide". La guerre en Ukraine a confirmé cette analyse.

L'Ambition 2030 s'inscrit dans le maintien d'un modèle d'armée complet et équilibré afin de renforcer des aptitudes clés :

  • renseigner et commander ;
  • entrer en premier ;
  • combattre et protéger ;
  • soutenir et durer.

La loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 décline cette ambition en deux objectifs, desquels découlent quatre axes :

  • redonner aux armées les moyens de remplir durablement leurs missions :
    • en améliorant les conditions d'exercice du métier militaire ;
    • en renouvelant les capacités opérationnelles des armées ;
  • préparer l'avenir et faire face à l'évolution du contexte géostratégique et des menaces :
    • en procédant à un rééquilibrage des cinq fonctions stratégiques (connaissance et anticipation, prévention, dissuasion, protection, intervention) ;
    • en mettant l'accent sur l'innovation.

L'article 7 de la loi prévoit qu'elle doit faire "l’objet d’actualisations, dont l’une sera mise en œuvre avant la fin de l’année 2021". La pandémie de Covid-19 et "l'évolution du contexte stratégique" ont rendu cette actualisation d'autant plus nécessaire selon la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat.

De la nécessité d'une politique de défense à la remontée en puissance

Depuis l'avènement de la Vᵉ République, la France a élaboré une politique de défense, d'abord nationale, mais inscrite dans le contexte de la Guerre froide et de la création de l'OTAN. Aujourd'hui, la défense et la sécurité nationale s'inscrivent dans le cadre d'une stratégie de remontée en puissance.

Le président de la République est le chef des armées. Il préside le conseil de défense et de sécurité nationale (CDSN), qui se réunit régulièrement depuis 2016.

Le service militaire a été suspendu depuis 1997, mais "l’appel sous les drapeaux" peut être rétabli si la défense de la nation le justifie.

Entre rigueur budgétaire et renforcement de l'effort de défense

Plus que les autres lois de programmation militaire, la LPM 2019-2025 doit concilier les impératifs de la rigueur budgétaire et de la stratégie d'une remontée en puissance.

Outre le renouvellement des capacités opérationnelles, le ministère des armées a entrepris un effort de modernisation. Cette modernisation participe de la réforme de l'État et vise notamment à dégager des marges de manœuvre budgétaires pour adapter les capacités militaires, notamment les équipements, garantir les normes d'activités et d'entraînement et poursuivre l'amélioration de la condition du personnel civil et militaire.

Le ministère des armées travaille avec 10 grands groupes, 4 000 PME et ETI et 200 000 personnes. Près de 27 000 entreprises sont partenaires du ministère des armées.

Protéger la France et l'Europe : dissuasion nucléaire, autonomie stratégique, lutte contre le terrorisme, renseignement et cybersécurité

Au cours des décennies, la France a fondé sa politique de défense et de sécurité entre autres sur la dissuasion nucléaire (Livre blanc sur la défense nationale de 1972) et la notion d'autonomie stratégique (Livre blanc sur la défense de 1994), élaborée vis-à-vis de l'OTAN. Les menaces identifiées dans le Livre blanc de 2008 se sont amplifiées :

  • terrorisme ;
  • cybermenaces ;
  • prolifération nucléaire ;
  • pandémies.

Dans un tel contexte, l'objectif d'une souveraineté maîtrisée concerne les domaines critiques de la dissuasion, l'accès à l'espace, la capacité d'entrer en premier mais aussi le renseignement.

La dégradation du contexte géostratégique a entraîné l'émergence d'une idée d'autonomie stratégique européenne et doit conduire à envisager le retour de la notion de guerre à haute intensité :

  • compétition accélérée entre grandes puissances ;
  • contestation de l'ordre international ;
  • développement de pratiques hybrides (instrumentalisation du droit, fake news, dépendances économiques, cybermenaces).

Opérations extérieures de la France et menaces maritimes dans un contexte géostratégique dégradé

Les opérations extérieures (OPEX) sont sont devenues une composante structurelle de l'activité opérationnelle des armées françaises, qui ont été engagées dans plus de 100 opérations à l'extérieur du territoire national depuis 1995.

Grâce à son domaine maritime de plus de 10,2 millions de km², le deuxième dans le monde, la France est présente dans tous les espaces stratégiques. Les enjeux liés aux espaces maritimes sont amenés à prendre de l'importance dans les années à venir : sécurisation des principaux axes maritimes, montée en puissance de flottes de guerre extra-européennes, compétition pour la délimitation des espaces maritimes

    Livres blancs et revues stratégiques

    Le Livre blanc sur la défense de 1972 a posé les principes de la politique de défense de la France ainsi que les bases de la stratégie de dissuasion nucléaire. Depuis les années 1990, il est habituel de faire précéder la LPM par un exercice prospectif sous la forme d'un Livre blanc (1994, 2008, 2013) ou d'une Revue stratégique (2017). Ces textes définissent l'ambition pour les six ou sept ans à venir ou des notions directrices, comme l'autonomie stratégique en 1994. La pandémie de Covid-19 et un contexte international complexe on rendu nécessaire en 2021 une actualisation stratégique de la revue de 2017.

    Le cybersespace étant "un champ de bataille à part entière", selon la ministre des armées, une première Revue stratégique de cyberdéfense a été élaborée en 2018.