Érosion de la biodiversité : un constat inquiétant

Plusieurs séries de chiffres, délivrées à échéance régulière par différentes organisations internationales, viennent confirmer l’étendue et le rythme accéléré du phénomène de l'érosion de la biodiversité.

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La Terre aurait vu disparaître près de 60% de ses espèces entre 1970 et 2014, un rythme estimé cent à mille fois supérieur au taux d'extinction naturelle. Le taux d'extinction naturelle des espèces est établi à partir de données paléontologiques et détermine que la durée d'existence moyenne des espèces serait en moyenne de 5 millions d'années.

Avant tout, quelques définitions...

La biodiversité, contraction de biologique et de diversité, représente la diversité des êtres vivants et des écosystèmes : la faune, la flore, les bactéries, les milieux mais aussi les gènes et les variétés domestiques. Cette notion va au-delà de la variété du vivant. Elle intègre les interactions qui existent entre les différents organismes précités, tout comme les interactions entre ces organismes et leurs milieux de vie. 

Une espèce menacée est un animal ou un végétal qui risque de disparaître de la planète, à court ou moyen terme. Le déclin de la biodiversité, caractérisé par son ampleur et son rythme rapide, remet en cause la survie des espèces vivantes et, in fine, de l’espèce humaine. 

Environ 1,8 million d’espèces animales et végétales différentes ont été décrites à la surface de la planète sur une diversité estimée à 100 millions. Le travail de recensement est donc loin d'être achevé.

La biodiversité : un déclin irrémédiable ? La biodiversité est essentielle à l’existence humaine (fertilité des sols, pollinisation des végétaux…). Elle repose sur trois niveaux interdépendants : diversité des espèces animales et végétales, diversité des écosystèmes (forêts, océans, …), diversité génétique.  1,8 millions d’espèces découvertes (décrites scientifiquement), une estimation des espèces vivantes allant jusqu’à 100 millions, un taux d’extinction qui s’accélère en 2019 : selon un rapport, un million d’espèces animales et végétales pourraient disparaître dans les prochaines décennies. Les causes : dégradation des terres et artificialisation des sols, pratiques agricoles intensives et déforestation, changement climatique, pollution, espèces exotiques envahissantes

 

La mesure des menaces sur la biodiversité à l'échelle internationale

À l'instar du changement climatique, la préservation de la biodiversité devient un nouvel axe de mobilisation de la communauté internationale face à l’extinction accélérée de nombreuses espèces. 

L'état de la biodiversité dans le monde en 2019 mesurée par l'IPBES

Un million d’espèces animales et végétales (sur un total estimé de huit) pourraient disparaître de la Terre dans les prochaines décennies si aucune mesure n'est prise pour freiner cette tendance. Ce chiffre est le premier enseignement d’un rapport produit en 2019 par la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES). Cette communauté scientifique mondiale sur la biodiversité est également désignée comme le "GIEC de la biodiversité".

À l’issue de sa 7e assemblée plénière, l'IPBES a rendu publique, le 6 mai 2019, une première évaluation mondiale de l'état de la biodiversité sous la forme d’une synthèse comportant en lien un résumé à l’intention des décideurs.

Ce rapport souligne qu'une crise d’extinction massive des animaux et des plantes est en cours, c'est la première depuis la disparition des dinosaures il y a environ 65 millions d’années.

La préservation de la biodiversité, cruciale pour l'alimentation et l'agriculture

La biodiversité est reconnue par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) comme partie intégrante de l'agriculture et, en particulier de l'agriculture durable. 

Dans son rapport sur l'état de la biodiversité pour l'alimentation et l'agriculture dans le monde, publié le 22 février 2019, la FAO s'appuie sur les informations fournies par 91 pays et sur l'analyse des données mondiales les plus récentes.

Ainsi, 24% de quelque 4 000 espèces d'aliments sauvages – principalement des plantes, des poissons et des mammifères – diminuent fortement. 

Le réchauffement climatique déterminant pour la biodiversité

Les scientifiques du groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) ont présenté au Parlement européen deux rapports qui mettent en lumière les liens existant entre le changement climatique et l'agriculture.

Les experts soulignent que les changements climatiques exacerbent la dégradation des sols et affectent par conséquent les infrastructures et les moyens de subsistance des populations. Avec le réchauffement des océans, la vie marine dispose de moins d'oxygène et de nutriments, ce qui met la sécurité alimentaire en péril pour les communautés dépendant des produits de la pêche.

La liste rouge des espèces animales et végétales menacées de l'UICN

La liste rouge des espèces animales et végétales menacées est un indicateur privilégié pour suivre l’état de la biodiversité dans le monde. Elle fait l'objet d'une réévaluation annuelle par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Réunissant 81 États et 113 organismes publics, plus de 850 organisations non gouvernementales et plus de 10 000 experts et scientifiques, l'UICN a été fondée en 1948.

Le processus de concertation et de validation, mené par les scientifiques de la Commission de sauvegarde des espèces de l’UICN, s’étend sur plusieurs années. En fonction de cinq critères visant à évaluer le risque d’extinction (taille de la population, taux de déclin, aire de répartition géographique…), chaque espèce ou sous-espèce est classée dans l’une des neuf catégories suivantes :

  • Éteinte (EX),
  • Éteinte à l’état sauvage (EW),
  • En danger critique (CR),
  • En danger (EN),
  • Vulnérable (VU),
  • Quasi menacée (NT),
  • Préoccupation mineure (LC),
  • Données insuffisantes (DD),
  • Non évaluée (NE). 

