Le surtourisme : quel impact sur les villes et sur l’environnement ?

Le tourisme international connaît ces dernières années une croissance exponentielle. Si le secteur a un impact positif sur le développement économique des territoires, il a aussi des effets néfastes. Pollution, inflation, dégradation des sites… Quels sont les effets de cette croissance sur l’environnement et les populations ?

12 minutes

Un tourisme international en pleine croissance

Apparu en Europe au XIXᵉ siècle, le tourisme est passé d’une pratique culturelle réservée à une élite à un phénomène de masse. Depuis la crise économique de 2008, ce secteur ne cesse de se développer partout dans le monde et joue un rôle majeur dans l’économie mondiale.

Un moteur de l’économie mondiale

1,4 milliard, c’est le nombre de touristes internationaux qui ont voyagé en 2018, selon le baromètre annuel de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). L’organisme des Nations unies s’attendait à franchir ce cap en 2020, mais ses prévisions se sont réalisées avec deux ans d’avance.

Les arrivées de touristes internationaux ont augmenté de 6% en 2018, c’est la plus forte croissance de ces dix dernières années. Une tendance qui devrait se poursuivre dans les années à venir à un rythme moins soutenu (entre 3% et 4%).

L’Europe est la destination préférée des voyageurs avec 713 millions de visiteurs internationaux, suivie de l’Asie-Pacifique (343 millions), des Amériques (217 millions), de l’Afrique (67 millions) et du Moyen-Orient (64 millions).

D’ici à 2030, le nombre de touristes internationaux devrait grimper à 1,8 milliard.

Les dépenses des touristes ont aussi fortement augmenté. Les recettes générées par le tourisme international ont progressé de 4% en 2018, s’élevant à 1 448 milliards de dollars. 4 milliards de dollars sont dépensés en moyenne chaque jour par les voyageurs. Les touristes chinois sont ceux qui dépensent le plus pour voyager à l’étranger, suivis des Américains, des Allemands, des Britanniques et des Français.

Le tourisme est aujourd’hui le troisième secteur économique mondial après la chimie et les carburants, mais devant l’industrie alimentaire et automobile. Il équivaut à 10% du produit intérieur brut (PIB) mondial et emploie 313 millions de personnes à travers le monde.

Le secteur représente donc un potentiel important de croissance économique pour les pays, notamment en termes d’emplois. Au fil des années, de nouvelles destinations se sont ouvertes au tourisme, créant une source de revenus pour bon nombre de pays en développement.
 



Un atout économique pour la France

Avec 89,3 millions de visiteurs internationaux en 2018, la France se classe en tête des pays les plus visités dans le monde devant l’Espagne, les États-Unis et la Chine. En Île-de-France, ce sont 50 millions de touristes qui ont été accueillis en 2018, soit une hausse de 3,6% par rapport à 2017, a indiqué le comité régional du tourisme.

Les données de l’Insee d’avril 2019 confirment cette tendance à la hausse. Les hébergements touristiques en France (hôtels, campings, auberges) ont connu une fréquentation record de 438 millions de nuitées en 2018 (9 millions de plus qu’en 2017). Celle-ci est liée à une augmentation de la clientèle étrangère de 5,4%.

Néanmoins, en retenant les recettes liées au tourisme, la France n’est classée que troisième à l’échelle mondiale, après l’Espagne et loin derrière les États-Unis.

Après une forte baisse suite aux attentats de 2015, les recettes touristiques en France ont augmenté de 6,5% en 2018. Le tourisme génère plus de 2 millions d’emplois et représente 7% du PIB national.

L’objectif du gouvernement est de dépasser les 60 milliards d’euros de recettes et les 100 millions de visiteurs étrangers d’ici à 2020. Un double objectif qui doit permettre la création de 300 000 postes supplémentaires.

Pour développer ce secteur stratégique, le gouvernement a instauré en juillet 2017 un Conseil interministériel du tourisme (CIT). Présidé par le Premier ministre, il réunit tous les six mois les ministres, les élus et les professionnels du secteur pour présenter le plan d’action du gouvernement en faveur du tourisme.

Lors de sa réunion de mai 2019, le CIT a annoncé vouloir simplifier le système de détaxe afin d’encourager le shopping des étrangers. Fin 2021, les touristes hors Union européenne pourront récupérer la TVA sur leurs achats de plus de 100 euros au lieu de 175 euros. L’État souhaite également favoriser l’emploi et la formation dans le secteur du tourisme.

Si cette croissance des flux touristiques en France et dans le monde a un impact positif sur l’économie, elle implique également de nouveaux défis économiques, sociaux et environnementaux.

