Drogues : quelles évolutions depuis les 20 dernières années ?

En 20 ans, le marché des drogues en France, analysé par l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), a connu des mutations considérables, autant dans les consommations que dans la diversification des produits utilisés.

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Saisie de drogue dans un coffre de véhicule.
La montée de l'herbe de cannabis à partir du milieu des années 2000, tient autant à l'attrait croissant pour son aspect "bio", qu'aux circuits courts réputés écologiques et aux débats autour de son statut légal. © wellphoto - stock.adobe.com

Les grandes transformations du champ des drogues illicites depuis 1999 sont repérées et analysées par l'OFDT.

Cette étude sur les mutations des usages et de l'offre de drogues en France, publiée en septembre 2020, s'appuie en particulier sur le dispositif TREND (Tendances récentes et nouvelles drogues) de l'OFDT.

Consommations et usagers

Le premier angle choisi par l'OFDT, usages et précarités, aborde la situation des usagers de drogues en grande vulnérabilité sociale et sanitaire présents dans certains espaces publics urbains. Ces usagers, à la recherche des produits les moins onéreux, utilisaient l'héroïne par injection jusqu'à la fin des années 1990, avant de détourner l'usage de traitements de substitution aux opioïdes au début des années 2000. La cocaïne est devenue ensuite le produit "phare" alors que, dans le même temps, les politiques urbaines reléguaient nombre d'usagers en zones périurbaines voire rurales.
 
Un autre contexte étudié par l'OFDT est celui des usages de drogues sur les scènes festives techno. Ce sont des milieux propices aux polyconsommations (alcool, cannabis, ecstasy et amphétamine, protoxyde d'azote). À  partir du milieu des années 2000, la diffusion de produits psychoactifs déborde ces cercles pour se propager vers d'autres espaces festifs.
 
L'essor d'internet a favorisé aussi un renouvellement des formes d’organisation des réseaux et de nouvelles relations avec les usagers, notamment pour les nouveaux produits de synthèse (NPS), ou drogues synthétiques.

L'étude détaille également la visibilité nouvelle des usages de drogues en contexte sexuel, avec en particulier le cas des consommations de produits psychoactifs dans certains milieux homosexuels.

Une diversification de l'offre

Au cours de la période étudiée, l'OFDT souligne que le basculement progressif du marché du cannabis en direction de l'herbe de cannabis n'a pas pour autant entraîné de déclin de la résine de cannabis importée du Maroc, ainsi qu'en témoigne le niveau des saisies. La montée de l'herbe de cannabis à partir du milieu des années 2000, tient autant à l'attrait croissant pour son aspect "bio", qu'aux circuits courts réputés écologiques et aux débats internationaux autour de son statut légal.
  
Par ailleurs, la diffusion de la consommation de cocaïne est particulièrement régulière depuis 20 ans. Contrairement à son image "dorée", l'usage de la cocaïne-poudre montre que les populations les plus fréquemment consommatrices sont celles qui apparaissent nettement moins favorisées. Le crack, considéré comme un déchet de la cocaïne, s'installe ainsi parmi les usagers ultra-précarisés et remplace progressivement l’héroïnomane comme archétype du toxicomane. Comme pour le cannabis, l'augmentation de sa pureté et sa plus grande disponibilité conduisent à l'intensification récente de ses usages.
  
Quant à la dynamique de "l'épidémie d'héroïne", elle a été brisée par la diffusion  des  médicaments de substitution aux opiacés amorcée en 1995. Cependant, l'OFDT observe de nouveaux cadres de consommation et une diversification des profils d’usagers. L’augmentation des prescriptions d'opioïdes s’accompagne d’un accroissement des signaux d’usages à risques en population générale, avec un nombre de surdoses en hausse. 

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