Instruction obligatoire, réforme du lycée : les nouveautés de la rentrée scolaire 2019

La rentrée scolaire 2019 est marquée par l’entrée en vigueur de la loi pour une école de la confiance et la mise en place d’une nouvelle organisation du lycée. Dans sa circulaire de rentrée, le ministre de l’éducation donne la priorité à l’école primaire.

10 minutes

Ce qui change dans l’enseignement du premier degré

L’âge de l’instruction obligatoire abaissé à 3 ans

L’une des mesures phares de la loi du 26 juillet 2019 pour une école de la confiance est l’abaissement de l’âge de l’instruction obligatoire de 6 à 3 ans dès la rentrée 2019. D’après l’étude d’impact du ministère de l’éducation nationale qui accompagnait le projet de loi, c’est à cet âge que l’enfant doit acquérir les compétences indispensables pour aborder l’apprentissage des fondamentaux à l’école : lire, écrire, compter et respecter autrui.

Si aujourd’hui 97,5% des enfants de 3 ans sont déjà scolarisés à l’école maternelle, le taux de scolarisation varie selon les territoires. Les départements d’outre-mer, comme la Guyane et Mayotte, ont les taux de scolarisation les plus faibles. Plus largement, ce taux masque une assiduité irrégulière des élèves durant la journée, notamment pour les élèves les plus jeunes.

Au total, 25 000 enfants sont concernés par cette réforme qui doit permettre d’offrir à tous les élèves les mêmes chances de réussir leur parcours scolaire. Cette loi ne remet pas en cause la possibilité pour les familles d’opter pour une instruction à domicile, mais celle-ci fait l’objet d’un contrôle renforcé.

L’instruction obligatoire a pour corollaire l’obligation d’assiduité. À l’initiative du Sénat, un assouplissement du contrôle de l’assiduité est prévu pour les élèves de petite section de maternelle. Un décret du 2 août 2019 en précise les modalités. Ces aménagements ne peuvent porter que sur les heures de classe prévues l’après-midi. Les responsables de l’enfant doivent adresser au directeur de l’école une demande d'aménagement, écrite et signée.

Par ailleurs, la formation sera obligatoire pour tout jeune jusqu’à ses 18 ans (apprentissage, stage de formation, service civique…) afin de prévenir le décrochage scolaire. Cette mesure visant les 56 000 jeunes mineurs qui ne sont ni en études, ni en formation, ni en emploi, n’entrera cependant en vigueur qu’à partir de la rentrée scolaire 2020.

Une école maternelle de l’épanouissement et du langage

L’instruction obligatoire dès l’âge de 3 ans modifie les missions de l’école maternelle. Conçue au XIXe siècle comme un établissement de “première éducation”, formant “le passage de la famille à l’école”, l’école maternelle doit désormais préparer aux apprentissages fondamentaux avant l’entrée au CP. Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, consacre l’essentiel de sa circulaire de rentrée 2019 à l’école maternelle. 

Les Assises pour l’école maternelle qui se sont tenues en mars 2018 ont montré la nécessité de lutter dès le plus jeune âge contre la première des inégalités, celle de la langue. Un enfant de 4 ans issu d’un milieu social défavorisé entendrait 30 millions de mots de moins qu’un enfant issu d’un milieu favorisé, selon le ministère de l'éducation nationale. L’école maternelle devrait donc être davantage tournée vers l’acquisition d’un vocabulaire oral pour faciliter l’apprentissage de la lecture, mais aussi la connaissance des nombres et la découverte des langues étrangères. Ces apprentissages sont mesurés dès l’entrée au CP au travers des évaluations nationales mises en place à la rentrée 2018.

La circulaire donne la priorité à l’enseignement structuré du langage oral. Des recommandations pédagogiques sont jointes à la circulaire. Elles définissent les principaux points sur lesquels fonder une programmation des enseignements du langage.

