Médicaments et grossesse : des pictogrammes trop alarmistes pour l'Académie de médecine

Depuis le 17 octobre 2017, les médicaments considérés comme dangereux pendant la grossesse doivent porter un pictogramme d'avertissement pour les femmes enceintes.

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Une femme enceinte
Femme enceinte - © Syda Productions - stock.adobe.com

L'Académie nationale de médecine, dans un avis du 6 février 2018, critique l'imprécision de la réglementation et s'inquiète de la multiplication des pictogrammes apposés sur les médicaments pour les femmes enceintes.

Quels sont les pictogrammes destinés aux femmes enceintes ?

Le décret du 14 avril 2017 relatif à l'apposition d'un pictogramme sur le conditionnement extérieur de certains médicaments ou produits prévoit deux modèles de pictogrammes destinés aux femmes enceintes :

  • un logo "danger" signale aux femmes enceintes que le médicament peut être utilisé uniquement s'il n'y a pas de traitement alternatif ;
  • un logo "interdit" les avertit que le médicament ne doit pas être utilisé.

Une réglementation jugée trop floue et peu étayée scientifiquement

Selon l'Académie de médecine, ce sont 60 à 70% des molécules qui pourraient se voir apposer potentiellement un des deux pictogrammes. Or, seulement une dizaine de substances sont connues comme susceptibles de provoquer des malformations et une quarantaine comme toxiques pour le foetus, ce qui ne représente que 10% des médicaments.

De plus, il n'y a pas d'échelle de la gravité du risque. La vaste marge d'interprétation laissée aux industriels les incite à élargir le champ d'apposition des logos par principe de précaution et pour se couvrir juridiquement en cas de procès.

Enfin, l'inflation de pictogrammes pourrait produire un effet anxiogène incitant certaines femmes enceintes à s'abstenir de suivre un traitement même indispensable.

La recommandation de l'Académie : ne garder qu'un seul pictogramme

L'Académie propose de n'apposer que le logo " interdit" sur les médicaments "ayant faire la preuve de leur effet délétère pour la grossesse". Concernant les autres molécules, l'Académie considère qu'aucun logo ne devrait être estampillé et elle demande au gouvernement de réviser le décret du 14 avril 2017 dans ce sens.