Développement de l’éolien : une énergie en débat

L’État encourage le développement de l’énergie éolienne en France. La promotion de cette énergie s’inscrit dans un mouvement mondial avec pour principal objectif la lutte contre le changement climatique. Cette source d’énergie fait cependant l’objet de fortes oppositions et son développement doit s’opérer dans un cadre contraint.

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Le  développement des énergies renouvelables en mer est une priorité de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), publiée le 28 octobre 2016 (actualisée en janvier 2019) en application de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte de 2015, et de la stratégie nationale pour la mer et le littoral (SNML) publiée le 24 février 2017.

Il s’agit d’équilibrer le mix énergétique et de valoriser les ressources du territoire. En outre, depuis le protocole de Kyoto adopté en décembre 1997, la France s’est engagée dans une démarche de réduction des gaz à effet de serre (GES) afin de participer à la lutte contre le réchauffement climatique.

Fixés au niveau de l’Union européenne (UE), les objectifs sont, à l’horizon 2030, de réduire les émissions de GES de 40%, d’accroître l’efficacité énergétique de 27% et de porter les énergies renouvelables à 27% du mix énergétique. En France, le plan d’action national en faveur des énergies renouvelables pour la période 2009-2020 avait retenu un objectif de 23% d’énergies renouvelables dans la consommation totale d’énergie finale. La loi relative à la transition énergétique et pour la croissance verte ambitionne une réduction de 40% des émissions de GES et une part des énergies renouvelables portée à 32% de la consommation énergétique finale à l’horizon 2030.

Parmi les sources d’énergie renouvelable, l’éolien est l’une des techniques les plus prometteuses (avec le solaire photovoltaïque). Son développement est indispensable si la France souhaite respecter les objectifs fixés.

Un développement soutenu par l’État

Depuis les années 2000, l’État soutient le développement de l’énergie éolienne. Il intervient en amont pour aider la recherche et en aval pour favoriser son déploiement commercial.

Pour la réalisation du plan de développement des énergies renouvelables, l’État a, par exemple, lancé des appels d’offres portant sur des installations éoliennes en mer. Il a également mis en place des mécanismes incitatifs afin de favoriser le développement de l’énergie éolienne.

Par ailleurs, dans les zones exposées à un risque cyclonique et pour les éoliennes implantées à terre, les producteurs d’électricité bénéficient de tarifs de rachats privilégiés depuis un arrêté de mars 2013. Un décret du 26 avril 2017 pris en application de l’article 84 de la loi du 20 juin 2016 sur l’économie bleue vise à favoriser "l’assurabilité" des projets d’énergies renouvelables en mer en ajoutant les "installations d’énergie marine renouvelable" (EMR) à la liste des "grands risques" prévus au code des assurances.

Un crédit d’impôt est également ouvert aux particuliers pour les dépenses d’équipement éolien dans l’habitat.

Jusqu’en 2015, le principal outil de soutien était l’obligation d’achat de l’électricité. Cette obligation d’achat permettait au producteur d’énergie éolienne de vendre sa production d’électricité à un tarif d’achat garanti fixé par arrêté. Une contribution au service public de l’électricité (CSPE), payée par les consommateurs d’électricité, a été créée pour compenser les charges de service public de l’électricité supportées par les fournisseurs historiques, tels EDF. Outre les surcoûts liés aux tarifs bonifiés de l’électricité produite par les particuliers ou les opérateurs privés à partir d’énergies renouvelables, la CSPE finançait ceux liés aux tarifs sociaux de l’électricité et à la péréquation tarifaire pour l’égalité de services sur tout le territoire.

En 2016, le soutien à l’éolien terrestre a évolué vers un complément de rémunération, mis en place par la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte. Dans ce cadre, l’électricité produite par les parcs éoliens est vendue directement par le producteur sur le marché de l’électricité. La différence entre un tarif de référence fixé par arrêté et le prix moyen du marché constaté chaque mois est versée au producteur par EDF. Le surcoût occasionné pour EDF est compensé par une partie de la CSPE.

Dans un rapport sur le soutien aux énergies renouvelables publié en mars 2018, la Cour des comptes considère que la récente réforme de la CSPE et la création en 2015 du compte d’affectation spéciale transition énergétique ont permis de donner une visibilité annuelle à un dispositif qui avait largement prospéré de manière extrabudgétaire. Mais selon le rapport, ce n’est pas suffisant. Il recommande de mieux associer le Parlement à la définition des objectifs des énergies renouvelables et des volumes de soutien financier à ce secteur.

Un développement dans un cadre contraint

L’énergie éolienne est une énergie variable : il n’y a pas toujours de vent et le vent ne souffle pas toujours avec la même intensité. Néanmoins, ce phénomène peut être compensé au niveau national. Les études préalables à l’implantation d’un parc éolien permettent de sélectionner des zones où la production d’électricité est possible pour 80% du temps. Pour les 20% restants, il faut donc prévoir d’autres sources d’énergie.

L’exploitation d’éoliennes peut aussi être source de nuisances. En 2007, l’Académie des beaux-arts a ainsi rendu un avis défavorable au développement de l’énergie éolienne au nom de la protection des paysages. Les éoliennes produisent du bruit : un sifflement dû au passage de l’air dans les hélices et un grincement dû à la rotation des hélices. Enfin, les éoliennes peuvent être dangereuses pour les oiseaux qui peuvent être pris dans les pales en rotation.

Des associations militent contre l’implantation d’éoliennes en France au nom de la protection des riverains et du respect de la propriété privée. Contestant aux éoliennes un intérêt économique ou écologique, elles considèrent, au contraire, qu’elles contribuent à renchérir le prix de l’électricité.

