Éducation prioritaire : pour une prise en compte de tous les territoires

La politique d’éducation prioritaire remplit-elle correctement son rôle ? Ariane Azéma et Perre Mathiot, missionnés par le ministre de l'éducation nationale, mettent en évidence les limites du dispositif et présentent des orientations pour l'adapter à la diversité des besoins locaux.

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Élève dormant en classe
Les temps de transport en zones rurales allongent la durée des journées des élèves © Chlorophylle. Stock-adobe.com

"Conforter l’éducation prioritaire et revoir la politique territoriale". C’est ainsi que pourrait être résumé le sens du rapport de la mission "Territoires et réussite" rédigé par Ariane Azmé et Pierre Mathiot. La mission a observé, pendant un an, les effets de la politique d’éducation prioritaire sur le territoire national et, plus particulièrement, sur certains territoires ruraux plus fragiles parce qu’isolés. 

Une politique d’éducation prioritaire limitée…

Selon le rapport, le dispositif d’éducation prioritaire a globalement peu d’effet sur les résultats scolaires des élèves au regard des moyens financiers qui y sont consacrés. Sa refondation en 2014 est encore trop récente pour être évaluée.

Au niveau national, si les zones de grandes difficultés scolaires sont globalement identifiées, la carte des collèges en réseau d’éducation prioritaire (Rep ou Rep+) ne reflète pas toute la réalité des difficultés scolaires : 70% des élèves appartenant à des familles modestes sont scolarisés hors éducation prioritaire. 

… qui ne détecte pas suffisamment les difficultés dans les zones rurales

C’est aussi le cas d’écoles ou d’établissements scolaires situés dans les territoires ruraux isolés qui échappent à la politique d’éducation prioritaire centrée sur les zones de concentration de la difficulté sociale et scolaire.

Parmi les problématiques scolaires identifiées dans ces zones rurales : 

  • un temps de transport long en raison de l’éloignement lieu de résidence-école ;
  • des difficultés à maintenir un encadrement pédagogique adapté ;
  • des parcours post-baccalauréat ou post-collège plus compliqués, en particulier dans les communes victimes d’une crise industrielle ou post-industrielle.

Un plan en cinq axes

Sans remettre en question la politique d’éducation prioritaire dont la dernière refondation est encore récente, la mission propose un plan d’action décliné en 25 mesures autour de cinq axes : 

  • la poursuite de l’effort sur la grande difficulté sociale et scolaire au sein des réseaux Rep+  (reconduction de la carte des Rep+ jusqu'en 2022, notamment) ;
  • une plus grande autonomie et une plus grande latitude accordées aux académies afin qu’elles puissent mieux répondre aux diversités des territoires ;
  • une politique de recrutement et d’affectation plus incitative (primes, aides financières à l’installation, intégration de personnel non contractuel…) dans les territoires insuffisamment attractifs ;
  • un renforcement des aides sociales et des structures éducatives spécifiques, notamment auprès d’élèves hors zone d’éducation prioritaire ;
  • une plus grande coopération entre l'État et collectivités territoriales.

Les auteurs du rapport préconisent la mise en œuvre de ce plan d’action dès la rentrée 2020.