Quels sont les sites touristiques les plus visités en France ?

Disneyland, le musée du Louvre, le Domaine de Versailles et la tour Eiffel sont les sites les plus fréquentés par les touristes. En dehors de la région Île-de-France, ce sont le Puy du Fou, la cité médiévale de Carcassonne, le parc Astérix, le Futuroscope, le château des ducs de Bretagne ou encore le zoo de Beauval.

Les effets du surtourisme sur les villes

Pour certaines destinations très prisées des voyageurs, il n’est plus question de développer le tourisme, mais plutôt de le limiter. Le terme de “surtourisme” (ou “overtourisme”) est apparu ces dernières années pour désigner le phénomène de saturation des sites touristiques par un nombre croissant de visiteurs. Face à cette pression touristique, les autorités locales adoptent des mesures pour protéger leurs villes et leurs populations.

  • Une menace pour le patrimoine culturel

Certains lieux ne sont pas adaptés pour recevoir un trop grand nombre de voyageurs et manquent d’infrastructures.

À Venise, près de 30 millions de personnes visitent la ville chaque année, quand celle-ci ne compte que 55 000 Vénitiens. Cela représente une proportion de 545 touristes par habitant. L’Unesco a demandé à la ville de trouver des solutions concrètes pour la préservation de la lagune, faute de quoi Venise serait inscrite sur la liste du Patrimoine mondial en péril.

Depuis 2019, les bateaux de croisières sont interdits dans le centre, car leurs remous fragilisent les fondations de la cité. À compter du 1er septembre 2019, les touristes devront payer un droit d’entrée pour visiter la ville allant de 3 à 10 euros selon la saison. Cette mesure doit rapporter 50 millions d’euros par an pour financer les coûts de nettoyage du centre historique.

Autre ville à avoir reçu un signal d’alarme de l’Unesco, la cité fortifiée de Dubrovnik, en Croatie. La municipalité a installé un compteur à l’entrée de la ville et limité l’accès à 8 000 visiteurs par jour pour préserver l’authenticité de la citadelle.

De plus en plus de sites touristiques menacés par le surtourisme ont instauré des quotas de visiteurs pour protéger leur patrimoine culturel comme le parc Güell à Barcelone ou la cité inca du Machu Picchu au Pérou.

  • Un tourisme qui nuit à la qualité de vie locale

Barcelone, Rome, Amsterdam… Victimes de leur succès, ces villes voient leur population se multiplier avec la venue des touristes, créant ainsi d’importants déséquilibres au niveau local : rues et transports surchargés, nuisances sonores, plages bondées… Les commerces de proximité cèdent la place à des bars et des boutiques de souvenirs. La prolifération d’hôtels et d’hébergements touristiques engendre une pénurie de logements pour les habitants et une hausse des prix de l’immobilier.

Le surtourisme accentue le phénomène de gentrification, le départ des classes populaires des centres-villes au profit d’une classe sociale plus aisée. Face à l’augmentation du coût de la vie, les habitants sont contraints de se loger ailleurs et les quartiers se vident progressivement de leurs habitants.

En 2017, plusieurs manifestations d’hostilité à l’égard des touristes ont eu lieu en Espagne, notamment à Barcelone. L’OMT s’inquiète de cette montée de “tourismophobie”. Ce phénomène de rejet du tourisme est observé depuis quelques années dans plusieurs grandes villes européennes. En Île-de-France, seuls 3% des habitants sont hostiles à l’essor du tourisme, contre 20% à Venise ou à Amsterdam, selon une étude réalisée par le comité régional du tourisme.

  • Un déséquilibre du marché locatif

Pour lutter contre la pression immobilière liée au tourisme, des villes comme Amsterdam et Barcelone interdisent désormais la construction d’hôtels, d’auberges de jeunesse ou d’appartements locatifs dans le centre.

Mais l’essor des plateformes de location de logements entre particuliers comme Airbnb reste plus difficile à contrôler pour les municipalités. À Paris, environ 20 000 logements en location classique seraient devenus des meublés touristiques en cinq ans, d’après la Ville de Paris. 500 000 logements sont dédiés à la location Airbnb en France et 65 000 à Paris. La capitale est le premier marché mondial d’Airbnb.

Comme toutes les grandes villes touristiques, Paris multiplie les initiatives pour réguler ces locations. L’article 51 de la loi sur la République numérique prévoit que les annonces doivent comporter un numéro d’enregistrement pour vérifier que les logements ne sont pas loués plus de 120 nuitées par an. L’article 145 de la loi ELAN (Évolution du logement, de l'aménagement et du numérique) va même plus loin. Il permet à la commune victime d’abus de la part des propriétaires d’attaquer directement les plateformes. Celles-ci s'exposent à une amende de 12 500 euros pour chaque annonce non conforme.

