Suicide, travail et chômage : la vulnérabilité individuelle n'est pas le seul déterminant

Les enquêtes réunies par l’Observatoire national du suicide (ONS) montrent comment les actes suicidaires touchent les chômeurs et les personnes en activité exposées aux risques psychosociaux (RPS).

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L'acte de suicide ne peut pas avoir pour seule cause la fragilité individuelle. Mesurer l’impact des conditions de travail ou de chômage dans le suicide nécessite une amélioration des sources administratives et statistiques. © naka - stock.adobe.com

L’Observatoire national du suicide (ONS), créé en 2013, s’intéresse depuis 2018 à la question du suicide en lien avec la situation professionnelle des personnes. Il en présente ses dernières données dans son quatrième rapport "Suicide : quels liens avec le travail et le chômage ? Penser la prévention et les systèmes d'information".
À la suite notamment de la médiatisation des suicides sur le lieu de travail, l’ouverture du procès des dirigeants de France Télécom en mai 2019, il est nécessaire de mesurer les interactions entre risques psychosociaux (RPS), santé mentale et suicide afin de mettre en place des préventions efficaces.
Les travaux présentés ayant été menés avant la pandémie de Covid-19, l’ONS étudiera par la suite les effets de la pandémie et du confinement sur les conduites suicidaires des chômeurs, des professionnels et des personnes de tous âges.

Des données difficiles à réunir

Il est difficile d’établir des statistiques sur les suicides liés au travail et/ou chômage. Le geste suicidaire au travail, ou en situation de chômage, est le plus souvent associé à la fragilité individuelle plutôt qu’à une cause professionnelle. Pourtant, cet acte ne peut pas avoir pour seul déterminant la vulnérabilité individuelle.
Mesurer l’impact des conditions de travail ou de chômage dans le suicide nécessite une amélioration des sources administratives et statistiques. Les sources médico-administratives regroupées au sein du Système national des données de santé (SNDS) doivent pouvoir être croisées avec la certification électronique des décès, les évolutions des formulaires de déclaration et les enquêtes statistiques.

Pensées suicidaires et RPS

L’enquête sur les conditions de travail et les risques psychosociaux de 2016 a permis de mesurer le lien entre l’exposition aux risques psychosociaux et les comportements suicidaires.

Parmi les personnes en activité en 2016, 5,3% d’entre elles déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours de douze derniers mois. Les raisons de ses pensées sont familiales (40%), sentimentales (36%), professionnelles (32%), relatives à la santé (19%).

On constate que les personnes les plus exposées aux RPS ont deux fois plus souvent de pensées suicidaires que la moyenne. Au travail, les mauvais rapports sociaux, les conflits de valeur, l’exigence émotionnelle et l’insécurité économique jouent un rôle important dans les pensées suicidaires et le risque d’état dépressif. Viennent ensuite l’insuffisance de la reconnaissance, de la rémunération, le manque d’autonomie, les fortes charges de travail.

Un risque plus important en cas de chômage

Le chômage accroit les troubles dépressifs et le risque suicidaire. Pour autant, les personnes en activité ne sont pas épargnées.

Ainsi, en 2017, les hommes travaillant à leur compte (agriculteurs-exploitants, artisans, commerçants et chefs d’entreprise) et ceux ayant un revenu inférieur à 1 500 euros par mois sont plus exposés que les salariés. Concernant les femmes, l’exposition au risque va , de manière croissante, des cadres (les moins exposées) aux ouvrières (les plus exposées).

Les risques de suicide par secteurs d’activités et selon le sexe montrent que l’hébergement et la restauration, les arts et spectacles, l’enseignement, la santé humaine et de l’action sociale sont les secteurs d’activité les plus à risque pour les hommes. Pour les femmes la prévalence des pensées suicidaires se situent plus dans les activités arts et spectacle, l’enseignement, l’information et la communication, l’hébergement et la restauration.