Covid-19 et crise sanitaire : des inégalités sociales plus marquées

Dans l'édition 2020 du "Portrait social" de la France, l'INSEE dresse un premier bilan de la crise sanitaire du Covid-19 et du confinement. Les inégalités sociales se creusent. L'INSEE souligne par ailleurs un fort risque de pauvreté pour les enfants issus de familles où les parents n'ont pas d'emploi.

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Enfant inquiet, tête penché et main sur le bras de sa mère regardant son porte-monnaie vide.
En 2019, un enfant sur huit avait ses deux parents sans emploi, selon l'Insee. Le chiffre passe à un enfant sur trois dans les familles monoparentales. © gelmold - stock.adobe.com

Les personnes les plus modestes ont un risque d'exposition au Covid-19 plus élevé. À la fois parce qu'elles vivent plus souvent dans des communes denses et dans des logements surpeuplés mais aussi parce qu'elles souffrent plus fréquemment d'une pathologie associée à un risque important de forme grave de la maladie.

C'est ce que révèle notamment l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) dans son portrait social 2020 de la France publié le 3 décembre 2020.

Les milieux modestes plus touchés

Mortalité plus élevée, exposition plus grande au virus, destruction d'emplois, dégradation de la situation financière, la pandémie a particulièrement éprouvé les plus modestes.

La surmortalité constatée en mars-avril 2020 est la plus forte en Île-de-France (+91%) et dans le Grand Est (+55%). C'est la Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France, qui a connu le plus fort excédent de mortalité.

Les personnes les plus à risques sont :

  • âgées (hausse de 31% des décès chez les personnes de plus de 85 ans) ;
  • nées à l'étranger (les décès ont augmenté de 114% pour les personnes nées en Afrique, hors Maghreb, et de 91% pour celles nées en Asie).

Les ouvriers et employés ont plus souvent continué à travailler sur site donc à prendre plus de risques.

Sur le front de l'emploi, l'INSEE souligne des disparités selon les catégories socio-professionnelles. Les 715 000 suppressions d'emplois au premier semestre 2020 concernent surtout des postes précaires (intérim). Le chômage partiel a essentiellement touché les ouvriers (54%) et les employés (36 %), la majorité des cadres pouvant travailler à domicile.

L'impact sur la situation financière des ménages est très net avec une perte de revenu de 2,7% (la plus forte depuis 1949),

Enfin, les conflits familiaux se sont multiplié pendant le confinement : 13% des personnes en couple se sont disputés plus souvent que d’habitude en particulier ceux vivant dans des logements surpeuplés ou avec des enfants.

Un risque de pauvreté pour certains enfants

La fermeture des écoles a entrainé des difficultés plus importantes pour les élèves de milieu modeste, confrontés à un manque de matériels, à des problèmes de connexion internet ou à l'absence d'aide parentale (manque de temps, difficultés pour aider à comprendre). Un tiers des élèves du second degré ayant des difficultés scolaires ont consacré trois heures ou plus à leur scolarité, contre la moitié des bons élèves.

Le rapport souligne aussi que le confinement a été "particulièrement éprouvant" pour les enfants et adolescents de l’aide sociale à l’enfance (ASE).

Plus globalement selon l'INSEE, les enfants sont directement touchés par les difficultés de leurs parents. Déjà en 2019, un enfant sur huit avait ses deux parents sans emploi, un enfant sur trois dans les familles monoparentales. Or, souligne l'Institut, "la situation de chômage et la position sociale des parents influencent le parcours scolaire des enfants, qui lui‑même conditionne leur insertion professionnelle future".

Deux tiers des élèves qui rencontrent des difficultés scolaires et sortent assez tôt du système sont des enfants d’ouvriers ou d’inactifs. Les enfants d’ouvriers sont surreprésentés dans les bacs professionnels (un sur deux) et les parcours courts.