Le terme "francophonie" désigne en général l’ensemble des personnes qui utilisent le français et qui sont supposées être francophiles. Il a été employé pour la première fois en 1880 par le géographe français Onésime Reclus (1837-1916), dans un ouvrage consacré aux colonies françaises.
Quelques faits saillants de la francophonie, présentés dans le rapport 2026 de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) :
- le français est dans le monde :
- la 4e langue la plus parlée, derrière l'anglais, le mandarin et l'espagnol (mais aussi la 4e langue sur internet) ;
- la 2e langue étrangère la plus apprise (170 millions d'apprenants) ;
- la 3e langue de l'économie ;
- indicateur du dynamisme linguistique du continent, 65% des locuteurs francophones sont en Afrique (ils devraient être 90% en 2050), les nouvelles technologies, dont l'intelligence artificielle, étant un enjeu majeur pour la vitalité de la langue française.
Vue très généralement sous le prisme des actions de l’OIF, la francophonie revêt aujourd'hui de multiples enjeux.
La francophonie dans le monde : un état des lieux
Le rapport de 2022 de l'OIF faisait le constat que la langue française était de moins en moins utilisée, y compris dans des pays considérés comme des piliers de la francophonie. Au contraire, le rapport 2026 de l'OIF présente un "français mondialisé", enrichi par sa "circulation planétaire", où la francophonie "est considérée comme un réseau de cercles linguistiques ancrés à Dakar, Montréal, Port-au-Prince, Bruxelles, Beyrouth, Genève, Casablanca, Hanoï et dans des milliers d’autres espaces où se tissent au quotidien des pratiques et des créations en français".
Si en 2022 le rapport de l'OIF estimait à 321 millions le nombre de francophones dans le monde, ils sont évalués à 396 millions en 2026 (dont 65% en Afrique), loin des prévisions faites quatre ans auparavant, "et [le français] voit ses communautés s’agrandir avec des perspectives à plus de 700 millions de locuteurs dans les prochaines décennies". Cela s'explique en partie par le fait que l'OIF utilise une nouvelle méthode prenant désormais en compte les élèves de 6 à 9 ans alphabétisés en français, dans les pays du Sud où le français est langue officielle, co-officielle ou langue d'enseignement. En se fondant sur la même méthode, l'hispanophonie compterait aujourd'hui 600 millions de locuteurs ; l'anglophonie, plus de 1,5 milliard. À titre de comparaison, en se fondant sur la méthode de 2022, le nombre de francophones pour 2025 est estimé à 348 millions.
Le français conserve une forte légitimité et un prestige symbolique dans les domaines suivants :
- diplomatie ;
- droit international ;
- relations culturelles ;
- certains espaces scientifiques et académiques ;
- littérature ;
- philosophie ;
- arts ;
- gastronomie ;
- mode ;
- cinéma d'auteur.
Du fait de l'hégémonie de l'anglais, la position du français se fragilise dans ces autres domaines :
- sciences exactes ;
- nouvelles technologies ;
- enseignement supérieur.
Si "les outils du web et de l'intelligence artificielle (IA) ouvrent des perspectives inédites pour exploiter [les] gisements de savoir francophone", "la survie d'une langue passe désormais par les algorithmes. Or, l'anglais est souvent utilisé :
- pour développer applications et algorithmes (IA et traduction automatique, notamment) ;
- comme langue de socialisation en ligne par les jeunes générations africaines et européennes.
Chargée de la défense de la francophonie, l'OIF a été fondée à l’issue de la deuxième conférence intergouvernementale des États francophones, qui s’est tenue en 1970 à Niamey, au Niger. L'Organisation, composée de 88 États membres, est le fruit des idées soutenues par plusieurs chefs d'État : le Sénégalais Léopold Sédar Senghor, le Tunisien Habib Bourguiba, le Nigérien Hamani Diori et le prince Norodom Sihanouk du Cambodge.
Elle compte aujourd'hui :
- 53 États et gouvernements membres (le Canada, l'Égypte, le Gabon, la Suisse et le Vietnam, par exemple) ;
- 6 membres associés (dont la Serbie, le Kosovo et le Qatar) ;
- 32 États et gouvernements observateurs (l'Argentine, la Corée du Sud, l'Estonie, le Monténégro…).
