Quartiers sensibles : une perception plutôt négative des Français

Les quartiers "sensibles" sont de plus en plus isolés. Certains Français les perçoivent comme des territoires dangereux et délaissés. Leurs principaux atouts qui sont la jeunesse de leur population et le dynamisme de leurs associations sont en recul dans l’appréciation des Français questionnés.

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Zoom sur des boîtes à lettres taguées dans un hall d'immeuble.
En dix ans le nombre de personnes déclarant n’avoir aucun lien avec les quartiers sensibles est en augmentation et devient majoritaire en 2018. © Marc Chesneau - stock.adobe.com

Banlieues, quartiers, quartiers populaires... À la demande du Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc) a réalisé une étude sur le regard que les Français portent aux quartiers "sensibles" en montrant l’évolution de ce regard au cours des dernières années.

L’enquête s’est portée sur un échantillon de 2 014 personnes de 18 ans et plus, résidant en France métropolitaine. Elle a été réalisée ente le 9 juin et le 10 juillet 2018. Ce dispositif, existant depuis 1978, permet des analyses sur de longues périodes.

Des quartiers perçus comme dangereux

Insécurité, délinquance, incivilités, difficultés sociales, quartiers laissés à l'abandon, pauvres... Tels sont les termes qui viennent à l'esprit des Français interrogés sur les quartiers dits "sensibles".

Ainsi, plus de la moitié des personnes questionnées associent ces quartiers à l’insécurité. Pour 50% d’entre elles, et particulièrement celles issues de catégories aisées, ces quartiers sont des territoires délaissés. Elles sont également 14% à évoquer la question de l’immigration.

Dans le même temps, la moitié des répondants estiment aussi que la jeunesse et la société civile sont des atouts pour ces quartiers.

Mais cette appréciation est en recul depuis 2009. Ainsi aux affirmations :

  • "dans ces quartiers, les associations sont nombreuses et dynamiques", les réponses positives passent de 57% en 2009 à 50% en 2018 ;
  • "les jeunes filles et garçons de ces quartiers sont une richesse pour notre pays", les réponses positives reculent légèrement de 48% à 47%.

Si les médias traditionnels restent pour 85% la principale source d’information sur les quartiers sensibles, l’expérience des répondants vis-à-vis de ces quartiers vient pondérer cette influence. À la représentation dégradée de ces quartiers pour les personnes n’ayant aucun lien avec eux, se côtoie celle, mitigée, des personnes y vivant, et celle plus positive des personnes n’y résidant pas mais proches de ces quartiers.

Des quartiers de plus en plus cloisonnés

Moins d’un Français sur dix estime vivre dans un quartier "sensible", ces personnes appartiennent essentiellement à des ménages modestes, des demandeurs d’emploi et des non diplômés. Elles portent un regard négatif sur l’évolution de leur condition de vie.

Les personnes qui ont un lien direct ou ponctuel avec les quartiers  (4 Français sur 10) sont jeunes (surtout moins de 25 ans), appartiennent aux classes moyennes et supérieures, sont diplômées du supérieur, cadres et actifs en emploi. Elles sont optimistes sur leur avenir et confiantes par rapport aux autres.

Inversement, les personnes déclarant n’avoir aucun lien avec ces quartiers sont les seniors, retraités, ou non diplômés. Ces personnes n’habitent pas les grandes agglomérations, considèrent que leur niveau de vie s’est dégradé, sont méfiantes vis-à-vis des autres et préoccupées par la question de l’immigration.

En dix ans, le nombre de personnes déclarant n’avoir aucun lien avec les quartiers sensibles est par ailleurs en augmentation et devient majoritaire en 2018.