Erasmus+ : bilan et perspectives d'un programme européen populaire

Erasmus+ est le programme de l'Union européenne en faveur de l'éducation, de la formation, de la jeunesse et du sport. Plus de cinq millions de personnes en ont bénéficié entre 2016 et 2020. L'objectif est de toucher dix millions de personnes supplémentaires pour la période 2021-2027.

Dix millions de personnes ont bénéficié du programme Erasmus depuis sa création en 1987. Créé non sans difficulté, certains États se montrant réticents à la mise en place d’une telle initiative par la Commission européenne dans le domaine réservé aux États qu’est l’éducation, le programme a rencontré un succès croissant tout en évoluant dans sa forme et dans ses objectifs.

Le 11 décembre 2020, la Commission européenne, le Parlement européen et les États membres de l'UE ont trouvé un accord sur le nouveau programme Erasmus+ (2021-2027). L’enveloppe budgétaire s’élève à 26,2 milliards d'euros complétés par plus de 2 milliards d'euros provenant de l'instrument de coopération extérieure de l'UE, soit une augmentation des crédits de plus de 80% par rapport au programme 2014-2020.

Erasmus+ à l'horizon 2021-2027

Le 25 mars 2021, la Commission européenne a officiellement inauguré le nouveau programme Erasmus+ (2021-2027). C'est un symbole fort qu'Erasmus+, outil européen unique par son ampleur, soit l'un des premiers dispositifs que la Commission ait lancé. L'objectif est d’atteindre les dix millions de mobilités européennes en seulement sept ans, soit autant que sur les 30 dernières années.

Un des programmes européens les plus populaires

D'Erasmus à Erasmus +

Erasmus (European Region Action Scheme for the Mobility of University Students - Programme d’action communautaire en matière de mobilité des étudiants) a pour vocation première de faciliter la mobilité étudiante en créant des partenariats pédagogiques et administratifs entre les universités européennes.

Selon un rapport d'information sur le bilan et les perspectives d'Erasmus+ publié par l'Assemblée nationale le 9 décembre 2020, "les objectifs du programme Erasmus, par-delà les cadres financiers pluriannuels, pourraient se résumer ainsi : faire des Européens". Depuis 1987, dix millions de participants ont bénéficié du programme pour étudier, travailler, se former, faire un stage ou s'engager dans des volontariats à l'étranger. Depuis 2014, le programme – appelé désormais Erasmus+ – rassemble 33 pays du programme (États membres de l’UE, Islande, Liechtenstein, Norvège, Serbie, Turquie, Macédoine du Nord) et 169 pays partenaires du monde entier.

Sur le principe, Erasmus+ est au cœur du projet de construction européenne puisqu’il est un des rouages du Marché unique dont l’une des quatre libertés est celle de la libre circulation des personnes. Or, pour que cette liberté puisse s’appliquer à la vie étudiante, il fallait qu’un programme particulier voie le jour, rendant possible la poursuite matérielle et éducative des études dans un cadre d’accueil où l’organisation et les programmes sont parfois très différents de l’établissement d’origine, mêmes pour des cursus identiques.

Erasmus+ repose donc sur certains principes : reconnaissance des périodes d’études et des diplômes, octroi d’aides financières et d’hébergement ainsi que simplification des démarches administratives (inscription dans l’université d’accueil). Le programme soutient la création de diplômes européens dans le domaine de l’enseignement supérieur comme la mise en place de cadres européens de certifications pour certains métiers.

Pour faire d’Erasmus un catalyseur de mobilité encore plus efficient, la Commission européenne a rassemblé, pour la période budgétaire 2014-2020, l’ensemble des mécanismes en place en matière d’éducation, de formation, de jeunesse et de sport sous le nom d’Erasmus+.

Erasmus + regroupe ainsi l’ensemble des anciens programmes européens dédiés à l’éducation, la formation, la jeunesse (Comenius, Erasmus, Erasmus Mundus, Leonardo da Vinci, Grundtvig, Jeunesse en action, Jean Monnet, Alpha, Edulink) et intègre un nouveau volet sport.

Dans le cadre d’Erasmus+, deux autres mesures ont été introduites pour favoriser plus encore la mobilité :

  • la mise en place d’un mécanisme de caution de prêts géré par le Fonds européen d’investissement visant à aider les étudiants en master à financer leurs études à l’étranger ;
  • la création de plus 150 "alliances de la connaissance" (partenariats entre des établissements d’enseignement supérieur et des entreprises pour "promouvoir la créativité, l’innovation et l’esprit d’entreprise en offrant de nouvelles possibilités d’apprentissage et de nouvelles qualifications") et de plus de 150 "alliances sectorielles pour les compétences" (partenariats entre des prestataires de services d’enseignement et de formation professionnels et des entreprises, visant à promouvoir l’employabilité et à pallier le déficit de compétences en créant de nouveaux programmes d’études par secteurs et en élaborant des méthodes innovantes d’enseignement professionnel).

