Climat : vers une aggravation des risques naturels ?

Il y a dix ans, la tempête Xynthia a balayé la côte atlantique provoquant 47 morts et des dégâts considérables. Inondations, cyclones, épisodes sismiques ou volcaniques, le territoire français est exposé à de multiples risques naturels qui tendent à s'amplifier sous l'effet du réchauffement climatique.

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On observe depuis le début du XXe siècle une augmentation des catastrophes naturelles liée au changement climatique, mais aussi à l'accroissement des populations et de l’urbanisation dans les zones exposées aux risques. 

Selon une récente étude du ministère de la transition écologique et solidaire, 180 événements naturels dommageables ont été recensés entre 1900 et 2017. Parmi eux, neuf événements sur dix étaient liés aux conditions climatiques.

Aléas, enjeux, vulnérabilité : définitions du risque naturel

Le territoire français est soumis à de multiples aléas, des phénomènes naturels potentiellement dangereux ou dommageables. 

Le risque naturel est la confrontation d’un aléa avec des enjeux humains, économiques et environnementaux. Ainsi, la survenance d’un aléa comme un feu de forêt n'est un risque naturel que s'il représente une menace pour les biens et les populations.

Huit risques naturels principaux sont prévisibles sur le territoire national : les inondations, les séismes, les éruptions volcaniques, les mouvements de terrain, les avalanches, les feux de forêt, les cyclones et les tempêtes.
 

Selon la vulnérabilité des enjeux (nombre de personnes exposées, aménagements en zone sensible comme le littoral...), les conséquences d’un risque naturel peuvent être plus ou moins graves. 

De la même manière que les risques technologiques, les risques naturels font partie des risques majeurs. Ils se caractérisent par de nombreuses victimes, un coût important de dégâts matériels et des impacts sur l’environnement.
 


Les catastrophes naturelles les plus meurtrières depuis le début du XXe siècle sont les deux éruptions volcaniques de la montagne Pelée en 1902 (28 000 et 1 000 morts) et la vague de chaleur de l'été 2003 (15 000 morts).

À l'exception de ces événements, la mortalité liée aux risques naturels est modeste : une trentaine de décès annuels sur la période 1994-2006. Mais les dégâts économiques sont considérables. Entre 1988 et 2007, les dommages assurés imputés aux aléas naturels s'élèvent à 34 milliards d'euros, principalement dus aux tempêtes, aux inondations et aux mouvements de terrain. 

Quels sont les principaux risques sur le territoire ?

Parmi les événements naturels les plus courants en France, on trouve les inondations, suivies des cyclones, des tempêtes et des mouvements de terrain. Le risque sismique est plus rare, mais totalisent 59% des victimes.

Selon le ministère de la Transition écologique et solidaire, les deux tiers des 36 000 communes françaises sont exposées à au moins un risque naturel.

Environ six Français sur dix résideraient dans une commune exposée à un risque naturel de type climatique. Seules 8 000 communes en France, soit 3,6 millions d'habitants, seraient épargnés par ces risques. Il s'agit de communes situées en zone rurale et ayant près de quatre fois moins d'habitants et 2,5 fois moins de zones urbanisées que la moyenne nationale.

Les inondations

Les inondations constituent le principal risque majeur sur le territoire au vu du nombre de communes françaises concernées et du coût économique des catastrophes. Environ 23 000 communes sont déclarées à risque d'inondations par les préfets, soit environ 64% du territoire.

En termes de population, les quatre départements les plus exposés sont le Rhône, l’Isère, les Hauts-de-Seine et les Alpes-Maritimes avec plus de 300 000 personnes en zone inondable par département.

Les communes sont confrontées aux inondations par débordement de cours d'eau aux abords des grands fleuves (Garonne, Loire, Rhin, Rhône, Seine), ou aux submersions marines sur les littoraux de la Charente-Maritime aux Hauts-de-France et dans les départements d'outre-mer.

La pression touristique, en augmentation constante dans les zones côtières, accroît la vulnérabilité de ces territoires. L’artificialisation des sols, imperméabilisés, amplifie aussi le phénomène, car cela empêche une bonne infiltration de l'eau.

Les tempêtes et les cyclones

Les tempêtes concernent une large partie de la France métropolitaine. Ces vents allant jusqu'à 117km/h en rafales peuvent survenir partout sur le territoire et donc causer de nombreuses victimes et des dommages considérables. Les tempêtes hivernales touchent particulièrement l'ouest de la France (Bretagne, Basse-Normandie, Aquitaine).

Sur le littoral, une tempête combinée à de fortes marées peut conduire à des inondations par la mer (submersions marines). Ce fut le cas en décembre 1999 (Lothar et Martin) et en février 2010 avec la tempête Xynthia qui a fortement touché les côtes de Charente-Maritime, de Vendée et des Côtes-d'Armor. 

Dans les océans tropicaux, si une tempête se met à souffler au-dessus de 117 km/h, le phénomène devient un ouragan, un cyclone ou un typhon, selon la région dans laquelle il se forme. Les départements d'outre-mer, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie sont exposés à ces risques. En 2017, l'ouragan Irma a été le plus puissant enregistré dans l'Atlantique Nord. Ses vents de 300 km/h ont causé 11 morts, 450 blessés et de lourds dégâts matériels dans les Caraïbes.

