Enseignement : la France dans le classement PISA

Publiés fin 2019, les résultats des élèves ayant participé à l’enquête PISA 2018 placent la France entre le 20e et le 26e rang des 79 pays présents aux enquêtes de l’OCDE. Sur les 36 pays de l'OCDE en 2018, la France se situe entre le 15e et le 21e rang (au même niveau que l'Allemagne).

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600 000 élèves âgés de 15 ans ont participé à travers le monde aux épreuves dont plus de 6 000 élèves français. Comme en 2015, le système d’éducation français apparaît toujours inégalitaire. La France est un des pays qui réussit le moins à atténuer l’impact du milieu socio-économique sur les résultats scolaires.

Les résultats du classement PISA 2018

Les tests du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) sont organisés tous les trois ans par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Depuis les années 1990, ils imposent une norme mondiale d’évaluation des systèmes éducatifs. En 2018, 79 États participaient aux tests PISA (la Chine ayant intégré le programme en 2015).

Pour chaque enquête, un domaine majeur est privilégié. Le domaine majeur d’évaluation de l’enquête PISA 2018 était la compréhension de l'écrit (sciences en 2015, mathématiques en 2012).

La France obtient 493 points dans le domaine de la compréhension de l’écrit, légèrement au-dessus des 487 points de moyenne dans les pays de l’OCDE. Elle obtient un score identique à celui de la Belgique, derrière l’Allemagne (498 points). La Chine occupe la première place (555) devant Singapour (549). S’agissant de la lecture, l’enquête constate que de plus en plus d’élèves considèrent la lecture comme une "perte de temps". Cela s’explique par la place que prennent les technologies numériques chez les jeunes.

Les résultats de la France en sciences et en mathématiques se situent également dans la moyenne des pays de l’OCDE. La France compte respectivement 493 et 495 points en mathématiques et en sciences alors que la moyenne OCDE est à 489 points dans ces deux domaines. Les deux premières places sont là encore occupées par la Chine (591 en mathématiques et 590 en sciences) et Singapour (569 en mathématiques en 551 en sciences).

Le milieu-socio-économique agit grandement sur le niveau des élèves. Dans l'OCDE, "le niveau à l’écrit des 10% d’élèves des familles les plus riches équivaut à une avance de trois années scolaires environ par rapport aux 10 % d’élèves les plus pauvres". En France mais aussi en Allemagne, cet écart atteint quatre années. Les résultats montrent par ailleurs que la France favorise la réussite d’une élite, celle des enfants qui réussissent le mieux tandis qu’elle est de moins en moins capable de faire réussir les enfants les moins privilégiés. L’étude met en relief une différence de 107 points entre les élèves issus d’un milieu favorisé et ceux issus d’un milieu défavorisé, nettement supérieure à celle observée en moyenne dans les pays de l’OCDE (88 points). Cet écart se stabilise toutefois depuis une dizaine d’années. Il était de 110 points en 2009.

Environ 20% des élèves favorisés, mais seulement 2% des élèves défavorisés, sont parmi les élèves très performants en compréhension de l’écrit en France (au niveau 5 ou 6) pour des proportions respectives de 17% et 3% en moyenne dans les pays de l'OCDE. En France, un élève défavorisé n'a qu’une chance sur six de fréquenter le même lycée qu’un élève très performant.

Dans tous les pays participants, les filles obtiennent de meilleurs résultats que les garçons dans la compréhension de l’écrit. Dans les pays de l’OCDE, l’écart est de plus de 30 points en moyenne dans ce domaine. Il est de 25 points en France. En sciences, l’écart est plus réduit (+ 2 points dans les pays de l’OCDE et il est même identique en France). En revanche, les garçons obtiennent un meilleur score en mathématique. Cela est valable dans les tous les pays de l’OCDE (+5 points), de +6 points en France.

Les élèves français se distinguent aussi par le manque de coopération : "seuls 45% des élèves ont déclaré que les élèves coopèrent entre eux dans leur établissement (moyenne OCDE : 62%)". Pourtant, ils sont relativement peu nombreux à se sentir en compétition. 8 élèves sur 10 déclarent même nouer facilement des relations amicales à l’école. La proportion d’élèves victimes de harcèlement à l’école est plus faible en France (8%) que dans les autres pays de l’OCDE (9%).

Deux autres points sont également à retenir :

  • les élèves français se disent peu soutenus par leurs enseignants (pour 57 % d’entre eux, les enseignants ne s’intéressent pas à leur progression) ;
  • la France est l'un des trois pays où les élèves font état des plus grandes préoccupations liées aux problèmes de discipline en classe (il n’y a qu'en Argentine et au Brésil où l'indice du climat de discipline est inférieur à la moyenne observée en France).

Ces dix dernières années, la plupart des pays n’enregistrent pas de progression malgré des dépenses d’éducation en hausse de 15%. Quelques pays infirment cette règle. Il s‘agit par exemple du Portugal, qui se hisse au niveau de la moyenne OCDE malgré des années de crise ou de la Suède, qui progresse dans les trois domaines testés.

Les tests PISA : quelles caractéristiques ?

Préparés par un groupe d’experts internationaux chargés de concevoir des questions et des exercices qui évitent d’avantager les élèves de tel ou tel pays, les tests PISA présentent trois caractéristiques qui expliquent leur succès :

  • un éloignement des programmes scolaires pour évaluer les compétences générales des élèves âgés de quinze ans ;
  • une limitation à trois enseignements fondamentaux (langue maternelle, mathématiques, sciences) afin de faciliter les comparaisons ;
  • des résultats compréhensibles pour les autorités comme pour le grand public.

Si ces tests eux-mêmes ne sont guère contestés (la France participe à plusieurs comparaisons internationales des performances des élèves), c’est plutôt l’esprit général des compétences évaluées qui est discuté en France.

En mathématiques, l’OCDE évalue les capacités des élèves à mobiliser leurs compétences dans des situations de la vie quotidienne, ce qui est très éloigné des programmes de mathématiques du collège en France, plus abstraits.

En compréhension de l’écrit, les tests sont basés sur une grande variété de supports (ouvrages, presse, documents divers, etc.) alors que les élèves français sont peu habitués à ce type de textes, l’apprentissage de la lecture et de la maîtrise de la langue étant largement fondé sur la découverte et la pratique de textes littéraires. De plus, les élèves français semblent avoir des difficultés à avoir une vision globale d’un texte, ce que certains attribuent à un enseignement trop linéaire et trop analytique des textes en cours de français, enseignement qui suit la progression du texte et s’appuie sur le sens établi par avance par le professeur.

De façon plus générale, on note que les élèves français éprouvent des difficultés à mobiliser leurs connaissances et à exercer leur esprit critique pour affronter des situations qui sortent des habitudes du travail scolaire.

Depuis 2015, l’évaluation est quasi-entièrement réalisée sur un ordinateur par les élèves dans tous les pays de l’OCDE. Les exercices passés par les élèves ont été dématérialisés. Les élèves avaient en outre la possibilité de s’aider d’un brouillon de papier. Une calculatrice ainsi qu’un éditeur d’équations simplifié étaient disponibles sur l’interface.