Le programme vise à donner aux étudiants, aux stagiaires, au personnel et d'une manière générale aux jeunes de moins de 30 ans avec ou sans diplôme, la possibilité de séjourner à l’étranger pour renforcer leurs compétences et accroître leur employabilité. Le volet éducation et formation concerne scolaires, étudiants, mais aussi apprenants de l’enseignement et de la formation professionnelle et demandeurs d’emplois. Le volet jeunesse et sport cible une classe d’âge afin de faire la promotion des valeurs européennes et de la citoyenneté, en valorisant les modes d’apprentissage informels.

Erasmus+ en chiffres

En 2017, les Français considéraient Erasmus comme la plus grande réussite concrète de l’Union, devant la politique agricole commune (PAC) ou l’euro.

Dans son discours de la Sorbonne du 26 septembre 2017, le président de la République Emanuel Macron a fixé comme objectif "qu’en 2024, la moitié d’une classe d’âge doit avoir passé, avant ses 25 ans, au moins six mois dans un autre pays européen".

Pour la seule année 2019, plus de 100 000 jeunes français ont bénéficié d’une mobilité financée par Erasmus+ en Europe ou hors d’Europe. Si les étudiants français représentaient 15% des étudiants Erasmus+ en mobilité, soit le plus important contingent, la France n’a été que le quatrième pays d’accueil en Europe, derrière l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni.

Sur le plan européen, l'année 2019 a été une année record selon le dernier rapport annuel publié par la Commission européenne avec 940 000 personnes bénéficiaires (étudiants, formateurs, stagiaires, apprentis, etc.).

Erasmus+ et Brexit

Après le Brexit, les étudiants britanniques et les citoyens européens souhaitant étudier au Royaume-Uni ne vont plus  bénéficier du programme Erasmus+. 55 000 étudiants et jeunes travailleurs britanniques y ont participé en 2019. Les étudiants européens pourront se tourner vers d’autres destinations anglophones – notamment l’Irlande et l’Irlande du Nord

La question de la durée des mobilités se pose avec une acuité particulière dans le cas des apprentis. La Commission européenne a lancé à la fin de l’année 2017 Erasmus Pro. Les apprenants de l’enseignement et de la formation professionnelle étaient 650 000 en mobilité en septembre 2019, avec une augmentation de plus d’un tiers du nombre de jeunes concernés depuis 2014 selon la Commission européenne. En France, en 2019, 21 736 apprentis sont partis moins de trois mois et 1 986 ont choisi une mobilité longue (de trois à six mois).

Le 14 janvier 2021, la conférence nationale de l’agence Erasmus+ France a dressé un bilan de la période 2014-2020 et a annoncé que "la crise sanitaire n’a pas découragé les porteurs de projets Erasmus+."

La mobilité étudiante Erasmus et ses effets

Comme le montrent les études d’impact menées pour le compte de la Commission européenne, les retombées du programme Erasmus+ sont nombreuses et s’observent à plusieurs niveaux :

  • plus de 70% des diplômés Erasmus+ affirment mieux savoir à leur retour dans quelle carrière ils souhaitent s'engager ;
  • 80% déclarent avoir trouvé un emploi dans les trois mois après l'obtention de leur diplôme ;
  • 90% estiment que leur expérience à l'étranger leur sert au quotidien dans leur travail ;
  • 90% ont le sentiment d'avoir une identité européenne (parmi les étudiants Erasmus+, ceux de l'Est se reconnaissent le plus dans l'Union européenne) ;
  • 80% des universités participantes déclarent qu'Erasmus+ renforce leur capacité d'innovation et leur aptitude à répondre aux besoins du marché du travail.

Erasmus+ est, par essence, un "vecteur de l’internationalisation des établissements". En cela, il contribue au bon développement du processus de Bologne, né en 1999, et dont la vocation est de créer un espace européen de l’enseignement supérieur. Si les universités françaises ont aujourd'hui leur propre stratégie à l’international, c’est parce que Erasmus+ s’est imposé comme un modèle qui, dès son lancement, a mis cette dimension au cœur du fonctionnement et des projets des établissements. À tel point que la mobilité des étudiants et des personnels serait à l’origine d’une "modernisation des établissements d’enseignement supérieur et des politiques éducatives", par l’ouverture sur d’autres manières de faire que permet Erasmus+.

Erasmus+, en permettant d’étudier et travailler ensemble tout en s’ouvrant à d’autres cultures, a permis de donner un sens concret à la notion de citoyenneté européenne, jusqu'à faire émerger "une génération d’Européens".

Globalement, Erasmus+ contribue à développer et renforcer le fonctionnement de l’espace européen de l’enseignement supérieur. Individuellement, l’impact économique des séjours Erasmus+ favorise l’insertion professionnelle, le développement personnel. Enfin, bien qu’aucune étude européenne ne mesure l’impact précis des séjours Erasmus+ sur le niveau de langue, il n’en reste pas moins que l’amélioration du niveau de langue est une des principales motivations pour partir étudier à l’étranger.

En dépit de sa popularité, Erasmus+ ne permet qu’à une minorité d’étudiants (en moyenne 5% d’étudiants Erasmus par rapport au nombre d’étudiants diplômés de la même année) et de personnels d’exercer une mobilité géographique. Malgré les aides accordées, le coût d’un séjour à l’étranger reste un obstacle. La Commission européenne a annoncé que le programme 2021-2027 sera "plus inclusif".