Covid-19 : un surplus d'épargne des ménages très inégalement réparti

Fondée sur des données bancaires, une note du Conseil d'analyse économique (CAE) révèle sans surprise une concentration de l'épargne au profit des plus aisés et un creusement des inégalités depuis le début de la pandémie.

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Tirelire-cochon avec billets en euros dépassants de la fente.
Après la chute de la consommation pendant le confinement de 6,3% par rapport à 2019, le rebond de la consommation, observé notamment en juillet et août, n'a pas compensé la perte. © OFC Pictures - stock.adobe.com

Le surcroît d'épargne accumulée des ménages est estimé à 50 milliards d'euros fin août 2020. Cette croissance de l'épargne s'est matérialisée particulièrement par une augmentation des soldes des comptes courants et des comptes d'épargne.

À partir des données du Groupement des cartes bancaires et de 300 000 comptes bancaires "strictement anonymisés" du Crédit Mutuel, le Conseil d'analyse économique (CAE) a étudié l’épargne supplémentaire constituée par les ménages français entre mars et fin août 2020 dans une note publiée en octobre 2020.

Toutefois, note le CAE, les ménages les plus modestes n'ont pas réussi à épargner plus que d'habitude et, pour certains, il y a eu aussi une baisse du revenu.

 

70% du surplus d'épargne accumulé par 20% des ménages

Après la chute de la consommation pendant le confinement de 6,3% par rapport à 2019, le rebond de la consommation, observé notamment en juillet et août, n'a pas compensé la perte pendant le confinement. Le surcroît d’épargne depuis le confinement est jugé très important avec des dynamiques de consommation et d'épargne qui ont montré une forte hétérogénéité entre les ménages.

En terme de consommation, le secteur des services à la personne a été très fortement "perdant" alors qu'à l'autre extrême, les services informatiques ont figuré  parmi les secteurs "gagnants". Pour les secteurs à forte interaction sociale et pour lesquels la consommation est  difficilement substituable entre périodes (restaurants, spectacles, culture...), la chute pendant le confinement n’a pas été compensée après celui-ci.

La consommation, mesurée par les transactions par carte bancaire, retraits d'espèces et paiements par chèque, fait apparaître que les plus aisés (9e et 10e déciles) ont davantage épargné, ces derniers consommant en effet beaucoup moins de services (culture, restauration, voyages...) qu'en période habituelle. En revanche, pour les ménages les moins aisés (1er décile), la consommation s'est concentrée de façon plus importante sur les biens essentiels. Dans le même temps, alors que l'endettement des plus aisés a baissé (en raison d'un moindre recours au crédit), celui des plus modestes a augmenté.

Soutenir les ménages les plus modestes

Par ailleurs, l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) prévoit, dans sa note de conjoncture du 6 octobre 2020, que le pouvoir d'achat des ménages baisserait d'un point en 2020. Cette baisse a été amortie par le recours à  l'activité partielle et aux mesures en faveur des ménages. Pour le CAE, cette baisse sera cependant essentiellement portée par les plus modestes. 

À partir de l'exemple du versement de l'Allocation de rentrée scolaire (ARS) aux ménages éligibles et du montant reçu dédié à la consommation, les auteurs de la note du CAE soulignent "la grande sensibilité des ménages à bas revenus et à faible épargne aux variations du revenu". L’étude suggère qu’un "soutien beaucoup plus franc aux ménages les plus modestes, plus exposés aux conséquences économiques des mesures sanitaires, va très rapidement s’avérer nécessaire".