L'OIF, qui dispose pour l'année 2026 d'un budget de 67,8 millions d'euros, peut s'appuyer, afin de relayer son action à travers le monde, sur :
- quatre représentations permanentes (après de l'Union africaine, de la Commission économique de l'Afrique de l'ONU, de l'Union européenne et des Nations unies)
- et neuf représentations pour autant de zones géographiques (océan Indien, Moyen-Orient, Europe centrale et orientale, zone Asie-Pacifique, Caraïbe, Afrique centrale, Afrique de l'Ouest, Afrique du Nord, Amériques).
Quel est le rôle de l'Organisation internationale de la francophonie ?
La finalité de cette institution, depuis sa création, est la défense de la francophonie. Elle peut aussi servir de relais des Nations unies pour promouvoir certains objectifs de paix et de développement. Elle est fondée sur le partage de la langue française et de valeurs communes.
Son action sur la scène internationale s'organise autour de quatre grandes missions :
- promouvoir la langue française ;
- promouvoir la paix, la démocratie et les droits de l’homme ;
- soutenir l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur et la recherche ;
- développer la coopération économique au service du développement durable.
Toutefois, cette organisation internationale fait l’objet de critiques régulières, comme le montre la polémique suscitée en 2012 par l'adhésion du Qatar, État non francophone, en tant que membre associé. De même, l'élection de Louise Mushikiwabo, ancienne ministre des affaires étrangères du Rwanda, au poste de secrétaire générale de l’OIF a soulevé une controverse. Des réserves ont été émises sur le respect des droits fondamentaux au Rwanda. De plus, le français y est peu à peu délaissé au profit de l’anglais, en particulier dans l’enseignement. Louise Mushikiwabo est entrée en fonction le 1er janvier 2019 pour un mandat de quatre ans. Elle a été reconduite pour un nouveau mandat en 2022.
Quels enjeux pour la francophonie ?
Diffuser la culture francophone par l’enseignement
L'enseignement français, très développé à l'étranger, représente un levier important pour tenter de rendre à la francophonie ses lettres de noblesse. Quelques données chiffrées issus du dernier rapport d'activité de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) permettent de saisir l'ampleur de celui-ci :
- 600 établissements scolaires français, répartis dans 138 pays, dont :
- 68 établissements en gestion directe (EGD) par l'AEFE ;
- 159 établissements conventionnés avec l'AEFE ;
- 373 établissements partenaires de l'AEFE ;
- 398 108 élèves inscrits, dont :
- 19% dans les EGD ;
- 29% dans les établissements conventionnés ;
- 52% dans les établissements partenaires.
Plusieurs opérateurs interviennent dans l'enseignement français à l'étranger :
- des opérateurs privés : Mission laïque française, association franco-libanaise pour l'éducation éducation et la culture, alliance israélite universelle ;
- un opérateur public : l'AEFE, créée en 1990, chargée de piloter le réseau des établissements homologués par le ministère de l'éducation nationale. Elle gère les concours financiers et humains de l'État destinés au fonctionnement des établissements.
Si la croissance des effectifs scolarisés dans ces établissements (+13,7% entre 2018 et 2024) est un signe d'attractivité, l'objectif chiffré de 700 000 élèves d'ici à 2030 dans le réseau homologué sera difficile à atteindre. Plusieurs raisons à cela :
- pandémie de Covid-19 ;
- crises en Afrique (Soudan, Niger, Mali) ;
- guerres en Ukraine et en Iran.
Malgré cela, le réseau s'est développé :
| Septembre 2018 | Septembre 2024 | |
|---|---|---|
| Élèves | 350 000 | 398 000 |
| Pays | 137 | 138 |
| Établissements | 496 | 600 |
| Source : Rapport sur la mixité sociale dans le réseau de l’enseignement français à l’étranger. | ||
Cependant, elle entraîne aussi une hausse des dépenses à la charge de l'AEFE. Pour faire face à ces nouvelles dépenses, il a été demandé une contribution accrue des familles. Entre 2012 et 2017, les frais de scolarité par élève ont augmenté de 23,5%, passant en moyenne de 4 290 à 5 300 euros. À la rentrée 2024, selon le rapport sur la mixité sociale dans le réseau, la moyenne dans le monde des droits de scolarité des établissements homologués est de 6 157 euros par an, allant de 71 euros à Madagascar à 43 336 euros aux États-Unis (lycée français de New York).
