Faire coexister les loups et les activités humaines : comparaisons européennes

Le loup tend à coloniser de nouveaux territoires en Europe occidentale depuis une vingtaine d'années. Corollaire de cette croissance, les attaques de troupeaux sont de plus en plus nombreuses. Un rapport étudie les stratégies de protection de cinq pays européens.

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S'agissant de la communication autour du loup, la mission recommande la création d’un "observatoire national de la cohabitation du loup et des activités humaines". © Fabio Palella - stock.adobe.com

Comment améliorer la coexistence des loups et de l'élevage en France ? À partir des exemples de la Suisse, l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne et la Pologne, le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) et le Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) présentent des recommandations dans un rapport rendu public en novembre 2019.

Une population croissante de loups et une insatisfaction générale des éleveurs

Partout, dans les cinq pays étudiés, la population de loups est en augmentation, les dégâts sont croissants et les éleveurs manifestent de plus en plus vivement leur mécontentement. Cependant, le rapport note une spécificité française. C'est en France que le nombre de dommages consécutifs aux attaques de loups est le plus élevé. La France détient "de très loin" le record du nombre de dommages (en valeur absolue ou rapportés au nombre de loups), du coût public de la protection et du montant des indemnisations de dommages. Les systèmes d'aide à la protection et d'indemnisation des dégâts occasionnés sont d'ailleurs les plus complets en France.

La croissance du nombre de loups conduit partout à des interrogations sur le classement du loup comme espèce protégée et sur l'éventuelle autorisation de tirs létaux. La convention de Berne du 19 septembre 1979 fixe dans son annexe II la liste des espèces, dont le loup, bénéficiant d'une protection stricte (sauf dérogation). L'annexe III comprend les espèces protégées mais pouvant être régulées si leur état de conservation est favorable. 

Pour évaluer le bon état de conservation de l'espèce, le suivi des populations de loups est cependant variable d'un pays à l'autre. La France dispose d'un maillage de 3 500 observateurs formés par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) mais le suivi à l'échelle européenne est insuffisant.

Aucun système n'est infaillible : les recommandations de la mission

Même si les pays visités montrent que la limitation des dégâts causés par le loup est possible, aucun système de protection des troupeaux n'est infaillible. L'ensemble des pays a recours à des degrés divers aux clôtures, aux chiens de protection et au gardiennage par les bergers. Le rapport met en évidence le rôle de la taille des troupeaux dans l'efficacité de leur protection. "Dans tous les pays visités, la taille maximum des troupeaux est très inférieure à ce qu'on trouve en France. Des maximums de 3 000 à 5 000 animaux ne sont pas rares en France, alors que très peu de troupeaux dépassent les 1 000 unités sous la conduite d'un seul berger dans les pays visités". Autre point clé souligné par le rapport, la qualité des chiens de protection doit être assurée par une plus grande structuration de la filière et un réel travail de sélection.

Dans la perspective du plan d'action sur le loup et les activités d'élevage 2018-2023, la mission recommande la mise en place d'une gestion "plus volontariste" de la population lupine. Plutôt que des tirs de prélèvement non ciblés, elle privilégie le recours aux tirs de défense à proximité des troupeaux qui auraient pour bénéfice de renforcer la prudence du loup et modifier son comportement de chasse.

S'agissant de la communication autour du loup, la mission propose, outre une plus grande implication des régions, la mise en place d’un "groupe communication" issu des comités départementaux du loup et appuyé par un professionnel de la médiation, et recommande la création d’un "observatoire national de la cohabitation du loup et des activités humaines".