Vers un renouveau de la politique industrielle en France ?

Un diagnostic approfondi de la désindustrialisation en France depuis 40 ans a été publié en novembre 2020 par France Stratégie. Ce rapport s'interroge sur les enseignements des politiques industrielles passées en France mais aussi sur le renforcement récent du rôle de l'État dans son soutien à l'industrie.

Chaîne de montage dans l'industrie automobile.
Sept secteurs industriels sont marqués plus que d’autres par l’importance des décisions publiques dont le secteur automobile. © vadimborkin. stock-adobe.com

La crise sanitaire du Covid-19 a mis en lumière la dépendance de l'Union européenne à des pays tiers pour la fourniture de médicaments de base et de masques.

Ce rapport de France Stratégie sur les politiques industrielles en France jette un regard rétrospectif sur la politique industrielle de la France depuis le début des années 1980. Une formule d'avenir et de refondation de la politique industrielle est suggérée au travers de la transition écologique et numérique. Une approche comparative avec ses voisins européens, avec des focus sectoriels où l’État joue un rôle majeur, situe les forces et faiblesses de l'industrie française.

Quels enseignements des politiques industrielles passées en France ?

À partir des années 1980 et jusqu'au début des années 2000 prévalait la vision d'un développement  des  emplois dans les services pouvant remplacer les emplois industriels. Le cadre européen renforcé  de  la  politique  de  concurrence, la multiplication des accords de libre-échange par le biais de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ont pour leur part réduit les marges de manœuvre des politiques industrielles traditionnelles.

En dépit de la permanence de politiques ou de stratégies industrielles visant à promouvoir des  "champions nationaux", la France a subi durant les dernières décennies une forte désindustrialisation par rapport à ses concurrents. L'industrie ne représente plus que 10,3% du total des emplois en 2020.

Ce rapport souligne ainsi le choix d'un soutien à la demande plutôt qu'à une politique de l'offre mais aussi la dégradation de la compétitivité (positionnement de gamme de produits) et la délocalisation de certains sites de production. Il met l'accent également sur :  

  • l’augmentation conséquente du coût du travail indirect contenu dans les consommations intermédiaires de l’industrie française ; 
  • l'impact des prélèvements obligatoires (en 2016, deux fois le résultat d’exploitation en France, contre 80% seulement en Allemagne) et la fiscalité sur la production ;
  • un équilibre entre prélèvements obligatoires et soutiens financiers défavorable à l'industrie.

Le retour de l'État stratège ?

Le  Programme  d’investissement  d’avenir  (PIA) lancé  en  France en  2010, le Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), le  programme  "Nouvelle  France industrielle" de 2013, la "loi Florange" du 29 mars 2014 ou encore la loi pour la croissance et la transformation des entreprises (PACTE) de 2019 témoignent d'une ambition de "régulation capitalistique" et d'un engagement dans le capital des entreprises plus marqué que dans d'autres pays comparables à la France.

La grande  diversité des aides mais aussi des instruments non financiers (réglementation, droit de la propriété intellectuelle, certification, par exemple) n'ont cependant "guère permis d’y contrecarrer le déclin relatif de l’industrie", selon le rapport.

Toutefois, d'après le rapport, sept secteurs industriels sont marqués plus que d’autres par l’importance des décisions publiques :

  • automobile ;
  • aéronautique ;
  • spatial ;
  • télécommunications ;
  • ferroviaire ;
  • électricité ;
  • médicaments et dispositifs médicaux.

Enfin, pour les auteurs du rapport, trois types d’enjeux principaux, partagés par certains pays, vont marquer la politique industrielle pour les 20 ans à venir :

  • les politiques liées à la transition écologique avec la décarbonation ;
  • la transition numérique, avec l'intelligence artificielle ;
  • la prise de conscience renouvelée des enjeux de souveraineté.