Les élèves de nationalité française bénéficient toutefois de tarifs plus favorables dans la plupart des établissements. Cette augmentation est contestée par certains députés car elle pourrait nuire à la mixité du fait de la difficulté croissante pour les classes sociales modestes d’accéder aux établissements. Le rapport sur la mixité sociale dans ces établissements souligne qu'elle est, pour les élèves français, largement portée par le dispositif de l'aide à la scolarité sur critères sociaux, tandis qu'elle est bien moindre pour les élèves étrangers.
Un rapport de la Cour des comptes et un autre rapport du Sénat ont regretté que cette croissance soit spontanée et ne résulte pas d'une stratégie coordonnée qui tiendrait compte des évolutions de la population de Français expatriés et des priorités de la diplomatie culturelle de la France.
Favoriser les relations entre États francophones
L'OIF regroupe un grand nombre d'États non francophones. Parmi les pays membres, certains sont plus fortement attachés à la francophonie, notamment ceux dont le français est la langue officielle. Ces pays sont donc des partenaires privilégiés de la France au niveau international, et ils ont souvent une plus forte influence au sein de l’OIF.
L'OIF s'efforce de promouvoir un dialogue apaisé et de favoriser des relations pacifiques entre les pays membres, en mettant l’accent sur leurs points communs. Cette tâche, parfois difficile, revêt une importance majeure pour l'Organisation qui a pour objectif le développement de la coopération entre États dans les domaines politique, économique et éducatif, comme le rappelle sa programmation 2024-2027. Cette programmation est centrée sur trois piliers stratégiques mettant la langue française au premier plan :
- au service des cultures et de l'éducation ;
- au service de la démocratie et la gouvernance ;
- vecteur de développement durable.
Francophonie : quelques dates clés
1880
Première utilisation du terme "francophonie" par le géographe Onésime Reclus pour désigner l’ensemble des personnes et des instances employant le français dans le monde.
1970
Création de l’agence de coopération culturelle et technique lors de la conférence de Niamey, sous la houlette de plusieurs dirigeants du Sud, dont Léopold Sédar Senghor. Elle devient en 2006 l’Organisation internationale de la francophonie.
1984
Lancement de la chaîne de télévision francophone TV5, rebaptisée TV5 Monde en 2006.
1986
Premier sommet de la francophonie, présidé par François Mitterrand, à Versailles. Depuis, ces sommets se tiennent tous les deux ans.
1989
Premiers jeux de la francophonie, au Maroc. Les suivants sont organisés tous les quatre ans.
1997
Élection du premier secrétaire général de la francophonie, l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali. Le Sénégalais Abdou Diouf lui succède en 2003 et sera réélu en 2006 puis 2010.
2012
Premier forum mondial de la langue française, à Québec.
Adhésion de l’Uruguay à l'OIF en tant que membre observateur. C'est le premier pays d’Amérique latine à intégrer l’Organisation.
2018
XVIIe sommet de la francophonie à Erevan, en Arménie. En marge de ce sommet, des gouvernements membres de l'OIF lui demandent de recentrer son action sur sa mission première, la promotion de la langue française.
Élection de Louise Mushikiwabo, ex-ministre rwandaise des affaires étrangères, au poste de secrétaire générale de l’OIF. Elle entre en fonction le 1er janvier 2019.
2022
XVIIIe sommet de la francophonie à Djerba en Tunisie. Ré-élection de Louise Mushikiwabo, au poste de secrétaire générale de l’OIF.
2024
XIXe sommet de la francophonie des 4 et 5 octobre 2024 à Villers-Cotterêts (Aisne). C'est la première fois depuis 33 ans que la France accueille le sommet. Outre le lancement de l’Alliance francophone de la propriété intellectuelle et le lancement de l’Alliance féministe francophone, le président de la République Emmanuel Macron lance l'appel de Villers-Cotterêts pour un espace numérique intègre et de confiance dans l’espace francophone. Celui-ci est adressé aux grandes plateformes numériques afin qu'elles facilitent les échanges entre francophones dans le monde et participent à l'inclusion numérique.
2026
XXe sommet de la francophonie, qui se tiendra au Cambodge en novembre 2026.