Dans la dernière édition de la Liste rouge mondiale, publiée en 2019, sur les 98 500 espèces étudiées, 27 150 sont classées menacées (contre 23 000 dans son étude précédente de 2016). Parmi ces espèces, 40% des amphibiens, 14% des oiseaux et 25% des mammifères sont menacés d’extinction au niveau mondial. C’est également le cas pour 31% des requins et raies, 33% des coraux constructeurs de récifs et 34% des conifères. 

Parmi des centaines d’autres espèces, des animaux aussi différents que l’alligator de Chine, l’hirondelle à lunette, le vautour indien, le gorille, la baleine grise ou encore le puma risquent de disparaître un jour s’ils ne sont pas activement protégés.

Les évaluations de l'Union européenne et de la France

L'évaluation de l'Union européenne

La Commission européenne a dressé un bilan de l'état de conservation de la nature dans l'Union européenne en mai 2015.

L'échelle de mesure, définie dans la directive Habitat, est  :

  • favorable (l'espèce ou l'habitat est prospère) ;
  • insuffisante (il est nécessaire de modifier la gestion de l'habitat ou de l'espèce qui risque d'être menacée) ;
  • ou médiocre (le type d'habitat ou d'espèce court un grave danger d'extinction). 

Pour la faune au sein de l'UE, seuls 16% des habitats sont jugés dans un état favorable, 47% dans un état insuffisant et 30% médiocre.

20% des espèces d'oiseaux étaient en régression en termes de population, 15% étaient toujours quasi-menacées en 2015, tandis que 17% étaient considérées comme menacées (c'est-à-dire vulnérables, en danger, en danger critique ou éteintes au niveau régional). 

60% des espèces d'intérêt communautaire (les espèces et les habitats naturels couverts par les deux directives) sont dans un état de conservation jugé insuffisant à médiocre. 

La France, l'un des pays qui abrite le plus grand nombre d'espèces mondialement menacées

La liste rouge de l'UICN pour les espèces menacées en France  souligne que 1 301 espèces menacées à l'échelle mondiale sont présentes en France.

En France métropolitaine, 15% des orchidées, 14% des mammifères, 24% des reptiles, 23% des amphibiens, 32% des oiseaux nicheurs, 19% des poissons et 28% des crustacés d’eau douce sont menacés de disparition. 

Corroborées notamment par les études du Muséum national d'histoire naturelle et du CNRS, les conclusions de l'Observatoire national de la biodiversité sont les suivantes :

  • 22% des oiseaux communs spécialistes (d'un habitat) ont disparu de métropole entre 1989 et 2017 (-33% dans les milieux agricoles, -30% dans les milieux bâtis et -3% dans les milieux forestiers) ; 
  • 38% des chauves-souris ont disparu en métropole entre 2006 et 2016.

En outre, 29% des sites suivis en outre-mer montrent une perte de surface de coraux vivants en 2017.
 

Pourquoi une érosion de la biodiversité ?

Il est aujourd'hui acquis, au sein de la communauté scientifique, que si le nombre d’espèces évolue en permanence, les activités humaines accentuent ces changements. Les activités humaines sont en effet considérées comme la principale raison de ces disparitions d’espèces. WWF, organisation non gouvernementale, évoque notamment l’agriculture intensive, l’exploitation forestière, l’urbanisation, l’extraction minière, les activités de pêche et de chasse intensive, la pollution et les espèces invasives et autres maladies ainsi que le changement climatique.

Selon le quatrième rapport du GIEC, près de 30% des espèces végétales et animales "connaîtront un risque croissant d'extinction" à cause du dérèglement climatique et au bouleversement des écosystèmes, liés en grande partie aux effets des activités économiques : fonte des glaces, désertification, augmentation du niveau de la mer, aggravation de l’intensité des catastrophes naturelles. Suivant l’estimation de l’empreinte écologique, près d’une planète et demi serait désormais nécessaire pour subvenir à l’ensemble des besoins de la population mondiale. L’augmentation de la population mondiale, qui devrait s’élever à 11 milliards d’habitants en 2100 selon un rapport de l’ONU publié le 13 juin 2013, devrait intensifier les conséquences sur la biodiversité. 

La première cause de mortalité est la destruction d’habitats naturels. Depuis 1990, 240 millions d’hectares de forêts naturelles ont disparu à travers le monde. Par exemple, la déforestation importante liée à la production d’huile de palme en Indonésie est à l’origine de profondes modifications de la biodiversité. De même, le recours aux insecticides peut également remettre en cause la diversité des espèces. L’introduction d’espèces invasives est également une source de destruction de nombreuses espèces locales. Il faut y ajouter la surpêche, la surchasse et la surexploitation des espèces.

Les échanges commerciaux de nature illégale, facteurs d’exploitation et de commerce intensifs, sont considérés comme la deuxième cause de mortalité des espèces protégées et en voie d’extinction. En effet, au même titre que les trafics de stupéfiants, d’êtres humains et d’armes, le commerce illicite d’espèces sauvages fait partie des crimes internationaux les plus rentables.

Très diversifié et portant sur des centaines de millions de spécimens de plantes et d’animaux (ivoire, cornes, ailerons de requins, etc.) ainsi qu’une large gamme de produits dérivés, il représenterait chaque année entre 91 et 258 milliards de dollars selon le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et Interpol.