Lutte contre l'illettrisme : la France peut mieux faire

La France compte 2,5 millions d'illettrés. Ils ont été scolarisés mais ne maîtrisent pas suffisamment les compétences de base en lecture, écriture et calcul pour être autonomes dans la vie quotidienne. Comment optimiser la prévention et la lutte contre l'illettrisme ?

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Femme lisant un livre
Une enquête de l'INSEE a révélé que 7% des 18-65 ans étaient confrontés à l'illettrisme en 2011. © workingascene - stock-adobe.com

Éradiquer l'illettrisme des salariés et des demandeurs d'emploi : un objectif gouvernemental qui nécessite des mesures ambitieuses. Le rapport de la mission relative à la lutte contre l'illettrisme, remis en décembre 2019 à la ministre du travail, fait le point sur ce phénomène et les stratégies à engager pour le vaincre.

Le dispositif de lutte contre l'illettrisme

La lutte contre l'illettrisme s'appuie sur des méthodes de travail et des outils élaborés notamment sous l'égide de l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme (ANLCI), créée en 2000. Parmi ces acquis figurent :

  • un cadre national de référence pour l'accès de tous à la lecture, à l'écriture et aux compétences de base. Adopté en 2003, il inclut depuis 2019 les compétences numériques nécessaires pour éviter l'illectronisme ;
  • un référentiel des compétences clés en situation professionnelle (2009) ;
  • le certificat CléA (2014), qui valide l'acquisition du "socle de connaissances et de compétences qu’il est utile pour un individu de maîtriser afin de favoriser son accès à la formation professionnelle et son insertion professionnelle". Il correspond au niveau de sortie de l’illettrisme et s'intègre pleinement aux dispositifs de formation professionnelle.

L'inscription des actions de lutte contre l'illettrisme dans le code de l'éducation et le code du travail assure leur déploiement et leur financement au titre de la formation initiale et continue. Les régions ont également des compétences en la matière.

Des fragilités à traiter

Une enquête de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) a révélé que 7% des 18-65 ans étaient confrontés à l'illettrisme en 2011, contre 9% en 2004. Elle a aussi mis en lumière de fortes disparités territoriales. La mission regrette l'absence de données nationales plus récentes.

Les régions ont des moyens financiers très limités pour agir contre l'illettrisme, et toutes ne sont pas dotées d'un chargé de mission "illettrisme".

Alors que l'illettrisme touche 6% des personnes en emploi et 10% des demandeurs d'emploi, les entreprises y sont peu sensibilisées et manquent d'outils pour y remédier.

De plus, les tests organisés pour tous les jeunes de 17 ans lors de la Journée défense et citoyenneté montrent que, chaque année, environ 30 000 jeunes en situation d'illettrisme arrivent sur le marché du travail. 70 000 jeunes, soit 9% de la classe d'âge, ont de grandes difficultés avec les savoirs de base. Les indicateurs sont encore plus préoccupants pour les départements d'outre-mer.

Une nouvelle stratégie pour plus d’efficacité

Pour parvenir à éradiquer l'illettrisme, la mission énonce 20 propositions visant à :

  • communiquer sur l'illettrisme, mieux le repérer en intensifiant la formation des acteurs et le mesurer régulièrement afin d’évaluer l’impact des actions mises en œuvre ;
  • accompagner chaque personne en situation d'illettrisme de façon adéquate : la mission recommande que l'évaluation préalable CléA devienne l'outil de référence gratuit pour tous ;
  • mettre en évidence le coût de l'illettrisme pour les entreprises et aider les salariés à en sortir grâce à la formation professionnelle ;
  • renforcer le groupement d'intérêt public ANLCI, améliorer son pilotage et nommer un correspondant “illettrisme” dans chaque région.