Les mouvements de terrain

Un mouvement de terrain est un déplacement de sols ou de roches sous l’effet de sollicitations naturelles (fortes précipitations, températures élevées...) ou d’activités humaines. Il regroupe plusieurs types de phénomènes différents :

  • les effondrements liés aux cavités souterraines ;
  • les éboulements et les chutes de pierres et de blocs ;
  • les glissements de terrain ;
  • le retrait-gonflement des sols argileux (qui gonflent avec l'humidité et se rétractent avec la sécheresse).

En France, ce risque concerne environ 7 000 communes et présente, pour un tiers d’entre elles, un niveau de gravité fort. Ces phénomènes sont fréquents en zone montagneuse. 

Les séismes

Le risque sismique est moins fréquent, mais reste le plus redouté en termes de nombre de victimes potentielles et peut entraîner des dommages importants sur les bâtiments et les infrastructures. Il peut également y avoir des effets indirects (glissements de terrain, tsunamis, pollution des milieux naturels...).

C'est en Guadeloupe, à la Martinique et à Saint-Martin que le risque demeure le plus élevé car ces deux îles sont situées à la frontière de deux plaques tectoniques. Plusieurs séismes destructeurs se sont produits dans les Antilles, en novembre 2004 en Guadeloupe (magnitude 6,3 sur l'échelle de Richter) et en novembre 2007 en Martinique (magnitude 7,4).

La France métropolitaine est aussi concernée par le risque sismique, même s'il est généralement trop faible pour pouvoir être ressenti par la population. Les Pyrénées, les Alpes, la Provence et l’Alsace sont considérées comme les régions où l’aléa sismique est le plus fort. En novembre 2019, un séisme de magnitude 5,1 a fait quatre blessés et de nombreux dégâts dans la Drôme et l'Ardèche.

Les éruptions volcaniques

Dans la région des Antilles, les éruptions volcaniques s'ajoutent aux autres risques naturels qui menacent les populations insulaires. On distingue deux types d'éruptions :

  • les explosives qui peuvent se manifester par des nuées ardentes (émissions de gaz brûlants et de roches) et des retombées de cendres pouvant atteindre plusieurs mètres d'épaisseur ;
  • les effusives qui peuvent produire des coulées de lave dont la température moyenne est de 1 000°C.

D'autres phénomènes peuvent s'ajouter aux éruptions volcaniques comme les coulées de boue (lahars), les séismes, les glissements de terrain, les tsunamis.

Le risque est très présent en Guadeloupe (La Soufrière), en Martinique (la montagne Pelée) et surtout à La Réunion où se situe le Piton de la Fournaise, un des volcans les plus actifs au monde. Depuis deux siècles, on y observe en moyenne une éruption par an. Ce volcan fait l’objet d’un dispositif permanent de suivi et d’alerte en cas d’éruption.

D'autres régions sont concernées par le risque volcanique, mais à un degré moindre car les volcans ne sont pas actifs comme au Massif Central, en Corse, à Mayotte... On trouve aussi des volcans sous-marins actifs dans les îles Australes de l'Océan Indien et la Polynésie française. 

Les feux de forêts

Avec plus de quinze millions d’hectares de zones boisées, la France est régulièrement soumise à des feux de forêts. Environ 6 000 communes sont classées à risque feux de forêts en France. Les trois quarts des communes ayant subi des feux sont situées dans le sud de la France : Provence-Alpes-Côte d'Azur, Corse, Languedoc-Roussillon, Drôme, Ardèche et Aquitaine. 

Les feux de forêts sont étroitement liés aux conditions météorologiques. Ils se déclarent principalement en été à cause de la sécheresse. Le changement climatique entraîne une aggravation de ce risque. Températures plus élevées, assèchement de la végétation, baisse de la pluviométrie augmentent la fréquence et l'intensité des feux de forêts. 

Selon les Assises nationales des risques naturels de mars 2019, il est probable que, d'ici 2050, la saison des incendies de forêts s'allonge et passe de trois à six mois. Les zones exposées à ce risque devraient s’étendre vers le Nord-Ouest de la France, dans les Pays-de-la-Loire, le Val-de-Loire et la Bretagne.

Les avalanches

Environ 600 communes de haute montagne sont exposées aux avalanches (2%). Elles sont situées principalement dans les Alpes et les Pyrénées. Les avalanches sont parmi les catastrophes naturelles les moins meurtrières. Les accidents majeurs restent exceptionnels.

Des risques naturels de plus en plus fréquents

Sur les 180 événements naturels dommageables qui se sont produits en France depuis le début du XXe siècle, plus des deux tiers sont des accidents très graves ayant fait plus de dix morts ou plus de 30 millions d'euros de dommages matériels.

Depuis 1950, la fréquence de ces accidents très graves a presque quadruplé, passant d'un événement par an entre 1950 et 1996 à 3,6 entre 1997 et 2017.

La fréquence des épisodes d'inondations a nettement augmenté depuis 1992. Cela est dû principalement à l'accroissement de l’urbanisation dans les zones inondables qui augmentent l'exposition aux risques naturels.

D'après le Groupe d'experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le réchauffement global des océans et de l'atmosphère serait susceptible d'accroître la fréquence et l'ampleur des événements climatiques extrêmes (tempêtes, inondations, sécheresses...). 

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