COVID-19 et confinement : quels effets sur la toxicomanie ?

Le confinement a également touché les toxicomanes et tout particulièrement les plus précaires. Les centres de soins qui les accompagnent ont dû s’adapter à cette nouvelle situation.

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Par le biais du dispositif national de collecte d'informations intitulé Tendances récentes et nouvelles drogues (TREND) ont été mises en place des enquêtes pour mesurer l'impact de l'épidémie et du confinement sur la toxicomanie. Le bulletin TREND/COVID-19 sur les usages, l'offre de drogues et les pratiques professionnelles a été publié sur le site de l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT). Sept sites (Bordeaux, Paris, Lille, Lyon, Marseille, Metz et Rennes) ont fourni des données sur les trois premières semaines de confinement. Elles étudient les effets du confinement sur les populations toxicomanes, les difficultés rencontrées par les centres de soins, d’accompagnement et de prévention et les réseaux de trafic de drogues.

 

Un impact sur les toxicomanes

Le confinement peut être une occasion pour réduire la consommation de drogues voire l'arrêter totalement (forte diminution des drogues dites "festives" du fait de l’arrêt des rassemblements), mais il est également source d’angoisse. On observe ainsi une augmentation de la demande d’accompagnement en téléconsultation ou à l’hôpital, de la demande de place de sevrage, une recrudescence de troubles anxieux et un report important sur la consommation d’alcool.

Pour les usagers les plus précaires, sans domicile, le confinement aggrave leur situation économique déjà très fragile puisque la mendicité, les petits travaux au noir, la nourriture invendue des restaurants ne sont plus accessibles. Cette fragilité économique est accentuée par la fermeture de certains services publics (comme les points d’eau, toilettes publiques, bains publics) qui leur rend quasiment impossible l’accès à l’alimentation, aux soins, aux prestations d’hygiène ou encore à l’hébergement d’urgence.

Des centres de soins aux capacités réduites

La réduction des personnels en capacité de travailler, l’absence de protection, l’observation de la distanciation sociale ont nécessité une réorganisation de ces centres, réduisant fortement leur capacité d’accueil (heures d’ouverture, temps de présence de l’usager dans les centres, offres de services d’hygiène).

Les centres de soins d’accompagnement et de prévention en addictologie ont mis en place des permanences et consultations téléphoniques. Ils ont également anticipé le confinement en assurant la continuité des traitements de substitution des opiacés et leur délivrance par la rédaction d’ordonnances par avance en accord avec les pharmacies (ce qui n’est pas sans danger pour des usagers ayant des difficultés à gérer des stocks importants).

De leur côté, les centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour les usages de drogues ont concentré leur mission sur la délivrance de matériels utilisés par les toxicomanes. Les restrictions sur les quantités de matériels mis à disposition ont été levées afin de limiter les allées et venues des usagers. Certains centres déposent les matériels demandés par les usagers à une heure précise devant la porte du centre.

Une réorganisation du trafic de drogues

L’annonce du confinement a entraîné une augmentation de la demande qui s’est ensuite tarie du fait des stocks constitués par les usagers et de la difficulté du commerce pour les trafiquants.

Le trafic s’est cependant ensuite adapté et progressivement réorganisé en mettant en place des livraisons à domicile (avec le regroupement de course, un montant minimum d’achat, la livraison dans la journée plus facile qu’en soirée et la nuit).

On observe également une augmentation progressive des prix en dehors des métropoles régionales.