Emploi : les cadres, une catégorie spécifique de salariés ?

Qui sont les cadres dans le monde du travail du XXIe siècle ? Quelles caractéristiques font leur identité et délimitent la frontière avec les non-cadres ?

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Les cadres aujourd'hui en France, qui sont-ils ? Illustration : ouvriers dans une usine écoutant leur cadre...
Certaines caractéristiques marquent la frontière entre les cadres et les non-cadres : le diplôme, la durée du travail, la rémunération. @ drazen - stock.adobe.com

En juin 2020, les partenaires sociaux annoncent leur intention de signer un Accord national interprofessionnel concernant les cadres. Les enjeux de cette négociation sur la préservation de dispositifs dédiés aux cadres, la pertinence de maintenir une identité catégorielle distincte montrent que l’identité même des cadres et leurs spécificités peuvent poser question dans le monde du travail actuel. Face à cette problématique, France stratégie apporte des éléments de réponses sur les spécificités des cadres d'aujourd'hui à travers deux études, l’une statistique, l’autre juridique.

Définir les cadres : du métier aux fonctions

C’est dans le courant des années 1930 que la catégorie des cadres s’est affirmée puis, après la seconde guerre mondiale, structurée, avec la mise en place de grilles de classement des emplois dites grilles "Parodi"qui établissent des listes de métiers dont certains étaient identifiés comme  des métiers de cadres. Ces métiers se démarquaient ainsi nettement des métiers d’employés et d’ouvriers d’une part, des employeurs d’autre part.

Ces grilles adaptées à l’organisation fordiste du travail industriel ont montré leurs limites avec la montée en puissance de structures plus flexibles, où l’encadrement est moins hiérarchique, où l’outil informatique de plus en plus présent, facilitent des organisations plus horizontales, transverses qui sont mieux adaptées à une économie fortement tertiarisée. Aussi, voit-on l’arrivée de cadres experts, cadres "planneurs", cadres managers par projet, cadres de proximité voire cadres dirigeants…

Ce ne sont alors plus les métiers mais les fonctions qui doivent être prises en compte. Sur les 41 branches étudiées par France Stratégie, sept seulement ont conservé la classification "Parodi". Les nouvelles grilles adoptées permettent pour leur part une meilleure reconnaissance du statut de cadre. Elles traduisent aussi certaines contreparties (obligations contractuelles de résultats, mobilité fonctionnelle et géographique, autonomie, engagement, responsabilité, loyauté...).

Cadres et non-cadres : quelles différences ?

De nos jours, la notion de cadre est devenue complexe : de nombreux cadres n’encadrent pas et tous les encadrants ne sont pas cadres, les différences entre cadres et non-cadres s’atténuent.

Cependant, on peut constater que les cadres forment une population en moyenne plus âgée (43,7 ans) que les autres actifs (41,8 ans) et plus masculine (en 2016, 2/3 des cadres du privé sont des hommes). De plus, certaines caractéristiques marquent la frontière entre les cadres et les non-cadres :

  • Le diplôme reste un marqueur important même s’il est moins pris en compte dans les nouvelles grilles de classement. En 2018, les jeunes diplômés Bac+5 et plus en poste douze mois après l’obtention de leur diplôme, sont cadres pour 57%. 97% des cadres du privé déclarent être en CDI, 73,7% des non-cadres.
  • La durée du travail caractérise les emplois de cadre avec un nombre d’heures de travail plus important que les non-cadres et une maîtrise de leurs horaires. La perméabilité entre la sphère professionnelle et la sphère privée est plus grande : en 2016, 59% des cadres d’entreprises déclarent emporter régulièrement du travail chez eux. Ce phénomène s'est accru avec le télétravail  qui marque particulièrement la frontière entre cadres et non-cadres, la période de confinement liée à la pandémie de COVID-19 accentuant cette différence.
  • La rémunération reste le marqueur incontournable même si elle est moins prégnante. La rémunération moyenne mensuelle nette des cadres salariés est le double de celle des non-cadres depuis 15 ans. Sans compter qu’à la différence de ces derniers pour lesquels les salaires conventionnels de branche restent déterminants, les cadres ont des possibilités de négociation de leurs salaires. 66% des cadres bénéficient de rémunérations variables individuelles.