Démographie médicale et accès aux soins
Des effectifs de médecins en hausse en 2025
Selon l'atlas de la démographie médicale du Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom), le nombre de médecins en activité régulière, au 1er janvier 2025, connaît, pour la première fois, une variation positive depuis 2010 de 0,6% et de 1,1% au cours de la dernière année. Au 1er janvier 2025, 241 255 médecins sont en activité contre 215 663 en 2010. Ces statistiques sont relativement proches de la celles de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees), qui estime à 237 200 le nombre de médecins en activité à la même date.
La proportion de spécialistes est en constante augmentation. De fait, cela fait baisser la proportion de médecins généralistes. Ainsi, au 1er janvier 2025, les généralistes comptent pour 42,3% de l’effectif des médecins en activité, contre 45,4% pour les spécialistes médicaux (hors médecine générale) et 12,3% pour les spécialistes chirurgicaux. En 2010, ces proportions atteignaient respectivement 48%, 40,8% et 11,2%. Globalement, le nombre de généralistes a diminué de 1,4% depuis 2010.
L’atlas de la démographie médicale constate par ailleurs le basculement d’un mode d’exercice libéral de la médecine vers un autre, salarié ou mixte (libéral et salarié) :
- 40,4% des médecins exercent en libéral uniquement ;
- 49,4% sont salariés ;
- 10,2% sont en exercice mixte.
Pour les médecins généralistes, l’activité libérale exclusive reste le mode d’activité principal. Elle représente 55,5%. Chez les spécialistes chirurgicaux, l’activité libérale représente 43,4% des médecins en activité régulière. Pour les spécialistes médicaux, l’activité salariée représente 63,2% des médecins en activité régulière et est donc le mode principal d’exercice.
L’activité intermittente (médecins remplaçants hors les médecins retraités poursuivant une activité partielle et /ou intermittente) connait elle aussi une augmentation, passant de 3,8% des médecins inscrits en 2010 à 5,1% en 2025, soit une variation des effectifs de médecins intermittents de +71,2% en 15 ans.
Un rajeunissement global des médecins accompagné d'une féminisation
Selon une étude de la Drees publiée en janvier 2025, la moyenne d’âge des médecins actifs est de 49,9 ans au 1er janvier 2025, alors qu’elle était de 51,1 ans au 1er janvier 2012. Début 2012, 60% des médecins avaient 50 ans ou plus, ils ne sont aujourd’hui plus que 49%. Dans le même temps, la part de médecins de moins de 40 ans a fortement augmenté, de 17% début 2012 à 31% début 2025.
Ce rajeunissement des médecins s’accompagne d’une féminisation de la profession. En effet, tandis que les générations parties à la retraite entre 2012 et 2025 étaient majoritairement masculines, les générations entrantes depuis 2012, nombreuses car bénéficiant d’un numerus clausus relevé, sont majoritairement féminisées. Ainsi, 50% des effectifs sont des femmes au 1er janvier 2025, après 41% au 1er janvier 2012. Cette tendance démographique est notamment visible chez les médecins généralistes, dont l’âge moyen est passé de 51,1 ans au 1er janvier 2012 à 50,4 ans au 1er janvier 2025, et la part de femmes de 41% à 52%.
Le recours aux médecins étrangers
Au 1er janvier 2025, ce sont 29 452 médecins en activité régulière qui ont obtenu leur diplôme à l’étranger, soit une variation positive de +106,3% par rapport à 2010 où le nombre de ces médecins en activité régulière à diplômes étrangers s’élevait à 14 274. Alors qu’en 2010 les médecins à diplômes étrangers comptaient pour 7,2% des médecins en activité régulière, ils représentent désormais 14,6% en 2025.
Les médecins diplômés à l’étranger sont davantage représentés chez les spécialistes et ils exercent moins souvent en libéral. Ils constituent 23,1% des spécialistes chirurgicaux en activité régulière et 18,9% des spécialistes médicaux en activité régulière. Chez les généralistes en activité régulière, la proportion des médecins à diplômes étrangers est de 7,2% au 1er janvier 2025. L’Algérie, la Tunisie et la Syrie sont les 3 principaux pays d’obtention de diplômes des médecins en activité régulière à diplômes obtenus en dehors de l’UE.
