Covid-19 : pourquoi une surmortalité en Seine-Saint-Denis ?

En Seine-Saint-Denis, le taux de surmortalité a atteint 134% durant le pic de la pandémie de Covid-19, entre le 1er mars et le 19 avril 2020, contre 99% pour les Parisiens.

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Précarité, insalubrité, inégalités d’accès aux soins…Autant de facteurs qui expliquent en partie pourquoi la Seine-Saint-Denis (93) a été singulièrement exposée au Covid-19. L’étude publiée fin juillet 2020 par l’Institut national d’études démographiques (Ined) explique la corrélation entre pauvreté, discriminations ethniques ou raciales, et augmentation des risques liés au virus, en s’appuyant sur les données publiées par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

La précarité, un facteur de risque "évident"

Le nombre de cas déclarés en Seine-Saint-Denis est l’un des plus importants de France à la fin juillet avec 16,2 cas déclarés pour 100 000 habitants, selon les chiffres de Santé publique France. Un foyer de contamination (cluster) a encore été repéré à Saint-Ouen à la mi-juillet. 

L’Ined identifie les principales raisons à cette surmortalité :

  • forte densité de population, la troisième de France, 64 fois supérieure à la moyenne française ;
  • sur-occupation des logements (20,6% des logements sont sur-occupés contre 12,7% en moyenne en Ile-de-France) ;
  • davantage de cohabitation multigénérationnelle qui favorise la transmission aux personnes âgées ;
  • 30% des résidents du département sont des personnes immigrées. Or l'état de santé général des populations immigrées est globalement plus mauvais que celui des Français de naissance.

 

Conséquences des inégalités de santé, une surreprésentation des minorités parmi les victimes

En l'absence de statistiques ethniques, il n'est pas possible de mettre en évidence des discriminations ethno-raciales sur l'exposition au coronavirus. En revanche, la surreprésentation des immigrés et des descendants d'immigrés dans les personnes contaminées peut être établie. Les emplois souvent précaires que les immigrés occupent (agent d’entretien, employés de maison) et l’utilisation régulière des transports en commun sont autant de risques, qui, cumulés, les exposent davantage à la maladie.

De surcroît, l’offre de médecine libérale est réduite dans ce département. L’étude de l’Ined met en avant la discrimination que subissent les personnes immigrées dans l’accès aux soins. La Seine-Saint-Denis est le département de France où la densité de médecins est la plus faible. C'est aussi un département qui se distingue par le plus faible niveau d’équipements hospitaliers d'Ile-de-France, avec pour conséquence un moindre recours aux soins alors que les besoins sont plus importants que sur la majorité des autres territoires.