Fin 2018, la mairie de Paris a porté plainte contre Airbnb, estimant que le site avait violé la loi ELAN en mettant en ligne 1 000 logements non enregistrés auprès des services de la mairie. La ville réclame une amende de 12,5 millions d’euros et attend une décision de la Cour de justice européenne avant la fin de l'année 2019.

Des conséquences néfastes pour l’environnement

Au-delà des répercussions négatives sur la population locale, le surtourisme exerce inévitablement des pressions sur l’environnement.

  • Surconsommation des ressources naturelles
    L’activité touristique augmente les besoins en énergie, en nourriture et eau (par exemple pour le remplissage des piscines dans les hôtels, dans des pays où la ressource est déjà limitée comme en Afrique, en Asie ou en Inde).
  • Création toujours plus importante de déchets qui polluent la nature
    En mer Méditerranée, 52% des détritus seraient liés au tourisme balnéaire selon un rapport de l’association WWF.
  • Pollution de l’eau et des sols qui nuit à la biodiversité (substances chimiques comme celles contenues dans les crèmes solaires, rejet des eaux usées).
    En 2018, les Philippines ont fermé six mois l’île de Boracay aux touristes, car celle-ci était polluée par les hôtels qui déversaient leurs eaux usées directement dans la mer. Le gouvernement a dû améliorer ses équipements d’assainissement qui n’étaient pas adaptés au nombre de touristes.
  • Destruction des écosystèmes (bétonisation des côtes, déforestation).
    En Thaïlande, la plus célèbre plage du pays, Maya Bay, a été fermée par les autorités thaïlandaises jusqu’en 2021 pour permettre aux récifs coralliens de se reformer et ainsi empêcher l’érosion de la baie. L’écosystème fragile des lieux a été endommagé pendant des années par les bateaux à moteur qui stationnaient dans la baie pour faire visiter la plage aux touristes.
  • Disparition de la biodiversité (trafic d’animaux pour fabriquer des souvenirs, perturbation des espèces, destruction de la végétation).
    Des lieux préservés, encore inconnus il y a quelques années, ont été popularisés par Internet et les réseaux sociaux. C’est le cas de l’Islande qui est passé de 500 000 touristes en 2010 à plus de 2 millions en 2017. Des sites comme la vallée de Reykjadalur ont dû être fermés temporairement au public en 2019, car la végétation avait souffert du passage continu de visiteurs.
  • Pollution de l’air qui contribue au réchauffement climatique.
    L’industrie touristique est à l’origine de 5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), d’après un communiqué de l’OMT. La croissance du tourisme d’ici à 2050 aura pour effet d’accroître la consommation d’énergie de 154% et les émissions de GES de 131%. L’empreinte carbone du tourisme est générée par tout ce qui est acheté par les touristes sur leur lieu de vacances (nourriture, hébergement, shopping), et surtout par les transports. Plus de la moitié des 1,4 milliard de touristes qui ont traversé les frontières dans le monde en 2018 ont été transportés par avion, rapporte l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI).

Des mesures en faveur du climat

Une des solutions envisagées pour réduire l’impact des voyages sur le climat est la compensation carbone. De plus en plus de compagnies aériennes proposent à leurs passagers de payer sur le prix du billet une taxe pour compenser leurs émissions de CO2 en finançant des projets dans le domaine des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique ou de la reforestation.

Après la conférence de Paris sur le climat (COP 21), les États membres de l’OACI, dont la France, ont signé en 2016 un accord visant à stabiliser les émissions de CO2 dans le transport aérien international à partir de 2020 et à réduire de moitié les émissions du secteur d’ici à 2050. Dans le cadre du programme Corsia, les compagnies aériennes devront compenser leurs émissions de carbone à partir de janvier 2021.

En juillet 2019, le gouvernement français a annoncé la mise en place d'une écotaxe sur le transport aérien à partir de 2020. Le montant de cette taxe, qui ira de 1,50 euro à 18 euros, s'ajoutera aux prix des billets pour les vols au départ de la France.

L’Union européenne envisage par ailleurs de taxer le kérosène pour diminuer les émissions de CO2. Depuis 1944, le carburant des avions est exonéré de taxes en vertu de la Convention de Chicago afin d’encourager le développement des liaisons internationales. Aujourd’hui, plusieurs associations de défense de l’environnement réclament la taxation du carburant pour limiter l’impact du trafic aérien sur le climat.