La procédure pour obtenir l’autorisation d’exercice pour les diplômés hors de l’espace économique européen peut expliquer au moins en partie cet écart : les trois ans d’exercice en milieu hospitalier requis avant la délivrance d’une autorisation favorisent probablement une poursuite de carrière au sein des hôpitaux.
Des inégalités territoriales
Sur l’ensemble du territoire, la densité médicale représente le nombre de médecins par habitants. Cette densité est hétérogène selon les départements.
Les inégalités sont avant tout infra-départementales. Les zones les moins dotées sont les zones rurales, en périphérie des villes, ou celles, proches de grandes villes mais qui échappent à leur "rayonnement" économique. Cette situation est d’autant plus problématique qu’elle suit les contours des inégalités sociales et les accentue. La densité de médecins la plus élevée est en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (426,2 médecins pour 100 000 habitants). La région Île-de-France bénéficie d’une couverture importante avec 391,4 médecins pour 100 000 habitants. Elle est l’une des régions les mieux dotées, chez les spécialistes médicaux et chirurgicaux mais compte parmi les plus faibles densités chez les généralistes. Les régions dont les densités sont les plus faibles sont le Centre Val de Loire (263,8), la Guyane (272,1) et les Hauts-de-France (308,9).
Les départements les moins dotés en médecins en activité pour la population des 65 ans et plus dessinent une diagonale s’étendant du nord-est au sud-ouest de l'hexagone. Les départements présentant les densités médicales les plus faibles en termes de nombre de médecins en activité pour 100 000 habitants de 65 ans et plus sont la Creuse (691,4), l’Indre (691,9) et le Cher (749,5). Mais, à l’inverse, les départements les plus densément peuplés présentent les densités les plus fortes : Paris (5 198,1), le Rhône (2 792,5) ou encore la Val de Marne (2 606,6).
La Drees considère d'ailleurs que l'expression "désert médical" renvoie une image erronée car il n’y a pas de zone sans accès à une offre de soins. Les délais d’attente constituent, en revanche, un indicateur plus précis pour mesurer l’accessibilité des soins et la corrélation entre l’offre et la demande de soins.
En octobre 2018, la Drees avait publié une étude qui mesure ces délais d’attente. Chez le médecin généraliste, un rendez-vous sur deux est obtenu en moins de deux jours. La moitié des prises de contact aboutissent à un rendez-vous dans la journée en cas d’apparition ou d’aggravation de symptômes. L’obtention d’une consultation dans un délai réduit dépend donc du niveau de gravité supposé d’une maladie. Néanmoins, le délai moyen d’attente est de six jours pour un contrôle périodique.
Les délais d’attente sont plus problématiques chez certains spécialistes. La moitié des rendez-vous pris auprès d’un ophtalmologiste n’ont lieu que dans un délai de 52 jours et au-delà de 112 jours dans près d’un quart des cas. Le délai moyen d’obtention d’un rendez-vous est de 61 jours pour un dermatologue, 45 jours pour un rhumatologue et de 50 jours pour un cardiologue et 28 jours pour un chirurgien-dentiste.
L’étude démontre la corrélation entre le délai d’attente et l’accessibilité aux professionnels de santé. Le ratio varie du simple au double selon que le patient habite une zone fortement accessible ou non : "Alors que le délai médian d’obtention d’un rendez-vous chez un ophtalmologiste est de 29 jours dans Paris, il est de 71 jours dans les communes hors influence des pôles, de 76 jours dans les communes des grands pôles ruraux et de 97 jours dans les communes des petits et moyens pôles, lesquelles sont parmi les moins bien dotées en ophtalmologistes".
Quelles politiques d'accès aux soins ?
Les Pactes territoire santé
Depuis les années 2000, des mesures ont été prises pour adapter le nombre d’étudiants aux besoins et pour attirer les jeunes médecins dans des zones sous-médicalisées. Cette politique repose sur la définition préalable d’un zonage de l’offre de soins. L’indicateur utilisé est celui de "l’accessibilité potentielle localisée". Sont pris en compte :
- le nombre, la répartition géographique par classe d’âge, le niveau d’activité et les modalités d’exercice des professionnels de santé en exercice ;
- les caractéristiques sanitaires, démographiques et sociales de la population ;
- les particularités géographiques ;
- la présence de structures de soins.
