Réhabiliter les friches : une opportunité environnementale et économique ?

Friches industrielles, commerciales, administratives ou encore militaires : les friches sont nombreuses en France et la crise économique risque d'accroître leur nombre. Néanmoins, leurs réhabilitations pourraient être une opportunité pour l’environnement et le développement économique local.

La dépollution et la reconversion des friches présentent des intérêts environnementaux et économiques locaux. © Olivier Rault - stock.adobe.com

L’absence d’une définition juridique harmonisée des friches rend leur recensement très difficile.

En date de janvier 2021, le rapport parlementaire sur la revalorisation des friches industrielles, commerciales et administratives s’intéresse au traitement de ces dernières. Dans le cadre de l’objectif " Zéro artificialisation nette" (ZAN) fixé par le plan Biodiversité de 2018, il s'agit de diviser par deux les terres artificialisées dans les dix années à venir. Ce rapport défend l’intérêt environnemental et économique de réhabiliter les friches. Il s’intéresse aussi aux moyens nécessaires pour favoriser leurs reconversions. Il met en avant quatorze propositions pour lever les obstacles administratifs et financiers à ce type d’opérations très lourdes.

Quelles friches ?

Si on dénombre 2 400 friches industrielles (certaines estimations vont de 4 000 à 10 000), couvrant entre 90 000 et 150 000 hectares du territoire national, les chiffres concernant les friches commerciales et administratives sont inconnus. Le foncier non agricole (établissements, entreprises des zones commerciales, entrepôts) couvre 30% des surfaces artificialisées, il progresse plus vite que le foncier résidentiel. Les incertitudes économiques dues à la crise sanitaire risquent d’engendrer une nette augmentation du nombre de friches, qu’elles soient commerciales, de loisirs ou industrielles.

Protèger l’environnement et favoriser l’économie locale

La dépollution et la reconversion des friches présentent des intérêts environnementaux et économiques locaux :

  • en favorisant la "santé environnementale" par l’extraction de la pollution des sols, la régulation du phénomène "ilôts de chaleur urbain", la valorisation de la biodiversité et une meilleure utilisation des terres excavées ;
  • en redynamisant et développant l’économie locale par la revalorisation foncière d’un territoire, la possibilité de développer des énergies renouvelables sur ces espaces (projets photovoltaïques), la mise en valeur de l’histoire technique et sociale locale grâce à la restauration des sites et des patrimoines industriels.

Les freins aux opérations de réhabilitation

La rénovation des friches se heurte toutefois à de nombreux obstacles qui doivent être levés pour faciliter les projets de réhabilitation. Ces freins sont d’ordre juridique et financier et concernent également l’action publique :

  • des difficultés d’ordre juridique du fait de l’intervention de différents droits, un empilement des procédures, des freins liés au droit de la propriété, au droit de préemption et d’expropriation... ;
  • des coûts de réhabilitation et de dépollution élevés nécessitant, pour être rentables, des financements publics nationaux (encore insuffisants) et européens (toujours sous-utilisés) ;
  • une absence de volonté de l’action publique pour mieux prévenir la formation des friches (limitation des réglementations les favorisant et prévision de la réversibilité des bâtiments), pour simplifier les procédures administratives et revoir la fiscalité (taxes foncières, droits de mutation, imposition sur les plus-values foncières).

Enfin, la région doit devenir le coordinateur sur les projets de réhabilitation. Une plateforme nationale d’inventaire des friches doit être mise en place pour faciliter leur recensement.