Réduction des effectifs dans les classes

Initié en 2017, le dédoublement des classes de CP et CE1 dans les écoles REP (Réseau d’éducation prioritaire) et REP+ (Réseau d’éducation prioritaire renforcée) est étendu à la rentrée 2019 aux classes de grande section. Celles-ci voient leurs effectifs baisser d’une vingtaine à une douzaine d’élèves. Cette mesure, qui doit bénéficier à environ 150 000 élèves de quartiers défavorisés, nécessite la création de 6 000 classes supplémentaires. 2 300 nouveaux postes d’enseignants sont créés afin de poursuivre ce dédoublement des classes dans l’école primaire.

Promesse d’Emmanuel Macron à l’issue du Grand Débat national, les effectifs sont également limités à 24 élèves maximum par classe pour toutes les grandes sections de maternelle, les CP et les CE1 hors éducation prioritaire dès cette rentrée, avec une généralisation en 2020 et 2021.

Lecture, chorale et patrimoine à l’école primaire

En matière d’éducation artistique et culturelle (EAC), la circulaire fixe trois objectifs prioritaires :

  • la promotion de la lecture et du livre : des animations autour de la lecture et des prêts de livres sont mis en place pour susciter le plaisir de lire chez l’enfant ;
  • la musique : un plan chorale est lancé à la rentrée 2019 pour développer la pratique artistique musicale à l’école primaire, au collège et au lycée ;
  • la découverte du patrimoine de proximité et de l’histoire des arts.

Des drapeaux français et européens dans les classes

La loi pour une école de confiance prévoit de rendre obligatoire la présence du drapeau tricolore et du drapeau européen dans chaque classe sous forme d’affiches, ainsi que la devise “Liberté, Égalité, Fraternité” et les paroles du refrain de l’hymne national dans tous les établissements du primaire et du secondaire, publics ou privés. Par ailleurs, les cartes de France affichées en salle de classe devront représenter les territoires français d’outre-mer.

Cantine à 1 euro et petits déjeuners gratuits

Le gouvernement a lancé en avril 2019 deux initiatives dans le cadre du plan national de lutte contre la pauvreté : la cantine à 1 euro et les petits déjeuners gratuits à l’école.

  • La cantine à 1 euro doit permettre aux enfants issus de familles défavorisées de bénéficier d’un repas complet par jour pour un euro maximum dans les communes rurales fragiles. Cela devrait concerner entre 60 et 120 000 enfants selon le ministère de la santé.
  • Les petits déjeuners gratuits à l’école, mis en place dans 8 académies tests, sont étendus à tout le territoire français en septembre 2019 dans les écoles en zone d’éducation prioritaire ou rurale. Ces petits déjeuners seront distribués à environ 100 000 écoliers.

Accueil des élèves en situation de handicap

L’un des objectifs majeurs de la loi pour une école de la confiance est d’offrir à chaque enfant en situation de handicap la même rentrée scolaire que tous les autres enfants. Depuis la loi handicap du 11 février 2005, ce sont près de 340 000 enfants handicapés qui sont scolarisés en milieu ordinaire, c’est trois fois plus qu’en 2006.

Afin de mieux accompagner ces élèves, un service départemental de l’école inclusive (SDEI) est créé dans chaque département dès cette rentrée. Selon la circulaire de rentrée pour une école inclusive, ce service a pour mission “l’organisation, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation de la politique de scolarisation des élèves handicapés”.

Cette rentrée voit aussi le déploiement progressif d’ici à 2022 des pôles inclusifs d’accompagnement localisés (Pial) dans 300 écoles, 2 000 collèges et 250 lycées professionnels avec ULIS (unité localisée pour l’inclusion scolaire). Ces pôles sont chargés, au sein de chaque école, de gérer l’affectation des personnels dédiés à l’accompagnement des élèves en situation de handicap (AESH). La proposition de loi pour une école vraiment inclusive, adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale le 31 janvier 2019, prévoit d’améliorer les conditions de travail et de formation de ces personnels AESH.

