Essais nucléaires en Polynésie française : quelles conséquences sanitaires ?

Selon l'Inserm, les données sont insuffisantes pour établir un lien entre essais nucléaires et pathologies développées par les populations en Polynésie française. Seules la surveillance des maladies chroniques et une meilleure estimation des doses de rayonnements ionisants reçues pourront confirmer ou exclure ce lien.

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Vue aérienne datée du 6 juin 2000 de l'atoll de Fangataufa, en Polynésie française.
Vue aérienne de l'atoll de Fangataufa (6 juin 2000), en Polynésie française. Les installations du Centre d'expérimentation du Pacifique (CEP) étaient basées dans les atolls de Moruroa et Fangataufa. © Eric Feferberg/AFP

Après 17 essais nucléaires effectués dans le Sahara algérien de 1960 à 1966, la France a procédé à 193 essais en Polynésie française entre 1966 et 1996 :

  • 46 essais atmosphériques, entre 1966 et 1974, au-dessus des atolls de Moruroa et de Fangataufa ;
  • 147 essais souterrains, entre 1975 et 1996, dans les sous-sols et sous les lagons de ces mêmes atolls.

Depuis 1962, un système de surveillance radiologique environnementale a été mis en place en Polynésie française. Par ailleurs, un dispositif juridique encadre l’indemnisation des victimes des essais nucléaires avec la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et l’indemnisation des victimes des essais nucléaires.

Toutefois, le ministère de la défense a sollicité l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) pour réaliser un bilan sur les conséquences sanitaires des essais nucléaires à la fois sur les populations de Polynésie et les personnels civils et militaires exposés. Ce groupe de l'Inserm constitué d'experts en épidémiologie, santé publique, sociologie, dosimétrie, radiologie cellulaire et moléculaire vient de rendre, en février 2021, son rapport sur les essais nucléaires et la santé en Polynésie française.

Augmentation des maladies chroniques

L’état de santé de la population polynésienne est globalement meilleur que pour les autres États de Polynésie et de Mélanésie quoique moins bon qu’en métropole et aux Antilles.

Les maladies transmissibles sont moindres et remplacées par les maladies chroniques (maladies cardio-vasculaires, cancers, diabète…). Ces dernières, en nette augmentation, sont liées aux transformations démographiques et sociologiques, à la forte consommation de tabac et d'alcool et à une alimentation riche et sucrée. Les taux de cancer, tous cancers confondus, sont similaires à ceux de métropole pour les hommes. Ils sont néanmoins plus élevés pour les femmes, particulièrement le cancer de la thyroïde (incidence la plus élevée au monde entre 1998 et 2002), de l’utérus et certaines formes de leucémie.

Dans ce contexte, selon le rapport, l’impact des retombées des essais sur la santé des populations et particulièrement l’impact des faibles doses sur les populations restent difficilement discernables et mesurables. Si le lien ne peut pas être exclu face aux augmentations des cancers de la thyroïde et des hémopathies malignes, sa preuve n’est pas établie.

Des données à approfondir

D'après le rapport, la mise en place d’études se heurte au manque de connaissances sur la santé de la population locale et sur les maladies chroniques qui la touchent. D'autres problèmes se posent également : manque de précisions sur les niveaux des doses de rayonnements ionisants reçues et le temps d’exposition des populations d'autant que la population polynésienne est disséminée sur un vaste territoire.

Ainsi, pour vérifier plus exactement l’impact des essais nucléaires sur la santé des populations, il est nécessaire de réunir de meilleures données en :

  • améliorant le système de surveillance sanitaire des pathologies non transmissibles (renforcement d'un registre des cancers et création d’autres registres pour les pathologies cardio-vasculaires et congénitales) ;
  • affinant les estimations de doses reçues par les populations locales et les personnels civils et militaires ;
  • réalisant une veille sur la littérature scientifique internationale sur le sujet et sur la problématique des effets de faibles doses de rayonnements ionisants ;
  • développant la recherche en sciences sociales sur les conséquences sociétales des essais nucléaires français en Polynésie.