Entreprises, monde politique, médias : comment faire reculer le sexisme en France ?

Dans son rapport annuel sur le sexisme, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) formule 32 recommandations afin de mieux lutter contre le sexisme dans le monde du travail, en politique mais aussi dans les médias audiovisuels et numériques (émissions de téléréalité, clips musicaux...).

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Illustration conceptuelle de bois découpé représentant une femme seule devant une équipe d'hommes.
En 2016, près de 80% des Françaises déclaraient être régulièrement confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes dans le cadre de leur travail. © adragan - stock.adobe.com

Le HCEfh a publié le 2 mars 2020 son deuxième état des lieux du sexisme en France, élaboré chaque année depuis la loi du 27 janvier 2017 relative à l’égalité et la citoyenneté.

L'année 2019 a été marquée par l’ampleur des mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc sur les réseaux sociaux ou encore les révélations de violences sexuelles dans les milieux de la culture et du sport. Malgré une forte mobilisation de la société civile et la tenue du Grenelle contre les violences conjugales en septembre 2019, le sexisme reste omniprésent en France : 99% des femmes disent en avoir été victimes en 2019.

Des retards dans les secteurs de l’entreprise, de la politique et des médias

Le rapport du HCEfh note certaines avancées juridiques, avec la création d'une nouvelle infraction d’outrage sexiste visant à réprimer le harcèlement de rue ou encore l’élargissement de la notion de harcèlement sexuel aux propos et comportements sexistes.

Mais les femmes restent particulièrement victimes de sexisme dans le milieu de l'entreprise. En 2016, près de 80% des Françaises déclaraient être régulièrement confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes dans le cadre de leur travail. Le rapport dénonce l'absence de formations, notamment de l'inspection du travail, et le manque de sanctions prises par les employeurs à l'encontre des auteurs d'actes sexistes.

Dans le milieu politique, malgré les avancées de la loi en matière de parité, les femmes restent encore sous-représentées aux élections municipales et intercommunales : 84% des maires et 92% des présidents d'intercommunalité sont des hommes

Des progrès restent à faire dans la représentation des femmes dans les médias. La part des femmes à la télévision n'est que de 42% en 2019 et passe à 29% aux heures de grande écoute (21h-23h). Le rapport déplore le faible nombre de femmes invitées ou expertes sur les plateaux télévisés. Il pointe également les émissions de télé-réalité pour leur absence de diversité et leurs représentations stéréotypées et hypersexualisées des femmes.

32 recommandations pour lutter contre le sexisme

Face à ces constats, le HCEfh émet 32 recommandations parmi lesquelles :

  • dans les entreprises : intégrer le thème des violences sexistes et sexuelles dans la négociation collective obligatoire sur l’égalité professionnelle. Le Haut Conseil recommande de renforcer les exigences en matière d’évaluation, de formation et de transparence sur les sanctions prises par les employeurs en matière de sexisme ;
  • dans la vie politique : instaurer des règles paritaires en politique pour les communes de moins de 1 000 habitants, les exécutifs locaux et intercommunaux, ainsi que pour les postes de vice-présidences des assemblées parlementaires mais aussi parmi ceux qui rapportent les projets et les propositions de loi. Le HCEfh propose aussi d'instaurer une peine d’inéligibilité pour les élus condamnés pour violences sexistes ou sexuelles ;
  • dans les médias : inscrire dans le projet de loi sur l'audiovisuel un renforcement du rôle du CSA afin de faire progresser la présence des femmes à la télévision et assurer une meilleure image et représentation des femmes.

Le Haut Conseil demande, par ailleurs, aux pouvoirs publics de financer une vaste enquête annuelle d’opinion sur ces questions afin d'alimenter les prochains rapports annuels sur le sexisme en France.