Les enseignants bénéficient de ressources pédagogiques en ligne sur la plateforme “Cap École inclusive” pour les accompagner dans la mise en place d’aménagements pédagogiques pour les élèves à besoins éducatifs particuliers.

La réforme du lycée vers le bac 2021

La réforme du baccalauréat sera appliquée à partir de la session de juin 2021. Elle entraîne des changements progressifs dans l’organisation du lycée.

À la rentrée 2019, un enseignement “sciences numériques et technologie”, dédié à l’histoire et aux enjeux de la révolution numérique, est mis en place pour tous les élèves de seconde générale.

Pour les élèves qui entrent en classe de première, les filières de la voie générale (L, ES, S) sont supprimées et remplacées par un tronc commun comportant le français, la philosophie, l’histoire-géographie, l’enseignement moral et civique, l’enseignement scientifique, les langues vivantes, le sport.

Les lycéens choisissent trois spécialités qui s’ajoutent au tronc commun en classe de première, puis deux spécialités en classe de terminale. Avec la multiplication des possibilités, le problème d’une implantation équitable sur le territoire des enseignements de spécialité, garantissant à chaque lycéen le choix de ses enseignements, s’est posé.

Des principes ont été définis nationalement pour la définition de la carte des implantations :

  • 7 spécialités sont implantées dans la très grande majorité des établissements : mathématiques, physique-chimie, SVT, sciences économiques et sociales, histoire-géographie géopolitique et sciences politiques, humanités-littérature-philosophie, langues-littérature-cultures étrangères ;
  • 5 spécialités font l’objet d’implantations académiques par bassin de formation : langues et cultures de l’Antiquité, numérique et sciences informatiques, arts, sciences de l’ingénieur, biologie - écologie (biologie-écologie est une spécialité offerte uniquement dans les établissements agricoles).

Selon les chiffres diffusés par le ministère en juillet 2019, 92% des lycées publics proposent au moins les 7 enseignements de spécialité les plus courants.

Conséquence de cette nouvelle organisation, les programmes scolaires du lycée sont revus. Les nouveaux programmes des classes de seconde et de première entrent en vigueur à la rentrée 2019. Publiés au Bulletin officiel du 22 janvier 2019, ils donnent en particulier une place nouvelle au développement des compétences orales, par la pratique de l’argumentation, pour préparer la nouvelle épreuve orale du baccalauréat 2021. Les nouveaux programmes pour la classe terminale sont en cours de publication et devraient être appliqués à la rentrée 2020.

Contrairement à la filière générale, la filière technologique reste organisée en séries (STI2D, STL…).

Comment les programmes scolaires sont-ils élaborés ?

    Le ministre saisit le Conseil supérieur des programmes (CSP) pour l’élaboration de nouveaux programmes.

    • Le CSP instruit la commande et constitue un groupe d’experts chargé de concevoir le projet de programme.
    • Le projet est remis au CSP qui en discute, le modifie éventuellement, le vote et le transmet au ministre.
    • Le ministre peut engager une consultation sur ce projet. Par exemple, une consultation a été organisée du 11 au 23 juin 2019 sur les futurs programmes de terminale.
    • Le projet de programme arrêté par le ministre est soumis au Conseil supérieur de l’éducation (CSE). Les avis du CSE ne sont que consultatifs. En décembre 2018, le CSE n’a validé que les programmes de physique-chimie et de sciences de l’ingénieur et a rejeté les autres projets pour la classe de seconde et de première mais cela n’a pas empêché leur publication.
    • Le projet de programme est définitivement adopté par le ministre. Le programme est publié au Journal officiel et dans le Bulletin officiel de l’éducation nationale.

    Le ministère de l’éducation nationale a publié au Journal officiel le 6 août 2019 la nature et la durée des épreuves de ce nouveau baccalauréat prévu pour 2021.