En 2005, la loi relative au développement des territoires ruraux permet aux collectivités territoriales d’attribuer des aides à des professionnels de santé pour les inciter à s’installer dans des zones sous-médicalisées.
La loi Hôpital, patients, santé et territoires de 2009 crée le contrat d’engagement de service public (CESP). Les étudiants en médecine qui signent un CESP reçoivent une bourse pendant leurs études, en contrepartie, ils s’engagent à exercer dans les zones de revitalisation rurale et les zones urbaines sensibles.
En 2012, l’État définit le premier Pacte territoire santé, plan global de lutte contre les déserts médicaux. Le Pacte contient des objectifs chiffrés : 1 500 CESP d’ici 2017, 200 contrats de praticiens territoriaux de médecine générale (contrat qui garantit un revenu minimum et une protection sociale améliorée aux médecins qui s’installent en zone sous-médicalisée).
En 2015, un nouveau Pacte territoire santé est adopté pour la période 2015-2017. Outre une augmentation du nombre de CESP (+200 à l’horizon 2017) et un objectif de 1000 médecins installés grâce aux contrats de praticien territorial, il propose la création de 1000 maisons de santé d’ici 2017. Ces structures, qui regroupent plusieurs professionnels de santé, permettent aux médecins de mutualiser les tâches administratives et les frais de structure. Le Pacte prévoit également d’assurer l’accès aux soins urgents en moins de 30 minutes.
En parallèle, le développement de la télémédecine est encouragé. Une nouvelle étape de mise en œuvre a été franchie en septembre 2018 avec la généralisation de la téléconsultation en France. Tout médecin, quelle que soit sa spécialité est autorisé à la pratiquer pour toute situation qu’il jugera adaptée.
La stratégie nationale de santé "Ma santé 2022"
La stratégie nationale de santé a mis en place de nouvelles mesures pour corriger les inégalités dans l’accès aux soins, notamment :
- le déploiement de 1000 communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) pour mailler le territoire national ;
- libérer du "temps médical" pour les médecins qui peuvent bénéficier d’un soutien financier pour l’emploi d’assistants médicaux en échange d’un engagement pour une augmentation de patientèle ou la réduction des délais de rendez-vous ;
- suppression du numerus clausus et la réforme des études de médecine (les universités doivent "adapter leurs dispositifs à leurs capacités de formation").
Dans la continuité de cette stratégie, la loi du 23 décembre 2022 de financement de la sécurité sociale pour 2023 comprend de nouvelles mesures afin d’améliorer l’accès à la santé. Le texte prévoit notamment :
- la création d'une quatrième année d'internat de médecine générale, consacrée à des stages en cabinet médical, en priorité dans les zones médicalement tendues ;
- l'organisation, à titre expérimental, par les agences régionales de santé (ARS) de consultations de médecins dans les déserts médicaux ;
- la possibilité jusqu'à fin 2035 pour les médecins et infirmiers de travailler jusqu’à 72 ans à l'hôpital ;
- l'exonération des cotisations vieillesse en 2023 pour les médecins retraités qui reprennent leur activité ;
- l'assouplissement des règles de cumul emploi-retraite pour les médecins qui exercent dans un désert médical.
Le Pacte de lutte contre les déserts médicaux
La loi du 27 juin 2025 tire le bilan de la multiplication des déserts médicaux. La loi vise à former davantage de médecins. Elle rénove le "numerus apertus" instauré en 2019, facilite le retour des jeunes Français partis étudier la médecine ailleurs en Europe (Roumanie, Belgique...) et développe les passerelles pour les professions paramédicales.
Publié par le ministère de la santé le 27 juin 2025, le pacte de lutte contre les déserts médicaux, établit la cartographie des 151 zones prioritaires qui accueilleront, dès septembre 2025, les médecins volontaires dans le cadre de la mission de solidarité territoriale. Les médecins des territoires voisins, devront s'organiser et se relayer pour assurer une continuité d’exercice en médecine de premier recours dans ces zones, avec des plannings définis à l’avance sur le modèle de la permanence de soins. En outre, les collectivités locales seront incitées à créer des conditions d'accueil attractives pour les étudiants et professionnels de santé.