Pour tenir compte de ces contraintes et répondre aux critiques, l’implantation d’éoliennes a été soumise à un encadrement strict, notamment par les lois Grenelle de 2009 et 2010 : permis de construire obligatoire pour les éoliennes de plus de 12 mètres, enquête publique pour celles de plus de 50 mètres, minimum de 5 éoliennes par parc, étude d’impact, installation des éoliennes de plus de 50 mètres à plus de 500 mètres des zones d’habitation, création de zones de développement de l’éolien (ZDE), etc.

Ce cadre très contraint risquait cependant de menacer le développement de la filière. Une forte baisse des installations d’éoliennes a d’ailleurs été constatée dès 2011. Pour corriger cette tendance, la loi du 15 avril 2013 visant à préparer la transition vers un système énergétique sobre et portant diverses dispositions sur la tarification de l’eau et sur les éoliennes a simplifié certaines dispositions : les ZDE et la règle des cinq mâts ont été supprimées et il a été rendu possible, après autorisation, d’implanter des éoliennes sans continuité avec l’urbanisation dans les communes outre-mer soumises à la loi Littoral.

Expérimentée pendant trois ans, l’autorisation unique délivrée par le préfet de département pour les parcs éoliens terrestres soumis à autorisation au titre de la procédure des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) est devenue la norme avec l’ordonnance du 26 janvier 2017. Cette autorisation vaut autorisation ICPE et permis de construire.

Dans la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, la distance minimale à respecter entre une éolienne et des habitations est ramenée à 500 mètres (le Sénat avait fixé la distance minimale à 1 000 mètres entre une éolienne dont la hauteur dépasse 50 mètres et les habitations).

Pour atteindre les objectifs de développement des énergies renouvelables, le gouvernement s’est doté d’un nouvel outil, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Des objectifs pour chaque filière renouvelable à l’horizon 2018 et 2023 ont ainsi été fixés.  

Cependant, aucun des projets lancés en France depuis dix ans n’a abouti, ce qui contribue à renchérir le coût de cette énergie et limite les velléités de développement de la filière. Des recours juridiques sont toujours en cours. Dans un rapport publié en janvier 2018, un groupe de travail chargé de simplifier et de consolider le cadre administratif de l’éolien terrestre a présenté dix propositions pour simplifier les procédures d’installation des éoliennes et améliorer leur acceptation dans les territoires.

Les spécificités de l’éolien en mer

L’éolien en mer présente des opportunités en matière d’innovation et de développement économique (technologies pour la préparation des fonds marins pour la pose d’hydroliennes, navires innovants pour la maintenance des éoliennes en mer, acheminement de l’électricité produite vers la terre).

Les projets de Fécamp (Seine-Maritime), Courseulles-sur-Mer (Calvados), Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), Le Tréport (Seine-Maritime) en 2011, puis ceux de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) et Noirmoutier (Vendée) en 2013 forment un premier lot de parcs éolien en mer, pour une puissance totale d’environ 3 300 MW. Deux nouveaux appels d’offres ont été lancés, en 2016, l’un au large de Dunkerque, l’autre au large de l’île d’Oléron.

Un débat public est en préparation sur de nouveaux projets de parcs éoliens en mer au large de la Normandie.

Le développement des énergies renouvelables en mer est une priorité de la politique maritime de la France encadrée par la Stratégie nationale pour la mer et le littoral (SNML) publiée le 24 février 2017.

S’agissant de l’éolien flottant, le Comité national sur les énergies renouvelables en mer (CNEM) de novembre 2013 suggérait déjà son développement. Un appel à projets pour le déploiement de fermes pré-commerciales a été lancé en août 2015. Quatre lauréats ont été retenus pour le déploiement de fermes pré-commerciales en 2016 : 

  • le projet "Provence Grand Large" sur la zone de Faraman en Méditerranée, qui se compose de 3 éoliennes de 8 MW ;
  • le projet "les éoliennes flottantes golfe du Lion" sur la zone de Leucate en Méditerranée qui se compose de 4 éoliennes de 6 MW ;
  • le projet "les éoliennes flottantes de Groix" en Bretagne qui se compose de 4 éoliennes de 6 MW ;
  • le projet "Eolmed" à Gruissan en Méditerranée qui se compose de 4 éoliennes de 6 MW.

Quelle production d’électricité éolienne aujourd’hui ? Quelles perspectives d'emploi ?


En 2017, le parc éolien français a produit 24 TWh, soit 4,5% de la production d’électricité nationale (en hausse de 14,8% par rapport à 2016).

Par rapport aux tendances d’évolution fixées par le plan national pour les énergies renouvelables, le développement de l’éolien a pris du retard puisque l’objectif initial pour 2020 s’élève à 25 000 MW dont 6 000 MW d’éoliennes en mer.

Comparée à d’autres pays européens, la France conserve une faible production d’énergie éolienne. Avec 108 GW installés, l’Allemagne possède le parc le plus important devant l’Italie (60,8 GW) et l’Espagne (51,9 GW). Le parc français est le quatrième plus important d’Europe avec 13,6 GW de capacités installées en 2017.

Si aucune éolienne en mer n’est entrée en production sur le territoire français, le secteur représente déjà un nombre d’emplois significatif. À la suite de l’attribution des premières zones de développements en mer, l’industrie éolienne s’est renforcée par l’implantation de plusieurs sites industriels dédiés à l’équipement et à la maintenance des futurs sites en mer. 

Selon l’Observatoire des énergies marines, en 2017, l’éolien posé en mer représentait environ 1 590 emplois et l’éolien flottant 550 emplois.

La filière éolienne pourrait représenter 60 000 emplois directs et indirects, dont 29 000 dans l’exploitation et la maintenance et 31 000 dans les activités liées à la phase d’investissements (hors activités orientées à l’exportation).