COVID-19 : un révélateur des inégalités sociales et territoriales

Les premières personnes touchées par le COVID-19 sont les populations les plus fragiles, habitant en zone périurbaine et sans possibilité de télétravail. C'est ce que révèle une récente étude de la Drees sur les inégalités sociales face à l'épidémie.

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Les Hauts-de-France, la Normandie, le Grand-Est, la Réunion et la Corse sont les régions dont la population de 45-65 ans est plus susceptible de développer une forme grave du COVID-19. ©Martin Bertrand - stock.adobe.com

La Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) vient de publier une étude réalisée durant la période de confinement sur les liens entre le COVID-19 et les inégalités sociales et de santé.

En effet, les risques d'être exposé au coronavirus ou de développer une forme grave de la maladie sont inégalement répartis dans la population selon les emplois, les conditions de vie, la situation géographique...

Une inégalité face au télétravail

La première inégalité est celle opposant les personnes en télétravail et celles qui ont dû maintenir leur activité en présentiel, en raison de l'utilité sociale de leurs métiers ou parce qu'elles ne pouvaient pas se permettre une perte de revenus.

Au 31 mars 2020, environ 27% des salariés travaillaient sur site. Ces travailleurs-clés sont employés dans le secteur de la santé et de l'action sociale, de l'industrie agro-alimentaire, des transports, de l'énergie et du commerce. Le risque de contamination a été plus élevé dans certains emplois en contact avec le public ou en contact rapproché avec les malades. C'est le cas du personnel soignant féminin à 70% et relativement âgé, pour les médecins.

Les travailleurs précaires ont été également davantage exposés à l'épidémie, le télétravail étant moins développé pour les métiers non qualifiés que pour les métiers qualifiés. Parmi les personnes travaillant durant le confinement, seuls un tiers des cadres ont été obligés de sortir de chez eux contre les trois quarts des employés et 96% des ouvriers.

Cette inégalité face au télétravail s'est souvent cumulée avec le fait de devoir se déplacer en transport en commun, augmentant le risque de contagion, notamment pour les ouvriers qui habitent plus souvent en zone périurbaine que le reste de la population.

Des disparités dans la vulnérabilité face au virus

Au-delà du facteur lié à l'âge, certaines pathologies aggravent les symptômes liés au COVID-19 (obésité, hypertension artérielle, diabète...). En 2017, 15% de la population française est prise en charge pour au moins un de ces facteurs de risque, soit 9,9 millions de personnes. Ce chiffre grimpe à 26% si l'on prend en compte l'âge (65 ans ou plus).

Ces pathologies identifiées comme des comorbidités aggravantes sont inégalement réparties sur le territoire. Les Hauts-de-France, la Normandie, le Grand-Est, la Réunion ainsi que la Corse sont les régions dont la population de 45-65 ans est plus susceptible de développer une forme grave du coronavirus.

Ces comorbidités affectent davantage les populations précaires. Dans les communes les plus défavorisées, la part des résidents pris en charge pour une pathologie aggravante est de 16%, alors qu'elle n’est que de 13% dans les communes les plus favorisées.

De même, les personnes avec de faibles ressources, bénéficiaires de la Couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C), présentent un risque plus élevé de forme grave du coronavirus que le reste de la population.

À ces inégalités de santé s'ajoutent celles du confinement : conditions de logement difficiles, isolement et coupure de l'accompagnement social pour les personnes vulnérables, accès plus compliqué aux soins, au numérique et à la réussite éducative...